Les billets du Père Lucien Marguet

19 octobre 2018

L'avortement et l'euthanasie

A-t-on bien à l'esprit qu'un "enfant" à naître et un adulte désarmé par une grave maladie ou le poids des années ne détiennent eux-mêmes aucun moyen d'exprimer leurs vrais désirs de l'instant ni leurs droits personnels ! Ils ont donc besoin de "relais" qui témoignent en leur nom.

Or si l'on croit avec les chrétiens, à la suite de Moïse et de Jésus, que nul n'est en droit d'interrompre volontairement la vie de son frère, que penser de l'avortement, qui élimine un petit être humain et pas seulement une excroissance physique d'une femme qui peut faire dire à celle-ci : "mon corps m'appartient, aussi j'en dispose comme je veux" ? Avorter est de fait interrompre l'existence d'un fœtus… Un fœtus est-il en droit d'être reconnu comme une personne humaine, avec les mêmes droits humains que tous, sans avoir les devoirs qui vont avec puisque ses capacités pour les incarner ne sont que latentes et potentielles ?

On peut poser cette même question pour la fin de vie lorsqu'une personne n'a plus de facultés cognitives et affectives ni même parfois une lucidité de conscience suffisante pour se prononcer elle-même sur son présent et son avenir. Si le dégoût d'une existence pesante, le désir de ne pas encombrer son entourage, le degré de douleurs physiques pèsent lourdement et font réclamer la mort pour une personne, ne doit-on pas, plutôt que réclamer l'arrêt d'une vie, discerner le besoin de la soulager et de l'accompagner de soins chimiques, affectifs, moraux et spirituels ?

Ainsi pourquoi s'étonne-t-on encore que l'Eglise, et le Pape en tête, réaffirment si fort le droit à la vie, de ses commencements à sa fin ? N'est-il pas dans sa mission, au service de Dieu de vie et de l'humanité, de défendre les petits, les sans-voix, mais aussi les faibles et les blessés, les sans-terre et les sans-toit, les bébés dans le ventre de leur maman et les malades dont la vie amoindrie et démunie appelle à l'aide ceux dont le beau métier est de les soutenir, à l'image d'un corps qui vit grâce à tous ses membres divers, complémentaires et effectivement solidaires ?

Quand le pape François prêche l'accueil des migrants en danger de mort sur de fragiles embarcations au milieu des mers, quand il redit haut et fort le droit des peuples à la liberté, à la Paix, à la justice, à la nourriture – physique, culturelle et spirituelle -, à l'instruction et aux soins de santé, il se situe dans une logique de promotion globale et totale de la vie pour tous et chacun. En procédant trop souvent par extraction de petites phrases d'un contexte qui en expliquerait pourtant le fondement, en faisant appel aux idées brèves et souvent à la sensibilité et l'émotion, trop rarement à l'intelligence qui raisonne objectivement, la plupart du temps les médias enferment plutôt qu'ils n'aident à connaître et comprendre les positions différentes des uns et des autres.

Bien sûr, faut-il une fois de plus le redire, débattre de ces problèmes de nature et de vie ne signifie nullement que l'on prétende juger les personnes à travers leur opinion et même ce qu'elles font. On peut être en position de désaccord sur les idées et s'estimer avec un grand respect fraternel dans les relations habituelles.

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Ma découverte de la Parole comme lien organique

Lorsque j'ai reçu ma première nomination en juin 1969, j'ai alors connu la période de la Pastorale qui prônait la "proximité" par les réunions de quartier et le contact direct avec les jeunes sur leurs lieux de rencontres. Pendant 7 ans prêtre Fidei Donum en Afrique, j'ai mesuré l'importance d'apprendre la langue de l'ethnie pour essayer de comprendre un peu le peuple qui accueille. J'ai découvert progressivement que les mots du langage écrit ou oral sont le moyen à la fois d'entrer en communion avec un Peuple et les gens qui en font partie et à la fois le moyen privilégié de transmettre le Message.

La Parole permet d'entendre et de connaître. Elle véhicule les idées et la pensée, témoigne et atteste. La Parole distingue, différencie, et en même temps relie. La Parole crée un lien. L'univers est né de la Parole créatrice de Dieu. Jésus est par toute sa vie Parole du Père. Notre foi naît et se nourrit, se développe, par la Parole de Dieu. L'Eglise et ses membres sont communiés en Jésus-Christ par le lien de la Parole et du Pain de Vie qui les "entre-tient". Du coup chaque chrétien puise pour ses choix, ses actes, ses attitudes, sa conduite, à la source que sont la vie, les paroles de Jésus. Et autour de la margelle du même puits qu'est Jésus, les chrétiens se retrouvent et échangent des paroles qui induisent peu à peu des comportements semblables, des mentalités communes, une même culture inspirée de la même source même si elle se déploie dans des lieux et des milieux de vie très divers.

J'ai acquis dans le même temps cette conviction que, si la Pastorale ne peut plus envisager de diffuser le Message au travers des "œuvres" économiques, sociales, culturelles, autant qu'elle a pu le faire dans le passé, elle n'est pas privée du moyen formidable que sont le langage et la Parole. Et ce dans un monde qui donne une place prépondérante à la communication et qui en fait même un moyen de relier et d'unir l'humanité. Je ne vais pas citer ici tous les instruments permettant aujourd'hui de communiquer, de diffuser, de se parler et de se voir, d'une façon de plus en plus interactive, chacun les a en tête.

Pourvu que son langage soit simple, vrai, sage, sans excès, réaliste et inspiré, l'Eglise a aujourd'hui les moyens de faire entendre la voix du Christ "Chemin, Vérité et Vie". On a beaucoup insisté sur l'Incarnation géographique, historique, sociale, familiale, culturelle, de Jésus de Nazareth, et bien sûr on avait raison de montrer que Dieu en Jésus avait pris chair sur la terre des hommes. Or ce que l'on a dit ainsi, ne doit-on pas aussi le souligner à propos du langage ? Ne faut-il pas que les mots avec lesquels l'Eglise fait connaître Jésus pour que l'on puisse l'aimer et l'imiter soient eux-mêmes incarnés , c'est-à-dire conjugués à l'humain et au divin ? Des mots conjoints, mitoyens, qui disent Dieu et qui disent l'homme. Des mots qui s'enrichissent mutuellement. Des mots symboles. Comme aussi des paraboles !

Nous avons pu en Pastorale rechercher d'être physiquement présents pour transmettre le message. N'avons-nous pas, avec autant d'efforts, à rendre accessible et audible par un langage approprié ce même message destiné à ressourcer la vie de tous ?

 

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Le devoir d’incarner les mots

L’Eglise, qui continue la présence active de Jésus dans l’histoire du Monde, a aussi pour tâche missionnaire d’incarner le message évangélique dans les mots des langages humains. Pour parler de foi, d’Espérance et de charité, les chrétiens empruntent les mots quotidiens qui consonnent à la vie tout en en révélant la source et l’enracinement. A quoi bon parler, si ce que l'on dit ne traduit ni ne transmet, quand les langages sont hermétiques et imperméables, quand la vie chrétienne ressemble à une nappe d'huile sur de l'eau ? On peut se conduire comme des propriétaires des mots si leur sens échappe à la compréhension et à l' intérêt de leurs destinataires. Nous devons "décapsuler" la Parole de Dieu qui peut demeurer hermétique dans la Bible et la Tradition. A quoi bon des discours très savants et complets s'ils n'atteignent en profondeur que peu de personnes ?

Jésus, qui de Dieu s’est fait homme, a révélé le divin dans le langage humain. L’Eternel s’exprime dans le temporel, l’Infini dans le fini, la Toute-Puissance dans la faiblesse, le ciel dans les choses de la terre. Une vérité dévoilée et délivrée dans la simplicité des mots se laisse davantage recueillir et accueillir. Les "vérités" enrobées de religiosité et de mystère peuvent paraître plus divines, elles ne sont parfois que plus étranges ! Alors que, dans la logique de l’Incarnation, Jésus n’a eu de cesse de rapprocher, pour les allier, en toute conscience et liberté, le ciel et la terre, Dieu et tout homme. Le langage peut produire un éloignement ou générer un rapprochement. Les carrières d'où l'on extrait les mots du langage sont à la fois la Bible, la Tradition et les façons actuelles de communiquer. D'où une prédilection pour les allégories, les images, le visuel…

Il n’est que de regarder Jésus dans sa pratique Pastorale pour savoir quel chemin l’Eglise doit aujourd’hui privilégier pour diffuser l’Evangile. Jésus ne fait pas de longs exposés, il préfère s’exprimer en allégories et paraboles. Jésus ne recourt pas à des mots compliqués, il se sert des mots puisés dans le langage de l’existence courante. Il n’invente pas des scénarios, il saisit toute occasion et toute circonstance pour "faire apparaître" le sens caché des choses et des êtres, révéler le visage de "son Père".

"Ce que l'on vous dit en secret, proclamez-le sur les toits"… Je vois dans cette recommandation un appel à publier et diffuser la Parole d'une façon publique et non confidentielle et intimiste. Jésus parle souvent à des foules, tout le monde peut entendre. Le langage parabolique tient une grande place dans les discours de Jésus.

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Les prêtres

L'Eglise actuelle, et particulièrement en raison de prêtres et religieux qui se sont rendus coupables d'atrocités, traverse une grave turbulence qui la fragilise. Son clergé vit douloureusement ce moment, car il est suspecté de turpitude et même de complicité avec les accusés, alors que, chacun le sait pourtant, seule une très faible minorité a très gravement failli. Le cœur et l'esprit des prêtres ressentent tristement les regards de suspicion et de défiance posés sur eux et le ministère !

Dans ce billet, mon propos n'est pas de minimiser le mal et les graves blessures générés par les comportements de certains, mais plutôt d'inviter à ne pas retenir pour la totalité du clergé ni dans le monde entier que ces graves dérives ! De la même façon, serait-il légitime de rejeter en bloc tous les migrants parce que quelques-uns se sont très mal conduits vis-à-vis de femmes en Allemagne, ou serait-il logique de juger les politiques, les financiers, les commerçants, les enseignants, les artistes musiciens ou de cinéma à travers les actes néfastes de quelques-uns d'entre eux ? Prenons soin, dans notre regard sur les maux commis en notre société, de ne jamais commettre d'amalgame !

N'avons-nous pas à reconnaître à chacun le droit d'être respecté en sa dignité au regard de sa vocation à assumer la responsabilité de ses actes individuels et de ses comportements habituels ? Bien sûr, la société est organisée en groupes sociaux, professionnels et culturels, religieux, mais en tous ces lieux chacun des membres est doté d'un libre arbitre et de capacités et de convictions propres qui en font une personne avec tout ce que cette définition comporte à la fois de beauté et de dangers, potentiels.

Quand on entend parler des prêtres aujourd'hui en cette séquence de purification indispensable de l'Eglise universelle, ne serait-il pas juste d'évoquer tous ceux qui la parent d'un beau visage ? Les papes Paul VI, Jean XXIII, Jean-Paul II, Benoît et François ! Plus près de nous Joseph Wresinski, fondateur d'ATD Quart-Monde, l'abbé Pierre, Mère Teresa de Calcultta, fondatrice d'une communauté internationale de religieuses vivant au milieu des plus démunis des pays pauvres, le Père Pedro de Madagascar… Et ces martyrs moines de Tibihrine, pères blancs de Tiziouzou, l'évêque dominicain d'Oran, fidèles au peuple d'Algérie et béatifiés dans la basilique Santa Cruz cette année. Et ces jeunes ingénieurs, médecins, architectes, enseignants, avocats, ouvriers, paysans, qui après des années de métier et souvent après de longues études et certains une belle expérience ordinaire, se décident à servir l'Eglise en sa mission d'annonce de l'Evangile ! N'est-ce pas une immense générosité, un Amour profond qui les guide et leur donne la force de renoncer à un niveau de vie personnel et social bien plus élevé et dense qu'ils auraient eu s'ils avaient renoncé à prendre ce chemin du ministère presbytéral ?

En réalité, ils ont choisi le menu ordinaire et pas sélectionné un repas de l'existence à la carte car ils sont appelés, ordonnés et envoyés, en fonction des besoins que l'Eglise et ses évêques estiment prioritaires. Cela s'appelle l'obéissance. Ils consentent à la pauvreté en renonçant aux très corrects salaires dont leur formation intellectuelle ou technique les aurait crédités. Ils ont aussi renoncé à fonder une famille en développant l'amour d'une épouse et en assumant une mission paternelle dans l'accueil et l'éducation d'enfants.

Faut-il enfin redire qu'il n'y a pas de statut humain indemne de quelque difficulté, de quelque erreur et même de raté, de quelque tentation ou dérive, momentanée ou durable ? Les prêtres sont à part entière des êtres humains, de chair et de sang, fragiles et vulnérables, faillibles eux aussi, comme tous en marche vers la sainteté…

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"Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits…

Luc 10 17-24

Les sages et ceux qui prétendent "savoir", en réalité, dit Jésus, ne détiennent ni ne comprennent pas tout. Ils sont en réalité dépendants de ce qui est montré et démontré d'une façon logique et rationnelle. Leurs connaissances peuvent les entretenir dans l'illusion qu'ils ont atteint le cœur de la vérité. Or, dit Jésus, les petits peuvent en être plus proches par la relation intime qu'ils ont avec ce qui est vrai. Un enfant peut longuement parler de l'histoire de ses parents à la façon d'un récit. Il pourra aussi en parler, et différemment, lorsqu'il dira tout ce qu'ils lui ont montré d'affection et transmis de richesses humaines, morales, spirituelles, qui lui ont permis de construire sa personnalité et d'envisager l'itinéraire de sa propre vie.

La "chance" des petits, c'est aussi la conscience d'avoir tout à recevoir, en sachant qu'ils ne sont pas "savants". Le danger pour ceux-ci est de s'arrêter de chercher afin de mieux approfondir, élargir et accueillir ce qu'ils savent déjà. Le danger qui menace les gens qui exposent leur science, c'est d'adopter la technique de défense du hérisson qui bombe sa carapace et dresse ses piques. L'erreur des gens qui revendiquent une position élevée, c'est de chercher à réduire la vérité à ce qu'ils savent et aussi à la façon qui leur a permis d'y avoir accès.

Or il y a en vérité de multiples chemins pour progresser vers la "lumière", pas seulement la raison, mais aussi l'affectivité, l'intuition, en un mot la relation intérieure… On peut essayer de démontrer, preuves à l'appui, que l'on a raison, la personne que l'on tente de convaincre peut "ressentir les choses" autrement et avoir elle aussi raison et ainsi tout aussi valablement justifier sa position. Qui ne s'est jamais pris en flagrant délit de jugement prononcé à propos d'une personne, d'une famille, d'un groupe, à travers des paroles entendues et parfois propagées, parfois des comportements étonnants, et de changement radical d'opinion lorsque des occasions de fréquenter ces gens ont permis de mieux les connaître et surtout les comprendre ? La relation sans tabou, sans préjugés, sans condition, n'est-elle pas qualifiée pour accéder au plus près de la vérité dans notre regard porté sur autrui ?

Quelques versets plus loin, Jésus poursuit sa réflexion sur ce thème en disant : "Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car je vous le déclare, beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous-mêmes voyez et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l'ont pas entendu".

L'Ancien Testament est rempli de savoirs et de descriptions d'expériences et de confidences sur Dieu. Mais rien ne vaut la rencontre de Celui qui vient d'auprès du Père et ce qu'Il apporte de révélations sur Lui, par ses paroles, ses actes, ses attitudes. Dieu découvert par notre relation personnelle à Jésus et aimé et aimant par Lui. Cette connaissance intime s'appelle la Foi. Or à tout âge de l'existence, des plus petits enfants aux personnes les plus âgées, il est possible de croire, en sachant un peu ou beaucoup. La foi d'un grand théologien peut être faible et ses connaissances très vastes, tandis que la culture religieuse d'un enfant peut être rudimentaire et sa foi solide.

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La pécheresse pardonnée

Luc 7 36-50

Jésus est reçu ce jour-là chez un certain Simon, un pharisien, pour manger à sa table. Il connaît la mentalité rigoriste et légaliste de cette catégorie de croyants, plus attachée à la soumission aveugle aux lois éditées par Moïse qu'à demeurer libre en esprit. Cette femme, elle, sans invitation prend le risque de pénétrer dans la maison où Jésus est attablé, probablement avec l'idée de se faire pardonner sa vie dissolue puisqu'elle est une péchereses publique. Sans doute sait-elle par la rumeur de la rue que ce prophète Jésus est accueillant et indulgent pour tout le monde, y compris pour les gens dont la vie est en dehors des clous.

Passant outre au regard de juge du pharisien, "elle se mit à mouiller de larmes les pieds de Jésus". Elle manifeste ainsi le regret de sa conduite morale douteuse et en même temps elle déclare sa confiance en Jésus et la purification de son cœur sali. Jésus va alors saisir l'occasion d'adresser un message à son hôte et l'inviter à se convertir vraiment. Il lui fait remarquer que lui, pharisien respectueux des rites, a omis de laver les pieds de son invité comme le veut l'usage. Il lui fait également remarquer que cette femme, aussi pécheresse qu'elle soit, l'a fait non pas avec de l'eau, mais avec ses larmes et ses cheveux, et surtout avec des signes évidents d'humilité et d'affection. "Elle, elle a répandu du parfum sur mes pieds"…

Manifestement cette femme, dont le comportement moral n'est en rien approuvé ni jugé par Jésus, ne constitue pas un obstacle à ce que Jésus lui accorde le pardon. "Il dit alors à la femme : 'tes péchés sont pardonnés'". Devant une mentalité de pharisien qui a tendance à prononcer des jugements définitifs sur les gens, Jésus va s'appuyer sur la confiance et le désir de commencer une autre vie de cette femme étiquetée "pécheresse", pour la sauver. Jésus dit d'ailleurs à la femme : "Ta foi t'a sauvée. Va en paix"…

Cette attitude de Jésus déclenche des interrogations parmi les convives : "Qui est cet homme qui va jusqu'à pardonner les péchés?" Car pour les croyants, "pardonner", seul Dieu pouvait le faire. Car pardonner les péchés est un acte libérateur et purificateur. Il remet les compteurs à zéro. Le pécheur pardonné sort de son passé qu'il traînait comme un boulet. Certes on n'oublie pas le mal causé par les choix et les actes négatifs ni la tristesse que l'on a causée à Dieu et les blessures infligées aux autres. Le pardon de Jésus réintègre le pécheur repenti qui retrouve la confiance à faire mieux.

Le pardon en public est aussi une puissante invitation, pour ceux qui seraient tentés de condamner à jamais un pécheur, à changer d'avis et se réjouir de voir que Dieu est rempli de Miséricorde et d'Amour pour tout pécheur qui se tourne vers lui, comme cette femme aux pieds de Jésus. 

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03 octobre 2018

Des paroles et des actes ?

Un enfant qui se prête volontiers à rendre service à sa famille, surtout s'il en prend lui-même l'initiative, manifeste réellement son affection. Il pourrait se contenter de prononcer des paroles d'amour pour les siens. Mais les paroles en elles-mêmes ne peuvent être que de façade. Il est préférable que l'intention qu'elles expriment soient traduite en action. Les paroles peuvent s'envoler, ne pas être fixées, n'avoir pas de poids ni d'impact, être éphémères.

Certes des paroles peuvent constituer une promesse, un engagement, exprimer un "contact" oral, alors elles sont pertinentes et ont un impact chez ceux qui en sont témoins ou bénéficiaires. Toutefois les actes réalisent ce qui a été envisagé et annoncé. Ils vont donc plus loin que des paroles seules non suivies d'une mise en œuvre de ce qu'elles exprimaient. Dans une culture marquée par le primat de la Raison, il est certain que les actes sont préférés aux paroles. L'on a tendance à ne considérer comme vrai que ce qui est vérifiable, objectif et surtout prouvé. On se méfie des beaux discours prometteurs, des affabulations, des promesses sans lendemain.

Mais cette posture est-elle si récente ? Déjà Thomas l'apôtre, à qui ses amis disent qu'ils ont vu le Christ ressuscité, leur répond qu'il ne croira cela que s'il le voit et le touche lui-même. Il n'est pas rare d'entendre des gens réclamer auprès des croyants des preuves tangibles, au moins des signes patents, qui donnent un fondement de leur foi en Dieu, lui, invisible. Ils n'exigent pas qu'on leur montre Dieu, mais au moins les actes que celui-ci accomplit.

Saint Jean commence son évangile en parlant de Jésus comme le Verbe de Vie, au sens de Parole qui non seulement révèle le Père, mais aussi en témoigne par ses actes, ses initiatives et ses engagements. Dans la grammaire, le verbe n'est-il pas le mot le plus décisif qui qualifie le sens d'une phrase ? Parmi les vertus théologales reçues de Dieu, la plus essentielle, parce qu'elle s'exprime surtout en actes, est la charité. Plus que jamais, les chrétiens sont invités à "prouver" leur foi et leur Espérance par des actes et des engagements à la suite de Jésus qui ne déclarait pas son amour aux petits, aux pauvres, aux malades, aux personnes atteintes d'un handicap, mais agissait pour les soulager, les guérir, les réintégrer socialement, tels les lépreux blessés par cette double peine de la maladie et de la marginalisation.

Bien sûr Jésus s'adressait aux foules en paroles, mais souvent ces rassemblements autour de lui étaient suivis de guérisons de personnes particulières, blessées dans leur vie, que Jésus remettait debout et en marche. Aussi l'Eglise - et ses membres -, dans les circonstances et situations où elle est implantée, doit-elle poursuivre cette œuvre de salut de la façon dont Jésus la pratiquait. L'Eglise doit délivrer des messages, des textes, informer, expliquer et ancrer ce qu'elle dit dans des actes et des engagements.

Ce que je viens d'évoquer dans ce billet est traditionnel dans l'annonce de l'évangile toujours accompagnée de réalisations concrètes. Il n'est que d'observer les initiatives prises par les chrétiens qui, partant dans des pays lointains, n'ont pas seulement annoncé Jésus-Christ, mais ont fait en son nom des écoles, des routes, des ponts, des centres de soin, ont lutté contre les menaces de famine… Le pape François lui-même n'aime-t-il pas qualifier l'Eglise elle-même "d'hôpital ambulant de campagne" ?

Des paroles pour expliquer, transmettre, faire comprendre et aimer, oui ! Mais en même temps, des actes !

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Le cléricalisme ? De quoi s'agit-il ?

Lorsqu'il fait part de sa honte et de son immense douleur devant les dégâts causés par les prêtres pédophiles, le Pape avance le cléricalisme comme une des raisons majeures de ce drame humain. Le cléricalisme serait tapi dans la personnalité de certains clercs et religieux, prêt à se traduire à travers des réactions doctrinaires, arrogantes et dominatrices.

En effet, le clérical se convainc de posséder la vérité et ne se donne pour rôle que de l'enseigner à des gens a priori jugés ignorants. Avant de se sentir appelé à vivre lui-même l'Evangile, il confisque le droit d'en jauger la présence chez les autres ! Il soigne son apparence pour affirmer l'évidence aveuglante de son appartenance à sa tribu cléricale qui lui donne, selon lui, des droits exclusifs et une respectabilité civile et religieuse. Le clérical se ressent à part et à l'abri, revêtu du devoir de dispenser des conseils, de prononcer des reproches et accorder des pardons.

Alors qu'il apparaissait pour la première fois au balcon de la basilique Saint-Pierre comme nouveau Pape, les premières paroles de François à la foule qui le découvrait a été de demander à celle-ci de le bénir, lui le serviteur du Christ, le successeur de Pierre. Cette attitude est l'exact opposé de toutes les caricatures du cléricalisme, qui prétend détenir l'autorité et le pouvoir au nom de Dieu et n'est guère sensible aux dons et charismes dont est gratifié chaque baptisé, ni à l'Esprit Saint souvent secrètement présent en tout être humain. Le cléricalisme est la plupart du temps teinté d'orgueil et de suffisance, de supériorité sur les interlocuteurs qui de ce fait ne peuvent être que des écoutants et des exécutants.

Le cléricalisme revêt parfois l'habit de l'intégrisme jusqu'à donner priorité aux apparences et aux détails plutôt qu'à l'essentiel. Il lui faut soigner les aspects religieux et pieux de sa "vitrine" apparente qui, espère-t-il, attesteront de son lien privilégié à la foi et lui donneront un solide crédit pour en faire part publiquement. Le clérical aime s'adresser aux autres depuis son balcon. Il n'aime ni descendre pour dialoguer sur un pied d'égalité sur le macadam, ni "sortir" pour aller en terrain inconnu où il perdrait ses repères et plus encore l'ascendance dont il est "harnaché". Le clérical ne cherche qu'à imposer et non à convaincre, parce qu'il craint d'être déstabilisé. Aussi se construit-il des protections nombreuses, tant externes qu'intérieures. Le cléricalisme se nourrit de la culture du secret.

Si dans les discours et les lettres du pape François le thème du cléricalisme revient souvent pour dénoncer l'arrogance et la prétention d'une catégorie de religieux en lieu et place de l'esprit de service que l'on espèrerait davantage trouver, le Pape désire réveiller l'Eglise universelle tout entière. Il nous invite avec force à nous convertir à une vie simple, sans artifices, non tentée de se dérober derrière une apparence, en un mot authentiquement évangélique et surtout pas dominatrice, mais toujours empreinte d'un immense respect d'autrui, de sa dignité et de sa liberté.

Le pape François appelle l'Eglise dans son ensemble à une conversion de nos mentalités, en référence à celle qui animait l'existence même de Jésus. A l'image de splendides édifices recouverts de couches épaisses de plâtre et d'habillages successifs, ne nous faut-il pas décaper nos vies de foi de toute tentation de cléricalisme pour retrouver l'authenticité initiale de l'Evangile ?  

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Etre missionnaire est-il toujours d'actualité ?

Saint Walfroy fut au 6ème siècle un missionnaire zélé et un ardent propagateur de l'Evangile qui appelle à une transformation radicale, mais toujours sans violence, avec patience et persévérance. Si Walfroy a choisi de s'adresser aux peuples de la forêt depuis une colonne, et si son style de vie était dépouillé et sans artifices, sans menace ni pression, c'est que lui-même adoptait une vie évangélique en constante référence à celle de Jésus. Or aujourd'hui que le message chrétien a été répandu aux quatre coins du globe terrestre, il est des voix pour remettre en cause la nécessité de continuer cette mission d'évangélisation commencée par les Apôtres lorsque, ayant reçu l'effusion de l'Esprit Saint, ils ont été poussés à proclamer l'Evangile du Christ comme "Chemin, Vérité et Vie" offert à tout homme de la terre entière.

Or aujourd'hui ce n'est pas seulement le contenu et les modalités du christianisme qui sont contestés par certains courants de pensée, mais le bien-fondé lui-même, l'intérêt pour l'humain, de proposer l'Evangile comme un logiciel utile et fécond pour lui. Voici quelques propos tenus par ces gens qui prônent l'arrêt de toute propagande religieuse au nom de la tolérance et de la bienveillance.

Selon eux, il faut éviter la compétition entre les religions si nombreuses sur terre auxquelles sont attachés, et depuis si longtemps, des peuples si différents mais tous respectables. Vouloir évangéliser, disent les tenants de l'arrêt de l'évangélisation, n'est-ce pas s'attribuer une supériorité, ou à tout le moins être convaincu que connaître le Christ et l'adopter pour modèle, reconnu comme prototype de l'humanité, vaut d'oser prendre le risque d'inviter les gens à se convertir à lui, et donc de caler leur vie sur la sienne ? Il faut, il est vrai, avoir évalué pour soi l'impact de la foi chrétienne en notre conscience, son poids dans nos choix, nos comportements et nos actes pour continuer à considérer la propagation de la foi chrétienne comme une entreprise salutaire pour toute l'Humanité.

Si l'Evangile a dans notre existence le rôle qu'a un GPS dans une voiture et si on a une expérience positive de cet usage, alors on peut comprendre que le logiciel qu'est l'Evangile, la fréquentation habituelle du Christ, sont une richesse intellectuelle, morale et spirituelle que nous devons partager avec les autres qui en sont jusque là privés et ignorants. Si l'on est soi-même heureux de savoir qu'il existe un concepteur, un créateur, un auteur à notre environnement et à l'être humain, alors le découvrir auprès de Jésus et le faire connaître ne représente-t-il pas une mission non facultative mais obligatoire, dans laquelle chaque chrétien en particulier doit prendre sa part à la mesure de ses capacités et des opportunités ? L'annonce simple et humble de l'Evangile, tel un partage fraternel, constitue "une œuvre humanitaire".

Avoir du respect pour toutes les religions relève du respect dû à toute liberté. Il est important que les religions dialoguent, qu'elles s'interpellent et s'enrichissent de leurs expériences, mais jamais les chrétiens n'auraient raison de ne plus vivre et partager leur foi, terreau et semence de développement humain, du savoir et du pouvoir vivre ensemble. En effet les religions et les croyances en général suggèrent et même produisent des comportements, des conduites, diverses et différentes. En croyant que les pensées, les paroles et les actes de Jésus ont une portée universelle parce qu'ils proviennent de Dieu incarné qu'Il est, les chrétiens ont toujours la mission de répandre ce qu'ils ont appris et de Dieu comme origine et de l'Humain à son image à faire advenir. Je pense aux inversions de la pente naturelle de nos instincts et de nos désirs : servir au lieu de se servir, secourir les petits, les pauvres, les faibles, les derniers…Je pense aussi que prendre l'Evangile pour conducteur, c'est passer de la puissance qui prend à celle qui donne, passer de la liberté sans les autres à celle qui les enrichit aussi, passer de l'intelligence sans conscience à la responsabilité assumée.

La foi en Jésus, c'est bien plus que boire l'eau vive qu'il apporte, c'est connaître la source d'où provient cette eau qui donne à vivre. Faire connaître Jésus-Christ, c'est donc donner les moyens à tous de venir eux-mêmes y puiser.

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Les libertés retrouvées : 1870, 1918, 1944

Les libertés retrouvées : 1870, 1918, 1944

 

La liberté est sans aucun doute l'aspiration universelle la plus profonde de tout être humain sur terre. Elle est aussi le moteur de l'histoire des peuples à la recherche de leur identité et de leur indépendance. Mais on peut être libre physiquement et ne pas l'être intérieurement si l'on est conditionné ou sous tutelle, d'addictions, de comportements soumis aux instincts… On peut avoir des yeux et ne pas voir, des oreilles et ne pas entendre, une langue et qu'elle soit malhabile ou blessante, des jambes et qu'elles soient ankylosées…

La liberté est une capacité ambivalente dont chacun peut se servir pour le bien, le préférable, ou le mal et le pire. Chacun à sa naissance reçoit cette faculté à développer et faire valoir. Celle-ci demande à s'enrichir et s'épanouir dans l'existence individuelle et personnelle, les relations dans le couple et la famille, le travail et le vivre ensemble social. La liberté comme désir collectif est inscrite au fronton des bâtiments publics de la République : Liberté, Egalité, Fraternité… Mais force est de constater que la quête de la liberté a toujours besoin d'être située pour que l'on puisse être en mesure de la qualifier réellement. Il peut arriver qu'un homme soit jeté en prison pour avoir réclamé haut et fort la liberté pour son Pays : certes il ne peut alors physiquement aller et venir, mais n'est-il pas plus libre en sa conscience que ses concitoyens soumis au régime dictatorial qui les dirige ?

En effet, même si de nombreuses guerres de défense et de reconquête de la liberté ont forgé l'histoire de notre Patrie, ne doit-on pas toujours s'interroger et s'interpeller sur la façon dont nous en bénéficions réellement, individuellement et collectivement ? Ce mot simple et magique de liberté n'est-il pas ici et là entamé par les manques, de moyens intellectuels, économiques, financiers ? Le besoin et l'habitude de discerner, de choisir, de décider, les aptitudes pour s'engager dans la durée que produisent la persévérance et la fidélité ne sont-ils pas les conditions requises pour une liberté assumée ? Si l'on peut se définir comme un Peuple libre, ne doit-on pas honnêtement se reconnaître assez inégaux face à l'usage que chacun(e) de nous peut faire de cette liberté ?

Cette lucidité sans parti pris à laquelle il faut accéder ne disqualifie en rien les libertés reconquises par ceux qui, sur les champs de résistance et de bataille, ont offert leurs années de jeunesse, leurs forces, leur courage et leur temps, pour certains leur vie entière. Mais il serait injuste d'ignorer que cette liberté offerte à tous n'est pas également profitable à tous, chacun et chacune. Avant d'aboutir aux conditions d'une réelle fraternité, il faut passer par la case égalité. Non pas l'égalitarisme qui supposerait que tous les citoyens soient mêmes et semblables. Ce qui n'est bien sûr pas le cas. On peut au moins souhaiter à toutes les générations et milieux sociaux de notre Pays que chacun ait en main les moyens intellectuels, moraux, spirituels, de tracer un chemin ascendant qui aille vers la liberté entière, celle qui ne se réduit pas à la liberté civile et s'épanouit pleinement dans la liberté de l'esprit. Comment me sentir libre lorsque j'apprends chaque jour qu'il est tant de gens dans le monde vivant dans des conditions effroyables et inhumaines d'esclavage, de soumission, de misère, d'injustices et de faims : de "savoirs" et de "Pain"…

Posté par lucien marguet à 17:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]