Les billets du Père Lucien Marguet

15 mai 2012

Ascension

L'Eglise célèbre l'Ascension du Seigneur 40 jours après Pâques. Elle tient cette tradition du récit des Actes des Apôtres (Ac 11-11). Le mystère de l'Ascension reste cependant difficile à comprendre pour nos contemporains. Au moment de monter au ciel, Jésus dit à ses disciples : "Il est bon pour vous que je parte". Que veut dire ce départ ? Le maître se retire pour que ses disciples prennent la parole et deviennent maîtres à leur tour. Chacun de nous a des exemples d'enseignants, de parents, d'éducateurs, qui, d'une façon ou d'une autre, ont su se retirer pour que l'autre prenne sa place et assume sa vie.

 On sait aussi les conséquences d'une présence trop encombrante d'un maître auprès de ses élèves. Ces derniers ne seront pas libres et ne pourront pas devenir maîtres à leur tour. Il est vrai que l'absence de maître crée un vide et provoque une angoisse de manque chez les élèves. Mais cela les oblige à chercher par eux-mêmes. Ils commencent par interpréter et confronter l'enseignement du maître. Ensuite ils forgent leurs propres convictions, leur profession de foi. Ils deviennent alors à leur tour maîtres et initiateurs.

 Quand Jésus disparaît à leurs yeux, les Apôtres se retrouvent seuls. "Ils restaient là à regarder le ciel". Le travail accompli par Jésus est loin d'être achevé. Acculée à ses limites, la communauté se trouve alors devant un choix. Démissionner et mourir ou tout risquer et vivre. Ils choisissent d'annoncer l'Evangile de la Galilée à Jérusalem et jusqu'aux extrémités de toute la terre. L'Ascension correspond à la naissance des disciples à la liberté et à la responsabilité. C'est l'inauguration de la mission de l'Eglise dans la force de l'Esprit Saint.

 Ce mystère revêt trois enseignements pour nous aujourd'hui.

Cessons de rêver du jour où Dieu viendrait régler nos problèmes sans notre participation.

Le Christ nous donne le mandat de remettre debout tous ceux qui souffrent. Il a besoin de nos voix pour défendre ceux que la société a rangés dans la catégorie des "sans", sans logement, sans travail, sans droits, sans Avenir...

L'Ascension nous rappelle la nécessité de la transmission de la Foi. Nous devons redécouvrir l'actualité de ces paroles de Jésus : "Vous serez mes témoins" (Ac 1 8). "Allez, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit"  (Mt 281). Certes il est difficile de dire la foi dans la société actuelle. Mais la grande tentation, c'est la démission. Un chrétien qui n'a plus le désir de transmettre la foi la perd. Il ressemble à un puits ou une source qui ne donneraient plus leur eau. Elle serait stagnante.

 Jésus a parlé aux foules. Il a enseigné ses disciples. Il les a accompagnés dans leur évolution progressive et parfois dans leur lenteur à croire. Jésus demeure présent dans la vie de ceux qui croient en lui. Cette nouvelle présence est assurée par le don de l'Esprit Saint. Les chrétiens appuient leur foi et leur espérance sur le Christ qui a vaincu la mort. Les résistances du monde ne doivent pas faire peur aux chrétiens ni les arrêter lorsqu'ils entreprennent de faire gagner la vie. La Parole et le Pain de Vie que Jésus offre en chaque Eucharistie donnent à ceux qui tendent leurs mains et ouvrent leur cœur la liberté et la joie de poursuivre l'œuvre toujours en chantier du Maître.

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08 mai 2012

Pourquoi ?

Pourquoi le parti de l'extrême-droite a-t-il fait un tel score au premier tour des élections présidentielles ? me demande cette personne avertie sur le plan politique. Certaines zones rurales reculées ont voté comme d'autres régions fort touchées par l'immigration et le chômage. Ce vote n'est-il qu'un rejet de la classe politique à la direction des affaires et du pays à qui serait imputée l'actuelle faillite économique, financière et sociale ? Est-ce aussi un vote d'adhésion ne serait-ce qu'à un rêve de changement, sans que ces électeurs n'aient les moyens de vérifier la faisabilité de ces promesses lancées en plusieurs mois de rassemblement de campagne ?

Tout d'abord, quelle est cette population qui a voté à l'extrême-droite ? Des gens différents par l'origine sociale, culturelle et l'âge, mais qui ont pour point commun d'avoir fait l'expérience dans leur existence de n'être ni entendus ni satisfaits dans leurs besoins humains. Ici c'est un patron de PME qui n'obtient pas ses prêts pour consolider son entreprise ou acheter des machines plus performantes. Là, c'est un travailleur qui perd son emploi pour cause de délocalisation de son entreprise, là une mère de famille que la paperasserie administrative décourage, ici des jeunes scandalisés par le train de vie de notables "installés" à leur porte, plus préoccupés de faire durer la situation que d'améliorer celle des autres.

Parmi les électeurs qui ont voté à la droite extrême, il est des gens qui ont le sentiment de compter peu dans les réseaux que sont les associations, les syndicats, l'administration elle-même, et voter c'est faire entendre sa voix à égalité, pour une fois, de tous les tenants du pouvoir en place jugés incapables de vraies solutions aux problèmes de notre époque. Il y a enfin comme un déficit flagrant d'information et de consultation de cette population à qui on ne demande jamais son avis.

Si les deux partis extrêmes ont eu un tel succès, c'est parce qu'ils se sont faits les porte-parole de cette foule habituellement éparpillée et sans interlocuteurs. Ces deux partis ont porté sur les places publiques, dans les salles et les gymnases, la voix, les aspirations, les désirs et d'abord les cris de cette foule jusqu'alors anonyme, pour les amplifier et donner à cette foule une direction, une certaine cohésion, un visage et des repères emblématiques. On ne peut que souhaiter que les institutions de la République, que les partis politiques traditionnels, que ce que compte notre pays d'associations, de syndicats et de communes s'interrogent et élargissent leur regard, ouvrent davantage leurs portes à ces gens "lassés" par les difficultés de la vie. Et que les lieux de croyance et de conviction soient plus attentifs et plus enclins à prendre au sérieux et en charge les problèmes auxquels, en de nombreux domaines, beaucoup de gens sont confrontés.

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26 avril 2012

Sens pastoral

Chaque année, le 4ème dimanche de Pâques est consacré à réfléchir et prier pour les vocations de prêtres. Le Christ est le Bon Pasteur. Il appelle des hommes à être ses collaborateurs, des pasteurs. "Ce que j'aime le plus chez un prêtre diocésain", me dit cette personne, "c'est son sens pastoral".

 A la suite de Jésus, pasteur de l'humanité, le prêtre diocésain prend du temps pour accueillir, écouter, partager la vie, les difficultés, les joies, les espoirs des gens. Il s'efforce d'être proche de chacun dans sa particularité tout en restant disponible et accessible à tous. S'il s'investit, il demeure libre. Il n'est la "propriété" de personne. S'il est très inséré, son horizon demeure large.

 S'il est avec les gens, il est aussi devant, dans les pas du Christ, seul Vrai Pasteur. Comme le Christ sur le chemin d'Emmaüs marchait à côté des deux disciples et les écoutait, le prêtre rejoint les hommes et les femmes de tout âge et de toute condition. Il s'intéresse à leur vie et leur annonce "doucement" et humainement Jésus-Christ. S'il sait pleurer et compatir, il invite à sourire et espérer. S'il sait partager la joie, il invite à ne pas se refermer sur soi.

 Pasteur, le prêtre l'est des croyants assemblés, mais aussi des gens disséminés. Ce pasteur ne cherche pas à s'attirer des sympathisants, et encore moins des partisans. Il montre le chemin du Christ "Chemin, Vérité et Vie" en respectant l'itinéraire de chacun et avec l'aide de l'Eglise. Le prêtre est le signe visible du Christ invisible. Le prêtre est au cœur de l'Eglise comme la table du repas familial est au cœur d'une maison. Le repas c'est le Christ, le prêtre n'est que le serviteur et la table…

 Or le sens pastoral se reçoit de la fréquentation du Christ dans l'Evangile, dans la contemplation et dans la prière. Il s'acquiert dans la transformation qu'opèrent en soi les rencontres humaines. Le sens pastoral se développe dans l'expérience des fragilités et du péché. Le prêtre est un homme, il n'est pas tombé d'une autre planète. Il est né de parents, a grandi dans une famille, a développé des capacités, exercé sa liberté, fait des choix, engagé entièrement sa vie à la suite du Christ. Son modèle, c'est le Christ. Sa vie, c'est le Christ et les autres dans lesquels il perçoit la présence de l'Esprit Saint.

 Le pasteur est bienveillant et indulgent, il doit avoir les yeux, les oreilles, l'esprit et le cœur de Dieu pour être le signe de son Amour, de son pardon, auprès de tous et de chacun. "Et lorsque mon curé partira", ajoute mon interlocutrice, "cela me fera de la peine, mais je sais qu'en vrai Pasteur il aura fait de sa Paroisse une communauté vivante et responsable qui continuera avec un autre prêtre".

 Certes, ce prêtre aurait pu exercer un métier : agriculteur, boulanger, médecin, enseignant, éducateur ou tout autre service, et ainsi gagner son pain. Il aurait pu se marier, avoir des enfants, les élever vers leur vie.

 Si le prêtre est seul, il n'est pas solitaire, car son cœur est peuplé de visages d'enfants, de jeunes, d'adultes. De pauvres et de riches. De gagnants et de perdants. Son esprit est rempli de confidences et d'intentions de prière. Son esprit est peuplé de toute cette Humanité blessée, souffrante, habitée de doutes, d'excès, d'erreurs. Blessée, mais aussi passionnée et solidaire. Cette humanité est sa famille. Le prêtre est chez lui partout. Les Zachée, Bartimée, Marie-Madeleine, Matthieu, les publicains, les pharisiens, les Samaritains, comme Jésus en son temps le prêtre les fréquente aujourd'hui. Le prêtre accueille chacun où qu'il en soit, où qu'il soit, quelles que soient ses convictions, sa méfiance, ses interrogations, ses émotions et l'état de sa vie. Prêtre par le Christ pour ses contemporains…

 En lien, tisseur de liens, le prêtre consacre son temps et trouve son bonheur lorsque des esprits, des cœurs, des mains s'ouvrent, lorsque quelqu'un découvre en Jésus le frère aîné qui fait connaître et aimer le Père.

 "Seigneur, donne-nous des prêtres

pour ce temps qui est le nôtre,

pour ce monde aimé que tu veux sauver".

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21 avril 2012

Au Temple, Pierre guérit un infirme au nom de Jésus…

Actes 3 1-10

 Sans doute par souci de discrétion et parfois par crainte de réactions, les chrétiens ont longtemps prôné de témoigner seulement par leur vie, leurs actes et leur engagement altruiste, de la foi qui les animait. Il leur fallait agir sans nommer la source qui les inspirait. Il était même ajouté que les gens finiraient bien par deviner par eux-mêmes d'où leur venaient ce dynamisme et cette force qui les habitaient.

 A notre époque, on devient beaucoup plus prudent sur le lien que l'on espérait quasi logique entre engagement et témoignage de Foi. La principale raison est que la culture chrétienne s'est estompée et a même disparu. Comment alors demander à des gens de reconnaître en une façon de vivre celui qui en est la source cachée ? Beaucoup ne verront dans ces vies généreusement données qu'une prédisposition naturelle ou la belle illustration d'un humanisme. Quant à prétendre évangéliser, faire connaître et aimer Jésus par la seule force du témoignage des attitudes, qui pourra aujourd'hui le faire ? Il semble que sans bien sûr renoncer à l'engagement humain, les chrétiens qui entendent l'appel missionnaire à diffuser l'Evangile s'efforcent aussi, en lien avec leur implication concrète, de saisir les occasions de nommer Dieu et Jésus-Christ.

 Je prendrais volontiers à ce propos l'attitude de Pierre à qui l'on présente un homme infirme depuis sa naissance, que l'on installait chaque jour au Temple, à la "Belle Porte", pour demander l'aumône à ceux qui entraient. "Voyant Pierre et Jean, il leur demanda l'aumône. Alors Pierre fixa les yeux sur lui ainsi que Jean, et il lui dit : « Regarde-nous bien ». L'homme les observait, s'attendant à recevoir quelque chose. Pierre lui dit : « Je n'ai pas d'or ni d'argent ; mais ce que j'ai, je te le donne : au nom de Jésus, le Nazaréen, lève-toi et marche ». Pierre accompagne son action de la désignation de celui à qui il doit son pouvoir de mettre cet homme debout.

 Il me semble que notre époque réclame aussi d'entendre les chrétiens dire au nom de qui ils s'impliquent en humanité. Messager de la fraternité que Dieu veut pour l'humanité, Jésus rompt le cercle étroit à l'intérieur duquel l'attention au frère était habituellement confinée. Toute personne, quelle qu'elle soit, est mon frère, ma sœur… Le baptême dépose en nous la force d'aimer qui est en Christ et nous oriente vers toute personne. "Ce que vous aurez fait au plus petit des miens, c'est à moi que vous l'aurez fait"…

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13 avril 2012

Le soir de Pâques

Jean 20 19-23

 Les Juifs de l'époque de Jésus n'avaient qu'une croyance vague en la Résurrection des morts. Et d'ailleurs ils croyaient que cette Résurrection n'aurait lieu qu'à la fin des temps et pour tous en même temps. Aussi sont-ils surpris et interrogatifs devant celle de Jésus qui peu à peu s'impose à eux.

 Les disciples, encore sous le coup des événements brutaux de la Passion et de la mort de Jésus, s'étaient enfermés pour se protéger d'éventuelles représailles d'avoir fait partie du groupe de Jésus. Or c'est Jésus lui-même qui crève ce "retranchement protecteur".

"Jésus vint". Il n'est pas couché. Mais debout et en route. Il est libre de ses mouvements. "Il était au milieu" insiste sur un lieu, et "la paix soit avec vous" qualifie la relation que sa présence apporte. "Ils entendent Jésus parler " : ils reconnaissent sa voix. "Il lui montre ses mains et son côté" : ils reconnaissent son corps. Ainsi les disciples voient-ils le Seigneur et sont-ils remplis de joie car cette visite entame leur peur et leur désespoir. Aussitôt remis en route eux-mêmes par cette présence inattendue, les disciples sont "envoyés" pour continuer la mission de Jésus. "La Paix soit avec vous ! De même que le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie".

 Alors qu'ils s'étaient réfugiés dans une salle fermée à double tour, les voilà invités à sortir d'eux-mêmes et à aller dehors pour témoigner. Jésus est entré dans la salle pour les rassurer, les assurer de sa présence et leur confier une mission. Jésus ne les envoie pas seuls, mais animés par l'Esprit Saint : "Jésus répand sur les disciples son souffle et il leur dit : "Recevez l'Esprit Saint". Il y a en Dieu le Père créateur, son Fils Jésus qu'il a envoyé sur terre,  et c'est maintenant la venue de l'Esprit dans la communauté des croyants qui naît de la Résurrection de Jésus.

 L'Esprit relie Dieu et l'Eglise à tel point que l'Eglise est chargée d'accomplir les gestes et paroles de pardon en son nom : "Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus". L'Eglise vue comme une continuité de Jésus nous invite à voir dans les croyants le corps du Christ. Le Christ vivant aujourd'hui, ce sont tous les chrétiens communiés en Lui qui lui donnent une présence réelle et rayonnante. Jésus continue sa mission de parler, d'agir, de bienfait et de salut, par les chrétiens unis dans l'Esprit qui agissent, témoignent, font progresser, améliorent la vie.

 En croyant le Christ ressuscité, nous annonçons que tout ce que choisit d'être et de faire Jésus a eu raison des forces du mal et de mort. Et cette Espérance donne raison d'avance aux disciples de Jésus.

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07 avril 2012

Ré-surrection…

"Si le Christ n'est pas ressuscité, notre foi est vaine, nous dit saint Paul. En effet, si le crucifié du Golgotha, mis au tombeau, est anéanti à jamais, comment s'intéresser à son message en paroles et en actes délivré durant sa vie terrestre, puisque la mort l'aura vaincu ? Or le Christ est vraiment re-ssuscité. Il est apparu à beaucoup qui, l'ayant connu, l'ont reconnu. Ils en ont témoigné avec force, jusqu'à risquer leur propre vie pour attester de cette vérité. Et leur engagement total et définitif a montré que la résurrection de Jésus avait eu pour effet de re-ssusciter leur motivation inconditionnelle dans la poursuite de sa Mission. Jésus, par sa mort et sa résurrection, change donc cette conviction que la mort serait un arrêt complet, un anéantissement de toute vie. Avec la résurrection du Christ, on comprend que la mort est un passage, une entrée dans une vie transformée, et pas la cessation de tout !

 Mais ne trouvons-nous pas que le cours de l'existence terrestre est déjà une succession de petites morts et de provisoires résurrections ? En effet, pour progresser ne faut-il pas à chacun(e) quitter un état de vie, une façon d'agir, de pensée, évoluer pour devenir ?… Pour progresser, ne faut-il pas sans cesse "mourir pour vivre" ? Si la mort est inscrite en notre vécu quotidien, la résurrection l'est aussi. Que de verbes dans notre langue pour décrire cette expérience humaine que fait tout un chacun ! Le préfixe "re" indique cette succession de pointillés qui finissent par faire une trajectoire dont, pour le croyant, la mort n'est pas l'aboutissement, mais un passage en vue d'une mutation radicale. Citons quelques-uns de ces mots qui évoquent cette dynamique de l'existence : re-commencer, ré-veiller, ré-parer, ré-unir, re-bondir, ré-apparaître, ré-animer, re-couvrir, re-trouver, re-venir, re-naître… Ce rythme de la vie génère des séparations, provoque des changements, suppose des détachements, et, dans le même temps, des choix et des engagements nouveaux.

 Ainsi se déroule la vie dans la succession des séquences qui la composent, parmi lesquelles il y a celle de la mort physique, biologique et organique, mais pas celle de l'âme immortelle. En croyant Jésus ressuscité et vivant aujourd'hui entre nous et en nous, c'est notre propre résurrection que nous affirmons : avec Lui nous mourrons, par Lui nous vivrons. Tout ce patrimoine "divin" expérimenté sur terre, fait d'Amour, de vérité, de liberté, de pardon, de justice, de partage, d'accueil, d'écoute, la mort ne l'atteint pas, mais au contraire le déleste de toutes ses imperfections, de ses lourdeurs, pour lui donner de s'épanouir et de subsister pleinement en Dieu tout-puissant de vie et d'Amour.

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La résurrection

 

Aucun des Apôtres n'a vu Jésus en train de ressusciter. Jésus est venu à eux sous une autre apparence. Et eux l'ont reconnu comme étant bien Jésus aux côtés de qui ils avaient vécu trois ans durant. Si les Apôtres seuls peuvent témoigner de leur rencontre avec le Ressuscité, cela saute aux yeux que leur vie a été bouleversée et radicalement transformée par cette expérience. La peur qui les paralysait les a entièrement quittés. Ni les menaces, ni l'arrestation, ni les interrogatoires des autorités ne les ont fait renoncer à ce qu'ils disaient haut et fort.

 Et l'Eglise va naître d'un Pierre complètement transformé et habité par l'Esprit de courage et de force. Paul viendra le rejoindre, lui qui n'a pas connu le Christ et a persécuté les premiers chrétiens. Il a assisté au martyre d'Etienne et l'a encouragé. Paul converti sur le chemin de Damas, dont le Christ vivant fait un représentant ardent dans les pays méditerranéens.

 Il n'est donc pas envisageable de faire un reportage sur la Résurrection de Jésus, mais il nous est possible d'évaluer les changements humains qu'elle produit et les conséquences qu'elle aura sur le cours de l'histoire. Si le Christ est vraiment ressuscité, si la mort n'est plus un mur infranchissable, mais si derrière il y a une vie nouvelle, alors notre existence n'a pas seulement un prolongement, elle contient déjà un sens éternel. La résurrection n'est pas une simple annulation de la mort, mais plutôt sa transformation. La mort n'est plus disparition, mais passage à une autre forme de vie. Jésus évoquera la germination de la graine semée en terre. Paul parlera du passage d'un "corps psychique" à un "corps spirituel". Passage du singulier au pluriel, de la chrysalide au papillon, de l'enfermement dans les frontières du corps actuel à la communication qui caractérise l'Esprit jusque dans la communauté trinitaire elle-même. La vie éternelle de notre corps et de notre esprit est relation sans limite, sans réticence. Pur échange, don de soi et accueil sans réserve de tout autre.

 Sans la résurrection de Jésus, l'Eglise aurait-elle eu la force d'accomplir sa Mission aux quatre coins du Monde, d'affronter les difficultés multiples, parfois de s'embourber en chemin et d'en sortir pour re-commencer, rebondir et poursuivre ? Or la source de cette dynamique chrétienne commence le soir de Pâques avec la poignée de disciples qui vont devenir des Apôtres ardents. "Si le Christ n'est pas ressuscité, notre foi est vaine", disait saint Paul…

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La résurrection de Jésus selon Benoît XVI dans son livre sur Jésus de Nazareth

Que Jésus n'ait existé que dans le temps passé ou qu'au contraire il existe encore dans ce temps présent, cela dépend de la Résurrection. Aussi est-il nécessaire d'écouter avec une attention particulière les témoignages sur la Résurrection que le Nouveau Testament nous propose, quand bien même ils peuvent apparaître complexes et susciter bien des questions.

 Saint Marc raconte que les disciples descendant de la montagne de la Transfiguration se demandaient entre eux ce que signifiait "ressuscité d'entre les morts" (Mc 9 9s…). La résurrection de Jésus n'a rien à voir avec celle du jeune de Naïn (Lc 7 11-17), de la fille de Jaïre (Mc 5 22-24) ou de Lazare (Jn 11 1-44). De fait, après avoir été remis debout par Jésus, ils ont un jour connu la mort définitive. La résurrection de Jésus, elle, fut l'évasion vers un genre de vie totalement nouveau, vers une vie qui n'est plus soumise à la loi de la mort, une vie qui a inauguré une nouvelle dimension de l'être homme. La résurrection de Jésus est une sorte de mutation décisive, un saut "de qualité".

 Dans la résurrection de Jésus, une nouvelle possibilité d'être homme a été atteinte, une possibilité qui intéresse tous les hommes et ouvre à un avenir d'un genre nouveau pour les hommes. C'est pourquoi, à juste raison, Paul a uni de manière indissociable la résurrection des chrétiens et celle de Jésus : "Car si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n'est pas ressuscité… Mais non, le Christ est ressuscité d'entre les morts, prémices de ceux qui se sont endormis (1ère Corinthiens 15 16-20). Ou bien la Résurrection est un événement universel, ou bien elle n'est pas, nous dit Paul. Elle doit être comprise comme l'inauguration d'une nouvelle dimension de l'existence humaine. Jésus n'est pas revenu à une vie normale de ce monde. Il est sorti vers une vie différente, nouvelle, vers l'immensité de Dieu.

 Partant de là, il s'est manifesté aux siens. La résurrection de leur maître a été pour les disciples inattendue. Elle s'est imposée à eux. Face à leur hésitation et leur stupéfaction, la réalité s'est imposée : c'est vraiment lui, il est vivant, il nous a permis de le toucher, même s'il n'appartient plus au monde de ce qui est normalement touchable. Dans une vision rationaliste, les apparitions de Jésus ressuscité semblent invraisemblables. Or si Dieu existe, ne peut-il pas, lui, créer aussi une dimension nouvelle de la réalité humaine ? De la réalité en général ? La création n'est-elle pas, au fond, en attente de cette ultime et plus haute "mutation", de ce saut décisif de qualité ? N'attend-elle pas l'unification du fini avec l'infini, l'unification entre l'homme et Dieu, le dépassement de la mort ?

 Deux types différents de témoignages de la Résurrection apparaissent dans le Nouveau Testament, les uns relèvent de la profession et d'autres de la narration. Comme l'écrit Paul (dans 1ère Corinthiens 1 53-8), "le Christ est mort pour nos péchés, selon les Ecritures, il a été mis au tombeau, il est ressuscité le troisième jour, il est apparu à Céphas, puis aux Douze. Ensuite il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois : la plupart demeurent jusqu'à présent… Ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les Apôtres. Puis en tout dernier lieu, il m'est apparu à moi aussi, comme à l'avorton".

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Jésus a porté nos souffrances...

 

Je ne veux dire que quelques mots à propos du récit de la Passion de Jésus. Il ne faut pas y voir une valorisation de la souffrance. Car Jésus a combattu toute sa vie durant toutes les souffrances endurées par tant de gens rencontrés. Les souffrances endurées par le Christ et décrites de façon si violente et dégradante ne doivent pas nous laisser penser que ce sont les souffrances du Christ qui ont sauvé le Monde. Jésus sauve par sa liberté, son amour, la vérité dont aucune menace, aucun chantage, ne l'ont fait dévier sur son chemin d'humanité. La souffrance en elle-même n'est pas rédemptrice.

 Certes souffrir permet souvent d'être plus ouvert et de comprendre mieux les pauvres et les blessés, de redécouvrir l'essentiel, d'être plus humble. Le feu de la forge rend plus souple le fer pour le foyer. Mais la souffrance et la mort ne sont jamais un but. Jésus sauve dès le début de son incarnation à Bethléem, pendant ses 30 ans de vécu humain à Nazareth et aussi ses 3 ans de vie publique durant lesquels il a agi, réagi, parlé, conseillé, guéri, annoncé son Père et le Royaume, et l'humain devenu possible avec lui. En lisant la Passion, il ne faut pas en conclure que Jésus n'a sauvé que par sa Passion. Sa mort, en réalité, achève un parcours où il n'a jamais cessé de servir et donner sa vie. En vivant pleinement la condition humaine dans tous ses aspects, certes y compris les drames et la souffrance, Jésus trace un chemin sûr, de vie et de progrès. Un chemin que chacun peut emprunter. D'ailleurs les Apôtres avaient bien du mal à admettre que Jésus évoque devant eux les souffrances, le jugement et la mort qu'il lui faudrait endurer.

 En assumant son humanité d'un bout à l'autre de son existence dans l'Amour, Jésus nous assure le passage de la vie terrestre à la vie éternelle. Ce qu'il nous faut voir en Jésus, c'est la logique de l'Amour du cœur de Dieu au retour à Dieu. Toute l'existence terrestre de Jésus est un chemin de mort et de résurrection.

Jésus n'a pas surplombé les souffrances de l'Humanité. Il n'a pas tant compati, donné des conseils, ni même donné son point de vue pour les expliquer. Il les a assumées dans la chair, l'esprit et le cœur de sa propre vie. Il a porté nos souffrances. Il n'était pas venu avec l'idée de les éviter, mais au contraire de vivre intensément la condition humaine, y compris dans ce qu'elle a de plus horrible, de plus pénible et de plus radical. Isaïe le prophète a une page lumineuse de vérité sur ce serviteur souffrant (Isaïe 53 1-12).

 Qui aurait cru ce que nous avons entendu ? A  qui la puissance du Seigneur a-t-elle été ainsi révélée ? Devant Dieu, le serviteur a poussé comme une plante chétive, enracinée dans une terre aride. Il n'était ni beau ni brillant pour attirer nos regards, son extérieur n'avait rien pour nous plaire. Il était méprisé, abandonné de tous, homme de douleurs, familier de la souffrance, semblable au lépreux dont on se détourne ; et nous l'avons méprisé, compté pour rien.

Pourtant, c'étaient nos souffrances qu'il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu'il était châtié, frappé par Dieu, humilié. Or, c'est à cause de nos fautes qu'il a été transpercé, c'est par nos péchés qu'il a été broyé. Le châtiment qui nous obtient la paix est tombé sur lui, et c'est par ses blessures que nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous.

Maltraité, il s'humilie, il n'ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l'abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n'ouvre pas la bouche. Arrêté, puis jugé, il a été supprimé. Qui donc s'est soucié de son destin ? Il a été retranché de la terre des vivants, frappé à cause des péchés de son peuple. On l'a enterré avec les mécréants, son tombeau est avec ceux des enrichis; et pourtant il n'a jamais commis l'injustice, ni proféré le mensonge. Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. Mais, s'il fait de sa vie un sacrifice d'expiation, il verra sa descendance, il prolongera ses jours : par lui s'accomplira la volonté du Seigneur. A cause de ses souffrances, il verra la lumière, il sera comblé. Parce qu'il a connu la souffrance, le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs péchés.

C'est pourquoi je lui donnerai la multitude en partage, les puissants seront la part qu'il recevra, car il s'est dépouillé lui-même jusqu'à la mort, il a été compté avec les pécheurs, alors qu'il portait le péché des multitudes et qu'il intercédait pour les pécheurs.

 La victoire de Jésus, c'est que l'amour, la liberté et la vérité qui, en lui, ont orienté toute sa vie, n'ont pas été entamés ni amoindris par les forces du mal et les souffrances. Au contraire, l'Amour est sorti vainqueur absolu de cette grande épreuve. Car l'un des dangers qui menacent dans la traversée des malheurs qui surviennent, c'est de sombrer dans la désespérance, de douter que Dieu soit Amour. Les dégâts du mal, ce ne sont pas seulement les souffrances, mais aussi la perte de l'Espérance et de la confiance en la vie.

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04 avril 2012

Le dernier repas de Jésus

 

Jésus sait qu'il célèbre le dernier repas de Pâques en compagnie de ses proches. Il pressent qu'il vit ses dernières heures. Il va être arrêté dans la soirée, jugé et condamné à mort. Il sait que tous vont l'abandonner. Que Judas va le vendre pour trente pièces d'argent, que Pierre va le renier trois fois de suite. Lui qui est venu de chez Dieu pour eux et pour l'humanité de tout temps. Lui qui n'a jamais cessé d'envisager sa vie comme un continuel service de ses frères et sœurs en humanité est heureux d'inventer ce soir-là un moyen génial de demeurer en eux et de continuer à les servir.

 Jésus prend du pain et du vin qui restaient sur la table du repas pascal, et du pain il annonce qu'il fait désormais son Corps, et du vin il annonce qu'il fait son sang. "Prenez et mangez, ceci est mon Corps, prenez et buvez, ceci est mon sang". On reconnaît bien là l'extrême délicatesse de Jésus pour tous les croyants qui ont besoin de voir et recevoir en eux celui qu'ils aiment. L'hostie sera ce signe visible de la présence du Christ. Et en mangeant ce pain de vie, voilà que les chrétiens se sentent unis et même communiés par Jésus dont ils deviennent ensemble le Corps vivant. "Prenez et mangez-en tous"… Lorsque nous prenons et mangeons l'hostie, le Christ redevient présent au milieu du Monde. Depuis ce Jeudi Saint, la tradition a ainsi été assurée jusqu'à aujourd'hui.

 Mais ce soir-là Jésus a accompli un deuxième geste étonnant. Vers la fin du repas, il s'est levé de table. Il a mis un tablier de service et annoncé qu'il allait laver les pieds de tous ses disciples. Certains, tel Pierre, s'opposaient à ce geste qu'ils trouvaient indigne en raison de leur haute estime pour leur maître Jésus. Mais lui a persisté. A quelques heures de sa mort, Jésus a voulu résumer toute sa vie par ce signe du service. Jésus n'est venu sur terre que pour servir et aimer. Il n'est pas venu pour juger, faire peur, formuler des reproches, rajouter des interdits. Il est seulement venu pour conjuguer en toutes les occasions de sa vie Dieu, Père, Tout-Puissant oui, mais d'Amour, de tendresse, de compassion, de pardon.

 Imaginons en effet cette scène, inimaginable, Jésus fils de Dieu, penché aux pieds de chacun de ses disciples, en train de lui laver les pieds, ces membres au plus bas, souvent salis par la poussière du chemin. Aucun d'entre eux ne mérite ce geste d'affection qui est entièrement gratuit et gracieux de la part de Jésus.

Et, bien plus étonnant encore, Jésus lave les pieds de tous, sans faire de différence, même ceux de Judas qui le trahira et le vendra, même ceux de Pierre qui le reniera trois fois en affirmant qu'il ne l'a jamais connu. "Après leur avoir lavé les pieds, Jésus reprit son vêtement et se remit à table. Il leur dit alors : "Comprenez-vous ce que je viens de faire ? Vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et Maître, je vous ai lavé les pieds les uns aux autres, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C'est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez vous aussi comme j'ai fait pour vous".

 Parents, enseignants, enfants, prêtres, gouvernants, petits ou grands, Jésus nous a ainsi donné par ces deux gestes du Pain de Vie et du lavement des pieds notre feuille de route. Et nous en connaissons le mot-clé : Aimer…

Posté par lucien marguet à 21:41 - - Commentaires [0]