Les billets du Père Lucien Marguet

06 avril 2019

Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus

Thérèse est une enfant sensible, délicate, qui a besoin de se sentir aimée et d'aimer. Elle racontera plus tard que la nuit de Noël 1886 Jésus a changé son cœur. « Un bébé », c'est ainsi que Céline considère sa petite sœur Thérèse. La preuve : cette habitude des cadeaux déposés dans les souliers devant la cheminée ! A 14 ans, Thérèse va s'y prêter une fois encore. Tandis qu'elle monte l'étroit escalier, elle entend son père, fatigué, dire à Céline : « Heureusement que c'est la dernière année ». Voyant les larmes de Thérèse, sa soeur comprend que le réveillon est gâché. Elle lui conseille de ne pas redescendre tout de suite. Mais c'est alors que tout change brusquement. En un instant, Thérèse se reprend, s'essuie les yeux, redescend et, joyeuse, défait les paquets. Céline n'en revient pas. Dans l'escalier, une métamorphose totale vient de s'opérer en sa sœur. Une force nouvelle, inconnue, l'investit subitement. Elle n'est plus la même. Jésus a changé son cœur. La nuit qu'elle vivait se transforme en « torrents de lumière ».

Le récit que nous avons de cette conversion date de 1895. Neuf ans après, sœur Thérèse de l'Enfant Jésus peut juger de la solidité de sa soudaine transformation. Pour elle, le doute n'est pas possible : « C'est un petit miracle. En un instant, l'ouvrage que j'avais pu faire en 10 ans, Jésus le fit, se contentant de ma bonne volonté ». Dans ce 25 décembre 1886, elle voit une étape capitale de sa vie qui inaugure la troisième période de son existence, « la plus belle de toutes ». Après ces neuf années douloureuses, Thérèse retrouve « la force d'âme qu'elle avait perdue lors de la mort de sa mère » et, dit-elle, « c'est pour toujours qu'elle devait la conserver ».

Un admirable échange vient d'avoir lieu entre l'enfant de la crèche entré dans la faiblesse humaine et la petite Thérèse devenue forte. Grâce eucharistique : « J'avais eu le bonheur, en cette nuit, de recevoir le Dieu fort et puissant ». Brusquement, elle est délivrée des défauts et des imperfections de l'enfance. Cette grâce la fait grandir, mûrir. La source de ses larmes est tarie. Guérie, son hypersensibilité. La voici armée pour vivre, enfin. « Depuis cette nuit bénie, je ne fus vaincue en aucun combat mais au contraire, je marchai de victoire en victoire et commençai, pour ainsi dire, une course de géant » (psaume 18, 5). Cette nuit, une autre Thérèse Martin vient de naître. « Jésus me transforme de telle sorte que je ne me reconnaissais plus moi-même ». Ou plutôt il vient de la rendre à elle-même, de la faire sortir d'un mauvais rêve de plusieurs années, dont son étrange maladie et sa crise de scrupules obsédants ont été les moments les plus dramatiques.

Ce même 25 décembre, un jeune homme athée se convertissait durant l'office de vêpres à Notre-Dame de Paris. Paul Claudel sut plus tard cette coïncidence de date. Ce fut aussi le premier « Noël chrétien » du vicomte Charles de Foucauld en route vers la conversion définitive.

Thérèse est devenue ce qu'elle est à la suite de sa conversion devant l'enfant Jésus de la crèche. Saint Jean de la Croix interrogera Dieu : « Ô Dieu si grand, qui vous a fait si petit ? » Ce à quoi Dieu répondra : « C'est l'Amour »... Je me souviendrai toute ma vie d'une messe de Noël célébrée en plein cœur d'un bidonville à Reims, sous un chapiteau que nous avait prêté l'armée où, lors d'un échange sur ce qu'était Jésus pour chacun, une maman du quart-monde a dit : « Moi, dans la crèche j'aurais voulu être la paille, parce qu'elle a recueilli, sans bruit et avec humilité, l'enfant Jésus que Dieu nous envoyait »...

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Pourquoi Dieu Tout-Puissant s’est-il voulu tout petit en Jésus

 

Le fait que Dieu ait choisi ce qui est petit, faible, vulnérable pour confier à Jésus de l’incarner par sa naissance, sa vie, ses paroles, ses attitudes, ses actes, révèle le projet qu’a Dieu de se faire voir et aimer avec humilité. Car instinctivement les philosophies et la plupart des religions de l’histoire ont plutôt décrit Dieu Tout-Puissant, capable d’inverser immédiatement les situations pénibles, de trouver des solutions et de résoudre tout drame humain !

Cette image de Dieu ancrée dans les « croyances » pousse ceux qui les cultivent à recourir à sa toute-puissance pour résorber leurs problèmes. Et s’ils n’obtiennent pas ce qu’ils veulent dans les termes où ils en font la demande, ils le reprochent à Dieu. S’ils ne sont pas exaucés, ils y voient même la preuve de sa non-existence. Dans ce cas, on assiste au scénario inverse de la création, puisque ce n’est plus l’homme qui est créé à l’image de Dieu, mais Dieu qui est fabriqué à la mesure des besoins de l’homme !

Or Dieu n’est pas l’instrument de l’homme, il n’est pas une prothèse comblant ses limites. Dieu, au contraire, a confié aux êtres humains de découvrir, de connaître le monde pour en découvrir toutes les richesses, les faire fructifier au bénéfice de toute l’humanité. Aussi est-il logique que Dieu se soit révélé à travers l’itinéraire terrestre de Jésus de Nazareth, non pas sous la forme de puissances tapageuses, de prodiges qui s’imposent, de solutions clé en main, mais plutôt sous le mode d’une invitation à la confiance, à la responsabilité, au progrès par des petits pas, aux recommencements incessants dans la persévérance de l’Espérance. Il fallait à Jésus assurer tout homme qu’il est possible à tout être humain, de tout temps et de toute condition, de s’approcher de Dieu en le suivant !

Pourquoi Jésus choisit-il de se mettre à la dernière place dans la marche de l’humanité, plutôt en queue, peut-on se demander ? Pourquoi, avec le pape François, cette attention à ceux qui sont dans le fossé, les blessés de la vie, les gens qui peinent et à la traîne ? Parce que Jésus et l’Eglise à son invitation se doivent de repérer les pauvres, les éclopés, les essoufflés, pour les convaincre et les entraîner sur le chemin dont ils se sentent écartés et marginalisés. Cette place de dernier, Jésus l’a choisie pour faire passer en avant et en priorité toutes les personnes qu’il a rencontrées et à qui il a offert son salut.

Jésus n’est pas venu piétiner notre humanité de sa toute-puissance divine, chambouler avec force les esprits et les cœurs. Non, Jésus est souffle léger, haleine de vie, silence qui en dit long, appel dans la nuit, chuchotement intérieur, lumière éclairante et jamais éblouissante. Il ne fait pas que montrer le chemin comme un enseignant, un moraliste. Il se fait lui-même en personne « chemin, vérité et vie »…Ainsi, consentir à se laisser aimer par Jésus, c’est choisir la puissance de la liberté et de l’Amour de préférence à la toute-puissance.

Dans ses paroles et ses actes, Jésus s’appuie souvent sur des allégories et des images illustrant le temps, la germination, l’attente et la confiance qu’il faut à une petite graine pour devenir arbre, les conversions, transformations, qu’une parole adressée peut produire en une vie. Même les miettes, dont la destinée est d’être jetées, les pauvres sur le seuil de la porte peuvent s’en nourrir. Et ceux qui sont souvent ignorés, comptés pour rien, Jésus les met au centre de ses désirs les plus ardents.

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L’épreuve des « déserts »… et le besoin d’un chemin…

 

Il n’est pas de déserts que ceux que la réalité géographique figure sur les planisphères. Ces déserts physiques que les pèlerins aiment sillonner, explorer, dans lesquels ils éprouvent leurs capacités au courage, au dépouillement, à l’endurance au froid et à la chaleur, au manque et à la solitude. Dans ces déserts de sable, de roches, de dunes, tout semble se ressembler et même se confondre. Il n’est parfois aucune route ni chemin ni sentier, ni parfois de traces ni horizon !

Souvent les groupes d’amateurs de traversée de ces déserts se font accompagner par des « habitants » qui en connaisseurs sauront les guider et les conseiller dans leur déambulation. Ne peut-on voir dans ces déserts minéraux et végétaux une image des déserts culturels, moraux, spirituels, que nos existences nous font parfois traverser et affronter jusqu’au risque de nous y « perdre ». Ne peut-il pas en effet nous arriver de perdre nos repères, de nous retrouver seuls, sans repères et sans cap, dans des étapes où le chemin suivi jusque là se dérobe pour laisser place à un immense espace désert et aride, jalonné d’obstacles ? Certaines personnes éprouvées dans leur vie n’évoquent-elles pas leurs souffrances en termes de « désert » et en particulier de manque cruel de chemin et de besoin d’en trouver un qui soit salvateur ?

Or les conditions culturelles et morales, l’air du temps que nous respirons, peuvent ressembler aux étendues de sable des déserts dans lesquelles tous les chemins sont possibles et aucun préférable. Aussi beaucoup de nos contemporains renoncent à en prendre un et se résignent à prendre leur propre itinéraire, quitte à rencontrer de nombreux obstacles, à s’engager dans des impasses, à s’enfoncer dans des sables non compacts ! A l’inverse, prendre un chemin que d’autres ont déjà emprunté, c’est s’assurer qu’il aboutit quelque part. Car le chemin est un guide ; il est fidèle aux marcheurs qui l’empruntent. Il les prend en charge, il est gracieux et gratuit, sans péage. On peut y accéder à tout moment par des sentiers qui le rejoignent. Dès l’entrée du chemin, le marcheur lui fait confiance puisqu’il sait d’avance que celui-ci assure le parcours et l’arrivée !

Certains, à l’instar des skieurs hors-piste qui veulent tracer leur propre « descente » sans avoir à suivre la trace de ceux qui les ont précédés, ne sont-ils pas l’image de ces gens qui préfèrent une vie sans les autres à une vie avec les autres ? Or, par leur choix de croire en Jésus-Christ, les chrétiens consentent à avoir celui-ci pour « chemin, vérité et vie ». Ils ne sont pas les auteurs ni les créateurs de ce chemin qui leur est offert pour progresser et faire advenir ce qu’ils sont par vocation. Beaucoup ont déjà, dans l’histoire, bénéficié de ce chemin qui se pratique en compagnie d’autres croyants liés les uns aux autres par une religion, une même foi, une Espérance et une charité que Dieu leur propose et dont Jésus a témoigné durant toute sa vie terrestre.

Dans tous les déserts que nos existences ont à traverser, la foi chrétienne partagée et vécue en Eglise demeure un chemin sûr !

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Le silence comme condition

 

Les habitants des campagnes apprécient le silence dont les citadins se sentent parfois privés en raison des bruits extérieurs et de la rumeur sourde et permanente de la ville. Les maisons et appartements ne sont pas toujours bien insonorisés, et d’étage en étage, de voisin à voisin, les conversations traversent parfois les murs… A celles-ci s’ajoutent musiques et programmes télévisuels préférés !

Cette ambiance sonore dans laquelle se déroulent nos journées s’invite dans notre vie quotidienne et finit par créer en nous un besoin vital de silence extérieur, ressenti comme une condition pour accéder à un silence intérieur. Certains pratiquent la marche, font une halte dans une église, d’autres font un séjour dans un monastère pour se poser, réfléchir, méditer, prier. La contemplation et la respiration dans la nature, les forêts, les bords de rivières, les parcours balisés, lorsqu’on en a la possibilité, ont la faveur de beaucoup. Certaines personnes prennent même ces « retraites » pour des cures de silence, ce qui sous-entend des choix programmés de se guérir des bruits subis.

Or libérer les espaces autour de soi permet tout logiquement de se disposer à se saisir davantage des choix de sa vie. En étant moins soumis aux distractions et égarements, il est plus facile de se concentrer, d’être disponible aux autres, pour les accueillir, les écouter, les soutenir moralement et spirituellement de façon ajustée à ce qu’ils nous confient. Si on se laisse accrocher et scotcher par l’instant qui s’impose et souvent nous encombre, ne risque-t-on pas d’être ressenti comme absent pour notre entourage et pour qui frappe à notre porte ?

Le silence est l’écrin de la parole, à la fois celle que l’on prononce et celle que l’on nous adresse. Il n’est donc pas étonnant que Jésus ait choisi de vivre 30 ans de silence à Nazareth afin de connaître et d’éprouver pleinement la condition humaine. On comprend bien qu’il ait souvent usé d’images où le silence accompagne ce qu’il évoque : les graines semées en terre qui poussent la nuit et le jour sans bruit, le levain qui fait lever la pâte, le sel qui donne goût et saveur aux mets, la lumière dont l’humble service est d’éclairer et non de se mettre en valeur elle-même !

Je pense à cette scène évangélique où l’on voit un groupe de juifs amener une pécheresse publique devant Jésus pour qu’il donne l’ordre de la lapider selon les obligations de la loi de Moïse. Jésus demeure silencieux devant leurs injonctions, pour les laisser réfléchir sur leur propre vie : « Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre ». Tous les accusateurs s’en vont les uns après les autres. Jésus a desserré cette femme des jugements qui l’encerclaient : « Va et ne pèche plus ».

Jésus s’adresse aux foules pour révéler son message évangélique. Or très souvent, il se retire. Il part ailleurs, il disparait. C’est une façon pour lui d’offrir à ses auditeurs le temps de capter et digérer les enseignements, les conseils de vie qu’il leur a délivrés. Ayant guéri, fait du bien, jamais on ne voit Jésus tirer profit, en faisant pression, pour recruter, suggérer l’adhésion. « Si tu veux, viens et suis-moi »… Cette phrase de Jésus entend inviter chacun(e) à adhérer et devenir disciple.

Chercher et faire silence, se plonger dans celui-ci, ce n’est pas fuir la vie, c’est au contraire se donner les moyens d’exercer ses sens, non pas superficiellement mais en profondeur, dans la vérité des relations. Dieu lui-même ne se rencontre et ne se découvre que dans une âme préparée à l’accueillir et à l’entendre !

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05 avril 2019

La mort, mieux vaut en tenir compte

 

Naître fait entrer dans la vie, mourir c'est en sortir. Aussi donner la vie c'est en même temps donner au vivant d'avoir à être un jour confronté à la mort. Or la culture ambiante fait tout son possible pour évacuer ce mot de son vocabulaire. Elle invite à ne pas y penser ni en parler. Et quand la mort survient, elle la contient dans des lieux réservés : les morgues et les cimetières, de préférence paysagers. Car la mort fait peur puisqu'elle interrompt la vie, brise les relations, enterre le passé et par-dessus tout expulse à jamais tout avenir.

Beaucoup considèrent qu'en parler serait une fuite et même une trahison coupable de la vie. Aussi avoir des propos ou des pensées sur la mort serait inutile, mais plus encore une forme de capitulation sans raisons ! A l'inverse, il me semble qu'envisager un itinéraire humain doit aussi comporter des étapes, parmi lesquelles la dernière, qui termine le parcours. Certes la mort n'est pas un but auquel il faudrait aboutir, mais un passage destructeur, et inévitable, auquel est soumis tout être vivant.

Certes il est des partisans de la mort volontaire, le suicide ou l'euthanasie, mais heureusement la société accompagne et soutient les blessés de la vie, les personnes âgées et affaiblies dans leurs désirs et leurs luttes pour vivre. Il n'est que de regarder la multiplicité des soins de santé inventés et toujours plus efficaces sur toute la surface de la terre pour faire gagner partout la vie. A prétendre ne jamais évoquer la mort par crainte de lui donner du crédit ou vouloir la tenir à l'écart, c'est prendre le risque de ne pas l'avoir intégrée comme un événement certain de l'existence. La mort non apprivoisée alors échappe, elle demeure insensée, elle est ressentie comme un enlèvement et même un anéantissement, alors que chez les spiritualistes elle est accueillie comme un achèvement et un accomplissement, comme le basculement d'une vie à une autre, et même comme une naissance logique à la vie éternelle.

Certes la mort est tout aussi éprouvante pour les chrétiens que pour les indifférents et les incroyants, les athées et les incrédules, elle est douloureuse comme un arrachement, mais l'Espérance dont la foi en Dieu ravitaille les chrétiens authentifie leurs années terrestres et éclaire leur destination. A la mort, chacun(e) rend son paquetage dont il n'a plus l'usage pour arriver en Dieu, comme un fleuve qui se jette dans l'océan n'a plus besoin de bords ! La marche de jour, de nuit, et les traversées de brouillard, les carrefours dangereux, sous la pluie ou le soleil, que la mort interrompt, tout cela est accompli. La personne a atteint son quai d'arrivée, l'être aimé a disparu. Il n'est plus parmi les vivants qu'autrement, par la mémoire des cœurs, les œuvres qu'il a réalisées et qui font signe de lui. Pour les chrétiens, la mort n'est pas un anéantissement, une entrée dans le "Néant", mais l'épanouissement et le jaillissement, sans restriction ni conditions, dans l'Amour illimité de Dieu !

Ainsi donc mieux ne vaut pas ignorer la mort, puisque quel que soit l'itinéraire choisi de nos vies et les "véhicules" qui nous auront "trans-portés", nous n'aurons d'autre choix que de passer par elle. Si la mort nous devient familière, elle peut moins nous surprendre quand elle surviendra. Si en plus l'Espérance nous a fait prendre un chemin qui traverse la mort et nous oriente vers la vie, alors la confiance nous en remet à l'Amour divin.

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Les "marcheurs"

Les "marcheurs"

 

Il n'est guère de villages de France et de Navarre où quelques habitants ne fassent partie d'une association de marcheurs locaux. Chaque année, sur la colline St-Walfroy près de Margut en Ardennes, les Amis de l'Ermitage organisent une grande marche à laquelle participent de nombreux groupes de marcheurs de la région. Venus des villages les plus reculés, de Belgique et du Luxembourg, de la région de Reims et du vignoble champenois, ils étaient plus de 800 en ce mois de février 2019. Il règne un engouement, surtout auprès des gens retraités, pour la marche en groupe. En forêt, en plaine, chaque fois dans un endroit différent pour élargir la gamme des paysages à découvrir.

Comment ne pas souligner les bienfaits qu'apportent ces clubs de marche ? Ils font sortir les habitants de leur maison, de leur quartier, de leur village où ils seraient tentés de demeurer calfeutrés. Un planning de marche hebdomadaire, un nouvel endroit à explorer, la joie de retrouver dans l'amitié d'autres marcheurs, tout cela continue à faire de l'exception une habitude attendue de "marcher ensemble"… Tout le monde le dit, les vertus de la marche sont multiples. Le sang circule mieux dans un corps en mouvement, le plein air oxygène en abondance le cerveau et les poumons, les muscles trop souvent au repos sont sollicités avec bonheur.

Marcher côte à côte, c'est aussi se rencontrer, dialoguer, échanger, donc créer les conditions de relations vraies et durables. En allant à leur rythme dans la même direction, les compagnons inclinent naturellement à se sentir à égalité et à se montrer sincères et vrais dans leurs conversations. La marche en groupe est un rendez-vous de fraternité où se tisse, se noue le lien social et peut se réparer le mal moral. Contre la tendance maintes fois regrettée à l'individualisme qui pousse chacune et chacun au repli, à s'auto-satisfaire de ce qu'il est et détient, la sortie hebdomadaire pour sillonner la campagne, fusse-t-elle sous le soleil ardent, dans la neige ou dans la boue, représente un véritable parcours de santé physique, moral et spirituel.

C'est en déambulant avec ses proches, durant les trois ans de sa vie publique, que Jésus a diffusé son message évangélique et édifié les bases de son Eglise, formée des "pèlerins de Dieu" sur cette terre. Car les chrétiens sont essentiellement des itinérants, des déambulants de la foi. Ils sont en marche, leur existence est jalonnée d'étapes, de haltes, de quête de vérité plus large et plus longue, de recommencements. La foi et l'espérance, l'amour, leur fournissent l'énergie pour aller de l'avant et ensemble, en communauté. Des pèlerins de l'intériorité, il en existe depuis Abraham, les patriarches et les prophètes. Ni la vie ni la foi ne sont statiques, mais en mouvement.

A notre époque des transports à grande vitesse, des médias qui nous informent dans l'immédiat, des distances et des temps comprimés, on assiste à un regain d'intérêt pour le choix de prendre le temps de marcher et de se rencontrer pour parler, s'écouter, s'entendre et se mieux connaître et comprendre, et pourquoi pas de tenter l'aventure d'un chemin de pèlerinage !

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23 mars 2019

C’est l’amour inconditionnel qui sauve…

 

En regardant Jésus cloué sur la Croix après un jugement expéditif de Pilate qui, se laissant par démagogie influencer et dicter la sentence par une foule versatile, a préféré libérer Barabbas plutôt que Jésus, n’a-t-on pas tendance à retenir que c’est l’accumulation des souffrances physiques, psychiques et morales de ce dernier qui nous vaut le salut ?

Or cette vision du rachat du mal et du péché par les souffrances endurées a encouragé le développement de spiritualités qui se nourrissaient de mortifications et de valorisation des piqûres et blessures qui surviennent, puisqu’elles étaient associées à celles du Christ ainsi sauveur. Le pas était ainsi franchi qui consistait à penser que tous les obstacles et avatars de la vie et les peines qu’ils génèrent constituent des occasions de salut. Cette façon de faire du mal, des malheurs et des souffrances la locomotive de la libération apportée par Jésus doit être plus que précisée, rectifiée.

En effet c’est parce qu’il a réussi à demeurer pleinement fidèle à sa divinité tout en assumant pleinement sa condition humaine et tout ce qu’elle comporte de pénible que Jésus trace un chemin valable et praticable par tous. Alors que l’homme lié à la terre et au réel désespérait de pouvoir marcher en la compagnie de Dieu jusqu’à parvenir en sa maison, Jésus est descendu du ciel pour montrer en toute sa personne, ses paroles, ses actes, ses attitudes, qu’il est « chemin, vérité et vie » et que passer par lui assure notre salut. Ainsi ce n’est pas ce qui nous fait mal qui nous permet d’accueillir le salut, mais l’amour qui permet de traverser et surmonter, transcender toutes les formes de maux et douleurs auxquelles le déroulement de notre vie terrestre nous confronte. L’apôtre saint Jean dira même de l’amour que la mort ne l’anéantit pas et que celui qui en fait le moteur de sa vie ne meurt jamais.

Si la souffrance était rédemptrice par elle-même, pourquoi Jésus aurait-il passé tout ce temps à guérir tant de gens blessés et à réconcilier entre eux tant d’autres éloignés et isolés ? Par contre il n’a cessé de répéter que le passe-partout, la clé universelle pour rendre libre et sauver, c’était aimer Dieu et aimer son prochain. Jésus a montré que la condition humaine, non seulement n’est ni un piège ni un obstacle, mais qu’elle est un espace et un temps transitoires grâce auxquels, à la suite de Jésus, tout être peut se recevoir de Dieu. Jésus de Nazareth, Fils du Père venu sur terre, a fait de l’Humain une chance de rencontre et même d’association, de mariage, d’alliance entre l’Humain et le Divin, la terre et le ciel, l’actuel et l’Eternel. Aussi c’est bien en aimant vivre au monde et en créant des liens fraternels avec ceux et celles qui composent l’Humanité, dans sa pluralité et ses diversités, que nous contribuerons à l’accueil du salut gagné et offert par Jésus, Fils de Dieu et fils d’homme.

Ce n’est pas l’accumulation de souffrances qui sauve, mais l’amour reçu de Dieu et l’amour donné aux autres. Durant ses 33 ans en Palestine, Jésus a fait de son amour le fil rouge fidèle et inoxydable de sa vie, et l’ascenseur du salut pour tous !

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Le péché ?

 

Le péché est tout ce qui blesse, ampute, barre la route à croire, espérer et aimer, librement et en vérité. Pécher contre la foi et Dieu, c’est oublier Dieu et vivre comme s’il n’existait pas. Pécher, c’est choisir de l’écarter de toute décision et de la conduite de nos vies. C’est se considérer comme propriétaire de l’univers auquel on nie toute origine divine. C’est rejeter tout sens spirituel et au-delà du réel perceptible et observable. C’est rayer Dieu de notre carte de relations et vouloir convaincre les autres de sa « non-existence ». Pécher, c’est baisser les bras devant l’adversité, les échecs et les déboires de l’existence, et laisser s’installer en soi une tristesse profonde, une lassitude et même un dégoût que l’on nomme parfois l’acédie.

Or cette attitude sape en soi les forces que peut régénérer sans cesse la vertu d’Espérance, don de Dieu. Pécher contre l’Espérance, c’est donc mettre en doute la grâce de confiance en Dieu. C’est ne s’arrêter qu’à l’instant et à la superficie des choses alors que l’Espérance invite à voir loin derrière leur enracinement et loin devant leur aboutissement. Pécher contre l’Espérance, c’est manquer de persévérance et de patience, quand l’Espérance nous introduit dans l’invisible et l’adhésion au lointain et à l’imprévisible !

Pécher, c’est se contenter d’aimer ceux qui nous aiment dans une réciprocité attendue, alors que Jésus a déclaré un jour : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent »… Pécher, c’est refuser de pardonner et de faire les premiers pas. C’est caler son amitié, son affection, aux normes en vigueur dans la culture, les us et coutumes de l’endroit où l’on vit. Alors que la charité, don de Dieu, c’est se référer à la façon dont Dieu aime et dont Jésus est le témoignage vivant, prototype de l’Amour selon Dieu. Cet amour auquel tout chrétien est convié ne se contente pas du raisonnable, du convenable et du possible. Il peut sortir des clous et dépasser les bornes. Ce qui entame le regard bienveillant et érode les relations, c’est ce qui ternit et salit, répand des calomnies et des rumeurs sur tel ou tel groupe ou telle personne que l’on veut disqualifier ou diaboliser !

Certains demandent alors pourquoi une faute contre nos semblables est déclarée péché contre Dieu. Tout en n’ayant pas l’intention d’agresser le Père, le fait de harceler ou de blesser le plus petit ou le plus grand de ses enfants revient à le blesser, Lui. « Ce que vous aurez fait au plus petit des miens, c’est à moi que vous l’aurez fait »… « Ce que vous aurez omis de faire en ne levant pas le petit doigt, c’est aussi à moi que vous ne l’aurez pas fait »… Tout péché contre un frère, une sœur en humanité est une injure faite à Dieu créateur et Père de la vie. Tout être humain a une égale dignité, car il est le sanctuaire de la Présence divine : Père, Fils et Esprit Saint…

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Faute, erreur, péché

 

Il est souvent proposé aux enfants qui se préparent à la première des communions ou à leur profession de foi, aux adolescents et aux jeunes qui vont recevoir le sacrement de confirmation, de recevoir le sacrement du Pardon. La plupart du temps, la confession de leurs péchés et leur désir de renforcer leur amitié avec le Christ prédisposent ces pénitents à regarder l'Avenir avec confiance et joie. De fait, ce sacrement n'invite nullement à la peur ni à développer un sentiment amer de culpabilité, mais plutôt un sentiment de joie puisqu'il signifie par nature l'amour inaltérable de Dieu quoi qu'il en soit de nos péchés.

Sans bien sûr trahir les secrets de confession auxquels le prêtre est absolument tenu, je me permets toutefois de faire quelques remarques sur le contenu réel du mot péché. Je le ferai pour aider les enfants et les jeunes à distinguer erreurs, fautes, dont le quotidien peut être truffé, et péchés, qui sont des choix portant la marque de l'intention de nuire, en paroles ou en actes !

Chacun le sait, le bien et le mal se révèlent la plupart du temps dans les relations aux autres. C'est ainsi que bon nombre de péchés dont s'accusent les enfants et les adolescents concernent la vie familiale. Un adolescent peut s'étonner lui-même de "répondre" vivement à ses parents, alors que quelques années auparavant il consentait spontanément à leur point de vue, il acceptait volontiers de rendre service dans la vie commune. Or, devant ces aveux qualifiés de péché, je m'efforce toujours, lorsque le temps le permet dans le cadre d'une célébration du Pardon, de clarifier avec le jeune la part de normalité et la part de malveillance consentie. Car le fait de penser et de parler d'une façon décalée avec ses parents, d'exprimer une opinion plus personnelle, ne relève-t-il pas non pas d'un péché, mais d'un développement, nécessaire et heureux, de l'enfant qui progresse en maturité vers son identité ? Par contre, si le jeune prend le contrepied systématique de ses frères et sœurs et de ses parents avec l'intention ferme de les ennuyer, de les blesser, de leur faire du mal, de semer la zizanie… alors là il y a de la malveillance, du péché, dans sa posture !

On l'oublie trop souvent, il ne faut pas seulement regarder les actes de bien ou de mal, mais les libertés de conscience qui les élaborent et les intentions et les décisions qui les mettent en œuvre. Si je consacre un billet à cette question, c'est parce que j'observe que trop souvent une initiation au discernement dans ces domaines a été omise. Or un jeune qui découvre que ce qu'il a dû accuser un jour comme péchés au confessionnal n'est que processus normal de son accession progressive à sa vie d'adulte peut alors reléguer la "confession" aux oubliettes et, dans le pire des cas, nourrir un ressentiment vis-à-vis de ceux qui lui ont proposé des démarches qu'il n'a pas véritablement comprises.

On ne prendra jamais assez de temps avec ce monde des enfants et des adolescents pour leur expliquer les conditions dans lesquelles s'inscrivent les sacrements qu'on leur propose de célébrer. Une pédagogie à leur portée est nécessaire.

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Que souhaiter à mon diocèse…

 

 L'intérêt d'adopter pour sa propre vie le message évangélique du Christ peut être suscité par des paroles et les actes de ses disciples. "Voyez comme ils s'impliquent, entendez ce qu'ils annoncent, regardez comme ils s'aiment, se pardonnent, osent réagir et prendre des initiatives, et tout cela dans la durée et la persévérance". Ce que disent et font les chrétiens dans et de leur vie traduit et incarne aujourd'hui la foi en Jésus.

 L'Eglise vit comme un corps dont les membres sont différents et accomplissent des fonctions spécifiques. Tous les baptisés revêtent certes une égale dignité, mais la mission de chaque membre est singulière et personnelle du fait de son baptême. L'Eglise, Corps du Christ, ne peut manifester un visage entier que par l'ensemble des croyants qui la constituent. Les prêtres, religieux(ses), les laïcs, les évêques, le Pape lui-même, les théologiens comme les engagés dans le Monde sont ensemble l'Eglise actuelle dans cette étape de l'histoire de l'Humanité.

 Cette vision de l'Eglise au cœur des réalités humaines d'un diocèse suppose que les chrétiens aient de bons lieux pour s'instruire, se réunir, célébrer, prier, ouvrir la Bible et en partager les richesses, entendre les appels qu'elle lance. Aux gens qui longent l'Eglise, la regardent de loin ou y prêtent l'oreille de temps en temps par médias interposés - dans la mesure où ce qu'elle dit est compréhensible et embrayé aux questions de vie et de mort - , on se doit de faire écho aussi à leurs préoccupations. Car la foi chrétienne à la suite du Christ est incarnée. Elle influence, sauve, purifie et libère. Jamais elle n'est un vernis ni un sucre saupoudré, elle est plutôt un sel ou un levain qui imprègnent !

 L'Eglise qui rassemble et ravitaille, qui ressource, est pour les chrétiens témoins missionnaires le port d'attache de la "terre ferme". Les communautés paroissiales, mais aussi une aumônerie scolaire, un mouvement de laïcs chrétiens, sont des lieux et des temps références où chaque membre apporte et reçoit. Toute vie paroissiale est conduite par un prêtre qui en reçoit la charge de l'évêque. Il associe des laïcs à sa tâche dans une coresponsabilité différenciée. Il appelle et forme, soutient ces baptisés pour que le corps tout entier de l'Eglise soit uni et nourri, en faisant des différences de ses membres une opportunité d'enrichissement mutuel et de communion fraternelle.

 La foi chrétienne ne se présente pas comme une culture particulière parmi les cultures du monde, qui exigerait de chaque converti qu'il renonce à sa propre façon de vivre, de penser, de s'exprimer. Aussi choisir de vivre à la suite du Christ est-il possible en tout lieu et milieu, pour tout être humain de toute époque.

 Certes au fur et à mesure que Jésus compte dans la vie d'une personne qui le choisit pour ouvrir son chemin de vie et l'y accompagner, cette relation intime et fréquente avec lui va éclairer son intelligence, purifier son cœur, la pousser à témoigner ouvertement et transformer sa personnalité et ses comportements… Car la foi chrétienne, c'est d'abord la rencontre de Jésus de Nazareth et du Christ se donnant entièrement à l'Humanité sur la Croix et faisant de tout ce que la Bible et l'Eglise nous apprennent de Lui un chemin d'ascension vers Dieu.

Posté par lucien marguet à 18:03 - - Commentaires [0] - Permalien [#]