22 décembre 2009
Noël…
Il est l'Eternel, l'Ineffable, le Tout Autre. Il est la source originelle, et voici qu'on sort de la grande Nuit, au solstice d'hiver, quand le jour prend enfin le pas sur les obscurités. Voici que lui, le Maître des Temps, le créateur des Terres et des voûtes étoilées, le Seigneur, Dieu de l'Univers, ose un indicible geste, un incommensurable pas vers cette créature sortie, à l'aube des mondes, de ses mains de potier. Cet homme fait de glaise, Il en fera Son Temple, Sa maison, Son refuge.
Brisant toute distance, le Très-Haut se fait Tout-Aimant et vient au plus bas, au plus près, au plus proche, habiter l'homme, quelque part sur cette terre sainte, porche d'une ancestrale promesse. Lui que l'on dit Tout-Puissant ose la nudité, le total abandon entre les mains d'une femme dont Lui, le Façonneur des jours, accepte de recevoir la première clarté. C'est un Dieu qui prend corps dans le corps d'une femme, c'est un Dieu qui prend corps dans le cœur d'un enfant, c'est un Dieu qui prend à bras le corps l'humanité tout entière, c'est le ciel sur la terre et l'éternité qui, soudainement, prend cœur dans le corps d'un instant. Un instant marqué d'une pierre blanche sur le sinueux sentier de l'histoire des hommes. Un instant d'il y a 2000 ans, un instant d'aujourd'hui pourtant car Dieu ne parle qu'au présent.
Et Marie, femme de Galilée inspirée par l'Esprit, radieuse et fatiguée, regarde ce petit qu'elle a porté et qu'elle apporte au monde pour qu'enfin Lui nous porte. Et Marie, radieuse et fatiguée, ose donner à ce fils premier-né un nom, un nom unique, original, un nom dont le souffle résonne à son tour comme une promesse : "Emmanuel", "Dieu avec nous". Non pas "Dieu au-dessus de nous", non pas "Dieu devant nous", non pas "Dieu contre nous", mais "Dieu avec nous" désormais à chaque instant présent, volontairement lié à nos vies limitées, nos pauvres vies nourries de sueur et de larmes, de joie et d'espérance, nos vies qui cherchent, dans la nuit et le doute, une aube, une clarté pour se mettre debout. Un Dieu qui, désormais, vit les questions de l'homme, les douleurs de l'homme, les joies de l'homme, les pleurs et les blessures de l'homme… Un Dieu vraiment fait homme.
Tout à l'heure, à l'auberge, la porte s'est refermée, il n'y avait plus de place, il n'y a toujours pas de place quand Dieu frappe à la porte de nos vies. Ne sommes-nous pas parfois des forteresses barricadées sur nos peurs, nos préjugés et nos refus d'aimer ? Ne sommes-nous pas parfois des citadelles dont Dieu, pourtant, respecte trop la liberté pour y entrer par effraction ?
Alors, c'est de l'intérieur qu'il surgit, patiente voix qui crie dans les déserts de l'âme, parole ensemencée dans nos humanités rétives, appels réitérés à naître enfin à la vie de l'Esprit.
Noël : Dieu est là, en nous, à attendre que nous traduisions sa vie dans la nôtre. Par plus de Paix, d'Amour, d'humilité, de Pardon, de liberté et de responsabilité, de bonté et de beauté… Noël, Dieu est là, en nous, à attendre notre propre naissance…
20 décembre 2009
L'Espérance
Celui qui habite une maison en
connaît bien les lieux et les contours. S'il arrive une panne d'électricité en
pleine nuit, l'habitué de cette maison arrive à s'y débrouiller. Il la connaît
par cœur. Ainsi en va-t-il du croyant dont le chemin de foi traverse un tunnel
et que l'Espérance oriente vers la lumière de la sortie.
L'Espérance est en quelque sorte le
relais de la foi, comme la mémoire intérieure dans l'obscurité prend la suite
de la connaissance extérieure du plein jour. L'Espérance est un moteur dans
l'existence des croyants. Il y a tant de raisons de désespoir à regarder l'état
apparent du monde. Les craquements, les fissures et les fractures, les ombres
et les déserts conduisent parfois à voir tout en noir, à nous inquiéter pour
demain, à désespérer des évolutions et à regretter le passé plutôt qu'à
regarder l'Avenir avec confiance.
Si le Christ est l'Espérance des
chrétiens, c'est parce qu'il a espéré avant nous en son Père auquel il a
librement choisi de remettre sa vie. Mais l'Espérance chrétienne, qui prend le
relais de l'espoir essoufflé, ne consiste ni à fermer les yeux sur le mal et
les difficultés ni non plus à baisser les bras et renoncer à toute initiative
et responsabilité. L'Espérance repose sur le courage mobilisé qui dépend de soi
et de la confiance en Dieu présent et actif par l'Esprit dans toute vie. Si le
Christ est ressuscité, l'Espérance ne peut être vaine. La foi engrange de
l'Espérance en été pour les mauvais jours d'hiver.
L'humilité
La vertu d'humilité invite à
s'estimer ni plus ni moins qu'à sa juste valeur. L'humilité n'a ni pour origine
ni pour fin l'humiliation. La personne qui cultive l'humilité ne mobilise ni ne
monopolise les regards sur elle, elle n'attend pas les flatteries ni même l'approbation
! Son bonheur n'est pas accroché au regard des autres, mais à la satisfaction
d'accomplir ce qu'en conscience elle choisit en fonction de ses talents et de
ce qu'elle estime être son devoir.
L'humble agit sans bruit. Soucieux
de vérité, il ne nie pas ses échecs, mais pas non plus ses succès. Rater un
projet ne lui donne pas un air abattu. Le réussir pleinement ne lui tourne pas
la tête. L'humble s'efforce d'accepter ce qui arrive de toutes façons ! Il est
même capable de se réjouir du meilleur résultat obtenu par un rival en
compétition avec lui. Il ne cherche pas de fausses excuses à ses médiocres
performances qu'il considère plutôt comme des stimulants à s'armer de courage
et d'espoir.
L'humble n'est pas jaloux, il n'est
jamais violent ni méchant. Et si des humiliations surviennent, il les considère
comme des appels à encore plus d'humilité. L'humble sait que, loin d'être
arrivé au sommet, il doit continuer à progresser. Il aime apprendre et
comprendre davantage, parce qu'il connaît ses limites et ses lacunes. Il ne
craint pas de se relever et de repartir du bon pied. Il ne se vante pas. Il ne
se met pas en avant, sans pourtant se dérober quand il se sent utile.
Loin des manipulations et des
combines, de toute hypocrisie et toute fourberie, l'humilité prospère en pleine
lumière.
L'orgueilleux est plein de lui-même.
Il vit dans l'illusion de la supériorité. L'humble a plus de chances de
progresser. Car il est autant conscient de ses connaissances que lucide sur ce
qu'il a encore à découvrir. Les gens les plus savants sont le plus souvent
humbles et modestes. Et les plus vantards sont souvent des incompétents qui
s'ignorent !
12 décembre 2009
La Joie
La joie est une vertu qui n'ignore pas les souffrances, les difficultés
et les peines. Elle n'est pas aveugle sur les malheurs du monde. La joie n'est
pas extérieure et bruyante. La joie est un état intérieur de la personne qui se
sent accordée aux autres et en paix avec elle-même. A la différence du plaisir
qui dépend de circonstances et de conditions extérieures, comme une retenue
d'eau dépend de la pluie pour l'alimenter, la joie, elle, ressemble à la source
qui surgit des profondeurs de la terre, même en plein désert. La gaîté, elle,
est par rapport à la joie ce qu'est le murmure pour la source qui jaillit. Mais
la joie, comme la source, peut exister cachée et en silence.
La joie se nourrit du regard bienveillant qui fait voir les aspects
positifs dans les événements et chez les autres. Elle sait faire la part des
choses et ne confond pas une taupinière et une montagne. Dans la nuit, elle
invite "à allumer une petite lampe plutôt que de maudire
l'obscurité" (Lao-Tseu).
La joie ne fait pas fi des moyens nécessaires pour vivre, mais elle ne se
réfugie pas dans l'accumulation de biens ou la consommation sans limites. Elle
se complait dans la maîtrise de soi et la simplicité. Elle apprécie
l'authenticité. Elle s'alimente de convictions et de certitudes qui, loin
d'éloigner de ceux qui en manquent, suscitent plutôt l'indulgence et la
compréhension à leur égard.
La joie habite celui qui l'a toujours cultivée dans son jardin intime.
Ainsi ce prêtre, Remy Drouzy, qui, sachant sa mort arriver, annonce avec calme
à ses infirmières : "Je vais chez Dieu". Ainsi Thérèse de
Lisieux, qui, au moment de mourir, déclare : "Je ne meurs pas, j'entre
dans la vie". Le monde a vraiment besoin de joie, sinon il devient
triste parfois jusqu'au désespoir. Alors, ayons assez de joie en nous pour la
partager avec ceux qui en manquent !
Eloge de la bonté
Il est des
gens dont la bonté rayonne au travers tout leur comportement. Lucides sur le
mal et la méchanceté, ils se refusent d'en faire des raisons de piquer ou
blesser. Ils préfèrent neutraliser ce qui pourrait servir d'explosif et ne retenir
chez les autres que ce qui est bien, beau et bon, non seulement au présent mais
dans le passé et plus encore dans l'avenir vers lequel ils les croient capables
de marcher.
Etre bon,
c'est se laisser déranger, bousculer, désinstaller ; c'est accepter de se
gêner, de se serrer. C'est parfois dans les familles nombreuses et souvent
logées à l'étroit que l'étranger de passage trouve l'hospitalité, car chacun
sait déjà partager son temps et son espace et dilate son esprit et son cœur. Il
est des familles où la table à rallonges sert souvent pour la plus grande joie
des parents et des enfants.
Il est des
gens dont la bonté est naturelle et spontanée. Leur philosophie de la vie
quotidienne consiste à simplifier les choses compliquées et à s'appliquer, par
la bonté, à trouver de toutes façons des solutions pour avancer ! La bonté est
communicative et suscite l'envie d'être bon. Il est vrai que l'individualisme
et l'égoïsme, l'orgueil et la suffisance, le repli étroit sur ses propres
intérêts peuvent aussi contaminer les idées et flatter les instincts primaires…
La bonté
gagne au travers mille petits signes qui ne coûtent quasi rien : donner un peu
de son temps pour accueillir, écouter, conseiller, réconforter, dire un
bonjour, un bonsoir, donner un coup de fil, faire un courrier. Tout cela fait
exister l'autre qui devient proche et entretient la relation avec lui.
Certes la
bonté à notre époque n'a pas toujours bonne presse. Car elle peut passer pour
une faiblesse. En réalité, elle est l'arme des gens bien dans leur tête. Et si "Dieu
seul est bon", il nous appelle à être bon comme Il est bon.
Accompagner et compatir
Accompagner et compatir
Compatir exprime le
sentiment d'union profonde avec une personne blessée. Compatir a pour base
l'empathie et la sympathie. La compassion cependant est un sentiment facilement
dévoyé. Quand il exprime une pitié qui tend à tirer profit, même
inconsciemment, de la situation fragile du souffrant. La personne compatissante
peut développer en elle une attitude de condescendance qui peut humilier l'être
blessé. Compatir demande du silence, de l'écoute, sans restriction et sans
condition. Si la personne sanglote ou pleure, l'ami doit la laisser exprimer sa
douleur et ses révoltes. Ce n'est pas le moment de chercher à expliquer le mal
dont le souffrant est atteint, ni d'essayer de le minimiser en le comparant à
d'autres. Il faut éviter aussi de majorer la souffrance par démagogie pour
acheter la confiance du malheureux.
Quand, après sa mort,
Jésus ressuscité rejoint deux disciples désespérés qui retournent chez eux, il
commence par les laisser parler longuement. Il marche avec eux, dans leur sens.
Ce n'est que progressivement qu'il les éclairera sur les événements dramatiques
qui viennent de se dérouler à Jérusalem. Ces deux disciples écoutent alors
cette autre voix qui s'est interposée entre eux. Elle les éclaire et les
apaise. Ils se sentent à égalité et respectés par cet homme qui ne leur profère
aucun reproche ni ne leur tient un discours abstrait. Jésus mort, ils se
sentaient amputés de sa présence. Jésus procède avec eux avec patience et
délicatesse. Il les laissera cheminer, passer de l'obscurité à la lumière de la
vérité reconnue.
Compatir exige du temps et
du tact. Pas question d'asséner des vérités préemballées qui brûlent les plaies
béantes. Pas question de feindre de ne pas voir ces blessures. Pas question de
s'immerger dans la douleur au point de s'y noyer aussi. Pas question de
prononcer des paroles pieuses qui feraient de la souffrance une grâce envoyée
par le ciel. Seul le malade ou le souffrant peut un jour dire lui-même que le
fait d'avoir subi un séisme lui a permis de recentrer sa vie sur l'essentiel !
La compassion est un acte
dans la durée qui offre une amitié gratuite et sincère. La compassion partage
la peine de la personne affligée et lui permet de ressentir un appui alors
qu'elle est souvent poussée vers le repli sur soi.
L'Avent
L'Avent est une période d'attente qui développe le désir d'accueillir Jésus. Il est aussi un temps pour discerner avec plus d'acuité la présence actuelle de Jésus. Car si Noël célèbre la venue de Jésus sur terre et sa naissance en Humanité, nous savons qu'Il demeure pour toujours parmi nous. "Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du Monde", a-t-il promis à ses proches avant de disparaître à leurs yeu
Ce désir de faire place à Jésus qui vient s'exprime en
particulier dans la prière. Or prier ce n'est pas faire pression sur Dieu dont
le désir de venir à nous précède le nôtre de l'accueillir. Le don de Dieu ne
s'obtient pas sur la base de nos mérites acquis dans une bonne conduite de
notre vie. Il est totalement gratuit. Il est grâce. L'Avent donne le temps et
l'occasion d'élargir la tente de notre existence pour que Jésus y prenne
davantage place, comme une source fait exister la rivière.
Jésus s'est fait homme pour que l'homme ressemble à
Dieu. Or ce que Jésus vient partager avec l'humanité correspond avec le désir
le plus intérieur en tout homme qui est de vivre à jamais et de voir vraiment
Dieu. L'Avent est donc le temps où se cultive la confiance que Dieu visitera
son Peuple. Il est aussi la conviction qu'Il est déjà là et y restera.
04 décembre 2009
La Persévérance
L'Avenir
et la chance de réussir sont à ceux qui cultivent la vertu de persévérance.
Après avoir réfléchi et choisi, la personne décide et s'engage. Des obstacles
surgiront, des difficultés freineront. Rien n'empêchera de continuer avec fidélité
et courage le projet à réaliser. On voit trop d'enfants, de jeunes et même
d'adultes se décourager parce que la progression n'est pas évidente ou la
réussite immédiate.
La
persévérance, qui se nourrit de patience, d'assiduité, de régularité, de ténacité,
d'acharnement, d'obstination, de maîtrise de soi, est alors une vertu
salutaire. Grâce à elle, ce que je n'ai pas compris, ce que je n'ai pas réussi
ne me fait jamais baisser les bras, ni renoncer, ni rebrousser chemin.
Persévérer se nourrit de l'Espérance forte que l'échec d'aujourd'hui invite à
viser la réussite de demain.
La
persévérance n'est ni orgueil ni vantardise ni témérité. Car elle repose sur
une confiance lucide en ses propres capacités et limites. Qu'il ait beaucoup ou
peu de talents, chacun doit persévérer à les développer. Les enfants et
adolescents sont souvent distraits par de nombreuses tentations qui les
incitent à abandonner au moindre signe de faiblesse. Les adultes, dans leur
rôle de moniteurs, de tuteurs ou d'éducateurs, doivent les encourager et
surtout leur donner confiance en eux-mêmes. Ils doivent leur éviter de
s'éparpiller en de multiples inscriptions qu'ils ne peuvent longtemps honorer.
Mieux vaut mener jusqu'au bout un seul projet qu'en commencer beaucoup pour
ensuite les bâcler ou les abandonner.
Persévérants
sans être entêtés, les adultes sauront transmettre le goût de la persévérance
aux jeunes générations…
Devenir juste
Dès leur
plus jeune âge, les enfants ont un sens marqué pour "ce qui est juste et
ce qui ne l'est pas". Quel adulte n'a jamais été blessé au plus profond
par telle situation ou tel acte d'injustice ? Un propos a été déformé et
colporté jusqu'à se propager en rumeur mensongère qu'aucun ne peut vérifier ni
arrêter. Quelqu'un a été méprisé devant moi, désigné, sans que personne ni
moi-même ne réagisse contre cette injustice.
L'esprit
de justice voudrait que l'on ait le courage de défendre, chaque fois que c'est
nécessaire, les petits, les faibles, les pauvres, les sans voix, parce qu'ils
sont sujets de droits et égaux en dignité humaine. Contre le parti pris, l'a
priori et loin de tout esprit partisan, la vertu de justice convie au
rendez-vous de la vérité, de la confiance, de l'ouverture à tous. Contre
l'individualisme et l'égoïsme, la lâcheté et la combine, la justice invite à
s'impliquer et s'engager.
L'injustice
est à débusquer dans le cœur et la conduite de chacun. Elle est aussi inscrite
dans les structures inventées et gérées par les hommes. Chaque personne est
pourvue d'une conscience droite qui discerne le Bien et le mal et de la volonté
de se diriger et de choisir d'être juste.
Le
chrétien, en plus de ce sens naturel qui invite à être juste, regarde et se met
à l'écoute de Jésus dont toute l'existence est juste. Le chrétien demande à
l'Esprit Saint de le transformer et de l'aider à suivre l'Evangile de justice
et de Paix. Tout comme la justesse d'une voix ou d'un instrument est recherchée,
il est souhaitable que notre vie soit ajustée à la vertu de justice.
"Heureux
ceux qui ont faim et soif de justice : ils seront rassasiés !", proclamait Jésus depuis le Mont
des Béatitudes. Et il ajoutait : "Heureux ceux qui sont persécutés pour
la justice : le royaume des cieux est à eux !"
Regarder, d’abord…
Dans le Livre de la Genèse, il nous est dit que Dieu, après chaque étape
de création, regardait le résultat et voyait que cela était bon. Dans la vie il
faut faire place à l’activité, mais il nous faut aussi prendre le temps de
réfléchir, de voir, de contempler. Regarder, c’est aussi faire exister, donner leur place et
leur rôle aux choses et aux êtres. On ne peut aimer sans d’abord regarder, entendre, accueillir, sans
préjugé.
Pour illustrer ce propos sur l’importance du regard, voici trois
exemples :
Le premier est une sagesse chinoise intitulée
« Le
voleur de hache »
Un homme ne retrouvait pas
sa hache.
Il soupçonna le fils de son
voisin de la lui avoir prise et il se mit à l’observer.
Son allure était typiquement
celle d’un voleur de hache.
Son visage était celui d’un
voleur de hache.
Les paroles qu’il prononçait
ne pouvaient être que des paroles de voleur de hache.
Mais voilà qu’en remuant la
terre, l’homme retrouve soudain sa hache.
Lorsque le lendemain il
regarda de nouveau le fils de son voisin, celui-ci ne présentait rien, ni dans
l’allure, ni dans l’attitude, ni dans le comportement, qui évoquât un voleur de
hache.
Lie-Tseu
- Sagesse chinoise
Le deuxième exemple, c’est l’histoire d’un jeune garçon que j’ai
connu lorsque j’étais au Cameroun. Il était très handicapé. Il avait honte et
vivait dans les rochers de la montagne, en pleine brousse. Les gens du village
l’avaient nommé « Debne », ce qui signifie dans la langue
« Est-ce qu’il est quelqu’un ? » Il descendait de sa montagne
pour chercher quelque nourriture déposée à terre pour lui. Tous les enfants
riaient de lui tant il était désarticulé.
Un jour, une infirmière a essayé de l’approcher. Lui s’est sauvé. Peu à
peu, à force de patience, elle l’a apprivoisé. Elle l’a décidé à se laisser
soigner, puis appareiller. Maintenant, il se tient debout. Il a même appris à
coudre. Des enfants se sont cotisés pour lui acheter une machine. Il fabrique
des habits et les vend. Il gagne sa vie.
Debne est devenu quelqu’un à cause d’un autre regard porté sur lui.
Notre regard est-il de respect ? Notre regard est-il de création,
bien plus, d’amour, de compassion et de communion ?
Et le troisième exemple, c’est celui que nous conte Saint Exupéry dans son
livre « Le Petit Prince ».
« Le renard se tut et regarda longtemps le Petit
Prince ».
Regarder, découvrir, créer des liens…
« Adieu », dit le renard au moment de
quitter le Petit Prince après qu’il fut devenu son ami. « Voici mon
secret. Il est très simple : On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel
est invisible aux yeux »…
