Les billets du Père Lucien Marguet

14 décembre 2018

La violence

Lorsqu'une personne, une catégorie sociale et même un Peuple tout entier réclament leurs droits à vivre pleinement et refusent de se contenter de survivre, ils peuvent recourir au moyen de la violence parce que celle-ci leur apparaît la seule façon efficace de se faire entendre. Le bruit et la violence seraient le langage adapté des silencieux que les piqûres et les humiliations répétées finissent par blesser profondément, jusqu'au besoin d'expulser cette violence accumulée en eux.

Cette violence est multiforme : elle va du manque économique devant une offre commerciale de plus en plus élargie au manque de considération pour la condition sociale et culturelle dont font partie ces gens révoltés. Ainsi, de ces piqûres répétées et endurées intérieurement et souvent isolément, ces gens font une cascade violente incontrôlée, qui entraîne tout sur son passage, à l'image d'un barrage qui se rompt et laisse s'engouffrer l'eau jusqu'alors contenue ! Ainsi plus les souffrances ont de durée et d'intensité, plus les violences pour en faire part pourront être agressives, destructrices, incontrôlables et indéchiffrables ! Un "déchaînement" de violence illustre les décalages entre les aspirations et les désirs – de liberté, d'égalité et de fraternité – et la réalité qui laisse souvent apparaître et ressentir cruellement des inégalités et des injustices au présent et redoutées à l'avenir.

Le recours à la violence dans l'histoire a souvent fait fonction de signal d'alarme d'urgence et de levier pour initier des changements, accélérer des améliorations, inviter à satisfaire les besoins humains les plus fondamentaux : travail, logement, école, santé, transports, culture… Ce recours à la violence est ressenti comme paradoxal, car si les insurgés réclament des biens et des droits, ils commencent par casser, détruire ceux d'autres personnes sur la route et dans les villes, et perturber leur vie quotidienne et leurs activités habituelles !

Une des grandes leçons de ces "éruptions" subites et, selon certains observateurs avisés au plus près du terrain, prévisibles, est à tirer par les acteurs sociaux et les serviteurs de la vie démocratique. Comment ne pas souhaiter en effet qu'à tous les étages il y ait assez de veilleurs et de lanceurs d'alerte courageux, généreux, qui aient le souci d'avertir et même de dénoncer les dangereux fossés qui se creusent peu à peu entre les lieux et les milieux, menaçant ainsi la cohésion et le vivre ensemble de notre société française, alors même que la responsabilité de l'édifier et de l'unifier revient à chaque citoyen pour sa part.

En effet, si les slogans désignent un bouc émissaire qu'il suffirait d'écarter pour résoudre tous les problèmes du moment, tout le monde sait bien que le vrai pouvoir est collectif et qu'il faut à tous les citoyens d'un Pays comme le nôtre sortir des idées simplistes, de tous les conditionnements culturels et économiques, de tous les matraquages idéologiques, de la "mousse bouillonnante" des réseaux sociaux, pour aller vers toujours plus de liberté de conscience, de respect de la singulière dignité de tout être humain.

Une vie démocratique ne fonctionne pas à la louche avec des services administratifs sans visage et sans âme, neutres et froids, mais avec des personnes qui ne remplissent pas seulement des "fonctions", mais "servent" la vie de concitoyens qui ont aussi pour identité et vocation d'être des frères. "Liberté, égalité, fraternité"…

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Le mouvement des gilets jaunes

Pour autant que leurs revendications apparaissent diverses et même parfois contradictoires, tous ces "gilets jaunes" ont en commun d'exprimer leurs difficultés à assumer les besoins de leur existence actuelle.

Or selon que l'on s'attarde à écouter leurs souffrances ou que l'on s'interroge sur les possibilités de trouver à celles-ci des ouvertures et plus encore des solutions, on ne peut avoir le même point de vue sur ce mouvement apparu spontanément, non hiérarchisé ni encadré ! Beaucoup adhèrent dans leur for intérieur à ce qui est réclamé à haute voix aux carrefours des routes de France par des gens habituellement muets. Mais un clivage se creuse entre ceux qui ont assez ou beaucoup pour vivre, se loger, s'habiller, manger, voyager, prendre des congés, programmer des loisirs, financer des études longues et coûteuses à leurs enfants, tandis que d'autres, nombreux, se sentent contraints de se passer de tout ce qu'offre en espaces de bonheur la société de profusion.

Aux besoins primaires en effet se sont ajoutés peu à peu des besoins nouveaux d'appareils ménagers, de déplacements, de communication, de confort, de culture et de distractions. La consommation à crédit a peut-être arrangé provisoirement le système économique basé sur la circulation de l'argent, mais n'a-t-elle pas piégé nombre de clients obligés de rembourser avec intérêts, provoquant ainsi des fins de moi asphyxiantes ? Est-il alors étonnant que l'augmentation de taxes et d'impôts donne aux citoyens déjà très serrés dans leur trésorerie l'impression d'être accablés par l'Etat qui, lui, est tenu d'appliquer les projets et les promesses de son programme électoral ? Est-il étonnant dans ces circonstances que l'on entende ce slogan "A quoi bon se préoccuper de sauvegarder la vie future sur terre si elle nous oblige à mourir à petit feu aujourd'hui ?"

En plus de ces constatations, il faut ajouter le sentiment d'injustice et de frustration éprouvé par beaucoup lorsqu'ils comparent leur vie avec celle de ceux qui détiennent de gros moyens économiques, culturels, financiers, leur permettant de profiter au maximum de ce qu'offre la modernité et même de s'en priver sans en souffrir réellement s'ils le décident ! Les possibilités offertes par les progrès multiples et déclarés commercialement à usage de tout le monde, en réalité, créent des clivages douloureux.

Aussi, comment changer de modèle de développement qui consiste à produire et consommer toujours plus, quand on perçoit les signes d'épuisement des richesses naturelles et la détérioration de l'air, de l'eau et des terres arables, pour lui substituer un modèle dans lequel les rendements, le profit, le productivisme, les dépenses ne sont plus le moteur ; dans lequel les citoyens eux-mêmes sont encouragés à modérer leur consommation, à développer une vie frugale et modeste, davantage solidaire, avec le désir d'un bonheur plus intérieur et plus spirituel, en donnant la préférence à l'Etre sur l'Avoir et le Paraître !

Les Gilets Jaunes ont fait des ronds-points des routes des maisons communes, pour s'éclairer et se réchauffer autour d'un brasero alimenté par tous de discussions et de fraternité… Alors que chacun souffrait dans son coin, les Gilets se sont découvert des points communs, leurs souffrances mais aussi leur faim et leur soif de s'exprimer et d'être écoutés, et que leur dignité humaine soit toujours reconnue ! Que leur cri soit entendu et compris, à commencer par les voyageurs de tout bord qui, passant près d'eux, étaient aimablement invités à les approuver…

En revêtant un gilet jaune, ils se rendaient visibles, sortant de l'ombre qui était leur commune condition. Ils n'étaient plus seuls avec leurs problèmes, mais les associaient dans un cri solidaire…

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03 décembre 2018

L'altérité dans la relation…

L'univers est formé d'un assemblage d'éléments divers et distincts, différents. Leur séparation les relie par une relation. Celle-ci à la fois résulte de leur identité singulière et à la fois l'influence. Une altérité en découle. C'est le fondement originel de l'existence de l'homme et de la femme. Ce fait est dû à la Nature. Ainsi s'impose-t-il à l'universel. Les cultures ne peuvent pas modifier ce fondement, tout en ayant avec celui-ci la possibilité d'adopter des approches et des comportements pluriels, subjectifs et relatifs. Les façons de vivre le couple et la famille trouvent donc leurs racines dans l'histoire, les modes de vie, les traditions que les cultures véhiculent et proposent. Cependant la nature humaine comporte les mêmes ressorts, les mêmes aspirations en tout temps et en tout lieu !

La sexualité est l'expression prioritaire de cette relation homme femme. Si elle procède de l'instinct de reproduction en vue d'assurer la continuité de l'espèce humaine, elle est devenue aussi le moyen d'incarner la relation d'amour, dans une pratique qui se donne et reçoit, par une réciprocité enrichissante. En un mot, tout se passe dans la vie d'un couple dans les ingrédients dont il alimente sa relation conjugale. La liberté associée à la responsabilité, la lucidité, la transparence et la sincérité qui créent les conditions d'une relation vraie, la joie recherchée et trouvée dans le bonheur de l'autre, l'habitude convenue de se concerter et de décider, dans un climat ensemencé de confiance, jamais de peur, de violence, de surplomb de l'autre… Car un couple doit être averti et conscient qu'il existe des pièges, des dangers qui peuvent mettre en péril sa cohésion et son unité s'il n'est pas vigilant sur l'évolution de chacun des partenaires au gré des événements vécus et des circonstances de l'existence.

Car si l'Amour qui scelle la relation d'un homme et d'une femme est appelé à se renforcer au fur et à mesure des années de vie commune, il peut aussi être ressenti comme affaibli par la routine et surtout les épreuves du quotidien et les tentations. Or l'amour conjugal a besoin de la volonté pour durer et traverser des passages difficiles où l'individualisme et l'égoïsme, l'entêtement, le chacun pour soi, le rêve d'aventures nouvelles peuvent piétiner les engagements des commencements. Un des piliers du mariage chrétien est l'indissolubilité. Parfois certains couples avouent leur hésitation devant l'objectif que signifie ce mot, non dans l'idée de déchirer un jour leur "contrat", mais surtout en raison de l'avenir dont ils ignorent ce qu'il leur réservera de traverser, parfois de subir.

Ce que je viens de dire à la fois du sentiment de confiance et en même temps des fragilités auxquelles s'exposent les couples, je peux aussi le développer à propos des maux et des valeurs qui peuvent survenir dans un couple et une famille. La mort brutale d'un enfant, la perte d'un emploi, la disparition prématurée d'un être cher, mais aussi l'infidélité avouée du mari ou de l'épouse, l'habitude prise de conduites à risque – drogue, boisson, pornographie ou autres addictions -, tous ces maux aux conséquences malheureuses et parfois désastreuses n'ont pas les mêmes causes ni les mêmes auteurs, responsables et reconnus coupables. Il faut distinguer le mal causé par les mauvais choix humains et les catastrophes naturelles causées par la détérioration des climats, et d'un autre côté les catastrophes dites naturelles détectables mais imparables comme les séismes, les éruptions volcaniques, les tsunamis…

Dieu a confié aux humains de gérer la terre et de bénéficier de ce qu'elle porte. Or cette terre a ses limites et ses faiblesses, c'est la tâche des hommes de l'aménager et de l'améliorer, sans violence et en tenant compte de l'ensemble de ses habitants actuels et à venir.

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Pourquoi aujourd'hui tant de fragilités dans les couples en 10 questions

Lorsqu'ils se sont rencontrés et fréquentés, ont-ils pris assez de temps et de bons moyens pour se connaître réellement et vraiment, pour connaître leurs capacités, leurs qualités, leurs fragilités ? Avec le projet de s'unir pour toujours, ont-ils intégré et accepté leurs différences et leur altérité ?

Leur itinéraire personnel les a-t-il fait accéder à une maturité suffisante pour leur permettre de faire ce choix responsable de fonder un foyer capable de partir ensemble vers un avenir commun ?

Un amour ressenti par les sens, la séduction, l'attirance physique, l'émotion, l'affectivité, est-il prêt à évoluer à travers des difficultés à affronter, des déceptions, des échecs, tout en gardant toujours sa place essentielle au cœur du couple ?

Tout en attribuant une part importante aux biens matériels – l'argent, un logement, son aménagement confortable, une voiture, un métier stable -, la cohérence et la cohésion du couple dépendent-elles de ces conditions de vie jusqu'à être menacées d'implosion si cet environnement venait à s'affaiblir ?

Un dialogue fait d'habitude de se dire sincèrement et clairement ce que chacun(e) éprouve, pense, se propose d'entreprendre, fait-il partie des fondations et du fonctionnement du couple ? En cas de mésentente, le pardon est-il envisagé comme un recours bénéfique et normal par les deux ?

L'un et l'autre sont-ils avertis que des phénomènes d'addiction peuvent les contaminer ? La passion pour les jeux d'argent, les drogues, la pornographie sur les réseaux sociaux, l'alcool… La répartition raisonnable du "temps" dont dispose chacun est-elle transparente et ratifiée dans le couple ?

Bien avant la naissance du premier enfant et à plus forte raison quand ils viennent élargir le cercle conjugal pour le transformer en famille, l'éducation des enfants est-elle un thème que le couple aborde, en s'accordant sur les interdits à ne pas franchir et les initiatives à encourager, sur les valeurs humaines à ensemencer dans le cœur des enfants, sur la reconnaissance de leurs potentialités et de leurs talents à faire devenir capacités ?

Le couple s'est-il mis d'accord sur la carte de relations à recevoir et à visiter, tant les membres des deux familles que les amis de l'un et de l'autre, désormais connus et appréciés des deux ?

Un couple ne se marie pas seulement parce qu'il "s'aime", mais aussi avec le projet de "s'aimer" dans le cadre d'une vie commune. Aussi le couple a-t-il imaginé et envisagé ce qui peut lui arriver dans son itinéraire conjugal, familial, social ? Est-il conscient que ce que chacun ressent être de l'amour peut évoluer et revêtir d'autres sensations ? Chacun est-il prêt à avoir à se positionner en couple face à des événements inattendus ?

S'il a choisi de se marier civilement à la mairie pour s'engager devant la société dont il est membre ayant des droits et des devoirs, le couple se sent-il responsable de contribuer à son vivre ensemble ? Si ce couple se marie aussi à l'église, a-t-il conscience d'avoir à aimer comme Dieu nous aime, en toute occasion et en tout lieu de sa vie ?

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Le monde paysan

Il m'arrive de rencontrer des "gens de la terre" lassés par leur labeur quotidien difficile auxquels s'ajoutent les avatars climatiques, les soupçons d'atteinte à l'écologie et les critiques infondées… Les rendements escomptés ne sont pas forcément au rendez-vous des moissons et les prix du blé ou du kilo de viande sont souvent imprévisibles. Les emprunts nécessaires pour s'équiper s'accumulent parfois chez des banques pressées d'être remboursées. Le rural semble choisir des regroupements de surfaces et d'exploitations, l'agriculture intensive qui exige moins de monde et davantage de machinisme toujours plus performant mais aussi plus coûteux !

Ici ou là on installe des stabulations de plus en plus vastes et mécanisées. Ce phénomène dit de modernisation technologique, informatique et robotique, supprime des postes sur le terrain pour des résultats économiques sans doute augmentés, mais non sans casse sociale, elle aussi en hausse ! Ne dit-on pas qu'il y a dans le monde paysan beaucoup de suicides de jeunes qui ne voient que cette "solution extrême" pour en finir avec les problèmes qui s'accumulent dans leur existence ?

Certes des progrès considérables permettent aux agriculteurs et aux éleveurs d'accomplir leur métier avec plus de capacités à réagir, d'une façon raisonnée et maîtriser, et même à anticiper avec précision ce dont telle ou telle terre a besoin. A la tradition et la transmission reçues et intégrées s'ajoutent aujourd'hui les études, les conseils techniques donnés lors de réunions et d'un accompagnement personnalisé qui se veulent non pas une surveillance contraignante mais un vrai soutien socioprofessionnel.

Oui, ces métiers ruraux sont éreintants et remplis de soucis ! Mais que leur grandeur et leur beauté sont évidentes quand on les regarde avec des yeux humanistes. Les paysans développent en leur personnalité des capacités d'adaptation selon les aléas du climat, des débouchés et besoins locaux et mondiaux, des aptitudes physiques et chimiques des terrains, des ressources hydrauliques et tant d'autres paramètres qui s'imposent… Il faut voir et entendre avec quelle émotion des éleveurs parlent de leurs bêtes, les connaissent, chacune par son caractère et sa personnalité, les nommant chacune par son nom !

Il n'y a guère d'autre métier que le vôtre qui semble obliger à dépendre entièrement de la Nature, avec qui pourtant vous semblez entretenir un lien de négociation et de concertation, d'association paisible et même de confiance. Vous savez d'expérience que sans la Nature, la terre, l'air, la pluie, le soleil, le froid et la chaleur, la lumière, vous ne pourriez faire pousser les graines, élever vos troupeaux et récolter la vie. Aussi le concept d'harmonie et d'accord avec la Nature est-il dans votre esprit, tandis que ceux d'exploitation, de pillage, sont écartés, car ils suggèreraient un malentendu et même un rapport conflictuel avec cette Nature qui est votre alliée principale, votre fournisseuse attitrée !

En résumé de mon propos, je voudrais vous inviter à prononcer devant Dieu d'immenses mercis pour vos durs et beaux métiers acteurs de vie, la vôtre et celle de vos familles, mais aussi de tant et tant d'autres ! A travers vos associations, vos coopératives, vos collaborations, vos cumas, vos entraides ponctuelles ou permanentes, vous contribuez à renforcer le lien social des communes et de l'intercommunalité, vous témoignez de la possibilité de créer des liens fraternels dans un monde qui trop souvent invite à l'individualisme et au repli sur soi. Vous nous montrez ainsi que nous habitons tous – végétaux, animaux et humains des villes et des champs – une Maison Commune à respecter et embellir !

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La fête des Moissons à Margut (Ardennes)

Pour la seconde année, une fête des Moissons a eu lieu à Margut le 5 août 2018 dans un champ. Organisée par des agriculteurs et des éleveurs fiers de leur beau métier, cette belle manifestation rurale a bénéficié de l'investissement de leur temps et de leurs talents. Amateurs de tracteurs anciens qu'ils ont plaisir à réparer et à remettre en marche, quatre-vingts d'entre eux ont choisi de venir les présenter tant sur le site de la "fête" qu'en défilant en matinée dans plusieurs villages voisins. Avant leur départ, j'ai béni les conducteurs et toutes les personnes qui ont imaginé, conçu et utilisé toutes ces machines dans le passé. C'était une façon de montrer de la gratitude à ce qu'ils ont contribué à produire et offrir. Cette passion pour les mécaniques passées me semble aussi exprimer une certaine nostalgie du "vivre ensemble" communautaire et respectueux de l'humain, qui semble parfois se diluer aujourd'hui.

Je n'ai été témoin d'aucune panne et j'ai pris du plaisir à arroser copieusement d'eau bénite chaque équipage juché sur le tracteur familial, d'autant plus que la canicule se faisait sentir dès le matin de bonne heure ! Après cette bénédiction, qui signifie "dire du bien", nous avons chanté et prié. Nous avons écouté trois textes bibliques choisis spécialement pour leur rapport à la relation et la coopération entre l'homme et la nature. Je les ai commentés en situant le sens d'une fête des Moissons qui permet aux gens qui travaillent de concert avec la terre et les saisons de remercier Dieu pour la part qui lui est reconnue dans cette coproduction.

La prière universelle, comme l'accueil, comme la prière de l'agriculteur, a été rédigée par des chrétiens de la paroisse St-Walfroy. Le décor de la célébration, composé de fruits de la terre et de magnifiques fleurs, a contribué, ainsi que l'harmonie locale La Fraternelle qui a ponctué de courts moments musicaux le déroulement de la célébration, à favoriser ce temps religieux de recueillement prévu par l'association organisatrice sous un chapiteau spécialement aménagé. Forte de plusieurs répétitions, une petite chorale a assuré les cantiques.

Tout au long de cette belle journée de la terre et de ses associés, un public intéressé a défilé sur le site où chacun a pu rêver devant des moissonneurs et des batteurs affairés, s'attabler pour boire et manger et se parler, faire ses achats de pain croustillant, de viande, de produits laitiers ainsi vendus et valorisés sur le champ. A Margut, on ne s'est pas contenté de regarder le passé, on a valorisé le travail et les initiatives prises aujourd'hui pour relever les défis, faire les bons choix d'une agriculture et d'un élevage raisonnés et discernés avec intelligence et sagesse.

Comment ne pas remercier à notre tour les organisateurs bénévoles et généreux d'avoir minutieusement préparé de longue date et réalisé avec succès un tel événement local qui a motivé et mobilisé tant d'acteurs et de participants ? Il est vrai que, comme le déclare ce proverbe, "celui qui prétend à un avenir doit connaître son passé"...

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19 novembre 2018

Nos rapports à la Nature

Avant d'être un gagne-pain et l'occasion pour certains investisseurs argentés de miser sur les profits qu'ils comptent tirer de la terre, l'agriculture et l'élevage d'animaux sont des "promoteurs" et des "pourvoyeurs" de réserve de vie ! En effet, chacun le sait, sans ce monde du travail de la terre, ces laboureurs, ces semeurs et ces sarcleurs, ces moissonneurs, sans ces vachers, ces bergers, ces éleveurs, ces soigneurs, ce serait la friche à perte de vue, ce serait le désert dans les pâtures, recouvertes d'herbes sauvages. On reviendrait à la culture ancestrale dite de "la cueillette" qui consistait à se nourrir des fruits de la Nature sauvage. Recueillir ce qu'elle produisait par elle-même, sans intervention humaine, était la base de ce mode de subsistance.

Or la raison, l'intelligence, la conscience, et bien sûr le retour sur expérience, l'acquisition et la transmission de savoirs être et faire ont permis aux gens en rapport à la terre de prendre des postures élaborées, prévisionnelles, volontaires. Aussi au fil du temps, l'activité et la part de l'Humain dans ses relations avec la Nature sont devenues plus importantes. De la Nature dont il attendait les initiatives et à laquelle il acceptait de se soumettre, l'homme est passé ici ou là à la tentative d'inverser les rôles en lui imposant ses décisions, parfois brusques et agressives, jusqu'à la contrarier en son essence et ses ressorts, sa vocation et sa mission première.

Aujourd'hui le monde de la terre et des prairies, des greniers et des étables, écarte plus volontiers cette façon d'appréhender ses rapports à la Nature. S'il attend toujours le rendement et l'efficacité, la quantité et la qualité, il fait aussi très attention à ce que tel ou tel champ peut offrir, à ce que telle ou telle race de bovins ou d'ovins comporte de besoins. Le monde de la terre a intégré qu'il n'est pas seul à décider et qu'il doit compter avec le climat, le temps, l'air, le soleil et la pluie. Tout le monde sait que l'agriculture et l'élevage fonctionnent à l'image d'un orchestre qui ne réussit son concert annuel que si tous les musiciens s'accordent entre eux et au chef d'orchestre. L'agriculteur et l'éleveur sont ces chefs d'orchestre dont le rôle est de donner le ton, de faire démarrer au bon moment, de favoriser l'association harmonieuse, les enchaînements de chaque composante de l'orchestre.

Plus encore aujourd'hui qu'hier, nous découvrons que, dans ce monde souvent ressenti comme violent, individualiste et même égoïste, piégé par l'addiction à l'argent, nous sommes invités à la lucidité, à la maîtrise de nos choix et de nos conduites. Nous sommes conviés à contempler la Nature comme une alliée qui nous demande de cultiver en nous la patience et la confiance, et de rejeter de nos comportements toute cupidité et brutalité, tout emportement, pour les remplacer par un esprit de solidarité et même de fraternité. Car si l'on peut avoir avec la Nature des réflexes agressifs, on peut avoir aussi dans nos communes et même dans nos familles et avec nos proches des paroles et des attitudes blessantes et usantes !

Je nous le souhaite sincèrement, puissions-nous savoir toujours conjuguer perspicacité avisée et humilité permanente !...

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Le cahier d'intentions…

L'Ermitage Saint-Walfroy est un site historique devenu au fil du temps un lieu de pèlerinage et un sanctuaire. Walfroy est venu sur cette colline au-dessus de Margut pour annoncer l'Evangile à des populations vivant de la cueillette et pratiquant le paganisme dans l'adoration de la déesse Arduina en particulier. En choisissant d'habiter au milieu de ce peuple, Walfroy a mis en pratique le dépouillement, l'humilité, l'humanité selon l'Evangile et imité le Christ. Sans violences, sans menaces ni quelque contrainte que ce soit, Walfroy a amené ces gens de la forêt à rejoindre le chemin du Christ. La destruction collective de la statue de la déesse Arduina en fut le signe annonciateur et libérateur.

Depuis cette époque missionnaire, ce site est un lieu de pèlerinage, d'abord à saint Martin, dont le récit de vie entendu auprès de son tombeau lors d'un de ses passages à Tours avait profondément interpellé Walfroy, au point d'avoir dédié à ce saint, symbole de la charité, le premier lieu de culte érigé de ses mains et de celles des compagnons de sa communauté.

Depuis ces "commencements", que de gens, petits et grands, de toute condition sociale, sont arrivés sur la colline en pèlerins pour déposer sur la colline devant saint Walfroy, en l'église St-Martin, leurs désirs, leurs vœux, et d'abord leurs souffrances, leurs blessures, leurs déceptions, mais aussi leurs doutes et leurs espoirs, leurs interrogations face au mal, aux difficultés de la vie ! Ils confient à ce saint courageux, audacieux, ardent, qui un proche malade, qui un jeune à la dérive, qui un couple en instance de divorce, un chômeur découragé… Le cahier où certains pèlerins écrivent leurs demandes et leurs attentes témoigne des raisons de leur venue auprès de saint Walfroy.

L'Ermitage St-Walfroy, c'est aussi un espace et un temps, possibles, de ressourcement. S'y déroulent en effet des rencontres pour partager et approfondir la Parole de Dieu, s'interroger et s'interpeller, s'enrichir mutuellement. Aussi, dans cette tradition ancienne de 14 siècles, comment ne pas souhaiter que cet ermitage demeure un lieu accueillant et réconfortant pour tous les pèlerins désireux de déposer leurs fardeaux ou porteurs de projets qu'ils veulent confier à saint Walfroy et, par lui, à l'Esprit Saint, à Jésus-Christ et Dieu le Père.

J'oserai comparer la colline St-Walfroy au Mont Thabor où Jésus, à quelques jours de sa mort, amena trois de ses proches disciples. Là il leur apparut "transfiguré", tel qu'il apparaîtra après sa crucifixion. Alors que la condamnation, la Passion, allaient le "défigurer" de douleurs et de souffrances, Jésus incarne alors l'Espérance et la Vie. Le sens et le bénéfice des pèlerinages ne sont-ils pas de pouvoir dépasser toutes les "entraves" qui ralentissent notre marche et blessent nos "bonheurs", et de repartir "revigorés" de grâce et d'Espérance ? Ne sommes-nous pas, comme chercheurs de Dieu ou croyants en lui, toujours invités à marcher, chercher, voir plus loin, au-delà du sensible : l'invisible ?

Que de cierges ont brûlé devant la statue de celui qui a, depuis le 7ème siècle, partagé sa foi et proposé sa foi à ces peuples qui l'ignoraient, que de prières d'offrande, de demande, de merci, d'imploration, de soutien, ont été formulées, bredouillées, confiées à celui qui est devenu, par la conduite de sa vie, un saint vénéré du diocèse de Reims-Ardennes !

 

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Walfroy a-t-il eu raison d'annoncer l'Evangile ?

On m'a raconté qu'un jour une personne de passage à St-Walfroy avait demandé où était conservée la statue de la déesse Arduina. Informée qu'elle avait été détruite par l'évangélisateur auquel s'étaient associés ses anciens adorateurs, cette personne avait montré son étonnement en disant : pourquoi les chrétiens ont-ils dérangé ces peuplades dans leurs convictions religieuses traditionnelles ?

Cette remarque, qui ne l'a assez souvent entendue à propos du devoir missionnaire que Jésus lui-même intime à ses disciples : "Allez dans le monde entier transmettre la Bonne Nouvelle et baptisez au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ?. Pourquoi bousculer des proches, des groupes, pour les inviter à se convertir au christianisme et abandonner leurs convictions naturelles ? Walfroy devait-il se contenter de vivre au milieu de ces populations païennes qui rendaient un culte à des divinités fabriquées de main humaine ? Quel bénéfice ces adeptes du paganisme pouvaient-ils trouver en devenant chrétiens ?

Pour accomplir son œuvre missionnaire, Walfroy a choisi de venir vivre au milieu de ces peuples. Sans doute a-t-il été confronté à ses propres peurs et aux hostilités que suscite toujours un intrus, étranger à la culture et aux comportements sociaux du milieu ! Walfroy a su discerner les raisons pour lesquelles ces peuples confiaient leur existence vulnérable à ces dieux qu'ils s'inventaient. A l'évidence ces adorateurs étaient habités par la peur et éprouvaient le besoin de se mettre sous la protection de divinités qui leur seraient favorables. Ils se sentaient menacés dans leur sécurité et dans leurs ressources alimentaires et sanitaires. Aussi développaient-ils une relation privilégiée avec les forces de la Nature dont ils se sentaient tributaires.

Aussi annoncer l'Evangile à ces peuples et les faire croire et devenir disciples de Jésus, ce n'était pas les détourner de leurs aspirations et de leurs besoins, c'était pour Walfroy leur offrir un chemin qui les éloigne de toutes les peurs, et surtout les emmener vers plus de liberté et de responsabilité, de dignité personnelle et collective. Aux dieux factices puisque n'étant l'expression d'aucune réalité, Walfroy substitue Jésus-Christ, Fils de Dieu incarné. Celui- ci accompagne surtout ce qu'il dit par un comportement de vie jamais violent, toujours humble, modeste et même fait de dénuement volontairement choisi.

Saint Martin, mort en 397, vénéré dans toute la Gaule romaine, est la source d'inspiration du zèle missionnaire de Walfroy et de sa charité envers les gens parmi lesquels il se trouve. Walfroy ambitionne d'être évangélisateur comme l'a été saint Martin que d'ailleurs il fait patron du lieu de culte qu'il construit. Ainsi donc, en leur proposant l'Evangile, Walfroy conduit ces peuples à résoudre leurs conflits par la discussion et la négociation. Il les apaise en substituant la confiance à la crainte de l'autre et au recours à la violence pour montrer sa puissance. Déjà Clovis avait puisé dans la charité et la compassion manifestées par la vie de saint Martin des motifs décisifs pour demander le baptême à l'évêque Remi.

Il s'agissait là de passer d'une religion animiste consistant à amadouer les dieux pour qu'au moins ils ne sévissent pas, à une religion chrétienne qui fait savoir que Dieu est un Père plein d'amour pour tout être, jamais jaloux ni rival puisqu'il l'a créé à son image et fait pour lui ressembler.

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Saint Martin de Tours

Martin est né en 315 en Pannonie, la Hongrie actuelle. Il traversa le continent jusqu'aux pays de la Loire et y créa les premiers monastères d'occident.

Fils d'un tribun de l'armée romaine, il s'enrôle à 15 ans. Le jeune homme manifeste très tôt une attirance pour la foi chrétienne. Un soir d'hiver, en garnison à Amiens, il partage en deux son manteau pour couvrir un mendiant. La nuit suivante, le Christ lui apparaît en songe, revêtu de l'habit du pauvre. Martin reçoit alors le baptême et renonce à l'armée pour se consacrer à l'évangélisation.

En 341, il fonde à Ligugé (Vienne) le premier monastère de Gaule. Elu évêque de Tours, il retourne néanmoins à la vie monacale à Marmoutier, sa seconde fondation, qui devient un foyer de "missionnaires". Avec eux, Martin sillonne l'ouest de la Gaule, détruisant le culte païen et convertissant en masse les populations rurales. Son humilité, sa passion de la prière, les miracles qu'il accomplit attirent à lui une foule grandissante de fidèles. Il meurt à Candes-St-Martin (Indre-et-Loire) le 8 novembre 397.

Dès son enterrement, le 11 novembre dans la basilique de Tours, son tombeau est vénéré. Martin est le premier à être reconnu saint sans avoir connu le martyre.

Parmi les raisons qui pousseront Clovis à demander son baptême, le témoignage de la vie de Martin recueilli lors d'un passage sur son tombeau comptera beaucoup. Il en est de même pour Walfroy, interpellé par la charité de Martin. Le rayonnement de Martin s'étend à toute l'Europe, dont il sera déclaré un des saints les plus vénérés. Son immense popularité se mesure aux 485 communes et 3700 monuments qui portent son nom en France, et aux 12 cathédrales européennes célébrant sa mémoire. Le "pèlerinage de la Gaule" qui désigne les voies empruntées par les pèlerins vers le tombeau de saint Martin du 4ème au 6ème siècle fut le 3ème pèlerinage de la chrétienté après ceux de Jérusalem et de Rome.

Saint Walfroy dédia le premier lieu de culte qu'il construisit à saint Martin de Tours, dont la vie au service des pauvres l'avait convaincu de devenir lui-même diffuseur de l'Evangile auprès des peuples adeptes de dieux païens. Bien avant qu'il ne soit fréquenté en raison de saint Walfroy, l'ermitage situé au-dessus de Margut en Ardennes l'a été pour honorer et prier saint Martin dont l'église du lieu porte le nom.

L'arrivée de Walfroy en Ardennes remonte à 565. L'historien Grégoire de Tours le visita sur la colline en 585. "Contrairement à certains missionnaires de son époque," - a écrit le chanoine Leflond, professeur à l'Institut Catholique de Paris -, "qui, tel l'intrépide Colomban, commençaient par un massacre général des idoles, renversées et mises en poudre, saint Walfroy, lui, use de longanimité. Ces procédés radicaux auraient l'inconvénient de dresser contre lui les autochtones ; ceux-ci déserteraient le haut-lieu qui, en les attirant, permettra de les catéchiser. D'autre part le diacre apôtre se rend bien compte que les Ardennais ombrageux se soumettent difficilement aux coups de force et défendent obstinément leur chère liberté. Mieux vaut donc les gagner, plutôt que de les buter, les convaincre que les contraindre".

Et si cette façon était toujours la meilleure pour annoncer l'Evangile de vie aujourd'hui ? Sans faire pression, sans faire peur, mais par la présence et la patience, sans jamais se dérober aux interrogations, aux interpellations et aux réponses sincères et humbles, empreintes de charité et de bonté, d'humanité surtout !

Posté par lucien marguet à 12:31 - - Commentaires [0] - Permalien [#]