Les billets du Père Lucien Marguet

13 juin 2019

Pentecôte 2019

 

Pour nous chrétiens, Dieu se présente à nous sous trois noms : Dieu est Père, il est Fils et il est l’Esprit dont la mission est d’unir les deux. C’est d’ailleurs au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit que l’on commence et termine les offices religieux, que l’on baptise, que l’on accorde le pardon, que l’on bénit les personnes…

Or Dieu a beaucoup agi et parlé. Il est à l’origine de ce qui existe concrètement. Mais personne ne l’a jamais vu. Sauf deviné à travers l’immensité de l’univers et la complexité de ce qu’il renferme de végétaux, d’animaux sur terre et dans les océans, et bien sûr l’être humain. En observant, en explorant, en découvrant ce monde toujours de mieux en mieux, certains ont conclu que tout cela était apparu sans que personne ne le veuille, par le fait des hasards. D’autres au contraire voient dans les merveilles de la Nature l’œuvre et la volonté d’un Etre supérieur, selon ce principe universel de base que nul n’est jamais l’auteur de sa propre existence. Ils lui ont donné le nom de Dieu, c’est-à-dire l’Etre qui, lui, existe depuis toujours et pour toujours. Qui n’est pas soumis à l’encadrement du temps, du lieu et des limites physiques en général.

A toute époque de l’histoire, des penseurs, des chercheurs, des philosophes ont cherché à le définir et le décrire. Certains ont fabriqué son visage sous forme de statue divine. D’autres, sceptiques, à défaut de pouvoir se le représenter, ont conclu à son irréalité. Dieu est un leurre, une virtualité, et le chercher est un gaspillage d’énergie. Nous le savons tous, tout a été dit et écrit sur Dieu, entre ceux qui croient et ceux qui en nient la réalité.

Or nous, les chrétiens, nous affirmons que Dieu a pris visage humain et qu’en vivant parmi nous dans une séquence de l’histoire humaine, Jésus nous a montré qui est Dieu, ce qu’il pense et quelle relation il souhaite développer avec nous sur terre. Les récits des évangiles et des écrits profanes authentifient les faits, gestes et paroles de Jésus et nous donnent à le connaître. Notre désir instinctif et naturel de voir et connaître Dieu rejoint la volonté qu’a Jésus de nous le révéler clairement. Pour satisfaire non seulement notre besoin d’expliquer,  mais aussi la nécessité que nous ressentons de donner de l’assurance à nos vies par des repères, des signaux, des orientations qui en fournissent le sens. Jésus finira par désigner sa venue ainsi : « Je suis venu pour que tous aient la vie et qu’ils l’aient en abondance ». Et un jour il se définira ainsi : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ». Ainsi, croire en Jésus et s’efforcer de pratiquer l’Evangile, c’est marcher en compagnie de Dieu.

Après avoir vécu assez de temps pour incarner ce chemin humain, Jésus a physiquement disparu. Il fallait qu’il s’efface pour laisser place à l’Esprit. De nouveau Dieu serait à chercher à l’intérieur de soi. Il ferait signe, appellerait, chuchoterait, suggèrerait, apporterait sa lumière et son énergie vitale dans la conscience de tout être humain et dans le cours des petits et grands événements de sa vie. C’est la grande œuvre accomplie par Jésus. Il nous dit : découvrez et rencontrez Dieu dans la multiplicité des êtres et des choses qui existent, au moyen de votre conscience, de ce que les évangiles et l’Eglise vous font connaître de Dieu.

D’ailleurs les croyants ne sont-ils pas appelés à s’exercer à reconnaître le passage de Dieu dans les pas des hommes qui avancent ? Comme Dieu créateur dont on ne voit la présence qu’à travers les effets de son passage, l’Esprit Saint, présence intérieure, n’est perceptible que lorsque celui qu’il touche se met à bouger, à s’améliorer, se transformer, prendre des initiatives bénéfiques. N’est-ce pas ce qui s’est passé ce jour de Pentecôte ? Les apôtres n’ont plus peur, ils osent, ils parlent avec clarté et conviction, ils témoignent. Et leur parole rejoint chacun dans sa propre situation. L’Esprit traverse toutes les frontières…

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L’argumentation d’autorité ne suffit plus

 

Dans une société où la liberté de conscience, le droit de « critiquer », de penser et d’élaborer sa propre opinion sont valorisés, l’exercice de l’autorité ne peut plus reposer que sur des déclarations ou des affirmations cinglantes et fermées ! A toute autorité, il est demandé par ceux à qui elle s’adresse de justifier ce qu’elle réclame. C’est aux tenants de l’autorité en effet de fournir les raisons et la finalité de la demande ou de l’exigence.

Tout le monde est devenu réticent à consentir sur parole. L’on veut comprendre avant d’adhérer et d’exécuter. Même les enfants sont dès leur plus jeune âge déjà modelés par ce besoin. Les grandes institutions telles que la justice, l’Etat, l’école, l’Eglise elle-même, ne peuvent plus se contenter de dire la loi et le droit, ce qui est interdit et ce qui est permis, le légal et le moral, la foi et les rites. L’autorité consiste aussi à expliquer, à fonder, à fournir des éléments qui révèlent le bien-fondé de cette position à laquelle chacun est invité à se conformer. L’argument d’autorité en raison de la place hiérarchique et de l’aura n’est plus plus immédiatement crédité de confiance.

Le doute, les questions, le désir et même le devoir de chercher à comprendre et intégrer sont devenus les conditions préalables à toute adhésion véritable. Même le milieu scientifique, qui avait su se réserver le crédit de la Raison, du démontrable, accepte souvent d’être passé au crible des contre-épreuves et des démonstrations contradictoires avant d’afficher les résultats de ses recherches. Tout le monde est invité à se montrer modeste et même humble devant les citoyens qui veulent être assurés des vérités qui leur sont adressées !

Il me semble ainsi que nombre d’incroyants, de sceptiques, d’indifférents se positionnent à distance des convictions religieuses parce qu’ils redoutent que les interrogations qui les taraudent ne soient pas honorées de réponses fondées et assimilables. Ce désir d’en apprendre plus n’est-il pas le signe positif des choix de penser et faire mieux ? L’Eglise et ses clercs, ses docteurs et ses pasteurs, n’ont-ils pas forgé à l’Eglise un visage « d’enseignant » qui impose des « devoirs », une pensée, sans donner assez les clés pour en mesurer le sens et l’importance, l’impact sur la vie ? La foi chrétienne n’est pas d’abord une morale, elle est une relation entretenue avec le Christ, à la fois intime et communautaire. Comme toute amitié et tout amour, elle se développe par une fréquentation fidèle de Jésus dans les textes bibliques et dans l’expérimentation de l’Evangile au cœur de la vie.

Or l’argument d’autorité et d’obéissance sans comprendre a parfois donné de l’Eglise et de ses membres un visage autoritaire, doctrinaire, dogmatique, devenu avec le temps synonyme de fermeture, alors qu’en réalité l’Eglise a de multiples bonnes raisons et de précieux moyens de contribuer à libérer, sauver, en un mot de promouvoir l’humain, à la suite du Christ dont elle est la prestataire de service habilitée hier, aujourd’hui et demain…Encore faut-il que les autorités qui la guident et l’animent consentent à rendre compte, devant ceux à qui elle s’adresse ou devant les faits et événements face auxquels elle se prononce, de la genèse et des fondements des sentences qu’elle annonce, des points de vue qu’elle affiche, des recommandations qu’elle préconise.

N’est-ce pas un excellent signe de maturité que chacun veuille savoir d’où l’on part et où l’on va pour consentir avec joie et confiance à faire le chemin pour y aller ?

 

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A propos de saint Christophe

 

Du saint patron vénéré des voyageurs qui les protège et leur prodigue des conseils de bonne conduite, l’Histoire ne dit rien ! Selon la légende grecque, Christophe était un chrétien barbare qui, enrôlé dans les armées romaines, refusa de renier sa foi. Il mourut martyr dans de grands supplices.

Les occidentaux en ont fait, eux, un géant qui, converti, s’installa près d’un fleuve pour le faire passer aux voyageurs. Un jour, le « bon géant » mit sur ses épaules un enfant dont le poids devint tel, au cours de la traversée, que Christophe eut toutes les peines du monde à atteindre le but. Or cet enfant était Jésus, qui promit à son porteur le martyre !

Le culte de saint Christophe passa d’Orient en Occident où il devint très populaire. Nous savons tous combien notre société actuelle est marquée par le besoin d’aller voir toujours plus loin et d’échanger avec « les autres » ce qu’ils sont, ce qu’ils détiennent, et de proposer ce que nous sommes nous-mêmes et ce que nous fabriquons. Les transports ont pour vocation de combler les distances et les véhicules de toutes sortes sont créés pour faciliter les rapprochements. Les véhicules pour transporter les personnes, les familles, ceux qualifiés d’« utilitaires » qui offrent de l’espace au matériel ou aux instruments, les transports dits « en commun », les véhicules de marchandises et de chantier, sont tous devenus le quotidien incontournable de la vie des sociétés industrielles, dans les villes et aussi les campagnes.

Comment ne pas souligner l’importance des transports aériens, ferroviaires, fluviaux, maritimes, auxquels viennent s’ajouter les transferts de données par les réseaux sociaux que permet internet ? Sortir, aller, rencontrer, partager, apporter et recevoir, ces verbes sont activés chaque jour par tant de gens du monde entier. Bien sûr ces rencontres que permet la multiplication des « moyens de transport » donnent lieu à des découvertes, parfois des étonnements, et dans certains cas à des heurts et des conflits. Mais tous font de la Terre un gros village dont les habitants les plus éloignés ne peuvent plus s’ignorer. Si les voyages forment la jeunesse et tissent des liens locaux, nationaux et mondiaux, brassent et font se confronter les cultures, les démunis et les nantis, ils sont aussi ciblés par les plus avisés des détériorations climatiques dont souvent on les accuse !

Nous qui sommes chaque jour les utilisateurs de ces véhicules pour aller conduire les enfants à l’école, à la piscine ou au catéchisme, pour transporter de la paille ou aller rendre visite à un proche parent, travailler loin de chez nous, nous, les utilisateurs du train et de l’avion, nous nous demandons souvent comment nous ferions sans ces moyens de transport qui nous permettent de nous déplacer, donc de nous retrouver et d’approfondir nos liens humains, de satisfaire nos désirs de découvrir, d’apprendre et de comprendre. Ce besoin de se mettre debout, de sortir, d’aller - très loin parfois -, de s’approcher, est me semble-t-il une aspiration humaine universelle ressentie par tous. Depuis les gens du voyage dont la maison d’habitation elle-même est roulante, dont le travail sur les marchés est lui-même mobile, jusqu’aux commerciaux internationaux, tous savent d’expérience que les échanges sont devenus le véhicule tout-terrain de la vie mondiale.

Ainsi, acceptons-nous d’être, à la suite de saint Christophe, des « passeurs de vie », de points de vue différents, de biens culturels, moraux et spirituels, dans un esprit de service et de générosité, pour enrichir le Bien commun de toute l’humanité ?

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Comme Dieu s’est fait proximité en Jésus, l’Eglise et ses membres sont appelés à être proches…

 

Par l’incarnation de Jésus de Nazareth, Dieu s’est fait proche de tout être humain sur terre. Il a revêtu un corps, il s’est glissé dans un Peuple, il a parlé sa langue, adopté ses traditions et ses rites. Tout en demeurant Dieu, il est devenu pleinement homme. En faisant de ce chemin d’Alliance une condition pour lui d’accomplir sa mission de salut, Jésus indique à ses disciples d’hier, d’aujourd’hui et de demain de passer par cette étape de la proximité et de l’incarnation. Les chrétiens sont appelés non pas à s’isoler, à surplomber, mais à se mêler, se mélanger, tout en témoignant vivement et vraiment du Christ « Chemin, Vérité et Vie ».

Mais quelles sont les conditions pour établir une proximité ? La proximité se réalise dans la présence physique, au milieu, avec, au côté. Se faire proche, c’est aussi porter attention et intérêt à l’autre, parler sa langue, celle des mots, et le rejoindre dans les sentiments de son cœur, essayer de le connaître et de le comprendre sans renoncer à lui proposer ce que l’on croit soi-même. Ce désir de transmettre et de partager ne doit jamais se nourrir du désir d’éblouir et d’épater par un langage inadapté et incompréhensible par un auditoire, respectueux et silencieux, mais imperméable aux messages trop emballés de mots hermétiques !

Dans la recherche d’une proximité, d’une bonne connexion et d’une claire communication, il faut donc éviter l’attitude dogmatique qui prétend livrer clés en mains un contenu ficelé, à prendre ou à refuser ; il faut tout autant éviter un message au contenu flou entaché de démagogie et de flatterie vis-à-vis de l’auditoire. La posture préférable est sans doute de parler avec douceur et humilité, avec une bienveillante considération pour celles et ceux qui pensent et croient autrement. La proximité doit ressembler à un chemin sur lequel nous marchons tous, chacun(e) à son rythme, attentifs et préoccupés que nous pouvons être par des aspects parfois différents, tout en nous efforçant d’avancer, de nous enrichir mutuellement, sur ce même chemin humain. La proximité, elle, s’intensifie et s’approfondit aux carrefours qui amènent à faire ses choix, dans des circonstances douloureuses et pénibles de l’existence, dans les chamboulements que provoquent certains événements incontournables… Car le désir d’être proche fournit les preuves de son authenticité et de sa solidité tout spécialement au moment des intempéries qui surviennent dans le déroulement de la vie et génèrent alors des dégâts.

Par son Incarnation, Jésus, lui, n’a pas trié ce qui convenait à sa nature divine. Il a au contraire fait de toute circonstance de sa vie sur terre une occasion de révéler le vrai visage de Dieu, sa pensée, son regard, son projet… Par le partage entier de son humanité, Jésus nous rend visible le cœur de Dieu son Père qu’il nous dit être aussi Notre Père ! Cette proximité volontaire et durable, Jésus l’a déployée en toute la durée de son existence terrestre, comme un service accompli dans la joie et par amour.

Le signe emblématique et symbolique de cette proximité de Jésus, saint Jean l’a raconté dans la séquence du lavement des pieds que Jésus effectue lors du dernier repas pascal pris avec ses apôtres. Jésus s’est fait proche jusqu’à laver les pieds poussiéreux de ses apôtres…

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Fête des Moissons sur la colline Saint-Walfroy

Fête des Moissons sur la colline Saint-Walfroy

 

Il y a bien longtemps sur cette colline, la forêt dominait, et pas les terres cultivées ni les verts pâturages, ni bien sûr ces bâtiments. Les habitants de ces lieux vivaient dans des huttes fabriquées par eux avec des branches et des feuillages, de la terre battue. Ils avaient comme moyens de vivre de cueillir les fruits comestibles d’arbres et de plantes, de récolter des insectes et de chasser les animaux que la nature leur fournissait. Ils bénéficiaient donc de la culture de ce que les ethnologues appellent la « cueillette ». L’agriculture et l’élevage domestique qui exigent de l’homme un esprit d’initiative, de créativité et de soins appropriés de la terre en fonction des saisons ne viendront que par la suite.

Ces habitants rendaient un culte à la déesse Arduina, la déesse des forêts, dont ils attendaient une assistance pour leur nourriture et la protection contre les épidémies, la maladie et la survenue des attaques ennemies. Ce peuple vivait sur lui-même, on peut dire en autarcie, d’où le besoin de croire en une religion animiste, protectrice. Or ces croyances en des divinités ont en commun de par le monde d’entretenir le sentiment de fatalité. La vie des croyants dépend entièrement de la bienveillance des idoles et de la chance qu’elles attribuent ou non à qui elles veulent !

L’arrivée de Walfroy, son style de vie original, sur une colonne, à la manière des stylites du désert, étonnera, attirera. Sa non-violence et sa patience – car il ne recourra jamais ni à la peur, ni à la menace, ni à la pression – témoigneront d’une autre façon de croire aux forces supérieures. Sans fatalisme et surtout en développant une confiance dans les capacités et les possibilités détenues en tout être et dans une communauté humaine.

C’est par l’historien Grégoire de Tours que nous connaissons les évolutions introduites par Walfroy et par l’annonce de l’Evangile de liberté et de vie ! La foi chrétienne libère les énergies, donne à l’homme confiance et considération en lui-même, et en même temps l’investit de la responsabilité de créer, d’aller de l’avant, de progresser, non pas seul mais en s’associant à d’autres et en prenant soin des plus faibles, de ceux et celles qui peinent à tenir debout sans être secourus et accompagnés.

Ainsi ce peuple de la forêt que ne rejoignaient pas les armées romaines occupantes transitant dans la plaine, ce peuple à part allait peu à peu évoluer sous l’effet de sa christianisation non imposée, mais au contraire choisie et intégrée. Ainsi des ouvertures, des ponts, des relations allaient s’établir et se développer avec d’autres lieux de vie. On peut donc constater que croire en Dieu, le prier, lui demander de nous aider dans nos choix, nos décisions, nos implications, ce n’est absolument pas nous dessaisir de notre personnalité en lui demandant de tout faire à notre place, de prendre le volant de la conduite de nos vies. Etre chrétien au cœur de notre quotidien familial, social, professionnel, communal, ecclésial, c’est au contraire accepter le regard de Dieu qui nous croit, nous considère capables d’assumer toutes les capacités humaines qui fondent notre dignité.

 

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La Terre

La Terre

 

La Terre, en réalité, n’est la propriété de personne. Elle est la maison de tous. De tous les humains, mais aussi de toutes les espèces d’animaux, d’oiseaux, d’insectes, en un mot des vivants. Sachant cela, nous devons avec raison mesurer l’impact et les conséquences durables de ce que nous choisissons et faisons. Nous n’avons pas seulement à gérer le présent, mais aussi en partie l’avenir pour ce qu’il dépend de nous.

La Terre, nous la recevons, elle nous est confiée en gestion. La Terre est une planète à taille modeste au milieu d’astres par myriades. Terre des plaines fertiles. Terres escarpées des montagnes. Terres herbagères où broutent les troupeaux d’animaux domestiques. Terres des savanes où se camouflent les bêtes sauvages. Terres où se dressent des forêts aux arbres de toutes espèces. Terres que le soleil inonde de ses rayons lumineux et bénéfiques. Terres angoissantes de rocailles et de sables des déserts arides. Terres inhospitalières. Paysans sans terres ici et là sur le vaste globe. Terre sans pluie et terre submergée d’eau. Terre reçue en héritage et terre achetée à prix d’or. Terre pauvre, pouilleuse, maigre, et terre riche, en jachère, délaissée. Terres d’un pays envahi, meurtri par les guerres, criblé de tranchées et d’engins meurtriers. Terres d’un pays fatigué et blessé dans la reconquête de sa liberté et de son intégrité. Terrain à bâtir, terrain réservé pour y être « enterré », tel un grain de blé enfoui.

Pour les herbagers à longueur d’année occupés et parfois préoccupés, pour les éleveurs et les agriculteurs, la terre est la source de vie, leur outil principal. Que de labeur, de courage, de veille et d’éveil, que de soucis et de démarches, que de temps passé dans les étables, les écuries, les prairies et les champs, sur les tracteurs, pour composer sans cesse avec les bienfaits et les aléas des saisons, les maladies et les épidémies qui menacent les troupeaux. En contact permanent avec la Nature, les éleveurs et les agriculteurs se font une philosophie de la vie. Ils savent d’expérience que l’on ne peut impunément exploiter, user la terre jusqu’à l’épuiser, mais que le meilleur chemin est d’en prendre soin, de composer avec elle, d’en faire une alliée.

Car la terre se veut une alliée de l’homme et de l’humanité. Elle consent à être sollicitée selon des normes raisonnables, car elle sait que sa mission est de faire fructifier et d’offrir les moyens de se nourrir et de vivre aux vivants et à celles et ceux qui sont chargés de les commercialiser et de les diffuser.

Comment enfin ne pas souligner et apprécier, valoriser, toutes les initiatives positives qui développent les liens de solidarité et de fraternité dans le monde rural ? Actes individuels d’entraide mutuelle, matériel acheté en commun, coopératives d’achat et de vente, syndicats de défense et de propositions, associations sportives, musicales, de loisirs, d’apprentissages : informatique, langues étrangères, soutien scolaire… La terre est aussi au service de ce « bien-vivre ensemble » rural.

Nous le savons, tous ces métiers en rapport à la terre et à la Nature, aux saisons, sont plus qu’exigeants, parfois très éprouvants, dans une époque mouvante et même incertaine, que certains qualifient même de société « liquide », puisqu’elle échappe de nos mains comme de l’eau que l’on écope ! Il n’y aurait pas de moissons sans ces travailleurs nombreux de la terre nourricière qui ne retient rien pour elle, mais se sait la mission de tout donner d’elle-même. L’occasion pour nous de remercier la Terre, la Nature, et, lorsqu’on est croyant, Dieu qui l’a créée et qui nous l’a confiée depuis les commencements de l’univers. Jésus, Fils de Dieu venu habiter sur la terre de Palestine, n’a qu’un projet : celui de rejoindre le cœur de tout être humain et devenu pour chacun « chemin, vérité et vie »…

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23 mai 2019

L’Europe ? Oui, mais…

L’Europe ? Oui, mais…

 

Les cérémonies de mémoire, tant dans les églises que sur les lieux de bataille ou au pied des monuments érigés dans le but de ne jamais oublier ceux qui ont donné leur vie pour la liberté et la Paix, ces cérémonies de souvenir du Passé nous font aussi un devoir de regarder le Présent et de protéger l’Avenir.

Par exemple, à l’image des combats collectifs pour préserver la possibilité de vie sur terre, si l’on est convaincu que la Nature, l’air et l’atmosphère, la biodiversité doivent être respectés et protégés par tous les Etats et tous les citoyens, ne faut-il pas de même avoir ce même esprit de mobilisation pour protéger et renforcer les bases de la liberté et de la Paix en Europe entre les Nations ? D’où l’importance toujours d’actualité de faire exister une Europe unie et forte au sein d’un monde changeant et à certains égards violent et dangereux. Seuls au milieu de tous, on est et on serait de plus en plus faibles et vulnérables. A plusieurs, en s’associant et sans effacer ni renoncer à notre histoire singulière, notre identité, notre patrimoine culturel et spirituel, en les offrant au contraire comme des éléments fondateurs et fédérateurs de civilisation commune, nous redonnons à l’Europe toute sa raison d’être. Elle n’enlèvera jamais rien de fondamental à chaque Etat, mais elle lui donnera toujours plus de poids et de chance dans le concert de la mondialisation.

Se recroqueviller jusqu’à imaginer un futur autosuffisant est une chimère. Les moyens de renforcer les bases de la liberté, de la justice, de la recherche scientifique dans les domaines médicaux, spatiaux, industriels et même culturels, réduits à chaque Etat s’affaibliraient, alors que le fait de les élargir et de les associer augmente les chances de progrès. L’Union Européenne ne signifie pas s’absorber mutuellement ni fusionner, ni la domination des plus puissants sur les moins avancés. L’Europe, au contraire, a été pensée et fondée à la fin de la seconde guerre mondiale comme une chance pour des petits Etats d’être protégés et soutenus, économiquement et politiquement, et pour les Etats les plus performants de ne plus succomber à la tentation d’invasion et de domination par le moyen de la guerre, mais au contraire de se ressentir investis de la haute responsabilité de garantir les valeurs humaines indispensables de la Paix, la liberté, le respect de la dignité auxquelles tout citoyen est en droit de prétendre.

Bien sûr il existe des maladies endémiques qui rongent et fragilisent les engagements, les concertations, les traités progressivement établis entre pays européens. A l’image des relations interpersonnelles, conjugales, familiales, sociales, parfois menacées par l’individualisme et l’égoïsme, par la soif d’accaparer et d’imposer leurs idées et leurs pratiques, les relations entre pays européens subissent les mêmes harcèlements et les mêmes tentations. Certains en concluent un peu trop vite qu’il faut renoncer à s’associer et s’entendre. L’on peut à l’inverse percevoir dans ce passage houleux et hésitant actuel que c’est le moment de « rechoisir » de s’unir, de dialoguer, de s’apprécier, de s’enrichir des différences, de réaffirmer les fondements de notre logiciel humaniste et chrétien multiculturel commun.

Détricoter, rompre, suspendre, interrompre, retourner chacun chez soi et ne vivre qu’entre soi serait une erreur monumentale et une insulte au sens profond et affiché de l’Histoire. Ce serait pour notre époque une erreur grave et face à notre conscience morale un choix coupable !

 

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Confiance et contemplation

 

Nombre de parents et de grands-parents confient volontiers leur tristesse de voir leurs enfants et petits-enfants envisager facilement leur vie sans aucune référence religieuse. Tant de possibilités et d’activités les occupent, et tant de loisirs et de divertissements les dispersent, certaines fois les submergent.

Certes ces grands-parents font part de leur bienveillance vis-à-vis de leurs êtres chers dont ils soulignent combien leur vie « séculière » est de tant de façons courageuse, généreuse, animée d’affection, d’amitié et d’amour. Tout en admirant ce que ces proches font et sont, ceux et celles qui leur ont donné de naître ne peuvent que souffrir du fait que ce qu’ils considèrent comme une richesse – le fait de croire en Dieu et d’en bénéficier dans le déroulement d’une existence – ne fasse pas partie de leur univers. Car la foi donne un cadre, un sens y compris ultime, un horizon au parcours terrestre. En apprenant d’où l’on vient, où l’on va et même par quel chemin il est préférable de progresser grâce aux panneaux indicateurs qui le jalonnent, le fait de chercher, connaître, apprendre et comprendre nous sauve sans doute des égarements, des voies sans issue où l’on risque d’échouer quand on choisit de tracer et parcourir sa propre vie en solitaire et sans Dieu !

Il est vrai que la foi, l’Espérance et la charité chrétiennes n’ont plus autant la cote dans les générations les plus récentes, qui continuent cependant à adopter les valeurs humanistes héritées des parents. Ces jeunes contemporains fonctionnent à l’image de tous les buveurs d’eau en bouteille qui choisissent d’ignorer la source d’où elle provient. Ils ressemblent à ces clients qui acquièrent des produits ou des instruments dont ils jettent la notice de montage ou d’utilisation à la corbeille, parce qu’ils ambitionnent de pouvoir se débrouiller sans l’aide de quiconque, pas même du concepteur !

J’ai souvent observé que ces agnostiques, ces indifférents et même ces incroyants, ces athées, avaient une fausse conception du rôle des religions, en particulier du christianisme. Fiers de leur liberté de conscience pour discerner le Bien du mal et ce qu’il est préférable de choisir dans leur vie. Ils comptent sur leurs forces et leur sens des responsabilités. Ils considèrent alors le temps consacré à la religion, à la prière dans les églises avec d’autres, comme de l’énergie gaspillée. Ils ne sont pas forcément téméraires ni orgueilleux, encore moins égoïstes. Ils sont victimes, par contre, du traquenard de l’individualisme : « chacun sa vie, chacun ses valeurs et sa destinée, et le soin personnel de s’en sortir ».

Ils me font penser au récit de la multiplication des pains raconté dans l’Evangile. Beaucoup de monde et pas de quoi manger pour cette foule affamée. Les proches de Jésus proposent une solution : renvoyer les gens pour que chacun aille chercher de quoi se nourrir soi-même. Or, face à cette proposition Jésus va demander un regroupement pour que « tous » soient rassasiés. Lorsque je reçois des confidences exprimant des regrets que leurs petits-enfants ne soient même pas baptisés, ne bénéficient d’aucune initiation religieuse, et que j’entends que parfois il leur est même interdit, à eux grands-parents, de leur faire visiter une  église, alors j’invite ces gens affectueusement soucieux à mieux connaître encore la vie, les choix, les paroles et les actes, les engagements de celles et ceux qu’ils aiment pour en découvrir et en apprécier la beauté et la bonté, le bien pratique.

Il sera alors possible à ces « anciens » de s’extasi devant telle ou telle séquence de la vie de leurs héritiers. Ce sera une façon pour eux d’annoncer et de valoriser ce que leur foi en Jésus-Christ et leur pratique de l’Evangile contemplent d’essentiel et de moteur dans le tracé de leur existence. Ainsi deviendront-ils témoins de foi auprès de leurs proches qu’ils chérissent !

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Ces journalistes qui n’entendent qu’eux-mêmes…

 

Ayant moi-même reçu, dans le cadre d’émissions sur l’antenne de RCF, des centaines d’invités durant plus de 20 ans, je suis attentif et sensible à la façon dont les journalistes posent des questions et accueillent les propos ! Je suppose que l’orientation et le contenu souhaités par la station de radio ou la chaîne de télévision sont évoqués avant la transmission souvent en direct ou l’enregistrement dans les conditions du direct. On évite ainsi les coupures et le choix d’extraits qui peuvent modifier, considérablement, les vérités délivrées par l’invité du jour lorsqu’il s’agit d’une émission montée et produite en différé.

Or il m’arrive assez souvent d’être surpris par la façon « dirigiste » qu’ont certains journalistes de « conduire » une interview ! Leurs questions semblent n’avoir pour but que de faire dire à leurs invités la « vérité » qu’eux-mêmes attendent comme une illustration de ce qu’eux-mêmes veulent prouver… Ils s’acharnent même, à l’image du dentiste pour extraire une dent de son « patient » ! Je regrette alors que les journalistes se montrent impatients dans leur pratique et trop attachés à tel ou tel détail dont ils vont parfois faire leurs choux gras.

Songeons aux petites phrases souvent soigneusement « isolées » des circonstances et des conditions dans lesquelles elles ont été prononcées ! Leur sens initial devient alors incontrôlable, tandis que leur utilisation est démultipliée à souhait. Il me semble que le journaliste doit, par la clarté et la justesse de ses questions et par le respect des réponses de son invité, montrer qu’il a mission de faire émerger la vérité que son invité détient. Si l’on peut admettre que les journalistes recourent à des astuces et même à des pièges pour pousser l’interviewé dans ses retranchements lorsqu’il se dérobe à l’objectivité des faits, l’on peut difficilement justifier que l’interview ressemble à un filet jeté sur les confidences de l’invité pour le capturer et l’enfermer sans qu’il puisse se défendre « vraiment ».

Certains journalistes n’évitent pas toujours d’être contaminés par des préjugés et des présupposés qui se ressentent dans l’attitude adoptée devant leur « invité ». Les questions alors posées sont superficielles, anecdotiques, elles manient le réel et l’amalgame, le vérifiable et l’imaginaire, le vrai, le doute et la rumeur. Nous devons beaucoup au monde des médias, sans lequel nous serions sous-informés, parfois désinformés et facilement intoxiqués. Mais des médias et des médiateurs, nous, auditeurs, attendons un professionnalisme exigeant par son objectivité et son souci manifesté dans la recherche et la diffusion des vérités. En donnant la parole aux uns et aux autres, à tel point de vue et à un autre, opposé, en les invitant à dialoguer parfois avec vivacité autour d’une table ronde, les journalistes accomplissent une œuvre utile et belle puisqu’ils permettent à ces citoyens dont les avis sont différents, et même divergents, de s’exprimer et de s’interpeller, se donnant ainsi de favorables occasions de se connaître et parfois de se rapprocher.

Grand merci à tous ceux et celles qui font de leurs paroles, interrogatives et affirmatives, des moyens et des temps de rapprochement qui renforcent le lien social et la solidité du vivre ensemble sociétal. Tout ce qui contribue à unir dans le respect des différences est, selon nombre d’entre nous, une avancée vers le progrès de tous ! Surtout s’il se nourrit peu à peu de la mise en commun de vérités, fussent-elles partielles !

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Natasha St-Pier à Saint-Walfroy

 

En l’église de l’Ermitage dédiée à saint Martin par saint Walfroy lui-même, Natasha St-Pier a donné un magnifique concert de chants inspirés de textes poétiques écrits à la fin du 19ème siècle par Thérèse, religieuse au carmel de Lisieux. Près de 600 personnes venues des environs et de la région s’étaient rassemblées pour venir entendre la voix sublime de l’artiste et goûter les paroles douces et lumineuses de Thérèse et de ceux et celles dont celle-ci continue à inspirer l’écriture. Ce public nombreux qui avait retenu sa place depuis longtemps et Natacha, accompagnée de son équipe technique, ont d’abord été accueillis par Eric Piéton, président de l’Association des Amis de Saint-Walfroy.

Pendant une heure et demie, la chanteuse brillante mais simple et humble a enchaîné des chansons en prenant comme trame de son répertoire d’un soir l’histoire de la vie courte et dense de Thérèse. Elle en a souligné les événements marquants, telle la mort de sa maman lorsqu’elle avait 4 ans et demi, la nuit de Noël 1886 durant laquelle Jésus métamorphosa sa condition d’adolescente de 14 ans et sa souffrance d’avoir perdu sa maman en torrents de lumière accueillis en elle. Après 9 années douloureuses, Thérèse retrouve « la force d’âme qu’elle avait perdue lors de la mort de sa mère », et, selon ses dires, qu’elle « devait conserver pour toujours ». « Depuis cette nuit bénie de 1886, je ne fus vaincue en aucun combat, mais au contraire je marchai de victoire en victoire et commençai pour ainsi dire une course de géant (psaume 18, 5 », écrira-t-elle en relisant son parcours terrestre dans « Histoire d’une âme ».

Désormais elle sait que Jésus l’accompagne et la soutient dans une relation de confiance et de communion. Pour aller vers la sainteté, « Jésus ne demande pas de grandes actions, mais seulement l’abandon et la reconnaissance ». La « petite voie » thérésienne est un chemin, une manière de vivre notre communion avec Dieu. Elle constitue le cœur du message de Thérèse et prend sa source dans l’enseignement de Jésus lui-même. Mt 19, 13 : « Alors des petits enfants lui furent présentés pour qu’il leur impose les mains. Mais les disciples le rabrouèrent. Jésus dit alors : ‘Laissez les petits enfants et ne les empêchez pas de venir à moi ; car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume des Cieux.’ ».

Cette « petite voie » délivre des messages comme autant d’appels à saisir toutes les bonnes occasions pour progresser en sainteté. Ne pas compter sur nos mérites, mais espérer en Dieu qui est notre soutien. Ne pas s’étonner des faiblesses des autres, mais s’édifier de leurs qualités. Ne pas désespérer des échecs, mais supporter nos imperfections. Ne pas s’appuyer sur nos propres forces, mais prendre l’ascenseur de l’amour. Ne pas vouloir tout faire avec effort, mais laisser faire Jésus humblement. Ne pas rechercher ce qui brille, mais rester caché entre les bras de Jésus. Ne pas privilégier ce qui est extraordinaire, mais prendre les moyens ordinaires. Ne pas penser aux peurs qui paralysent, mais s’abandonner au Père. Ne pas comptabiliser les œuvres, mais étancher la soif de Jésus. Ne pas s’attribuer les progrès, mais reconnaître que tout vient de Dieu. Ne pas se décourager, mais croire qu’on est digne d’être aimé. Ne pas se complaire dans la souffrance, mais fixer le regard sur Jésus. Aimer comme Dieu qui n’est que miséricorde et nous aime inconditionnellement… Toutes les chansons de Natasha St-Pier diffusent la joie, l’amour, la compassion, le désir de vivre intensément.

Le soir du 30 septembre 1897 où elle meurt, à 24 ans, Thérèse dit : « Je ne meurs pas, j’entre dans la Vie »…

Natasha St-Pier n’a pas seulement rempli l’église de Saint-Walfroy, elle a comblé nos cœurs du bonheur de l’amour du Père !

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