Les billets du Père Lucien Marguet

19 juillet 2019

Qu’est-ce qu’une communauté chrétienne ?

 

Dans un souci de proximité de l’Eglise par le contact des réalités humaines, les diocèses avaient à cœur de répartir leurs prêtres avec cette préoccupation de couvrir les territoires au maximum de leurs possibilités. Avec la diminution considérable du nombre de prêtres et la moindre fréquentation des fidèles en paroisses, les évêques sont amenés à redéfinir et redéployer autrement les moyens et les modes de l’évangélisation qui demeure, elle, la mission première de l’Eglise universelle.

C’est ainsi qu’au lieu de chercher à se répartir jusqu’au point de vivre seuls, les prêtres formeront eux-mêmes des communautés de deux ou trois. La messe dominicale sera célébrée dans une église choisie pour ses capacités à accueillir favorablement tous les chrétiens désireux de faire Corps et communauté. Ces pôles eucharistiques seront fixés et désignés à la connaissance de tous. Ils seront ouverts à toutes les sensibilités en n’excluant personne. Au lieu d’arriver individuellement, les chrétiens empliront leur voiture en se concertant avec d’autres fidèles qui se seront fait connaître.

Ce choix de s’intégrer et de participer activement à la vie d’une communauté devra être officialisé et organisé. Le nomadisme cultuel n’incite guère à l’investissement dans une communauté. La vie paroissiale devra contribuer à éveiller et encourager tous les baptisés à se sentir coresponsables de la vie et de l’avenir de l’Eglise et de la mission commune de proposer l’Evangile à tous comme chemin d’humanité en référence à Jésus « Chemin, Vérité et Vie ».

Cet esprit missionnaire, alimenté dans la communauté paroissiale lors des liturgies dominicales, pourra encourager des groupes particuliers à se créer à partir d’engagements socioprofessionnels, de sensibilités culturelles spécifiques, dans le but de discerner avec acuité les résistances, les obstacles et les chances, les opportunités d’annoncer l’Evangile et le référentiel chrétien dans telle ou telle situation ou tel événement ! Le fait d’appeler les chrétiens à se rassembler pour s’agréger par choix et volonté dans une communauté inverse le mouvement inscrit dans les habitudes et les têtes qui exigeait de l’appareil ecclésial d’être visible en chaque village par son église. Plus les baptisés seront instruits du message chrétien, plus ils auront les capacités de se sentir en communion d’esprit et de pratique, et « acteurs » d’une civilisation qui les relie et les allie, levure et sel dans la pâte humaine.

Tout en souhaitant vivement que chaque baptisé et chaque groupe chrétien vivent leur foi comme une fécondité de leur humanité, de manière libre et responsable, comment ne pas souhaiter aussi que cette pluralité de vies chrétiennes entretienne un lien organique entre eux et fasse Eglise du Christ, son Corps vivant actuel ? Mais pour se déployer à la fois dans sa diversité et dans son unité, l’Eglise d’un diocèse a besoin d’un personnel qui soit chargé de veiller à sa cohérence avec le message évangélique, à sa cohésion face aux tentations de dispersion et même d’abandon !

Pour autant que toutes les cellules d’un corps contribuent à la vie de celui-ci tout entier, son évolution réclamera toujours une régulation et des lieux, des séquences de ressourcement. Nos communautés chrétiennes ont besoin à la fois du souffle de l’Esprit pour se recentrer sur l’Evangile et de s’ouvrir pour accueillir largement, en comptant sur des disciples qui soient aussi missionnaires !...

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10 juillet 2019

Pourquoi j’ai dit non...

 

J’ai reçu un coup de téléphone de la part d’un journaliste du quotidien local L’Union souhaitant entendre mon point de vue sur ce que l’on appelle « l’affaire Lambert ». Je fis remarquer que j’étais en retraite et que je n’avais reçu aucune mission particulière pour me prononcer sur la vie et la mort de ce pauvre Vincent à propos de qui tant de voix discordantes et parfois violentes se sont déjà exprimées.

L’éditorialiste compétent, pertinent, dont les papiers sont souvent appréciés, a un peu insisté en réduisant la portée de mes paroles à un point de vue personnel, à côté de celles d’un imam, d’un pasteur et d’un rabbin. Je finis par décliner assez vite l’invitation à m’exprimer, avec une prétention d’excuses car j’apprécie le travail des journalistes et de celui-là en particulier. En d’autres temps, je me serais senti tenu de satisfaire à sa demande pour l’aider à boucler son papier. Comment alors justifier mon refus de m’exprimer à propos de cette « affaire » tellement douloureuse ?

A quoi bon des commentaires qui ne seraient qu’en plus et en trop ? De quel droit m’autoriser à pencher plutôt pour telle décision que pour telle autre ? Je considère indécent cette multitude de prises de parole de gens les plus divers dont ni la science ni la sagesse ne sont parfois évidentes. Cette famille déchirée n’a-t-elle pas d’abord besoin de paix, de se reconstruire, après un parcours de souffrances à chaque instant rendu auquel se mêlent tant de voix ? Il me semble que seul le silence convient. Seule la compassion, seule la prière, seule une réflexion approfondie, peuvent se substituer aux interventions parfois violentes sur la vie de Vincent transformée en affaire « emblématique ».

Je ne pouvais au téléphone développer devant mon interlocuteur tout ce raisonnement. Aussi ai-je été très gêné de ne pouvoir justifier mon refus. Autant je pense que c’est dans la mission de l’Eglise de rappeler, fussent-ils à contrecourant de l’opinion publique majoritaire, les grands fondements de la morale humaniste version chrétienne, autant je pense que l’Eglise doit laisser à la conscience de chacun le soin de juger de l’orientation d’une décision à prendre au cœur d’une situation singulière et particulière. D’ailleurs y a-t-il toujours en morale une seule bonne orientation, surtout quand le temps n’a fait que rendre plus complexe le contexte dans lequel certains ont à transformer des opinions en des décisions ?

Il parait que 1700 personnes sont en France dans la même situation que Vincent Lambert. Cela représente quantité de familles plongées dans les épreuves depuis tellement d’années. J’imagine que leurs blessures redoublent de souffrances quand elles entendent le flot de paroles, diffusées à tout va, dans les médias et les réseaux sociaux. Or notre société n’est-elle pas trop bavarde et « vulgaire » en encourageant chacun à prendre position, sans bourse délier, tout simplement parce que soit disant tout citoyen est en droit de penser ce qu’il veut et d’en faire part à tous !

Pour ma part, je souhaite que la culture actuelle dans laquelle nous baignons pousse davantage à réfléchir en profondeur, à réagir moins dans l’instant et l’immédiat, à se donner des repères communs qui garantissent une coexistence démocratique possible tout en respectant dans le même temps le droit des croyants à avoir aussi leurs références spécifiques pour penser et conduire leur vie selon leur conscience personnelle et les principes de leur religion.

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Pour des façons plus adaptées d’évangéliser

 

Au moment où les prêtres se font plus rares, et les diacres permanents plus nombreux, en ces premières années du 21ème siècle qui nous font constater une accélération de changements culturels et de modes de vie modifiés jusqu’à donner le tournis, la dimension religieuse de la personne humaine peut apparaître négligée, voire mise au placard de l’histoire. On ne visite plus une église pour s’y recueillir, mais pour en admirer les arts autrefois édifiés par des croyants.

Célébrant en juin 2019 avec des confrères de ma promotion d’ordination en juin 1969, je me repassais le film de ces 50 dernières années avec les divers endroits et les ministères différents qui m’ont été confiés. Le monde, les attitudes et les postures, les réactions spontanées me semblent avoir été chamboulés face aux grandes interrogations récurrentes de l’existence, tant dans la façon de les appréhender que d’en recueillir les bienfaits intellectuels, moraux et spirituels. L’Eglise doit s’adapter à ce monde devenu sans cesse mouvant et mobile, liquide, diraient certains. Elle qui avait choisi de se répandre au plus près et au plus grand nombre par vocation de s’incarner à la façon du Christ et d’aller dans le monde entier diffuser l’Evangile dans tous les langages de la terre, la voilà, cette Eglise, invitée à se rendre présente et dialoguante, autrement.

Le lieu et le temps d’annonce ne seront plus tant dans le presbytère, la salle paroissiale et l’église du village, que par la prise de parole de ses membres au cœur de l’actualité, par les canaux des réseaux sociaux et les lieux de communication où se forgent les liens humains et se nourrissent les pensées et les croyances. Ce qui conduit les baptisés à ne plus se contenter d’être des disciples fidèles, mais aussi des diffuseurs et des acteurs de l’annonce de l’Evangile, des témoins de ce que croire en Jésus produit dans leur vie personnelle, familiale et sociale.

Le modèle humain chrétien provient du Christ. Il est toujours fécond pour aujourd’hui. Une des tâches de l’Eglise est de le propager à partir de l’étude des évangiles et des messages que la tradition chrétienne nous en dit, à partir aussi du soutien et des progrès que l’adhésion au Christ apporte à nos chemins humains, à partir aussi de témoignages de ce que produit la foi dans la vie. Or une des caractéristiques de la mentalité séculière est l’aspiration, et peut-être même la prétention, d’envisager et de construire sa vie, son présent et son avenir, son couple, sa famille, tout seul, en auto-entrepreneur indépendant des autres. Ainsi ce comportement assez généralisé, me semble-t-il, est-il enclin à s’appuyer sur ses propres ressources pour faire face aux obstacles, élaborer ses plans et ses solutions avec une fierté réclamée d’autonomie et de responsabilités assumées.

Dans ce contexte culturel où l’homme se satisfait et se sauve lui-même, ambitionne de trouver ses moyens et aussi ses raisons de vivre en lui-même, il faudra aux témoins d’Evangile chercher les occasions de discerner les « pierres d’attente », les faims et les soifs qui au-delà des « plénitudes affichées », sont en réalité en attente d’horizon et de transcendance, à l’image de terres qui, tout en se sachant riches de nombreux éléments, reçoivent avec bonheur des pluies abondantes et gratuites qui en démultiplient la fertilité.

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06 juillet 2019

Le bon Samaritain

Luc 10 25-37

 

Un blessé gît au fossé bordant la route sur laquelle il avançait vers son avenir. Le voici jeté au rebut, marginalisé. Il ne peut plus qu’assister au passage des voyageurs qui vont et viennent. Beaucoup d’entre eux jettent un coup d’œil sur ce malheureux, mais aucun ne s’arrête. Quels freins intérieurs les empêchent d’intervenir ? Ils sont appelés à leur tâche habituelle et perdraient du temps à s’occuper de cet inconnu.

Un prêtre, un lévite, le voient et passent de l’autre côté, raconte Jésus dans cette parabole, en réponse à un Docteur de la Loi qui demandait : « Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » Jésus lui demande alors : « Dans la loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Et comment lis-tu ? » Ce Docteur pointe sur le champ le cœur de la loi de Moïse : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence ». « Mais qui est mon prochain ? », demande le Docteur de la Loi.

En racontant cette histoire de victime rencontrée par hasard au bord de la route, Jésus indique que le prochain est celui dont la situation présente nous appelle à le regarder comme tel. Or seul un Samaritain, malgré tous les préjugés concernant les gens de sa région, fait de ce pauvre homme son prochain, en prenant soin de lui. Lui aussi avait sans doute un emploi du temps chargé, mais il change ses priorités et va jusqu’à donner de l’argent à un aubergiste qui les a accueillis : « Prends soin de lui, tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai ». Le message évangélique n’est-il pas de nous inviter à vivre, penser et agir, selon des essentiels ? Tout n’a pas la même importance dans notre existence. Quelles priorités avons-nous ? L’humain, l’avoir ou l’Etre ? Le spirituel ou le matériel ?

Cette histoire émouvante racontée par Jésus n’est-elle pas toujours d’actualité, tant des gens éprouvés nous en rencontrons en cours de route… Ces parents dont un fils vient de se tuer dans un accident de voiture, celui-là dont les parents divorcent avec fracas…Ce malade, accablé par une grave maladie… Ces ouvriers, ces cadres licenciés en raison du délestage du personnel causé par le ralentissement de la production… Il est aussi tant de peuples de par le monde, tant de groupes humains exposés aux dangers, aux conflits, aux dérèglements climatiques, qui ressemblent à ce voyageur compatissant sur le bord de la route. Il est tant d’oubliés de l’histoire qu’il est mille raisons de ne plus écouter, entendre et comprendre. Il est aussi tant de gens de bonne volonté qui accomplissent de beaux gestes pour secourir des naufragés de la vie et tant aussi pour les soutenir et les accompagner dans la durée. Ces gens nombreux, pour la plupart inconnus, qui ne seront jamais décorés, ne sont-ils pas les « bons Samaritains » d’aujourd’hui ?

En racontant cette parabole, Jésus évoquait sa façon à lui de dérouler sa vie. Au cours de ses pérégrinations, Jésus rencontrait beaucoup de gens. Il s’arrêtait volontiers auprès des gens en souffrance. Ici des personnes handicapées, là des lépreux, des pécheurs. Jésus n’avait que paroles réconfortantes, de guérison et de pardon, de libération, en fonction de leur situation. Jésus a donc pratiqué ce qu’il nous recommande d’être nous-mêmes dans notre vie. Il a aimé, servi, secouru, redonné confiance et espérance, tel le « bon Samaritain » dont l’Evangile nous parle, à tant de gens dépouillés, échoués et à moitié morts…

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Aux marcheurs de l'association « Rando Pélé 51 sac à dos »…

 

Walfroy, venu des terres de la lointaine Hongrie, a séjourné longtemps dans le Limousin. Il s’est arrêté auprès du tombeau de saint Martin, à Tours, dont le témoignage de charité l’avait convaincu de devenir chrétien, comme d’ailleurs Clovis qui lui aussi fut touché par la vie généreuse de cet officier.

Walfroy arriva ici, sur la colline, après une vie de marcheur, de migrant, pour s’implanter au milieu des peuples habitants de cette colline. Walfroy, un marcheur d’origine étrangère, venu porter l’Evangile à des gens sédentaires vivant de la culture et de la cueillette.

Or ces gens adoraient la déesse des forêts nommée Arduina, qui a donné son nom au département des Ardennes. Saint Walfroy l’immigré a posé son baluchon pour s’enraciner sur cette terre par un partage de vie, sa façon dépouillée et même rudimentaire de vivre. Il avait choisi de vivre sur une colonne ; il est le seul stylite d’Occident, tandis qu’ils étaient nombreux au Moyen-Orient parmi les Pères du désert.

Grégoire de Tours, venu le rencontrer, en historien avisé raconte comment Walfroy s’était bien inculturé à la dureté de la vie de ces peuples que l’occupant romain lui-même n’avait pas trop osé affronter. Mais le climat était rude sur la colline : hivers rigoureux, peu de nourriture fournie par la cueillette des fruits offerts par la nature. Sans violence, par sa vie modeste et même démunie, Walfroy a engrangé du respect, de l’étonnement et des amitiés. Peu à peu, les gens l’ont écouté et certains se sont convertis à la foi chrétienne dont vivaient Walfroy et ses quelques compagnons.

Or dans toutes les civilisations successives et actuelles du monde, on observe en tout être humain ces deux désirs, ces deux besoins : celui d’être enraciné, de naître quelque part avec des traditions, des coutumes, un pouvoir et un savoir-être, des valeurs identifiées, et par ailleurs, une aspiration à marcher vers la découverte d’autres peuples, d’autres cultures, pour les connaître, les explorer, s’enrichir de ce qu’ils nous disent d’eux-mêmes. Souvent cette expérience pèlerine que chaque sédentaire ressent en lui le besoin de faire génère un élargissement de son esprit et de ses capacités instinctives à accueillir l’autre avec ses différences et parfois ses étrangetés. Sur le plan des idées, marcher, aller ailleurs, en terre inconnue, c’est bien sûr agrandir et affermir notre humanité singulière et située.

Si je parle maintenant de l’enrichissement moral et spirituel, marcher sillonner, péleriner, c’est portes ouvertes vers l’extérieur, vers des espaces intellectuels dont je ne suis pas propriétaire. D’où les expressions « emprunter des chemins », « faire des rencontres inattendues »… D’où la question que l’on peut se poser aussi : l’important n’est pas seulement ce que je transporte dans mon sac à dos, ce que je porte et transporte, apporte, mais quelle place je fais dans mon sac à dos pour recevoir ce que les gens m’offriront d’eux-mêmes et qui ajoutera à mon humanité.

On peut souhaiter que tous ces très nombreux « voyageurs du monde » soient aussi des pèlerins chez les Autres…

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La fête des Tentes

 

Jn 7 37-53

La fête des Tentes rappelait le séjour des Hébreux dans le désert (Lévitiques 23 42-43). Cette fête devint pour les Hébreux sédentarisés une fête d'automne liée aux vendanges… La fête était l'occasion de demander la pluie indispensable pour la fécondité des moissons à venir. Aussi chaque jour durant la fête, une procession descendait à la fontaine de Gihon qui alimentait la piscine de Siloé, et elle rapportait de l'eau dans un vase d'or pour la présenter à l'autel où elle était versée. La foule ressortait alors en procession, portant dans la main droite le loubab (une palme souple), dans l'autre l'ékog (le citron). Cet arrière-fond éclaire les références de Jésus à l'eau.

Le thème de l'eau source de vie revient très souvent dans l'histoire biblique, dont les événements se déroulent dans des pays chauds, désertiques et arides. Chaque lieu d'une source est une aubaine. Moïse fait jaillir de l'eau d'un rocher, en plein désert, et abreuve le Peuple et les animaux qu'ils avaient emmenés d'Egypte. L'eau et la soif seront au cœur de certaines rencontres de Jésus, telle celle avec la Samaritaine. "Celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif ; au contraire, l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source jaillissante en vie éternelle" (Jn 4 14).

Cette fois, Jésus fait une déclaration publique, le dernier jour de la fête des Tentes. Or la scène se passe au Temple d'où jaillira une source. "En ce jour-là, des eaux vives sortirons de Jérusalem, moitié vers la mer orientale, moitié vers la mer occidentale. Il en sera ainsi l'été comme l'hiver". Jésus suggère qu'il est cette source d'eau, en étant le Temple nouveau. Et les gens étaient divisés au sujet de l'identité de Jésus. Selon l'Evangile de saint Jean, c'est au moment de sa mort que Jésus "livrera l'Esprit" (Jn 19 30) et qu'alors les Apôtres comprendront vraiment que Jésus est le Fils de Dieu et le Sauveur attendu par le Peuple. Voilà alors que certains voulaient arrêter Jésus, parmi lesquels les Docteurs de la Loi et les pharisiens. D'autres, les gardes, sont plutôt admiratifs de ce que témoigne Jésus : "Jamais homme n'a parlé comme cet homme"…

Il y a pourtant un pharisien qui ose parler à contrecourant : Nicodème, celui dont saint Jean raconte qu'il est venu voir Jésus la nuit pour s'entretenir sincèrement avec lui. Car Nicodème n'est pas seulement soumis à la loi de Moïse, mais il apparaît d'abord comme un authentique chercheur de vérité (Jn 3 1-21) : "Notre loi condamnerait-elle un homme sans l'avoir entendu et sans savoir ce qu'il fait ?" Cet épisode de la vie de Jésus nous permet de savoir que Jésus est venu parmi nous pour étancher notre soif d'apprendre et de comprendre. Comme l'eau vive jaillie dans les cailloux du désert abreuve les marcheurs et leur fournit l'énergie pour continuer la route, cette page d'Evangile met en relief les paroles de Jésus qui à la fois s'enracine dans la Tradition et l'histoire du Peuple hébreu et annonce la suite dont lui, Jésus, devient la source.

Il arrive aux chrétiens, tout en croyant en lui, de parfois douter et d'hésiter sur son identité et sur ce qu'il leur apporte. Jésus demeure toujours une énigme pour beaucoup de nos contemporains. Qui est Jésus pour le monde actuel ? Qui est vraiment Jésus pour moi ?

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25 juin 2019

Le Corps et le Sang du Christ

 

 

 

On dit souvent que l’Eucharistie, la messe, est le moment par excellence de l’expression de la foi chrétienne. Jésus l’a d’ailleurs instituée lors de ce repas d’adieu dont il a fait un mémorial à renouveler chaque fois « en mémoire » de lui. Il nous faut en effet comprendre que chaque messe ne donne pas seulement une occasion de « se souvenir », comme on le fait devant un monument aux morts ou à la façon dont des acteurs interprètent la même pièce de théâtre plusieurs fois devant des spectateurs.

L’Eucharistie est une action actuelle et toujours nouvelle dans laquelle Jésus donne sa vie, se sacrifie aujourd’hui pour la liberté et le salut du Monde. L’hostie et le vin se transforment maintenant en Corps et en Sang du Christ. Et communier, c’est le recevoir réellement et consentir à le laisser nous unir à celles et ceux qui le reçoivent aussi. Ainsi la vie de Jésus séparément accueillie dans chaque croyant devient-elle le corps vivant de l’ensemble des membres qui composent ce que l’on appelle « l’Eglise ». Or ce qui caractérise et identifie l’Eglise, c’est la diversité, la pluralité, l’universalité de ses adhérents qui pour leur propre vie se réfèrent au logiciel que l’Evangile de Jésus propose comme guide de leur existence. Ainsi, alors que chacun demeure dans des situations et des âges distincts, le pain de Jésus reçu personnellement établit des liens de Foi, d’Espérance et d’Amour qui tissent non seulement l’Eglise, mais aussi l’Humanité répandue sur toute la surface du globe terrestre.

Je préfère célébrer la messe avec une communauté participante. Mais il m’arrive souvent d’être seul quand je me mets à l’écoute de la Parole de Dieu et que je consacre le pain et le vin en Corps livré et en Sang versé du Christ pour le salut et la vie du monde. Tout en étant alors seul, je me sens cependant relié et communié par Jésus à tous ses amis, invisibles mais réellement vivants et différents qui sont, comme moi, membres interconnectés de son réseau. Jésus a inventé ce moyen génial du pain pour demeurer présent, parce qu’il avait été lui-même tant de fois invité à le partager à des tables conviviales et savait qu’elles existent pour accueillir et s’élargir ! Le pain sait bien qu’il est fabriqué pour être partagé et nourrir. Le vin consent à être versé pour devenir signe d’entente et d’unité. « Ma vie, nul ne la dérobe, mais c’est moi qui la donne », dira un jour Jésus à ses proches. A chaque messe, Jésus offre sa vie à qui désire sincèrement l’accueillir, non pour la « conserver », mais pour s’en inspirer afin d’en vivre vraiment.

En plus de toutes ces raisons, il y avait aussi pour Jésus le souvenir, avec son Peuple hébreu, de la libération de son exil en Egypte. De la musette contenant du pain azyme, c’est-à-dire sans levure, pour être prêt à fuir afin de fuir ce pays de souffrances et traverser la Mer Rouge au plus vite. Le pain de Dieu, ce fut aussi pour les Hébreux au désert la manne envoyée du ciel. En instituant l’Eucharistie, Jésus inscrit déjà toutes les messes comme des rendez-vous incontournables où le premier il s’engage à venir. Car si nous perdons l’habitude d’honorer de notre présence ces messes dominicales, avons-nous assez conscience du fait que lui, Jésus, n’en manque jamais une ? Il est là, réellement présent, dans les messages que contient la Parole de Dieu du jour, et aussi vivant dans la consécration du pain et du vin dont il a décidé de faire son Corps et son Sang, donnés par Amour et gracieusement pour celles et ceux qui l’accueillent en leur vie.

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L’Evangile vécu, ferment de civilisation…

 

L’érosion du sentiment religieux et de la référence chrétienne n’est pas seulement dommageable à la vie spirituelle des personnes, elle met en danger la survie et la solidité d’une civilisation face aux épreuves. Par ce terme de « civilisation », j’entends une façon de vivre notre humanité tant individuelle que collective, résultant de notre histoire, de nos traditions, de notre expérience, de nos références communes éthiques et légales, et chrétiennes.

Quand on évoque les racines chrétiennes de l’Europe, c’est bien de civilisation, de repères et de fondements de base bordant et finalisant notre vie collective, déclinée dans la famille, les lieux professionnels, les décisions politiques, qu’il est question. Or si une civilisation perd son âme, s’éloigne de sa trajectoire, se laisse parasiter par des modes de penser et de choisir éloignés de l’esprit humaniste, elle s’expose aux dangers d’imploser et de se détruire de l’intérieur, à savoir de perdre tous les principes et les valeurs qui l’ont façonnée !

La teneur et la saveur du vivre-ensemble humain, partout où il se déploie et s’expérimente, en seraient altérées et brouillées. Je ne revendique nullement que la religion « encadre » la société, mais que celle-ci, en ses principes laïcs et séculiers, continue à se laisser inspirer par l’humanisme ouvert et exigeant que diffuse le courant spirituel chrétien. Car perdre et oublier cette source vitale serait menacer d’assèchement les multiples canaux des nombreux lieux où se cultive et fructifie la vie humaine. A force de négliger, jusqu’à l’oublier, le lieu où jaillit la source, on finit par penser que ni le torrent ni le ruisseau n’ont d’origine. A force d’oublier que notre histoire collective provient de quelque part et va vers un but, on peut se disloquer et s’égarer de la route qui en indique le sens et le terme !

Si comme moi vous croyez fermement que tout être humain, quelles que soient ses conditions d’existence, est doté d’une dignité inaltérable, si vous préférez une société où l’on fait prévaloir les talents du petit, du pauvre, du faible, où l’on privilégie la rencontre, le dialogue, la négociation et la concertation au lieu d’entrer en conflit, si vous préférez la paix, la justice, la liberté, le droit et le respect de l’autre à la menace, à l’intimidation, à la domination, au rejet et au mépris…, si vous contribuez à développer un climat qui permet à tous de s’exprimer sans être soumis aux préjugés, dans un esprit de confiance et de bienveillance, alors notre civilisation, telle les eaux de l’océan, sanctuaire de la multitude des vivants qu’il contient, poursuivra sa mission d’engendrement d’un vivre-ensemble possible, heureux et harmonieux.

Or, dans ce maintien et l’ajustement continuel de cette civilisation humaniste aux évolutions et aux temps nouveaux, les chrétiens ont, selon leur point de vue, une responsabilité particulière, même si au fil du temps ils sont moins nombreux à s’afficher chrétiens. L’Evangile et l’énergie, la Foi, l’Espérance et l’Amour qu’il transmet, ne fait-il pas des chrétiens les gardiens du feu qui éclaire, réchauffe, réunit ? Ne fait-il pas de l’esprit chrétien un levain qui, bien mélangé à la farine, fait lever toute la pâte ? De l’Evangile, qui nous raconte comment Jésus, par ses paroles, ses actes et ses initiatives, ses comportements, ses réactions et ses propositions, nous invite à suivre le chemin qu’il a tracé en sa personne durant 33 ans, les chrétiens ne sont-ils pas les témoins attendus ?

Ne suffit-il pas d’un peu de sel pour que le plat tout entier offre toute sa saveur, d’un peu de levure pour que la pâte atteigne son onctuosité maximale et d’une simple lampe pour que la pièce se débarrasse de l’obscurité ?

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Un génocide, l’éradication programmée et systématique d’un peuple…

 

En avril 1994, alors que j’étais vicaire général du diocèse, j’ai vécu les jours déchirants du génocide des Tutsi du Rwanda par des Rwandais, aux côtés d’un couple d’amis de Reims dont l’épouse est elle-même native de ce pays africain. Dafroza apprenait tous les jours un peu de ce désastre humain qui lui déchirait le cœur. Sa maman et plusieurs membres de sa famille, de nombreux amis et voisins ont été sauvagement assassinés à coups de machette. Les génocidaires, après avoir accompli pendant la journée leur œuvre diabolique, festoyaient la nuit venue. Ils pénétraient dans les maisons et même dans les églises, ces lieux sacrés où les Rwandais espéraient trouver des protections en pensant que, si les tueurs n’avaient aucun respect de l’humain, ils en auraient au moins du divin. Ce ne fut pas ainsi, beaucoup de gens, petits et grands, enfants, parents et personnes âgées furent tués, dépecés, entassés dans les nefs et les chœurs de lieux où ils venaient tous, tueurs et victimes, en fidèles de la prière communautaire.

Sans honte affichée, avec ivresse, ils obéissaient semble-t-il à des ordres venus d’en haut et souvent rabâchés, d’anéantir ces frères et sœurs en humanité pour qu’ils soient rayés à jamais de la liste répertoriée des ayant-droit d’exister autour de la table de l’histoire humaine ! Nul ne savait entièrement sur le moment ce qui se passait réellement. Certains ont pu échapper à la rage des tueurs en se cachant, et aujourd’hui ils osent témoigner et raconter en détail les pratiques barbares de ces génocidaires concertés. Les armes dont ils se sont servi pour décimer des populations entières étaient les instruments qu’ils utilisaient pour couper les herbes gênant la croissance des plantes nourricières de leurs champs situés dans le Pays fertile des Mille Collines. Comme si les couteaux pour couper et partager le pain devenaient tout à coup des ustensiles pour tuer la vie.

Un génocide n’a rien à voir avec une guerre qui met en opposition au moins deux antagonistes dont l’un prétend vaincre l’autre et le dominer, l’assujettir. Le génocide a le satanique projet de lui ôter son corps, de salir son esprit et son âme, jusqu’à anéantir son droit d’exister ; il ne s’agit pas de réduire le nombre des membres de son peuple, mais de les tuer tous afin qu’il n’en survive aucun. Dans une guerre, les ennemis vont finir par se rencontrer, signer des traités, s’échanger des promesses et des pactes de réconciliation, redéfinir les droits de chacun. Dans un génocide, il n’y a pas de partenaires susceptibles de venir s’expliquer et donner quelque justification à leur œuvre de destruction.

Enfin, ce florissant pays s’affichait majoritairement religieux et même chrétien. Aussi à cette immense interrogation sur les pourquoi de ce déchaînement de violences et de haine, se sera jointe aussi l’incompréhension que ce drame collectif se soit déroulé entre croyants au Dieu de la vie, du respect de l’autre et de la fraternité. L’on peut penser à Caïn tuant Abel son frère, tous deux enfants aimés de Dieu, dans leur différence. L’un est laboureur et l’autre pasteur. Bien sûr ce génocide de la fin du 20ème siècle nous renvoie au génocide de la Shoa durant lequel six millions de Juifs furent exterminés dans les camps de la mort pour la seule raison qu’ils étaient Juifs. Et nous pensons aussi au génocide arménien pour lequel certains pays ont encore du mal et de la honte à reconnaître leur culpabilité.

Cette année 2019 était célébré le 25ème anniversaire de ces semaines de terreur qui ont vu saigner un million d’habitants du Rwanda. L’occasion de bouleversantes célébrations de mémoire. Sur Reims, elles se sont déroulées dans la maison diocésaine St-Sixte, coanimées par le couple Gauthier et un collectif solidaire. De cette soirée de mémoire à laquelle j’ai participé, je garde l’impression d’un peuple redressé qui se tient debout pour progresser, édifier l’avenir avec courage, intelligence, sagesse, animé d’une immense Espérance.

 

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Messages trouvés dans le cahier d’intentions…

 

 

Ces messages ont été relevés dans le cahier d’intentions au fond de l’église…

 « Je pense que vous écrivez tous à personne. Le « Seigneur » n’existe pas. La religion fait couler du sang et de l’encre, pas du bonheur et de la bonté, comme diraient certains. J’ai 14 ans, sûrement dépressive. Si « Dieu » existait vraiment, mon père ne serait pas fou, ma grand-mère m’adorerait, mes amis ne se foutraient pas de moi, je ne voudrais pas me suicider, on voudrait sortir avec moi… et ci et ça, et toutes autres choses que je n’ai pas méritées du haut de mon enfance et de mon adolescence, que je subis pourtant.

Et avec ça, on me dirait que quelqu’un veille sur moi ? Mais c’est du foutage de gueule ! Les guerres, les curés pédophiles, les catastrophes écologiques, le nucléaire, et j’en passe… Grâce à qui, grâce à quoi ? Alors votre Seigneur machin chose, c’est de la connerie, réfléchissez au plus profond de vous-même. Est-ce que tout est rose dans votre vie ? Grâce à qui, grâce à quoi ?

Dieu et l’Eglise ne sont qu’une secte destinée à exécuter des désirs imbéciles. REFLECHISSEZ… »

 Ces paroles d’adolescente, ne faut-il pas les entendre, en tout état de cause les prendre au sérieux dans la sincérité de leur formulation ? N’exigent-elles pas de la part des adultes croyants de les recevoir comme un cri et un appel à s’asseoir et chercher ensemble, pour s’expliquer et avancer ?

 

« Je l’aime, mais comment lui dire ?

Mais surtout, dois-je lui dire ? Je suis timide et si je veux construire quelque chose avec cette fille, je veux du solide. Seigneur, devant ma détresse sentimentale je te prie. Ne reste pas insensible et fais-moi signe. Tu sais que je l’aime.

Je me demande si cette prière n’est pas proche de l’hérésie, mais tu le sais, alors pourquoi te le cacher ? Je l’aime et c’est la seule que j’ai aimée autant et d’une telle manière. Je te prie donc par l’intermédiaire de Marie, elle aussi amoureuse de Joseph (son fiancé), pour que tu me fasses signe. Je sais que tu ne m’abandonneras pas dans ces moments de doute. Tu sais que je ne suis jamais sorti avec une fille, alors fais qu’elle soit l’élue de mon cœur et de ma vie.

Seigneur, ne m’abandonne pas. »

D.S. 17 ans

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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