Les billets du Père Lucien Marguet

05 juillet 2018

Le "Mondial 2018" en Russie

Je ne suis ni expert ni habitué des matches de football à la télévision, pourtant il m'arrive de temps à autre de regarder avec plaisir ces foules bigarrées et débordantes d'enthousiasme, dépouillées des soucis et des déboires de la vie quotidienne.

Tel fut le cas du match opposant la France à l'Argentine lors des 8èmes de finale du Mondial qui se déroule cette année 2018 en Russie. Cette compétition nous a tenu tout le temps en haleine, tellement le jeu était vif, réactif et imprévisible… Les joueurs des deux équipes adverses semblaient en pleine forme physique, mais aussi mentale. Leur jeu était collectif. Aucun signe d'individualisme n'est venu perturber cette belle entente à l'évidence fort travaillée en amont et depuis longtemps.

Outre cette dimension solidaire, ce qui m'a frappé aussi a été l'intelligence du jeu pensé, construit, que chaque joueur a en tête et qui n'est pas tant le fruit de réflexes instantanés que d'une construction judicieuse et calculée. Ce que j'ai admiré encore sont les qualités d'endurance – il faisait très chaud sur le terrain – et de patience, de persévérance et de résistance et surtout le débordement et le don sans restriction d'énergie, que l'on peut assimiler à un don de soi-même en vue d'une victoire d'équipe et sans doute des couleurs du pays d'origine des joueurs.

Ce qui me réjouit aussi est le pluralisme de l'origine des joueurs. Comme on aimerait que ce respect et cette fraternité éclatantes sur les terrains de foot servent de modèle à notre façon habituelle de regarder et considérer les migrants ! Je sais que les joueurs "venus d'ailleurs" ont été "sélectionnés" en raison de leurs capacités à la performance et que nos pays d'Europe doivent veiller à ne pas compromettre leur avenir et leur unité s'ils ne se sentent pas les moyens non seulement d'accueillir ces gens qui fuient leur pays, mais surtout de les intégrer réellement et durablement.

Certes la force et la détermination des joueurs, débordantes, bousculent, mais elles  ne sont jamais violentes, sauf rare exception que tout le monde se plait alors à calmer. Cette puissance et cette célérité spectaculaire du déroulement du jeu ne dégénèrent jamais, mais au contraire conservent au match une bonne tenue, du début à la fin. Cette fougue des joueurs entre adversaires ne provient jamais d'une intention de se nuire ou de se faire mal, mais seulement d'un désir de se dépasser et de se surpasser pour le score final. Certes chaque équipe a ses séquences ascendantes et ralenties au cours des deux mi-temps que compte le match. Ce qui est beau aussi est que le mental et les réserves psychiques prennent le relais des forces physiques en vue d'un sursaut et de la nécessité de parvenir au but.

 Enfin, voir des foules chanter, crier, encourager l'équipe qui a leur préférence est un bonheur commun aux spectateurs des tribunes sur place et aux téléspectateurs assis et parfois vent debout devant leur écran, à des milliers de kilomètres les uns des autres, mais unis dans le même ressenti ! Or vibrer à l'unisson sur toute la surface de la terre, n'est-ce pas aussi le cadeau offert par ce que l'on appelle le "Mondial" ?

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Le Pape et le Président

La mission première d'un président de la République et celle d'un pape se différencient dans leur nature et dans les moyens de leur mise en œuvre. Le Président doit garantir les conditions d'un fonctionnement démocratique du pays qu'il gouverne et prendre les dispositions légales qui l'assurent. Le Pape se voit confier par les cardinaux réunis en conclave la charge de rappeler les principes évangéliques qui sont à la source de la foi personnelle et ecclésiale des chrétiens. Les moyens auxquels il recourt ne s'appuient que sur la conversion et l'adhésion par un choix libre.

Un président, doté de la force du droit et chargé du devoir de le faire appliquer, doit faire en sorte que légalement et civilement, dans le cadre d'une laïcité définie et comprise comme le respect de toute croyance religieuse ou séculière, les convictions les plus diverses et même divergentes puissent cohabiter dans un respect mutuel. Celui qui préside à la République parce qu'il a été élu par une majorité de citoyens doit donc veiller à ce que chaque membre de la communauté nationale puisse vivre selon ses conceptions et références auxquelles il adhère sur les plans culturel, éthique, intellectuel ou religieux, pourvu bien sûr que la Paix civile et le lien social conservent leur juste équilibre au milieu de postures de vie différentes générées par des options plurielles.

Un Pape, lui, n'a que la puissance de sa parole pour interpeller, appeler à réfléchir et discerner, ceux et celles qui ont des oreilles intérieures pour entendre et comprendre ce qu'il invite à conserver, changer et améliorer, à actualiser, car les messages du Pape ne s'adressent pas qu'aux chrétiens, mais, à travers eux, à tous les habitants de la Terre, à la différence d'un président d'une démocratie à la situation et à l'histoire singulières et particulières.

Ainsi, quand un Pape et un président de la République française se rencontrent et parlent en tête à tête, il ne faut pas s'attendre à une juxtaposition des points de vue, il faut surtout espérer qu'ils s'écoutent avec respect et s'encouragent à accomplir chacun dans son rôle la mission que le Président a reçu par les élections du Peuple qu'il dirige et que le Pape, lui, s'est vu confier par l'Eglise pour assurer la cohérence de celle-ci avec l'Evangile du Christ et la cohésion entre tous les chrétiens situés en tant de lieux du globe ! La bonne entente et le respect entre le Pape et le Président ne portent donc pas sur une confusion des idées de l'un et de l'autre. Il est pourtant une vérité adoptée par les deux, c'est d'avoir à accomplir, chacun selon sa mission, un service public qui contribue au développement personnel et collectif d'une nation, et, pour le Pape, un témoignage assuré contre vents et marées, parfois inverses, des principes vitaux sur lesquels reposent l'Humain et les progrès de l'Humanité, selon ce que nous en a révélé Jésus et ce qu'en a compris et vécu l'Eglise au cours de ses deux mille ans d'histoire.

Le Pape et le Président résident dans la même maison, ils ne voient pas toujours le monde depuis les mêmes fenêtres, mais ils ont tous deux soin des habitants au milieu desquels ils exercent leur responsabilité propre. Ils ont en commun de prendre part à l'édification d'une terre toujours plus solidaire et fraternelle dans laquelle chaque être humain peut tracer un chemin de vie "épanoui".

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Le terrorisme sera vaincu !...

Il est aujourd'hui admis que le monde entier est en état de guerre contre le terrorisme qui peut frapper à tout moment et partout. La violence imprévisible et subie est l'arme préférée des terroristes. Elle vise à tuer et semer la peur, générer la haine et susciter la vengeance en retour. Le terrorisme poursuit ses projets diaboliques en se réclamant de Dieu qui, prétend-il, lui aurait confié cette mission de purifier la terre des infidèles et des mécréants. Il se cache pour n'être visible qu'au moment fatal où il sévit. Ses agents, fanatisés, sont prêts à mourir eux-mêmes tant ils ont été abusément convaincus que leur mort pour cette cause leur ouvrira la porte du ciel et leur obtiendra la récompense divine.

Pour mener à bien cette guerre destinée à déstabiliser les démocraties et soulever les groupes sociaux et religieux différents les uns contre les autres, on l'a maintenant compris, tous les moyens sont utilisés. En dehors même de toute règle légale ou morale, toute personne humaine est une cible potentielle. Aussi pour lutter contre cette forme de guerre, certes l'on attend beaucoup des autorités politiques, militaires, policières, judiciaires, mais cela ne suffit pas. A l'évidence chaque citoyen doit prendre sa part dans ce long et dur combat contre la terreur diffusée et ressentie par beaucoup de près ou de loin. A chacun, aux groupes humains, de développer la conscience lucide des dangers encourus, de se tenir en éveil, d'acquérir des capacités pour résister et dénoncer les mensonges propagés, les convictions déguisées et faussaires.

L'ennemi de l'humain, de la liberté, de la vérité, de la dignité comme valeurs universelles, avance et agit en se dissimulant. Cette guerre-là n'est plus la guerre des tranchées dans laquelle les ennemis, se faisant face, essayaient de regagner du terrain. Elle n'est plus celle de 39/40 au cours de laquelle l'artillerie, la cavalerie des chars et l'aviation ont joué un rôle primordial. La guerre contre le terrorisme certes provient bien de conflits actuels situés géographiquement, mais elle a, par contagion intellectuelle, morale et religieuse, gagné et contaminé beaucoup d'esprits, de cœurs et d'âmes, d'ailleurs en plus fragilisés par diverses maladies diffusées par la société actuelle.

Nous ressentons sans doute que face à cette guerre sans visage nous sommes désarmés. Nous sommes aussi parfois, peut-être plus encore dans des milieux urbains, désemparés quand derrière le voisin peut se cacher un ennemi potentiel ou ne serait-ce qu'un adepte des idées terroristes. Il nous faut maîtriser en nous ces réflexes instinctifs et redoubler de respect et même de confiance en l'autre qui, bien sûr, peut être amené à afficher devant nous ses différences, de point de vue, de conviction ou de mode de vie.

Comment ne pas souhaiter à nos villages de confirmer et d'accentuer en paroles, en actes, ce que nous défendons le plus dans cette guerre défensive et préventive contre le terrorisme international : un vivre ensemble harmonieux qui fait place à toute vie individuelle, qui donne préférence au dialogue, à la négociation, à la concertation, sur les instincts de domination jusqu'à la "suppression" de "l'autre" ! Comment ne pas souhaiter que nos peuples gardent raison et ne sombrent jamais dans la peur tout en résistant aux menaces de cet ennemi réel qu'est le "terrorisme mondialisé" !

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29 juin 2018

Après tous ces colloques et ces tables rondes sur la bioéthique…

C'est un beau signal de démocratie délibérative et participative qu'a donné le gouvernement de notre pays en permettant que se tiennent sur la durée et en plusieurs lieux une consultation sur les lois de bioéthique autour de la PMA, de la GPA et de l'euthanasie… Le bénéfice de ces assemblées de citoyens qualifiés comme tels et, pour beaucoup, en raison de leur expertise dans les domaines de la santé ou de la philosophie, de la morale et de la théologie, de leur réflexion humaniste, a été de leur permettre de vérifier le contenu et les fondements de leurs convictions en ayant dû les exposer et souvent les confronter à leurs opposants tout aussi convaincus et respectables qu'eux-mêmes.

Au fond, même si on peut apprécier l'apport de ces multiples débats décentralisés et à la portée du plus grand nombre, ils n'ont en général guère bougé les lignes. Chaque camp partisan a plutôt saisi ces occasions pour étayer davantage sur le fond et sur la forme les positions affirmées dès le début. Ce qui n'est déjà pas si mal, puisque cela clarifie les souhaits des uns et des autres en les formulant plus clairement. Cela a dû permettre à certains de nos députés et sénateurs des deux chambres de s'ouvrir à des problématiques et des argumentaires sur des sujets auxquels ils n'avaient jamais tellement réfléchi et sur lesquels ils auront à légiférer. Ils auront pour ainsi dire à donner à des opinions particulières la reconnaissance du droit et la force de la loi.

Ne faut-il pas redire, tandis que tous les protagonistes ont eu réellement la possibilité de faire connaître leurs points de vue pour la plupart d'entre eux divergents et non rapprochables, que le système démocratique qui régule notre pays doit prendre sur lui, parce que c'est son rôle et son intérêt, pour trancher dans le sens de l'ouverture et non de la restriction ? La démocratie ne doit-elle pas permettre la traduction en toute légalité de choix et de comportements jusque là interdits ? Ce qui n'oblige en rien ceux qui ont d'autres convictions à adopter pour eux ce que les lois autorisent d'autres à pratiquer car, on est bien d'accord, ce qui est déclaré conforme à la loi civile parce que voté à la majorité par les législateurs, n'obtient pas de ce fait son label de "moral" universel. Chacun reste libre face aux lois tout en acceptant que la règle d'une démocratie soit, non pas que l'avis d'une catégorie s'impose à tous, mais que les dimensions qu'offre ce système de vivre ensemble soient assez élargies pour que chaque courant puisse vivre conformément à ses convictions et aux lois civiles.

Ce que j'évoque dans ce billet n'est en rien un renoncement aux convictions que les chrétiens tirent de l'Evangile et de la conviction humaniste héritée de deux mille ans d'histoire de l'Eglise et des réflexions sur l'origine, le sens et la finalité des grands repères éthiques qu'ils en tirent. Quoi qu'il en soit de la législation adoptée concernant la bioéthique, les chrétiens continueront à témoigner de ce qu'ils croient en ces domaines et des raisons qui fondent leurs convictions…

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L'efficacité à tout prix est-elle le seul modèle ?

La règle d'or pour qualifier la vie de "réussie" doit-elle être en tout de viser nécessairement l'efficacité ? Dans l'air du temps, ce concept semble s'imposer jusqu'à devenir une locomotive de l'existence humaine. Du coup choisir l'efficace imprègne les idéaux, s'inscrit au départ de toute relation et initiative. Ce qui est entrepris est alors jaugé à l'utilité et à la probabilité de parvenir à ses fins, de transformer les essais en succès. Ce qui alors apparaît faible, petit, amoindri, malingre est évité et même écarté de "l'efficacité" choisie, considéré comme frein sur le chemin de la réussite. Qui vise ce but d'obtenir à tout prix ce qu'il cherche doit mobiliser toutes ses énergies et ne pas se laisser attarder par le respect d'autres valeurs. Rater un objectif devient quasi une faute pour certains, du moins une grosse erreur. Qui a des talents pour gagner se voit éliminé s'il pert !

Inutile de souligner qu'une telle mentalité "toujours gagnante" se heurte de plein fouet aux critères évangéliques qu'introduit le Christ par ses paroles, ses actes, ses convictions, dans la façon d'incarner l'humanisme. Je pense en premier lieu à la charte des Béatitudes qui donne aux petits, aux faibles, aux pauvres, une place prépondérante et même prioritaire qui, dans une quête effrénée d'efficacité, peut être ressentie comme une dispersion et un ralentissement ! Or la culture qui inspire et donne le tempo de la société actuelle, ultra-libérale sur les plans économique, financier et même éthique, donne la première place et plein pouvoir aux puissants et aux gagnants, puisque eux-mêmes affirment détenir les moyens, la volonté et la persévérance de transformer les difficultés, les problèmes et les obstacles en solutions !

Il est vrai qu'avoir pour seule valeur de référence le souci de se montrer efficace peut générer des ombres et des insatisfactions. Ne voit-on pas sous nos yeux s'affaiblir les grands principes tels la liberté, la justice, le respect des droits universels, la paix, au fur et à mesure que s'enflent celui de la promotion de l'efficacité doublé de l'individualisme, le reflux des dialogues, des négociations et des concertations, et la progression des décisions unilatérales ? L'Europe elle-même, après avoir tant fait rêver d'unité par delà les frontières des nations, patries, qui l'ont fondée par choix politique, ne court-elle aujourd'hui des dangers d'implosion tant les idées qui s'imposent aux mentalités véhiculent l'immédiateté et l'efficacité et négligent le long terme et l'Avenir plus lointain !

N'assiste-t-on pas à un choc de civilisation ? D'un côté les partisans d'une existence humaine qui a pour base "l'individu", qui s'attribue tous les droits et largue les amarres pour se sentir libre et réussir le voyage de sa vie, et de l'autre les artisans d'une culture et d'une civilisation respectueuses et attentives aux personnes et aux groupes dans leur diversité et leur singularité, mais dont elles encouragent les liens solidaires et fraternels…

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Vers l'entre-nous fraternel… des paroisses…

L'adhésion à une paroisse et sa fréquentation sont à l'image des habitués d'un puits où l'on vient recueillir l'eau qui donne à vivre. Certes chaque personne vient avec son seau au contenant plus ou moins important, selon ses besoins, selon qu'il s'agit d'une personne seule ou d'une famille nombreuse. Tout dépend aussi de l'usage qui est fait de cette eau, pour étancher la soif, faire cuire les aliments ou se laver le corps.

Ce point d'eau au milieu des habitations jaillit pour tous ceux qui viennent la puiser. Il ne fait aucune différence, il s'offre sans aucune condition ni restriction. Mais tout le monde, toutes les générations, ne se retrouvent pas sur la margelle. Le plus souvent, ce sont les plus âgés qui se chargent de venir jeter leur seau au fond du puits. Cette image souvent et partout encore visible dans les villages d'Afrique n'illustre-t-elle pas la vie de nos "paroisses de France" ?

Comme l'eau instantanément disponible à tous les étages de nos maisons nous a fait perdre l'utilité et l'habitude d'aller la chercher à la fontaine commune, de la même façon nombreux sont ceux qui trouvent leurs moyens et raisons de vivre par eux-mêmes et en eux-mêmes. Ils n'ont plus ou pas besoin de fréquenter ce lieu de ravitaillement qu'est la paroisse. Ces gens sont même fiers de se définir comme auto-entrepreneurs de leur existence et comme auto-suffisants ! Ainsi, dans ce contexte et les évolutions en tout genre, il n'est peut-être pas étonnant que les fidèles de nos paroisses demeurent celles et ceux qui ont pris l'habitude de la fréquenter dans la première partie de leur vie. Les générations actuelles n'ont pour beaucoup même pas l'idée d'en prendre le chemin, ignorant quasiment tout des "richesses" qu'elles pourraient y trouver.

La physionomie de nos assemblées dominicales donne souvent l'image de chrétiens disséminés dans nos lieux de culte, se montrant distincts jusqu'à vouloir être distants les uns des autres, alors que nous aurions l'ambition de faire de nos regroupements, faits de gens grapillés dans nos villages, des communautés heureuses de se retrouver pour recueillir ensemble la vie à la Parole de Dieu entendue et au Pain de Vie partagé. La théologie d'un Peuple tout entier convoqué et sauvé par le Christ, la conviction que nous sommes aujourd'hui ensemble appelés à être le Corps du Christ dans ce monde actuel, ce sang-là ne circule pas assez dans nos paroisses trop "retenues" par les habitudes du passé.

Nos paroisses ont pourtant vocation à être "l'Aujourd'hui" du Christ, en particulier à travers "l'entre-nous" fraternel des chrétiens.

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Parler et s'engager, en vérité !

Des prêtres, des enseignants, des éducateurs et animateurs qualifiés confient volontiers qu'aujourd'hui assumer sérieusement les responsabilités de leur mission s'avère très difficile et complexe ! Si un enseignant se voit dans l'obligation d'adresser des reproches et même de simples conseils à un élève, il n'est pas d'avance assuré que les parents de celui-ci le soutiendront. Parfois ces parents viendront le trouver pour lui exprimer leur désaccord et lui demander des comptes sur son attitude vis-à-vis de leur enfant…

Cette attitude de réaction vive chaque fois qu'une remarque est faite, une question posée qui ne visent pourtant qu'à faire réfléchir et faire grandir, on la retrouve dans les associations, dans l'Eglise. Une personne qui atteint l'âge de "passer la main" se sent froissée et désapprouvée si on lui donne le conseil d'assurer la survie bénéfique du service qu'elle accomplit si généreusement depuis de nombreuses années. Si un prêtre donne des homélies sans citer des exemples concrets puisés dans la vie, il plane dans les nuages. S'il s'exprime dans une langue simple et sensible, il n'est pas assez spirituel et on peut reprocher aux messages qu'il décline d'être trop terre à terre ! Si des adultes s'efforcent d'être à l'écoute des enfants et des jeunes, bienveillants et attentifs à leur culture, alors certains leur reprochent d'être démagogues. Quant aux autorités politiques, pourtant élues, elles sont souvent la cible de critiques qui déforment et caricaturent les choix et décisions qu'elles prennent au nom de la mission qui leur a été confiée.

Ce qui fait dire qu'à notre époque et dans notre société qualifiée d'évoluée, "on ne peut plus interpeller, proposer des changements ni personnels ni structurels" ; on n'accepte plus les remarques ni les reproches, ni même d'autres façons de voir et de penser en dehors de celle qu'on s'est forgé. Un climat d'hyper sensibilité imprègne beaucoup de monde et la tolérance n'est pas la qualité la plus exercée ! Chaque catégorie sociale et de pensée semble se blinder et les rapports entre groupes différents peuvent rapidement dégénérer en conflits d'intérêts et d'idées considérés comme définitifs…

Il existe donc des épidémies de microbes qui fragilisent et même endommagent les relations humaines. Les remèdes me semblent être en premier lieu une confiance en soi, dans les autres, même différents, et en l'Avenir qui inconsciemment peut faire peur car inconnu et pouvant donc apparaître comme menaçant. Un second remède est de réenraciner et insérer toute idée, conseil, projet, dans le réel, car ce que l'on appelle la "virtualité" peut conduire à l'illusion, au pur imaginaire, à des conduites éloignées de la réalité, à l'image d'une poulie dentée qui tourne dans le vide et donc épuise sa puissance sans rien entraîner ! En langage chrétien, il s'agit là de l'incarnation, cette invitation à ne jamais s'échapper de la vie réelle, dans laquelle se déroulent la vraie progression et le développement humain.

L'Eglise a déjà connu des périodes où les chrétiens étaient davantage insérés dans l'histoire des sociétés en étant impliqués et engagés dans les domaines culturels, artistiques, politiques, économiques, familiaux, associatifs et coopératifs, syndicaux… Aujourd'hui les chrétiens semblent parfois méfiants et à distance de ces lieux, et ils préfèrent se retirer dans leur for intérieur pour vivre plus secrètement leur foi, personnelle et intime. Sans doute y a-t-il eu des excès d'activisme de la part de "militants" catholiques… Mais ne doit-on pas aujourd'hui veiller à ce qu'il n'y ait pas ce même excès dans la distance choisie d'être témoin plutôt qu'impliqué et acteur dans la "mêlée" ? Il est vrai qu'en certains pays du monde l'engagement humain des chrétiens est clairement d'actualité.

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Quelle image a-t-on de Dieu ?

Les chrétiens qualifient d'« Amour parfait » Dieu auxquels ils croient et se réfèrent pour envisager leur vie, puisqu'ils ont la conviction que l'humain est créé à l'image du créateur, comme des enfants le sont à l'image de leurs parents. Il n'est donc pas étonnant que ce mot amour soit en permanence et en tout lieu de leur existence l'essentiel à ne pas rater !

De fait, à observer la mise en œuvre de ce bel idéal qu'est l'amour comme motif et moteur de développement abouti de l'humain, des risques nombreux existent à faire du désir d'aimer et d'être aimé un gâchis. Les exemples ne manquent pas d'amour qui prend et grapille et n'offre rien, de l'amour déguisé et falsifié, de celui qui génère les rivalités et les jalousies, la haine et les instincts de violence et de vengeance… L'amour n'est pas toujours préféré. Il est parfois écarté et remplacé par la menace, le passage en force, la pression morale, le chantage… Aussi un seul mot peut-il rendre compte de toutes ces occasions, tellement diverses de nature, de l'employer ?

Or Jésus fait de la loi de charité, c'est-à-dire "comme Dieu nous aime", celle qui coiffe toutes les lois, interdits et devoirs dont la liste est longue. En réalité, être chrétien c'est accomplir tout dans l'amour et par amour. Ainsi serons-nous unis et communiés à Dieu, Père, Fils et Esprit, communauté d'Amour et de Vie. En Dieu Trinité de personnes distinctes et différentes dans leur mission respective tout en étant de même nature, la communication et la relation unissent les trois personnes jusqu'à former ensemble Dieu Unique. Cette mystérieuse unité assimilée à une communauté de vie, de liberté, de vérité dans l'Amour devient comme le prototype que l'humain est appelé à devenir et selon lequel il a vocation à fonctionner en couple, en famille, en Eglise et dans tous les lieux où se déploient des sociétés et le vivre ensemble.

La vague d'individualisme actuelle qui donne la préférence au quant-à-soi et au chacun pour soi, au primat de ce que chacun décide par lui-même et pour lui-même, s'inscrit à l'évidence à l'encontre de la vision et du mode trinitaires que révèle Jésus en toute son existence. Au lieu de laisser s'atomiser et s'éparpiller la société en communautarismes, en ghettos sociaux, culturels et religieux, en clans et grumeaux juxtaposés mais s'ignorant, les croyants en Dieu révélé par Jésus voient en sa conception trinitaire un appel à avoir entre humains les rapports d'altérité et d'échange enrichissants qu'ont les trois personnes de la Trinité entre elles et qui les fait être chacune ce qu'elle est et ensemble Dieu vivant éternellement.

Je prétends qu'être vraiment disciple du Christ détermine notre conception des liens entre personnes. Par exemple, si ma vie m'est confiée en priorité, je concède à mes proches et aux autres des droits sur les façons dont je la gère. Une mère qui ne nourrit pas ses enfants et néglige leur santé et leur scolarité peut être interpellée au nom de la fraternité en humanité. Le droit à l'avortement et à l'euthanasie, à obtenir et élever des enfants en toutes conditions et circonstances, trouve ses limites dans le devoir de veille que toute socité exerce sur l'ensemble des membres qui en font partie. Les liens citoyens et civiques établissent des butées au laisser-penser et laisser-faire susceptibles de nuire à la fois aux personnes et à la société tout entière, et en premier lieu aux enfants et aux plus démunis…

Croire en Dieu solidaire que les relations d'Amour en lui-même et dans ses rapports à l'univers font exister constitue le logiciel univerel du devenir de l'Humanité.

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14 juin 2018

Merci à toi, Mamoudou, pour ton geste magnifique !

Ce petit garçon en danger de mort, suspendu par un bras au balcon du 4ème étage d'un immeuble, soutenu par un voisin de palier, a fait la une des médias et des réseaux durant une journée entière lorsqu'un ressortissant malien, passant là par hasard, a croisé cette foule dont les yeux effrayés étaient tournés vers cet enfant menacé de lâcher prise et de s'écraser en bas. Mamoudou Gassama, n'écoutant que son cœur et son courage, et sans doute sûr de ses capacités physiques et mentales, s'est lancé "sans réfléchir" à l'assaut de cet immeuble pour aller délivrer ce petit enfant d'une catastrophe certaine ! "Je n'ai regardé personne avant de monter", a-t-il dit à un journaliste.

Et pourtant il aurait eu bien des raisons de ne pas accomplir ce geste audacieux à première vue téméraire, s'il avait pensé aux risques qu'il prenait et à la menace de répression et d'exclusion du fait qu'il était un "sans-papiers"… D'ailleurs, s'il n'a pas eu peur avant d'accomplir son acte de très grande bravoure, il a tremblé "après" en attendant l'arrivée de la police qui l'a rejoint sur les lieux du drame. Heureusement Mamoudou a ému tout le monde par sa généreuse humanité. La foule l'a applaudi pour le remercier, la police l'a félicité et le Président de la République l'a fait venir dans les salons de l'Elysée pour le remercier et lui offrir d'être naturalisé français et d'intégrer le corps des sapeurs-pompiers de Paris. Ce que le héros du jour a accepté volontiers, le visage illuminé. Le maire de Montreuil où il réside en foyer l'a fait citoyen d'honneur de la ville.

Une fois de plus, nous sommes conviés à voir l'invisible, la bonté et la beauté, la générosité et la fraternité, l'humanité que recouvrent trop souvent les préjugés et les schémas convenus que nous avons sur ces peuples venus d'ailleurs et dont nous connaissons et apprécions trop peu la culture, les motivations et les convictions, les richeses morales et spirituelles. En voyant Mamoudou, je pensais à tous ces footballeurs souvent dotés de capacités physiques et d'habileté admirables, et aussi aux chanteurs et aux musiciens dont nous apprécions l'onctuosité des voix et des sons !

Oserai-je enfin confier ce que j'ai ressenti au plus profond de moi-même devant l'image de ce jeune Malien escaladant un immeuble pour aller sauver d'une mort annoncée cet enfant de 4 ans avec lequel il n'avait que le lien d'un même désir de "vivre" ? Ce jeune homme me révèle plus que sa belle humanité, il me fait aussi deviner le vrai visage de Dieu. En effet, en créant ce qui existe, l'Univers et la terre, ce qu'elle renferme et tous ses habitants, Dieu n'a pas pensé à tous les dangers et les risques que l'évolution de sa création comporterait. Il n'a écouté que son cœur débordant d'Amour. Il n'a pas pensé à l'ingratitude que des êtres créés lui manifesteraient ni au rejet de son nom que d'autres choisiraient. Il a toujours conjugué son amour à sa puissance. Dieu ne calcule pas ce qu'il peut gagner de crédit et d'approbation auprès de l'humanité en étant présent à son parcours. La gratuité et la grâce, sa miséricorde et son amour fidèle caractérisent sa nature !

Mamoudou Gassama, toi qui étais dépouillé de tout, tu as spontanément offert tes dons pour un petit que tu as considéré instinctivement être ton petit frère ! Nous te disons grand merci…

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Dans une société hyper-marquée par l'affectif…

Pour certains, l'humain c'est d'abord exercer sa raison et composer avec le réel. Pour d'autres, l'humain se caractérise par la sensibilité, l'émotion, d'une façon générale une vie émotionnelle que permet l'affectivité. Donnant ainsi la priorité au "ressenti", telle personne dira volontiers d'une autre personne : "je l'aime bien, elle me plait bien", avant d'évoquer ensuite les convictions qui l'en distinguent.

Dans cette atmosphère où l'affectif a priorité sur ce qui est objectif et rationnel, faire naître des relations et les entretenir peut consister surtout à rechercher de conquérir par un jeu, souvent inconscient, de séduction et de soumission. Dans ce registre des sentiments, le fait de plaire, de se faire apprécier et approuver, passe toujours avant la recherche d'une vérité. D'une relation d'assistance, on dérive souvent à celle de la dépendance. On devient partisan ou l'on rejette brutalement celui dont on se sent redevable. Dans ce genre de relation basée sur l'affectif, l'altérité et les différences, les nuances sont à gommer, car seules la fusion, la similitude et la ressemblance y sont recherchées tandis que la distinction et la distance sont redoutées.

Or à force de vouloir toujours et à tout prix être en accord, on finit par se méconnaître réellement et un jour "se réveiller" très éloignés et même opposés. A mon avis, s'il est très souhaitable de s'estimer, ce n'est qu'à travers les différences et même les éloignements connus et reconnus que l'on pourra parler de vraie considération et même d'attachement mutuel. Ainsi la vertu de "prudence" doit-elle être invitée à paraître dans l'expression de nos relations aux "autres" estimés en ce qu'ils sont réellement. Par exemple embrasser toutes les personnes venues pour une réunion me semble ne pas assez tenir compte du ressenti particulier de chacun devant cette façon de saluer. Je suis convaincu que pour éviter de convoquer à la réunion ce registre affectif, il faut au contraire commencer par souligner la légitime distinction des points de vue et leur respect par chacun des participants.

Certains signaux peuvent diffuser des appels à la complicité, à la soumission, et déjà de la part de ceux qui les lancent des intentions d'appropriation et de dépendance. Attribuer trop de charges et de responsabilités à quelqu'un d'une façon exclusive et solitaire, c'est courir le risque que cette personne s'approprie ce qui lui a été confié et en fasse un tremplin pour dominer et parfois manipuler les autres !

Certes les prêtres, les religieux et religieuses ont fait vœu de célibat. Mais ils n'ont pas renoncé à aimer et donner de leur temps et de leurs capacités pour servir, soutenir et parfois guérir moralement et spirituellement la vie de leurs frères et sœurs en humanité ! Or ils n'accomplissent correctement cette mission qu'en passant par la liberté et l'autonomie affirmées de ceux dont ils ne seront jamais que les serviteurs, itinérants et transitoires.

C'est au cœur de ce don gratuit et gracieux de ce qu'ils sont que les prêtres trouvent la joie de contribuer à la vie de ceux et celles qu'ils accompagnent, par exemple des couples vers leur mariage, des parents vers le baptême de leurs enfants, des enfants et des jeunes dans la construction de leur avenir, des familles éprouvées par le deuil et la perte d'un être cher…

Posté par lucien marguet à 22:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]