Les billets du Père Lucien Marguet

16 février 2019

"Petits enfants, gardez-vous des idoles"…

A l'image du veau d'or fabriqué par les Hébreux au pied du Sinaï tandis que Moïse, leur "chef", montait recueillir les "dix lois de Dieu" avant de poursuivre le retour vers la terre de Canaan, une idole est une fabrication mentale et souvent matérialisée qui nait des aspirations ou des besoins de la conscience humaine insatisfaite.

Or, nous dit saint Jean dans sa première lettre au chapitre 5, "petits enfants, gardez-vous des idoles". L'idole fait fonction de substitut à Dieu. Elle est un leurre censé combler le désir de voir, de toucher. En fait elle donne l'illusion réconfortante sur le moment de pouvoir disposer à sa guise de ce "moyen", comme si celui-ci n'avait pour raison d'exister que d'être la prolongation de l'homme, sa prothèse. Or qui s'accroche à des idoles au point d'en faire la locomotive qui tracte et trace le déroulement de sa vie, celui-là est menacé de subir une double peine : celle de se rendre compte un jour ou l'autre que l'idole qu'on adorait est pure virtualité, et que s'être laissé scotcher et embarquer par elle ne conduit nulle part, voire, pire même, au néant.

Certes nombre de nos contemporains semblent avoir chassé Dieu de leur esprit et de leur conscience avec la prétention d'assumer par eux-mêmes leurs pensées, leurs paroles et leurs actes sans en référer à quiconque. Ainsi la plupart de ces gens qui rejettent Dieu ont-ils assez conscience que leur vie est parfois sous tutelle d'idoles que la société se façonne ? Tel l'argent devenu mobile et moteur de tout ! Faut-il démasquer les idoles actuelles en les pointant du doigt ? Chacun sait que dans notre société la priorité n'est plus "l'humain" ni "tous les hommes". Elle cède largement le pas à ces mots fétiches que sont : indépendance, utilité et efficacité, consommation, prétention à tout savoir et tout pouvoir, liberté individuelle sans limites selon les seuls critères de sa propre appréciation, droit absolu à satisfaire ses désirs…

Il ne semble pas trop difficile de détecter dans la société actuelle et universelle que lorsque la foi en Dieu recule, des pratiques idolâtriques gagnent des adeptes. Par exemple, à force de laisser le consumérisme matériel et idéologique tenir la vedette, les êtres humains pourtant appelés à développer leurs capacités de critique, de résistance, d'analyse, de choix libre et d'engagements personnels rendent leur tablier et, de guerre lasse, se laissent servir à la table où sont déposés dans leur assiette des mets élaborés par d'autres qu'ils prennent pour des "sauveurs" !

L'intention de mon propos n'est pas de juger et encore moins de rejeter ces personnes, peut-être déçues par les erreurs et les faiblesses des religions, en particulier par le christianisme parce que celui-ci ne s'est pas montré assez convaincant en ses paroles et en ses actes, mais d'alerter mes frères et sœurs en humanité afin qu'ils ne se trompent ni de quai de gare ni de train… Aussi, avant de prendre place dans un wagon, vérifions d'abord la destination vers laquelle il nous emporte ! "Petits enfants, gardez-vous des idoles", a écrit l'apôtre Jean !...

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Que souhaiter à mon diocèse…

L'intérêt d'adopter pour sa propre vie le message évangélique du Christ peut être suscité par des paroles et les actes de ses disciples. "Voyez comme ils s'impliquent, entendez ce qu'ils annoncent, regardez comme ils s'aiment, se pardonnent, osent réagir et prendre des initiatives, et tout cela dans la durée et la persévérance". Ce que disent et font les chrétiens dans et de leur vie traduit et incarne aujourd'hui la foi en Jésus.

L'Eglise vit comme un corps dont les membres sont différents et accomplissent des fonctions spécifiques. Tous les baptisés revêtent certes une égale dignité, mais la mission de chaque membre est singulière et personnelle du fait de son baptême. L'Eglise, Corps du Christ, ne peut manifester un visage entier que par l'ensemble des croyants qui la constituent. Les prêtres, religieux(ses), les laïcs, les évêques, le Pape lui-même, les théologiens comme les engagés dans le Monde sont ensemble l'Eglise actuelle dans cette étape de l'histoire de l'Humanité.

Cette vision de l'Eglise au cœur des réalités humaines d'un diocèse suppose que les chrétiens aient de bons lieux pour s'instruire, se réunir, célébrer, prier, ouvrir la Bible et en partager les richesses, entendre les appels qu'elle lance. Aux gens qui longent l'Eglise, la regardent de loin ou y prêtent l'oreille de temps en temps par médias interposés - dans la mesure où ce qu'elle dit est compréhensible et embrayé aux questions de vie et de mort - , on se doit de faire écho aussi à leurs préoccupations. Car la foi chrétienne à la suite du Christ est incarnée. Elle influence, sauve, purifie et libère. Jamais elle n'est un vernis ni un sucre saupoudré, elle est plutôt un sel ou un levain qui imprègnent !

 L'Eglise qui rassemble et ravitaille, qui ressource, est pour les chrétiens témoins missionnaires le port d'attache de la "terre ferme". Les communautés paroissiales, mais aussi une aumônerie scolaire, un mouvement de laïcs chrétiens, sont des lieux et des temps références où chaque membre apporte et reçoit. Toute vie paroissiale est conduite par un prêtre qui en reçoit la charge de l'évêque. Il associe des laïcs à sa tâche dans une coresponsabilité différenciée. Il appelle et forme, soutient ces baptisés pour que le corps tout entier de l'Eglise soit uni et nourri, en faisant des différences de ses membres une opportunité d'enrichissement mutuel et de communion fraternelle.

 La foi chrétienne ne se présente pas comme une culture particulière parmi les cultures du monde, qui exigerait de chaque converti qu'il renonce à sa propre façon de vivre, de penser, de s'exprimer. Aussi choisir de vivre à la suite du Christ est-il possible en tout lieu et milieu, pour tout être humain de toute époque.

Certes au fur et à mesure que Jésus compte dans la vie d'une personne qui le choisit pour ouvrir son chemin de vie et l'y accompagner, cette relation intime et fréquente avec lui va éclairer son intelligence, purifier son cœur, la pousser à témoigner ouvertement et transformer sa personnalité et ses comportements… Car la foi chrétienne, c'est d'abord la rencontre de Jésus de Nazareth et du Christ se donnant entièrement à l'Humanité sur la Croix et faisant de tout ce que la Bible et l'Eglise nous apprennent de Lui un chemin d'ascension vers Dieu.

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L'humain : terrain de rencontre et d'alliance entre le Ciel et la terre…

Il m'est parfois arrivé d'avoir à expliquer pourquoi valoriser l'Humain était aussi important que de nommer le Divin. En insistant pour que l'on contemple la vie et l'histoire d'une personne, il s'agit de s'exercer à y percevoir l'Esprit qui s'y trouve, en raison du Christ, Fils de Dieu et fils d'homme. Par son Incarnation, Jésus de Nazareth a réconcilié et allié Dieu qu'il était dès son origine et l'homme qu'il est devenu aussi, par sa naissance de Marie.

Aussi désormais nous savons et surtout nous croyons que Dieu n'est pas à chercher seulement dans le Ciel, il est présent sur terre et dans l'humain d'une façon singulière. Il revient alors aux chrétiens de le discerner et de le montrer à travers les pensées, les engagements, les actes qui conduisent à deviner une présence et une énergie divines, le parfum de l'Evangile, l'œuvre de l'Esprit Saint envoyé par Jésus après son passage sur terre. En nous référant aux évangiles qui nous font découvrir les convictions et les habitudes de Jésus, qui il est, nous pouvons parvenir à reconnaître la présence de son Esprit dans ce qui anime beaucoup de gens de bonne volonté, sincères et généreux dans leurs intentions et leurs actions. En effet, même sans professer explicitement une foi en Dieu, des gens de tout âge, de tout lieu et milieu, en tant de circonstances peuvent bénéficier de l'apport "énergétique" de l'Esprit Saint.

Or certains chrétiens qui se veulent d'ardents et zélés missionnaires affirment qu'il faut rapidement désigner à ces gens qui font le bien, mais sans se recevoir du Ciel, que les forces dont ils bénéficient pour penser et agir proviennent de l'Esprit divin. Car si l'on ne parle pas de Dieu, on s'expose à n'avoir qu'une position humaniste et à priver les gens, animés de l'intérieur, de ce que la découverte de Dieu peut leur apporter dans le déroulement de leur vie.

Pourtant, en m'appuyant sur les évangiles et en particulier sur celui du Jugement Dernier en Matthieu 25, j'incline personnellement à chercher d'abord dans l'humain les traces et les signes de la présence de Dieu, de préférence à prononcer son nom trop vite. Lorsque Jésus dresse lui-même cette liste non exhaustive où il se déclare présent en personne : "J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, soif et vous m'avez donné à boire, j'étais étranger et vous m'avez accueilli, nu et vous m'avez vêtu, prisonnier et vous êtes venu me voir"…, sur le moment, ces "justes" ne savaient pas qu'ils honoraient Jésus en servant les autres. Ils l'apprennent au moment d'être accueillis au Ciel par le Roi qui leur fournira cette explication : "En vérité, je vous le dis, dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait"…

Jésus a passé une grande partie de son temps à révéler Dieu son Père aux foules, par des discours, et il a aussi illustré concrètement par des actes de charité, de guérison, de pardon, ce que la foi en Dieu pouvait produire et transformer.

Enfin, il me semble que Jésus lui-même n'a pas annoncé trop tôt qu'il était Dieu lui-même. Il a plutôt choisi le silence des trente ans d'insertion dans la condition humaine à Nazareth. Et pendant ses trois ans de vie publique, il a parfois recommandé à certaines personnes ayant bénéficié de ses pouvoirs de vie de ne pas en parler…

L'humain n'est-il pas le terrain de rencontre et d'alliance entre le Ciel et la terre, le temps et l'Eternité, l'Amour divin et les amours humaines, le don de Dieu et les réponses humaines ?

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Attention au Bien commun

 

On entend souvent des citoyens réclamer de bénéficier de façon plus équitable de leurs droits à être scolarisés, à accéder à un emploi, obtenir un toit, emprunter des routes convenables et des moyens de transport de proximité, avoir accès à des soignants, des médecins, des infirmières, des kinésithérapeutes, des pharmaciens…, à fréquenter des terrains de sport, des lieux de culture et de loisirs pour tous les âges de la vie…

Le coût de la vie étant devenu élevé, certains citoyens réclament des aides financières plus conséquentes pour faire face à leurs besoins. On a même entendu proposer un "revenu" universel garanti afin que chaque citoyen ait au moins cette ressource assurée pour vivre. Les familles comptent sur les allocations familiales, les retraités sur le maintien et plus encore sur l'augmentation de leur pouvoir d'achat, les étudiants revendiquent la gratuité de leur inscription dans le parcours choisi pour leurs études.

Or, à force de n'entendre que des listes de revendications, souvent exprimées de façon individuelle, parfois même égocentrée, sans qu'à aucun moment ceux qui réclament n'aient évoqué l'origine des fonds que leurs attentes exigent, sans qu'une seule fois le Bien commun ne soit évoqué, nos responsables politiques ne peuvent que rappeler qu'ils n'ont pas été élus pour satisfaire les besoins individuels, mais pour établir les bases d'un vivre ensemble le plus juste, ordonné, harmonieux et équitable possible. D'ailleurs le terme même de politique ne signifie-t-il pas la mise en œuvre concrète du Bien commun, démocratique ? Si mon voisin, mon frère, va bien, je vais mieux, je me porte bien. La liberté individuelle ne trouve son plein accomplissement que dans une liberté ouverte dont tous peuvent jouir aussi ! Et si c'est en effet un droit de pouvoir s'exprimer librement au moyen de mouvements publics et démonstratifs afin de se faire voir et entendre, il est tout aussi nécessaire de fournir des éléments pour démontrer la faisabilité des changements réclamés !

Chacun sait en conscience et en recourant à sa raison qu'additionner des biens individuels ou catégoriels n'assure pas forcément l'amélioration du Bien commun ! A cette logique du coup par coup, du pansement sur chaque bobo, les responsables à qui a été confiée la conduite du pays doivent substituer une logique de soins et de progrès de l'ensemble du corps social. De plus, apprendre à tenir compte des "autres", en fonction des moyens que la Nation détient et des projets qu'elle se propose de mettre en œuvre, n'est pas la mission de l'Etat seul, mais sollicite la compréhension et la contribution de tout citoyen et citoyenne.

Dans les époques de prospérité économique et de bonne santé financière, une Nation peut s'installer dans l'idée que le progrès matériel est illimité et que la capacité de consommer doit suivre nécessairement. Si le moteur de l'économie libérale est de produire, de vendre et d'acheter, face à ces trois fonctions il existe des disparités très importantes selon que l'on est privé de travail et de moyens financiers ou très bien pourvu de ressources régulières et à l'abri d'imprévus. Comment ne pas remarquer toutefois que les plus démunis et éprouvés ont souvent en commun de mettre en avant leurs droits particuliers et individuels, et de sembler omettre leur devoir de participer à l'instauration du Bien commun, les uns étant mobilisés pour conquérir et faire valoir leurs droits et les autres pour conserver ceux qu'ils détiennent.

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La vanité

L'homme vaniteux vit dans l'illusoire, le virtuel, car il s'accroche à ce qui n'a pas objectivement et réellement d'existence. Il ressemble à un bateau qui croit pouvoir naviguer sur l'océan alors qu'il est échoué sur une plage de sable ! Aux autres il apparaît le plus souvent superficiel, accroc du futile, du néant, du vide. On dirait parfois de lui qu'il "n'est pas dans la vraie vie", mais dans les nuages, c'est-à-dire au-dessus de tous et de toute contingence !

Il se croit supérieur alors que la plupart du temps on ne le perçoit qu''ailleurs". Il se prétend efficace alors qu'il n'est que futile et inutile. Le vaniteux peut prononcer de beaux discours aux mots choisis et sonores, mais jamais ne se mettre à les traduire en actes ! Le vaniteux aime se faire admirer et glorifier. Il aime les félicitations qui le renforcent dans l'autosatisfaction. Il étale ses connaissances devant un auditoire assez lucide pour se rendre facilement compte qu'elles sont superficielles.

Le vaniteux est souvent atteint du syndrome de l'orgueilleux, qui se complait à se croire le centre du monde et son meilleur acteur. En réalité l'allure qu'il se donne n'est que basse, mesquine, sotte, ridicule, pour son entourage clairvoyant ! Il se croit ouvert et accueillant au progrès, il n'est que fiché en lui-même et incapable de bouger ! Il se noie dans un verre d'eau, tant il est incapable de percevoir le relief de la réalité. Il confond une montagne et une taupinière, la rosée du matin et une pluie abondante. Il nage dans l'éphémère, le transitoire et le provisoire qu'il prétend de même importance que le durable et l'essentiel.

La vanité fait belle figure au début car elle revêt les apparats de la brillance et de la séduction. Mais rapidement cette vitrine qui expose et attire à elle se fissure et se brise et ne génère que déception devant l'arrière-boutique que l'on découvre. Il y a parfois chez le vaniteux un besoin de simulation et une crainte d'être "découvert". L'hypocrisie n'est pas loin de la vanité, souvent adoptée comme un masque et même un costume de scène qui permet de jouer le rôle d'un "personnage". Quand on vient à gratter ce vernis qui cache la réalité et l'authenticité, alors on peut découvrir que cette personne sûre d'elle-même, arrogante, à la tendance dominatrice, est en réalité porteuse de grandes fragilités, qu'elle vit dans l'insécurité et la peur de se confronter aux différences qu'elle devine chez "les autres".

Tout en écrivant ce billet sur les vaniteux, il me faut aussi souligner que la Bible nous apprend à vivre à distance et détachés des choses, des idées que nous détenons, à les considérer comme relatives afin d'éviter le piège qu'elles nous tendent au point d'en devenir prisonniers. "Vanité des vanités, tout est vanité. Quel profit trouve l'homme à toute la peine qu'il prend sous le soleil ? Un âge va, un âge vient, mais la terre tient toujours. Le soleil se lève, le soleil se couche… Le vent part au midi, tourne au nord, il tourne et va… Tous les fleuves coulent vers la mer et la mer n'est pas remplie. Ce qui fut cela sera, ce qui s'est fait se refera et il n'y a rien de nouveau sous le soleil"… (chapitre 1 de l'Ecclésiaste).

Dans la vie, seules les postures modestes et surtout humbles conviennent, voilà peut-être ce qui est à retenir !

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Faute, erreur, péché

Il est souvent proposé aux enfants qui se préparent à la première des communions ou à leur profession de foi, aux adolescents et aux jeunes qui vont recevoir le sacrement de confirmation, de recevoir le sacrement du Pardon. La plupart du temps, la confession de leurs péchés et leur désir de renforcer leur amitié avec le Christ prédisposent ces pénitents à regarder l'Avenir avec confiance et joie. De fait, ce sacrement n'invite nullement à la peur ni à développer un sentiment amer de culpabilité, mais plutôt un sentiment de joie puisqu'il signifie par nature l'amour inaltérable de Dieu quoi qu'il en soit de nos péchés.

Sans bien sûr trahir les secrets de confession auxquels le prêtre est absolument tenu, je me permets toutefois de faire quelques remarques sur le contenu réel du mot péché. Je le ferai pour aider les enfants et les jeunes à distinguer erreurs, fautes, dont le quotidien peut être truffé, et péchés, qui sont des choix portant la marque de l'intention de nuire, en paroles ou en actes !

Chacun le sait, le bien et le mal se révèlent la plupart du temps dans les relations aux autres. C'est ainsi que bon nombre de péchés dont s'accusent les enfants et les adolescents concernent la vie familiale. Un adolescent peut s'étonner lui-même de "répondre" vivement à ses parents, alors que quelques années auparavant il consentait spontanément à leur point de vue, il acceptait volontiers de rendre service dans la vie commune. Or, devant ces aveux qualifiés de péché, je m'efforce toujours, lorsque le temps le permet dans le cadre d'une célébration du Pardon, de clarifier avec le jeune la part de normalité et la part de malveillance consentie. Car le fait de penser et de parler d'une façon décalée avec ses parents, d'exprimer une opinion plus personnelle, ne relève-t-il pas non pas d'un péché, mais d'un développement, nécessaire et heureux, de l'enfant qui progresse en maturité vers son identité ? Par contre, si le jeune prend le contrepied systématique de ses frères et sœurs et de ses parents avec l'intention ferme de les ennuyer, de les blesser, de leur faire du mal, de semer la zizanie… alors là il y a de la malveillance, du péché, dans sa posture !

On l'oublie trop souvent, il ne faut pas seulement regarder les actes de bien ou de mal, mais les libertés de conscience qui les élaborent et les intentions et les décisions qui les mettent en œuvre. Si je consacre un billet à cette question, c'est parce que j'observe que trop souvent une initiation au discernement dans ces domaines a été omise. Or un jeune qui découvre que ce qu'il a dû accuser un jour comme péchés au confessionnal n'est que processus normal de son accession progressive à sa vie d'adulte peut alors reléguer la "confession" aux oubliettes et, dans le pire des cas, nourrir un ressentiment vis-à-vis de ceux qui lui ont proposé des démarches qu'il n'a pas véritablement comprises.

On ne prendra jamais assez de temps avec ce monde des enfants et des adolescents pour leur expliquer les conditions dans lesquelles s'inscrivent les sacrements qu'on leur propose de célébrer. Une pédagogie à leur portée est nécessaire.

 

 

 

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24 janvier 2019

Prier avec insistance et confiance en Dieu

Il arrive assez souvent que des gens en plein désarroi devant la maladie ou la mort d'un proche parent portent plainte contre Dieu qui n'a rien fait contre le mal quand bien même beaucoup l'avaient prié d'intervenir ! Après avoir évoqué l'inefficacité de la prière, la personne en conclut que prier ne sert à rien, que Dieu ne s'intéresse pas aux humains et même qu'Il n'existe peut-être pas, qu'Il est une invention de l'homme aux abois !

Evidemment, lorsque ce thème de la prière "inefficace" est abordé, les questions s'adressent au prêtre censé être capable d'apporter quelques réponses. Il est vrai que dans la relation à Dieu, il ne faut pas avoir une attitude commerciale dans laquelle la prière serait le prix à verser à Dieu qui, lui, devrait automatiquement exécuter ce qui lui est demandé. La relation à Dieu est de nature gracieuse. Prier, c'est plutôt confier à Dieu ses blessures, ses souffrances, ses attentes, plutôt que d'exiger des changements radicaux qui viendraient inverser le déroulement d'un processus. De plus, comme le disent les pèlerins malades qui se rendent à Lourdes, quand on demande la guérison d'une maladie, on obtient de revenir avec une âme réconciliée et en paix. Car si Dieu ne donne pas ce que l'on réclame, il offre souvent ce dont il considère que nous avons le plus besoin !

Trop souvent on considère Dieu comme un tenancier de guichet qui délivre des droits à monter dans le bus ou le train. Et dès lors que l'on s'en est acquitté, on pense que le chauffeur nous mènera là où l'on désire se rendre ! Or prier n'est pas faire valoir ses droits tels qu'on les conçoit, c'est davantage partager ses peines et ses joies, confier à Dieu ses projets et ses désirs ; c'est l'associer à notre vie non dans le but de se démettre de nos responsabilités et de nos capacités d'assumer et d'agir, mais en sachant son soutien et dans le but d'élargir, d'allonger et de renforcer notre Foi. Bien sûr si Dieu, d'une façon exceptionnelle ou miraculeuse, veut intervenir, c'est à lui de juger s'il veut diffuser un signe lumineux de son existence.

Dans toutes les circonstances, notre prière doit d'abord reconnaître la liberté divine à apporter une réponse que nous ne prétendons pas définir d'avance. Dieu seul en est maître car il nous connaît mieux que nous-mêmes. Il est vrai que Dieu a l'habitude d'être appelé comme l'ultime recours lorsque toutes les ressources humaines sont épuisées. Des gens affichant une grande distance par rapport à la religion peuvent tout à coup, lorsque survient un malheur, une épreuve dans leur vie, se mettre à supplier Dieu, s'il existe, ajoutent-ils, de venir les secourir. Ils lui lancent un sms sans trop savoir comment il fonctionne, un peu comme en cas de détresse on appelle en urgence le SAMU.

Dieu leur en veut-il alors, à ces "ouvriers de la dernière heure", de ne guère le contacter en dehors des coups durs ? Fait-il alors la sourde oreille à ces gens accablés ? Ne secourt-il que les membres identifiés et fidèles de sa clientèle habituelle ? A ces interrogations, la réponse est non. Car l'énergie de son Amour ne dépend pas de notre Foi, de notre Espérance, comme la source ne dépend pas de l'eau du torrent. Dieu nous aime, et c'est en raison de cela que nous le croyons seul capable de savoir ce qui est bien, bon et beau pour nous.

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Les dix commandements de la vie de famille

Les liens familiaux naissent des liens conjugaux. La vérité et l'intensité de la relation et de l'affection dans le couple des parents sont source ou non de leurs relations avec leurs enfants. En un mot, l'amour entre époux, quand il est fondé sur le respect, l'altérité et le don de soi, le dialogue et la concertation, devient l'élément fondateur de la vie en famille.

Les enfants sont le fruit de l'amour conjugal. Ils ont besoin, pour grandir physiquement, intellectuellement, moralement, spirituellement, du soutien, de l'affection, de la contribution, différenciée, du père et de la mère, qui doivent commencer par les informer des interdits salutaires et dans le même temps des potentialités dont ils sont dotés et qu'ils doivent par eux-mêmes transformer en capacités. Ni retenir ni freiner, mais accompagner et soutenir les enfants et les liens entre eux tisse le vivre ensemble familial.

Dans une fratrie, chacun s'épanouit quand il apprécie ce qu'il est et devient, au fur et à mesure qu'il se découvre lui-même. Il peut traverser des passages de décrochage, de lassitude et même de désespoir, surtout s'il est tenté de se comparer à d'autres membres de la famille dont il se découvre différent, craignant parfois d'être de valeur inférieure jusqu'à la peur d'être moins aimé par ses parents.

Des parents sont enclins à combler leurs enfants d'objets et d'instruments. Ils les assistent en permanence tout en souhaitant intérieurement les voir s'auto-développer. En réalité, ils les maintiennent ainsi dépendants ! Ces parents privent alors souvent leurs enfants de l'expérience fondatrice de manquer, de désirer, d'attendre et d'atteindre le moment et l'étape. Etre privé et avoir à se débrouiller, à inventer, introduit une souffrance qui est toutefois féconde de liberté et de responsabilité.

Le climat préférentiel d'une famille doit favoriser la liberté pour chacun de s'exprimer avec sincérité, vérité et pondération, et toujours un respect appuyé de l'autre. Les plus grands ne font jamais de leur "avance" un droit sur les petits ou les moins avancés. Au contraire, cette diversité d'âges et de personnalités, loin d'être une occasion de divergences et d'oppositions, constitue une chance d'entraide et d'émulation, de "fraternité".

 Les enfants sont en droit d'attendre de leurs parents un accueil, une écoute, une disponibilité qui ne leur concèdent pourtant aucun droit de "téléguider", de formater la vie présente et à venir de leurs enfants ; avec amour, les parents sont invités à les aider à discerner les appels qu'ils ressentent à tracer leur propre itinéraire !

 La famille est le lieu premier de l'éveil aux savoirs, de la pratique des devoirs et des droits. Mais qu'en est-il de la transmission religieuse ? Elle est le résultat du témoignage des parents et des enfants grandissant de l'imprégnation de l'Evangile, de la référence, pour choisir, agir et parler, à Jésus qui donne son odeur de berger à la maison et à ses habitants.

 L'encouragement à se montrer courageux, généreux, serviable, sans attendre de bénéfice en retour, doit être la réciproque normale d'enfants prenant connaissance de tout ce qu'ont fait et continuent à faire pour eux leurs parents par pur amour, sans attendre d'être rémunérés par exemple. Comment "apprendre" le don de soi, sinon auprès de parents, de frères et sœurs aînés ?

 Quelle que soit la forme composée ou recomposée d'une famille, le carburant universel qui fournit l'énergie est l'Amour donné et reçu. L'Amour qui appelle parfois au Pardon, aux réparations et réconciliations.

La vie de famille, la maison, la terre de naissance et de croissance deviennent alors en chacun des membres synonyme d'origine et des commencements…

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N'oubliez rien pour leur route…

Vous viendrait-il à l'idée d'acquérir une voiture sans volant et sans tableau de bord ? Ou un bateau sans gouvernail ? Des parents seraient-ils heureux que leurs enfants devenus grands passent sans cesse les consulter pour leur demander de prendre les décisions qui concernent leur propre vie ? Cette habitude ne serait-elle pas l'illustration d'une éducation ratée ?

Il est en effet des parents qui, voulant un bel avenir pour leurs enfants, misent tout sur l'instruction, les examens, les concours, en un mot sur la Raison et l'intelligence. Beaucoup aussi encouragent leurs enfants à développer leurs capacités physiques et artistiques, à apprendre à s'exprimer et à fréquenter les autres par une vie sociale mesurée et normale. Mais ces mêmes parents pensent-ils suffisamment à fournir à leurs enfants non seulement de quoi accéder à de bons moyens de vivre, mais aussi de sérieuses et solides raisons de vivre ? Ne sous-estiment-ils pas trop souvent le devoir d'encourager leurs enfants à exercer cette noble faculté qu'est leur conscience ?

Un jour ou l'autre l'enfant devenu adulte se retrouve seul, aux commandes de sa propre existence tel un capitaine de bateau en haute mer. Tant mieux pour lui s'il a conscience de l'endroit d'où il vient, du rôle qu'il joue, s'il sait vers quel port il se dirige et quelle voie maritime est préférable. La conscience est cette faculté que chacun détient et qu'il serait très dommageable de négliger car elle permet d'exercer son libre arbitre et de tracer son itinéraire, d'assurer ses choix et d'assumer ses décisions et ses actions. Or, s'il est une morale naturelle, la religion fournit aussi des repères pour orienter et finaliser la conduite de nos vies humaines. Elle est comme le GPS des véhicules, comme le logiciel des ordinateurs. La foi chrétienne basée sur l'adhésion à la personne de Jésus et aux façons d'envisager la vie que l'Evangile diffuse alimente notre conscience dans les moments décisifs et marquants de notre parcours terrestre.

Sans que je me permette de les juger, je pense que nombre de parents passent à la trappe leur devoir de transmettre à leurs enfants, en même temps que les éléments nécessaires à une réussite scolaire et à une bonne forme physique, indispensables, des repères fondamentaux comme autant de repères moraux et spirituels qui leur donnent à progresser, à traverser les nappes de brouillard, à négocier avec les courants dérivants, à garder le cap. J'ai entendu trop de parents refuser le baptême de leur enfant pour le remettre à plus tard, quand il aurait l'âge de "choisir lui-même", m'obligeant à leur demander quels éléments ils lui transmettraient pour lui permettre de se positionner. Ces parents me font penser à des randonneurs qui oublieraient en cours de route leur itinéraire, leur lieu d'arrivée, et qui auraient de plus omis de remplir leur sac à dos de ravitaillement alimentaire pourtant nécessaire !

En tant de domaines, notre liberté personnelle mais aussi collective est appelée à choisir et sélectionner. Car si le monde détient aujourd'hui de plus en plus de moyens, les utiliser sans discernement moral peut se révéler coupable ! Or en n'ayant pas de vrais critères pour nous décider si nous ne détenons pas de référentiel en notre conscience, nous risquons d'être conditionnés par le milieu ou les circonstances, et en conséquence ballottés et orientés vers des itinéraires que nous n'assumons pas réellement… Aussi n'oublions jamais de développer cette belle faculté mais parfois oubliée dans la transmission aux jeunes et leur éducation !

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La liberté de conscience a grand besoin de se développer !

Lorsqu'un enfant est conçu, il développe déjà toutes les potentialités qui progressivement, dès sa naissance, deviendront capacités. Son patrimoine génétique particulier et singulier ne demandera qu'à faire émerger ses facultés de rationalité, d'intelligence, d'affectivité, d'intuition et de conscience. Mon propos est précisément d'attirer notre attention sur cette faculté dont nous sommes tous dotés : la conscience.

La raison nous permet de penser, d'élaborer des idées avec une logique, selon des enchaînements rationnels. L'intelligence nous donne d'acquérir des connaissances transmises par d'autres ou trouvées par nous. Elle nous permet de les formuler, de les associer ! L'affectivité nourrit et développe les sentiments, les émotions, ce que l'on appelle parfois le cœur ! Sauf à souffrir de handicap de naissance, tout être humain détient les mêmes capacités. Ce qui est variable, ce sont les possibilités offertes de les "activer" en ayant plus ou moins d'occasions et de chances de les alimenter !

Or il me semble que la parente pauvre, à notre époque, est la conscience. Permettez-moi de prendre une comparaison avec un ordinateur qui comporte de multiples fonctions. Quand on l'achète, aucune n'est "activée" ; il n'est instruit ni activé par aucun programme. Pourtant les ordinateurs d'aujourd'hui ont d'immenses capacités d'exécution, mais celles-ci peuvent rester potentielles, virtuelles, et tant d'entre elles ne seront jamais utilisées réellement par les utilisateurs !

Il en va de même, me semble-t-il, de la conscience, trop souvent mise de côté. En effet les connaissances rationnelles semblent souvent dominer et se passer de tout discernement moral qui consiste à choisir, décider et agir. Ainsi on fait ce que l'on sait faire, ce que l'on peut entreprendre sans trop se poser en conscience ces questions : ce que je suis en mesure de faire est-il bien, bon, juste, souhaitable pour moi, pour les autres ? Parce que nous sommes devenus capables de réaliser tel projet, sommes-nous forcément en droit de le faire aboutir ? Ce qui est légal est-il toujours moral ? N'a-t-on pas trop souvent demandé aux catholiques d'obéir aux lois de Dieu et à celles édictées par l'Eglise, sans les avoir assez invités à penser, discerner et décider par eux-mêmes, en leur donnant le goût d'accéder et d'exploiter par eux-mêmes le logiciel de l'Evangile ?

Pour cette raison du manque d'exercice de leur conscience, beaucoup de chrétiens, de catholiques, n'ont pas pris l'habitude de recourir à cette faculté interne que chacun d'eux détient. Je ne suis pas en train de recommander l'individualisme ni le relativisme qui inviterait chacun à se fabriquer sa propre religion d'où découleraient une morale, une façon de conduire sa vie, à sa guise et selon ses penchants. Je souligne surtout la nécessité pour chacun des croyants - petits et grands, enfants, adolescents, jeunes, adultes -, le droit, le devoir de ressourcer sa conscience par des lectures, des prières à l'Esprit Saint, des partages avec d'autres chrétiens pour y voir plus clair, pour se prononcer sur la conduite de sa vie, non d'après le dernier slogan entendu ni les courants d'influence qui dominent la société et les cultures en vogue.

Ce billet n'a qu'un but : promouvoir la liberté de conscience.

Posté par lucien marguet à 18:44 - - Commentaires [0] - Permalien [#]