Les billets du Père Lucien Marguet

22 janvier 2022

3ème dimanche du temps ordinaire (Année C) Semaine de prière pour l’Unité des Chrétiens

23 janvier 2022

 

Néhémie 8 1-4a-5-6-8-10 - 1ère Corinthiens 12 12-30 - Luc 1 1-4, 14-21

 

Paul avait fondé cette communauté de Corinthe. Or il apprend qu'elle est divisée. Dans ce contexte, Paul envoie alors une lettre qui invite à faire corps dans l'unité. Ainsi, un membre existe par et pour le corps tout entier. Et lorsqu'un membre souffre, tout le corps s'en ressent.

Dans ce texte devenu célèbre envoyé à la communauté de Corinthe, St Paul compare les disciples du Christ aux membres divers et différents d'un corps. Tout en étant hommes, femmes, enfants, originaires d'ici ou d'ailleurs, quelque soit tout ce qui nous sépare et nous distingue, "nous avons été baptisés dans l'unique Esprit pour former un seul Corps". Chaque membre est important pour le corps. Chaque membre bénéficie des autres membres. Chacun apporte ce qu'il est et sa fonction. Heureusement, ils sont différents, complémentaires et solidaires. "Dieu a organisé le corps de telle façon qu'on porte plus de respect à ce qui en est le plus dépourvu. Il a voulu qu'il n'y ait pas de division dans le corps, mais que les différents membres aient le souci les uns des autres". C'est cela que par exemple l'Abbé Pierre disait à l'occasion des cris qu'il ne cessait de pousser contre la misère. Le journaliste lui demandait : "Pourquoi ces cris ?" Et l'Abbé répondit : "Mon frère blessé à côté de moi, sa douleur me fait mal, elle devient la mienne, car nous sommes de la même humanité. Je ne peux rester à rien faire. Alors j'alerte tout le monde". C'est aussi l'unité du Corps du Christ que chrétiens protestants, orthodoxes et catholiques sont invités à édifier par les dialogues et la prière. L'unité ne passe pas par l'absorption de l'autre, par la suppression de sa différence et par la fusion, mais par l'association, voire la confrontation et l'alliance. Prenons l'unité et la cohésion des membres d'une famille, ne passent-elles pas par le dialogue respectueux et affectueux qui donne droit à l'opinion, à l'expression personnelle, mais en même temps témoignent du bonheur de vivre ensemble. 

Pour beaucoup d'entre nous, les lieux d'expérience privilégiée du partage de cette humanité, c'est la vie de couple et de famille. Unis et embarqués pour le meilleur et pour le pire. Mais surtout conviés à faire corps uni dans la différence des caractères, des qualités, des capacités, des désirs, dans la variété des personnalités. Toute société qui entend s'organiser et progresser aura à réguler le droit à la différence, à l'affirmation du "Je", à la singularité et à la spécificité, avec les droits du groupe à exister selon ses règles et ses rites. 

Aujourd'hui, le Christ vit par les membres de son Corps vivant qu'est l'Eglise. Le prêtre, parce qu'il représente le Christ Pasteur, a mission d'édifier dans l'unité les communautés dont il a reçu la charge de l'évêque, et de les inviter à se soucier des autres, comme le Christ. 

D'ailleurs l'évangile d'aujourd'hui va aussi dans ce sens. Jésus lit un passage d'Isaïe et déclare qu'il se réalise aujourd'hui. Jésus guérit, libère, sauve, remet debout et en marche… Il sauve en éclairant les choix et les attitudes à prendre, il sauve des fausses routes, des voies sans issue. Il libère des contrevérités, des illusions… Quand les chrétiens de toutes confessions prennent toute leur part dans la restauration et la promotion de l'homme, de l'humain, ils contribuent à l'unité de la maison commune qu'est l'Humanité. Que d'activités, de démarches, d'initiatives efficaces et fraternelles visent à donner un plus beau visage à notre humanité ! Quand des couples prennent le temps de s'asseoir, de dialoguer, de réfléchir, de prier… Quand en famille la  parole de chaque membre est écoutée et ses récits, ses questions, accueillis… Quand dans l'Eglise, une paroisse, un groupe chrétien, chaque membre devient acteur tout en recevant des autres membres, alors le Corps du Christ est plus vivant. Ce Corps vivant dont le pain du Christ est le signe et le sacrement. Corps livré et partagé. Corps aux membres multiples et différents, invités sans cesse à l'unité.

L’Eglise n’est pas un sport individuel dans lequel chacun concourt pour son propre compte, l’Eglise grandit et s’élargit en équipe, en communauté !

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15 janvier 2022

Comment choisir un Président pour la France ?

 

Comme citoyen et comme chrétien, quel profil de président est-il souhaitable que nous choisissions pour la France ? A quels critères se référer pour orienter notre suffrage ? 

Un Président doit avoir les aptitudes pour impulser et orienter, gouverner et faire vivre ensemble des Français de conditions et de convictions différentes et parfois divergentes. Il doit conjuguer en sa personnalité l'ouverture et l'attention à tous, et en même temps détenir une forte volonté de faire progresser son pays en mettant en œuvre ses promesses électorales. Aussi un Président de la République doit-il savoir mobiliser le Parlement, le Sénat et d'abord son gouvernement composé de ministres judicieusement choisis pour proposer, voter et mettre en application les lois et valider les orientations prises en concertation. Car si un Président doit s'appuyer sur ses électeurs, il doit gouverner avec tous et pour tous. Il est d'abord chargé de garantir une vie digne à chaque citoyen, à travers des droits et des devoirs. Si tout citoyen a le devoir de se soumettre aux lois, il a aussi des droits fondamentaux à travailler, se loger, manger à sa faim, bénéficier de la sécurité physique et morale, de la protection de ses biens et de soins médicaux pour sa santé. 

Le Président doit veiller à ce que la laïcité permette légalement à la pluralité de courants philosophiques et religieux de s'exprimer ouvertement dans les limites de débats libres, respectueux et pacifiques. Il va de soi que, si la République a la charge de rédiger et de voter des lois qui tiennent compte de la majorité des citoyens, chacun conserve bien sûr son libre arbitre pour juger du recours à ces lois adoptées. Je pense par exemple à des questions éthiques délicates telles que le droit à l'IVG, à la procréation médicale pour autrui, à l'euthanasie ; car ce qui est légal n'est pas forcément considéré comme moral par tous les citoyens, aux références éthiques et religieuses diverses. 

Un Président doit réussir à sauvegarder la cohésion sociale et culturelle, spirituelle, par la diffusion d'une culture reposant sur le dialogue, la négociation, la concertation. La France a une longue et riche histoire qui passe par ses liens anciens à nombre de pays situés en d'autres continents et bien sûr aux nations d'Europe. Le Président ne peut sous aucun prétexte prôner un repli économique et politique, culturel, du pays qu'il est appelé au contraire à affermir dans ses rapports au monde entier désormais ouvert en tout domaine. La France se renierait à se montrer frileuse en se rétrécissant sur elle-même. Au contraire, elle doit se montrer solidaire par intérêt et par conviction républicaine. Il en va de son identité présente et future. 

Le prochain Président est attendu sur sa détermination et sa compétence à sortir notre pays d'un contexte économique et financier qui génère actuellement un chômage à 8% de moyenne et une désindustrialisation. Les conséquences en sont une morosité ambiante, une pauvreté en extension, un renoncement à entreprendre et investir de la part de beaucoup d'artisans et d'industriels, de commerçants. Le futur Président devra donc se rapprocher de celles et ceux qui créent les postes de travail ; il devra ajuster les lieux scolaires pour que les jeunes se préparent à ces métiers nouveaux émergents, il devra réunir, pour qu'ils négocient, les partenaires sociaux et économiques en les invitant tous à élargir leurs points de vue parfois cantonnés à des intérêts catégoriels. 

Parmi les problèmes face auxquels le Président devra trouver des solutions et prendre des décisions, il y a celui de la dévitalisation des espaces ruraux. Un faisceau d'évolutions et de conditions nouvelles conduit les éleveurs et les agriculteurs à être confrontés à de graves soucis financiers et à ne plus pouvoir se projeter dans l'avenir. La vitalité – artisanale, commerciale, scolaire, culturelle – et le lien social continuent à diminuer dangereusement en milieu rural. Il est urgent que notre pays prenne position sur ces questions de soutien des territoires ruraux très menacés. 

Les citoyens scrutent volontiers la personnalité des candidats : leurs aptitudes dans le domaine de la gestion sociale et économique, politique, de la négociation diplomatique intérieure et extérieure. Certains électeurs attendent des candidats qu'ils parlent vrai, au plus près des réalités objectives, au lieu de sombrer dans la tentation de recourir à la séduction par des promesses qui se révèleront impossibles à honorer ou des discours flatteurs et sans contenu programmatique ! 

Comme le dit le concile Vatican II dans Gaudium et Spes, "les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur"…

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Le vêtement préféré du chrétien, l’humilité

 

Chaque année, peu avant Noël, le Pape invite la Curie avec qui il accomplit le ministère pour lequel il a été élu. L'occasion lui est ainsi donnée d'adresser un discours invitant chaque membre de cette prestigieuse institution vaticane a s’inspirer toujours plus de l'Esprit évangélique. Ainsi le 23 décembre 2021, le Pape François a encouragé vivement à cultiver sans cesse et en tout la vertu de l'humilité : « Le mystère de Noël, c'est le mystère de Dieu qui vient dans le monde par le chemin de l'humilité »…

« Cette époque semble avoir oublié l'humilité ou bien semble l'avoir simplement reléguée à une forme de moralisme, en la vidant de la force dérangeante dont elle est dotée. L'humilité a été la porte d'entrée de Jésus en humanité et Jésus nous invite, nous tous, à la franchir. » Ces paroles vives et vraies, décapantes du Pape à l'adresse d'acteurs puissants et influents de l'Eglise universelle, invitent aussi les chrétiens de base que nous sommes à faire reposer notre foi et nos façons d'en témoigner sur l’humilité. Car il est exact que se réclamer du Christ, c'est consentir à ne jamais surplomber qui que ce soit, ne jamais juger avec dédain ni mépris, ni non plus prétendre à n’avoir jamais recours aux autres ni demander leur soutien.

Au contraire, le croyant accepte de n'être pas seul auto-entrepreneur de sa vie, de ses pensées, de ses choix et de ses engagements. Le jardin du chrétien est fertile quand il accepte d'être exposé aux aléas climatiques, aux saisons favorables comme à celles qui le bousculent. La foi ne délivre aucun sauf-conduit ni prérogative, elle ne dispense pas de continuer à chercher, connaître, partager, accueillir. L'orgueil, l'égocentrisme, l'arrogance, la prétention à tout savoir, détenir et maîtriser qui fait tout dépendre de ses propres forces et de ses ressources naturelles et individuelles, fabriquent souvent des personnes qui avouent un jour n’avoir pas besoin des autres et encore moins de Dieu. Avec un peu d’humilité, ces personnes pourraient découvrir tout ce que chacun(e) doit à son entourage, à sa famille, à l'histoire récente ou éloignée de l'Humanité. L'humilité développe l'acuité de l'intelligence et du cœur, décapsule la faculté de compassion, la sortie de soi à l'image de l'escargot que sollicite la pluie.

Malheureusement la culture ambiante actuelle n'est guère imprégnée d'humilité. Elle encourage plutôt au "paraître" à tout prix, à l'affirmation jusqu'au-boutiste des pensées, des choix dans les débats jusqu'au combat. Avec plus d’humilité, les dialogues, les concertations, le vivre ensemble seraient plus réels, les murs, les frontières seraient plus franchissables, les pardons plus facilement accordés. Et le Pape de conclure son discours ainsi : "Je voudrais vous souhaiter, et à moi en premier, de nous laisser évangéliser par l'humilité, par l'humilité de Noël, par l'humilité de la crèche, de la pauvreté et de l’essentialité  par lesquelles le Fils de Dieu est entré dans le monde". A cette question qui lui était posée : "Pourquoi donc Dieu tout-puissant s'est-il fait tout petit en Jésus ?", saint Jean de la Croix répondait d'un mot : "l’Amour". Ainsi donc le vêtement préféré du chrétien n'est ni l'armure ni la gabardine fourrée, mais "l’Humilité" ! Reconnaître ses manques et ses déficiences, c'est du coup afficher que beaucoup de chemin reste à parcourir avec persévérance et confiance, humilité et espérance, don de Dieu.

 

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Cana - 2ème dimanche du temps ordinaire - Année C

 

16 janvier 2022

Isaïe 62 1-5 - Corinthiens 12 4-11 - Jean 2 1-12

 

Dès son entrée dans le monde, après sa première manifestation divine appelée Epiphanie, voici une théophanie de Jésus pour le début de sa vie publique. Jésus démontre qu'il peut transformer la vie, comme il transforme l'eau en vin. Il est maître des éléments, il en est le Dieu créateur. Mais pas sans la participation humaine, celle de sa mère, par son "oui" à l'annonciation, par sa demande lors de ce repas, comme durant toute sa mission. Jusqu'à la fondation de l'Eglise à la Pentecôte en passant par sa présence au pied de la Croix au Golgotha.

Marie, Jésus et plusieurs de ses disciples sont invités à un mariage. Marie fait plus qu'y assister. Elle va contribuer à sa réussite par son intervention.

Le repas va manquer de vin. Elle imagine l'embarras des mariés. Attentive et attentionnée, Marie va solliciter Jésus. Cette demande montre un lien de très forte confiance entre la mère et le fils.

Même si Jésus hésite à faire quelque chose et objecte : "Mon heure n'est pas encore venue", Marie sait qu'il va agir. "Faites tout ce qu'il vous dira". Et, de fait, cette foi de Marie va être l'origine d'une initiative efficace de Jésus : "Remplissez d'eau les jarres..." "Maintenant puisez et portez au maître du repas." Ils lui en portèrent. Le maître du repas goûta l'eau changée en vin excellent...

Jésus a 30 ans. Il inaugure ce jour-là ses 3 ans de vie publique. Or le choix d'un mariage n'est pas un hasard. Il ne s'agit pas d'un repas ordinaire, mais d'une noce. Ce mariage, cette alliance entre deux personnes, annonce ce qu'est venu faire Jésus sur terre : une alliance d'amour avec l'humanité de tout temps. Jésus est venu relier, lui et Dieu - Père, Fils et Esprit - avec nous ensemble et chacun(e) de nous. Pour le meilleur et pour le pire, comme dans un mariage. Cette alliance d'amitié et de communion, le Christ l'offre. Il la propose. Il ne l'impose pas. Ni par la menace, ni par la crainte, ni par l'obligation. Mais par la liberté de conscience. Le choix. L'accord. Par le même Esprit, écrit Paul aux Corinthiens.

Ce mariage annonce l'esprit d'alliance et d'amour avec lequel il va vivre tout ce temps au milieu des gens. Jésus vient sur terre pour transformer nos vies comme il a changé l'eau en vin. Avec Jésus, les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent… comme il change l'eau en vin. Mais Jésus ne peut rien si on n'est pas attentif et éveillé, attentionné aux autres, aux situations. Jésus n'a pu agir que sur demande de sa mère. Et en raison de sa confiance en lui. Confiance, foi, propagées aux serviteurs qui ont fait ce que Jésus leur a demandé : "Faites tout ce qu'il vous dira". Cette phrase fait date et peut constituer la feuille de route pour tout chrétien. En effet, comme Jésus, le chrétien s'engage, s'implique, et contribue à changer l'eau du quotidien en vin de noces.

Ne soyons ni aveugles, ni sourds, ni passifs. Mais lucides, ouverts et réactifs, capables d'initiatives, affranchis de tout respect humain et peur intérieure. Montrons-nous entreprenants et responsables pour mener jusqu'au bout un projet et un décision. Mais, à la base de tout, ayons confiance, ayons la foi. "Ce n'est pas parce que quelque chose est difficile que je vais renoncer, mais c'est parce que c'est impossible que je vais l'entreprendre..." La vie de couple, l'éducation des enfants, le lien social, le travail pour tous, la vie Paroissiale…, tout cela exige l'attention et la mobilisation de chacun(e), son énergie, un esprit d'initiative et de réactivité. Marie aurait pu dire que ce manque de vin ne la regardait pas, qu'elle n'avait pas été invitée pour gérer l'imprévoyance des organisateurs  du mariage. Elle a au contraire sollicité Jésus pour qu'il fasse quelque chose !

Dimanche dernier, nous avons vu et entendu Dieu confirmer Jésus comme son Fils bien-aimé et investi par l'Esprit Saint lors de son baptême au Jourdain. Comme beaucoup de textes de St Jean, le récit des noces de Cana n'est pas d'abord un reportage, mais une réflexion théologique. Celle-ci vise à éclairer après coup l'itinéraire terrestre de Jésus. Jean situe ce premier "signe" trois jours après la rencontre des premiers disciples. Il y a chez Jean un lien très évident entre ce texte et les récits de la Cène et de la Passion. Il s'agit de montrer que Jésus est venu sceller une alliance renforcée de Dieu avec l'humanité. Un vrai mariage dont le Fils est le garant puisqu'il est à la fois Dieu et à la fois Homme. Il relie et allie. Il est même l'Alliance.

Marie, qui le logeait à Nazareth, l'accompagne au moment où elle va le laisser partir. Il va quitter la maison pour sillonner les routes et inaugurer ces temps de salut. Ce signe de transformation de l'eau en vin préfigure tous les changements que Jésus va initier, lui et, à sa suite, ses disciples, aujourd'hui l'Eglise. Or ce mariage se déroule en Galilée, région symbolique fréquentée par toutes sortes de peuples. Jésus vient nouer une alliance entre Dieu et toute l'humanité que représentent tous ces gens ce jour-là à Cana. Commencer ainsi par la Galilée, c'est marquer sa volonté de s'adresser à tous sans exclusive. Dès le début de sa vie missionnaire, Jésus s'entoure de disciples qui deviendront apôtres. Il les initie.

Quand St Jean écrit son évangile vers l'an 95, il a en tête les moments forts vécus auprès de Jésus et surtout celui où lui et Marie, au pied de la Croix, ont entendu Jésus désignant Jean dire à sa mère : "Voici ton fils", et, montrant sa mère, dire à l'apôtre : "Voici ta mère"… Jean n'a jamais oublié cet événement décisif du Golgotha qui n'était que l'achèvement de l'œuvre de salut accomplie par le Christ toute sa vie durant. A Cana Jésus  a changé l'eau en vin pour que le mariage réussisse, à la Croix il a transformé la mort en vie éternelle en ressuscitant trois jours après.

A Cana comme au Golgotha Marie était là. Elle sera aussi là à la Pentecôte. Comme elle était là et disposée à dire oui à l'Annonciation. En résumé, Marie est là aux moments-clé de l'histoire du salut pour aider à la foi : "Faites tout ce qu'il vous dira"…

Or quel est le message qui nous est adressé au travers cette page d'Evangile ? Ne sommes-nous parfois nous aussi invités à transformer l'eau en vin quand il faut traverser des moments difficiles qui peuvent faire échouer une entente, détériorer des liens, ternir un climat… Marie était à la fois discrète et très présente, attentive. Elle s'efface, non sans être efficace, quand elle invite à s'en remettre entièrement  à son Fils. Aujourd'hui encore, Marie nous invite à voir, entendre, intervenir, agir. Elle est guide et médiatrice. Jésus lui-même associe dans son intervention les gens chargés d'approvisionner les tables. Dieu ne supplée pas le rôle et les responsabilités des hommes, il les soutient.

 

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08 janvier 2022

Le baptême du Seigneur

 

 

9 janvier 2021

Isaïe 40 1-5-9-11 - Paul à Tite 2 11-14, 3 4-7- Luc 3-15-16-21-22

 

Jésus a environ 30 ans. Homme parmi les hommes. Juif croyant parmi les croyants, il va se faire baptiser au désert auprès de Jean-Baptiste. Or, "après avoir été baptisé, lui aussi, le ciel s'ouvrit". Et l'Esprit Saint descendit sur Jésus sous une apparence corporelle, comme une colombe. Ainsi le ciel qui était lointain, inaccessible, et surtout fermé et muet, s'ouvrit. Ce n'est pas pour y entrer de suite. Mais pour laisser Dieu descendre en son Esprit. C'est une image, bien sûr, celle d'une communication rétablie entre ciel et terre, entre Dieu et l'Humanité, par Jésus à la fois Dieu et pleinement homme.

La colombe, c'est l'Esprit Saint symbole de douceur et de fragilité. Le rôle de l'Esprit est de distinguer, de séparer, et aussi d'assurer le va-et-vient, le lien, autant dire la relation entre Dieu et l'Humanité. Cette scène du baptême de Jésus est donc une théophanie puisqu'il y a Jésus, l'Esprit et le Père par sa voix : "Du ciel, une voix se fit entendre : « c'est toi mon fils bien-aimé, en toi j'ai mis tout mon amour ». Au moment où le succès prophétique de Jean-Baptiste va grandissant et se murmure l'idée qu'il pourrait être le Messie, Jésus, authentiquement reconnu comme un homme, est reconnu par Dieu comme son fils bien-aimé. Moment important puisque va incessamment commencer la vie publique et pastorale de Jésus. Juste avant sa retraite de 40 jours au désert durant lesquels il sera tenté mais ratifiera son choix d'accomplir sa Mission quoi qu'il arrive.

Cette séquence d'Evangile du baptême de Jésus est particulièrement symbolique. Elle se déroule au désert. A distance de la ville et des activités. Se rendre au désert est un choix de silence, de prière, de réflexion et de conversion, de décision, d'engagement. Elle est comme un résumé condensé de toute l'histoire du salut. Jean, le dernier personnage de l'Ancien Testament, ouvre le passage avec le premier du Nouveau Testament : Jésus, qui, lui, par son baptême, manifeste qu'il renoue les liens entre le divin et l'humain, en lui et autour de lui. Quant à l'eau du Jourdain, elle symbolise la vie humaine dans laquelle Jésus est pleinement immergé. Ce qui lui donne d'être l'homme présent en Dieu Trinité et d'être Dieu présent dans l'Humanité. Au moment où Jésus va débuter sa vie pastorale active, nous sommes assurés que le Père et l'Esprit sont avec lui, l'accompagnent dans tous ses déplacements et appuieront ses actions et ses paroles. Jésus ne travaillera pas à son compte et en isolé. Mais au nom du Père et avec l'Esprit. En leur présence.

Que veut nous apprendre le baptême de Jésus ? Etre baptisé ne consiste pas en une simple cérémonie formelle. C'est mettre notre existence sous le regard de Dieu. C'est accepter de compter avec Dieu dans nos vies qui ont une origine, un sens, une trajectoire que l'on rectifie et ajuste, et un lieu d'arrivée : la vie éternelle en Dieu. De même que le baptême de Jésus authentifie d'avance son parcours, de même notre baptême chrétien nous fait prendre un chemin balisé. Déjà emprunté et expérimenté par beaucoup. Prendre un chemin sans repères ni balise, prétendre qu'on peut inventer soi-même est un risque, celui de s'égarer et de ne pas savoir où l'on aboutira. Avec le Christ, ce n'est pas seulement choisir une base départ, mais c'est aussi être attendu à l'arrivée !

Pour la plupart d'entre nous, nous avons été baptisés peu après notre naissance. Et pas à 30 ans comme Jésus. Comme certains adultes d'aujourd'hui qui choisissent de se préparer au baptême. Tous nous sommes invités à vivre en fonction de notre baptême. Et certains ont confirmé ce choix fait par leurs parents de les baptiser bébés ou enfants en recevant le sacrement de confirmation des mains de l'évêque. "Oui, je veux vivre ma vie en compagnie de la foi au Christ, et de l'Evangile, avec l'aide de l'Eglise". Plusieurs jeunes préparent actuellement le sacrement de confirmation dans le cadre de nos paroisses. Rappelons-le : il est possible à tout âge de recevoir ce sacrement. Une bonne occasion de mettre à jour le contenu de sa propre foi ! J’ai toujours beaucoup reçu de ces groupes de cheminement vers le baptême ou la confirmation, que ce soit de jeunes ou d’adultes.

Un baptême a besoin d'être nourri. La messe paroissiale est une source fructueuse pour alimenter notre foi. Et les groupes bibliques aussi. L’Eucharistie, avec la Parole et le Pain de Vie du Christ comme nourriture, est la suite logique du baptême pour vivre, choisir, agir en disciple et ami de Jésus. Puissions-nous être fidèles à notre baptême.

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La laïcité, oui ! mais…

 

Comme toute obligation forgée par les sociétés humaines, la "laïcité" comme « loi » dont s’est dotée la République Française offre de fixer les relations entre le pouvoir civil et les religions. Elle permet la distinction et la séparation de l'Eglise et de l'État après, au cours de l’histoire, des périodes de confusion ou des tentatives de supplantation de l'un par l'autre en certaines occasions. L'intérêt évident du "A chacun sa part délimitée et clarifiée de responsabilités" assainit les relations et déjà les rend possibles.

Mais comme chacun de nous le sait, comme toute loi bonne et salutaire, celle de la séparation en 1905 présente à mon avis de dommageables limites pour une société en pleine mutation. En premier lieu celle de donner à la laïcité un rôle absolu qui ne lui a pourtant jamais été attribué, comme celui de lutter contre les religions et de rétrécir et même neutraliser l'influence des croyants en Dieu. La laïcité a au contraire la mission de veiller à la pluralité des convictions, religieuses, philosophiques et politiques, en favorisant en même temps leur libre expression dans un respect scrupuleux et une recherche d’équité des uns vis-à-vis des autres. Or cette attitude positive de la laïcité peut générer, sans qu’elle l’ait voulu, des excès et des conséquences regrettables. Celle par exemple de cantonner la foi à la sphère intime et de contribuer à l'effacer de la mémoire et de l'expression dans l'espace public. La croyance religieuse devient alors un "vestige" d’un passé révolu tel que les monuments et les églises nous en parlent, tandis qu’elle est peu à peu mise de côté lorsque la société "en-visage" et construit son avenir ! Les religions sont alors disqualifiées et leur point de vue n’a guère voix au chapitre des décideurs et des acteurs sur les chantiers de la société en plein chambardement.

En s’interdisant de parler de Dieu, d'au-delà, de sens, à l'école et d'une manière générale dans les domaines de la vie publique, un Etat laïque finit par priver les enfants, les jeunes, de réponses à leurs questions sur l'existence, aux aspirations mystiques qui surgissent naturellement dans leur conscience et provoquent leur libre recherche intellectuelle, leur besoin de connaître et de comprendre. Certains tenants de la laïcité renvoient ce rôle de transmission et d'initiation à la famille, parents et grands-parents, à l'Eglise et ses intervenants. Or chacun de nous sait que tout le monde adulte ne se sent pas qualifié pour accomplir cette pourtant magnifique mission d'écoute des interrogations, d'accompagnement dans la découverte progressive du sens, de l'origine et de la finalité de l'existence. Il me semble que de nombreux parents peuvent se sentir désemparés devant les questionnements de nature philosophique et religieuse de leurs enfants, et qu’ils ont besoin d’être aidés !

La loi de 1905 n'est pas la principale cause de la sécularisation par l'application rigide que certains en font. Pourtant elle en favorise largement le développement au moment où l'Eglise elle-même semble plus préoccupée de ses problèmes internes, des tensions entre ses membres, alors qu’elle apparaît timide, agitée à l'autel plus que mêlée aux débats et combats du monde. En résumé, j'adhère à "la laïcité à la française" comme on la qualifie parfois. Mais je souhaite tellement que la « parole prise » par les croyants prenne aussi place dans la marche de l'Humanité pour le plus grand bénéfice de tous… « Rendez à César ce qui lui appartient et à Dieu ce qui lui revient »… Aux citoyens et à l’Etat d’honorer les deux !...

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Pourquoi le « baptême » ?

 

On peut croire en Dieu et entretenir avec lui une authentique relation, dans l’intime de soi, sans une adhésion déclarée à une religion. Le baptême tel que le célèbre l’Eglise catholique rend visible par des paroles et des rites – l’eau versée sur celui qui le demande et s’y est préparé -, le désir de dérouler sa vie en présence du Christ. Il s’agit surtout d’entrer dans un parcours qui durera toute la vie. En effet, choisir Jésus c’est s’engager à le découvrir et le fréquenter, apprendre auprès de lui comment regarder, discerner, agir, se comporter, en particulier dans les graves décisions. C’est rechercher de pratiquer l’humain comme lui l’a été, aimer, pardonner, chercher à se relever à sa suite.

Or le sacrement du baptême n’est pas reçu par tous à la même étape de l’existence. Dans une société aux marqueurs plus religieux que dans notre société sécularisée, l’Eglise n’a pas hésité à proposer ce sacrement aux nouveaux-nés, comptant sur l’appui des familles chrétiennes pour initier les enfants à la connaissance de Jésus et à l’amitié avec lui. Cette pratique du baptême des petits enfants fait aussi maintenant place à un choix que des adolescents font au cours de leur scolarité, dans le cadre d’une aumônerie ou d’un groupe de catéchèse paroissial. Il arrive aussi que, dans les couples qui se préparent à fonder un foyer, l’un des deux, non baptisé, découvre les bienfaits d’adhérer à la religion chrétienne et passe d’abord par le baptême avant de se marier à l’Eglise. Certains aussi se marient avec une dispense accordée par les lois de l’Eglise et entreprennent ensuite un parcours qui les conduira au baptême.

Il est sans doute inutile de souligner combien sont de nature différente la préparation d’un baptême d’adulte sollicité par la personne elle-même, qui s’implique alors beaucoup, et le baptême d’un bébé effectué sur la demande exclusive des parents, sincères mais ignorant l’avenir de leur enfant et pas sûrs de pouvoir l’aider à ratifier lui-même ce choix ! Trop de parents s’en tiennent au baptême sans mesurer les engagements qu’il exige !

Dans mon ministère de pasteur j’ai bien sûr célébré de nombreux baptêmes. Ceux que j’ai le plus appréciés et qui m’ont marqué moi-même ont été préparés sur de longs mois de découverte de Jésus, de réflexion et de prière, dans le cadre d’une aumônerie de lycée public au Nord-Cameroun. Dans leur famille et leur village, ces jeunes pratiquaient l’animisme. Nos rencontres consistaient non pas à détruire leur foi ancestrale, mais à montrer comment Jésus, notre grand frère à tous, venait marcher à leurs côtés pour leur donner confiance et joie dans leur vie présente et à venir. L’un d’entre eux m’a dit un jour : « La Bible, c’est nous, et c’est nous aujourd’hui. »

J’ai aussi œuvré dans le cadre du catéchuménat d’adultes pour instruire et soutenir des hommes et des femmes qui exprimaient le désir d’être baptisés chrétiens. Ce service m’a énormément enrichi spirituellement, car avec eux je redécouvrais qui est Jésus… L’Eglise dans laquelle il nous appelle à prendre notre place…Quelle mission l’on accepte d’accomplir dans le monde avec la force de l’Esprit Saint…

Lorsqu’en 1996 le pape Jean-Paul II est venu à Reims pour célébrer le 15ème centenaire du baptême de Clovis, nous avons reçu à l’archevêché plusieurs lettres de chrétiens nous demandant de les rayer des registres de catholicité. Ils souhaitaient renier officiellement leur baptême en évoquant le fait qu’ils n’avaient jamais choisi eux-mêmes de recevoir ce sacrement, mais le plus souvent cette raison en cachait une autre : ils avaient de nombreux griefs à faire à l’Eglise comme institution. J’ai souvent lu ces lettres comme l’expression de leur déception d’une Eglise qu’ils auraient aimé plus humaine, plus fraternelle, en un mot plus inspirée par l’Evangile…

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02 janvier 2022

Dimanche de l'Epiphanie (Année C)

2 janvier 2021

Isaïe 60 1-6 - Ephésiens 3 2-6 - Matthieu 2 1-12

 

Lorsqu'il écrit son évangile, Matthieu n'a nullement l'intention de se transformer en historien reconstituant minutieusement le passé. Son objectif est d'abord d'aider ses lecteurs à comprendre et à vivre leur foi en Jésus, mort sous Ponce-Pilate, ressuscité d'entre les morts. L'évangéliste est d'abord un théologien. Tout son évangile, du début à la fin, a pour but de leur faire découvrir la véritable identité de celui qu'ils célèbrent dans la liturgie. C'est dans cette perspective théologique et apologétique qu'il faut lire ce texte très fécond de réflexion et de spiritualité.

L'Epiphanie, c'est d'abord deux grands voyages. Celui de Jésus venu de Dieu et celui des mages arrivés d'Orient. Le lointain se fait prochain. Pour aller à la rencontre, il faut sortir de soi et de chez soi. Il faut se mettre en route. Il faut quitter ses habitudes d'être replié, repu et satisfait au point de n'avoir plus besoin de rien ni de personne. Les mages étaient des gens curieux, courageux et audacieux chercheurs de vérité. Ils désiraient découvrir, connaître, apprendre et comprendre. Ils n'étaient pourtant pas directement concernés par l'histoire du Peuple hébreu. Il leur fallait s'ouvrir à une conception religieuse étrangère.

Dieu n'appartient à personne. Tout le monde peut le chercher. Il est universel. Nul ne peut posséder Dieu comme on peut prétendre posséder une terre. Il est intéressant de constater que, dès sa naissance, Jésus a été visité par des représentants de la diversité humaine. Ce qui fonde la catholicité de l'Eglise de Jésus, ouverte à tous et à toute vérité dans le monde. L'Epiphanie, c'est la mise en lumière de tous les chercheurs de vérité quoi qu'il en coûte de difficultés, d'hostilité, d'obstacles, pour la trouver. Il nous arrive souvent de trouver admirables ceux qui se mettent au service de la solidarité et de la charité. Avons-nous assez la même attention pour valoriser les passionnés de vérité ? Le croyant ne risque-t-il pas trop souvent de se contenter d'une foi superficielle, et l'incroyant et l'athée ne sont-ils pas menacés d'indifférence à la dimension mystique présente en toute humanité ? L'Epiphanie, c'est la consécration de tous les chercheurs et faiseurs de vérité par delà les frontières et les religions, les cultures particulières. Savants, sages et saints de tous les pays, vous êtes unis par la même soif de progrès…

La naissance de Jésus dans une crèche nous a donné à contempler un enfant ; sa famille, Joseph et Marie, à Nazareth et de passage à Jérusalem, nous a donné à voir que Jésus avait des attaches locales et qu'il évoluait comme tout enfant et adolescent selon les étapes à passer pour arriver à l'âge adulte.

Aujourd'hui, l'Epiphanie nous adresse ce message que, si Jésus est venu habiter sur terre par l'intermédiaire d'un Peuple et dans son histoire, une culture, une religion, la religion juive, Il vient révéler Dieu et le chemin le meilleur pour le retrouver, à tous les peuples de la terre et pour tous les temps.

Ces personnages qui s'ajoutent dans la crèche représentent les races et les continents, tous ceux qui cherchent à connaître et comprendre. La tour de Babel, c'était un réflexe de repli par lequel les hommes ont essayé de se rassembler et de s'agglutiner pour éviter les risques de la dispersion sur toute la surface de la Terre… L'Epiphanie, c'est l'accueil des différences, de l'étranger qui pense et vit autrement, qui ne nous ressemble pas…

Il fallait que, dès le commencement de l'existence de Jésus sur terre, soit clairement annoncée la couleur de l'universalisme du salut, du chemin proposé par Jésus. Jésus n'est pas le Dieu des blancs, mais de tous, malades, bien portants, riches et pauvres… Jésus sera du côté de la vie, toujours et pour tous. "Je suis le chemin, la vérité et la vie"… cette phrase n'est pas seulement destinée aux Juifs, mais à tous les Peuples de la Terre, et à ceux de tous les temps !

L'Epiphanie : où en suis-je de mon ouverture aux autres ? Est-ce que je déploie assez d'énergie pour progresser vers la vérité ? Est-ce que je m'emploie à reconnaître Dieu dans les signes qu'Il nous fait dans l'actualité ?

Posté par lucien marguet à 19:12 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

Une démarche difficile… et salutaire…

 

Il arrive parfois que le pénitent venu confesser ses péchés et accueillir le pardon de Dieu sollicite l’aide du prêtre pour dresser l’état spirituel de son âme. « Je me reconnais pécheur et je demande à Dieu de me pardonner mes péchés, mais j’avoue être un peu dans le brouillard pour les formuler. »

Le plus souvent possible, le pénitent se sera préparé à cette démarche de repentance en ayant médité un des textes évangéliques relatant un « retour », tel la parabole de l’Enfant prodigue. Se reconnaître pécheur et dresser la liste des infractions se fera donc par rapport à la relation de communion au Christ à laquelle est invité tout chrétien. Aussi toute interrogation sur soi pour détecter et évaluer les écarts, les faiblesses, les sorties de route, les éloignements de l’esprit évangélique en pensée, en paroles, en actes ou encore par omission, se fera surtout en rapport à Jésus et à ce que les évangiles nous confient de sa vie.

Parfois les pénitents s’en tiennent à un bilan moral, aux normes et règles du milieu culturel et social dans lequel ils vivent. Parfois certaines personnes ont dans le cœur un tel idéal de perfection qu’elles en viennent à se regarder comme des monstres de ne jamais réussir à l’atteindre et à rater des marches qui les font chuter ! Certains autres pénitents avouent qu’ils ne se sentent pas vraiment fautifs puisque jamais dans leur vie ils n’ont la ferme intention de faire du mal à quiconque. D’autres encore se demandent comment le fait de blesser quelqu’un peut constituer un péché contre Dieu. Ils n’ont peut-être pas connaissance de la phrase de Jésus qui dit : « Ce que vous aurez fait à l’un de ces petits, mes frères, c’est à moi que vous l’aurez fait. »

Il faut le dire, nous ne sommes que des êtres humains, faillibles et dont la vie est perfectible. Se confesser consiste à reconnaître et regretter nos comportements injustes, blessants, rugueux, obscurs… et dans le même temps consentir à l’amour miséricordieux de Dieu qui lui seul est parfait et nous garde à jamais son Amour. Le récit d’évangile de la Samaritaine, avec qui Jésus bavarde, assis sur la margelle du puits de Jacob, dont il pardonne les péchés, celui qui nous raconte la visite de Jésus dans la maison de Zachée qui interprète cette délicatesse comme une invitation qui lui est faite à changer d’attitude… Comment ne pas évoquer aussi Pierre et Paul, dont les vies ont eu à s’ajuster grâce à l’amitié persévérante de Jésus à leur égard ? Comment ne pas penser aussi à toutes ces femmes et tous ces hommes qui ont bénéficié en leur itinéraire du pardon de leurs faiblesses et de leurs écarts, et ainsi gagné peu à peu d’être reconnus saints de Dieu ?

La grande question est donc pour les chrétiens de se reconnaître non seulement pécheurs, mais surtout bénéficiaires de l’Amour divin qui peut transformer leurs repentirs en progression vers la sainteté, la communion à Jésus et aux frères et sœurs en humanité. Ce qui peut retenir les gens d’aller se confesser est peut-être de devoir chaque fois répéter les mêmes péchés, et de n’avoir pas su honorer concrètement des promesses faites à Dieu. Se confesser et solliciter l’absolution est bien sûr humiliant puisque cette démarche est d’avance un aveu public de nos limites et de notre besoin d’être aidé en chemin et de s’entendre redire avec certitude que Jésus demeure en nous et au milieu de son Eglise.

J’ai donc envie d’inviter les chrétiens à mieux connaître la vie de Jésus, ses pensées, ses paroles et ses initiatives, grâce à la fréquentation des textes bibliques. Il leur sera ainsi plus facile de découvrir dans quel domaine ils sont appelés à se convertir et à progresser !

Posté par lucien marguet à 19:09 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

28 décembre 2021

La fête de la Sainte Famille (Année C)

26 décembre 2021

Samuel 1 20-28 -  1 Jean 3 2-21-24 - Luc 2 41-52

 

Cette petite "explication", confrontation, à laquelle l'Evangile nous fait assister entre les parents, Marie et Joseph, et l'enfant Jésus, montre que l'Incarnation de Jésus n'est pas un artifice, mais une réalité. Jésus a grandi comme tout enfant d'homme. Avec ses étapes de croissance et ses craquements. Marie et Joseph, comme tous les parents, sont quelque peu étonnés d'ailleurs des réflexions et des réactions de leur enfant. Cela est plutôt rassurant d'avoir à contempler une famille exemplaire, mais aussi assez semblable à toute famille humaine.

A propos de la famille, je voudrais évoquer trois points. La famille, lieu de bonheur, plébiscitée par les jeunes générations, après avoir subi le passage à tabac des générations 68. Difficile, éclatée, recomposée, avec mariage ou pas, elle est un lieu décisif pour chaque personne, et un facteur important pour la cohésion et la solidité du tissu social.

La famille est le lieu de la succession des générations et en même temps de leur cohabitation.

Donc, du lieu où passé, présent et futur se côtoient. La famille, lieu de naissance, lieu de distinction, car chacun y trouve et y développe son identité en relation aux autres. Lieu où se développe à la fois l'expérience de la relation, du don et du pardon, de la réconciliation, à la fois par différence et altérité et à la fois par désir d'unité familiale. La famille est un laboratoire d'expérimentation des capacités, de la personnalité, d'épreuves et de probation qui préparent à la vie sociale, à l'autonomie. La famille est le lieu où s'expriment les premières convictions, où s'élaborent les sentiments, se prennent les premières initiatives, quitte à ce que la famille serve de silent block (amortisseur) pour les coups durs…

Mais la famille n'est pas tout !

Jésus lui-même le fait remarquer à Marie et Joseph. Il a une vocation et une mission. L'avenir d'un enfant n'est pas sa famille. Mais de s'insérer dans la société humaine, par une profession et la fondation d'une famille. Toute menace pour la famille est menace pour la société tout entière. Ainsi la famille, loin d'être repliée et de prétendre tout donner aux enfants, doit au contraire avoir souci de leur faire expérimenter la vie sociale. L'école, les mouvements de jeunes, le sport, sont des lieux de confrontation et d'intégration sociale. La maison familiale doit garder portes et fenêtres ouvertes sur le monde. Il s'agit d'apprendre à regarder, discerner, d'accueillir et d'aller vers. La famille n'est pas repliée, mais elle est quand même aussi une possibilité de repli salutaire, de sécurité, de ressourcement de l'esprit et du cœur.

Trop de parents doutent aujourd'hui de leur rôle.

Ils hésitent sur leur responsabilité éducative. Ainsi ce papa qui me confie se sentir disqualifié à transmettre les valeurs auxquelles il croit et qui le font vivre, parce qu'il s'aperçoit que la vie de ses enfants n'a plus rien de semblable à la sienne. "Vous comprenez, eux sont en plein dans la modernité. Ce qu'on croit est-il encore valable pour leur vie ? "

Je me permets alors de leur répondre à peu près ceci : "Les valeurs humaines ne changent pas. Au contraire, de siècle en siècle, elles s'affirment et s'affinent. Le respect, la liberté, le bien, le bon, le vrai, le juste, le courage, l'honnêteté, rien de tout cela ne sera jamais dépassé." Toute civilisation, quelle que soit son évolution, si elle veut favoriser la vie humaine, a besoin de ces valeurs humaines qui viennent de la source et traversent les époques. La famille n'a pas seulement à transmettre les valeurs, elle doit aussi aider à les traduire et les actualiser dans la culture moderne et les modes de vie nouveaux. C'est là tout l'art d'être parents, qui demande patience, confiance et persévérance.

Conclusion

J'entends beaucoup de parents et grands-parents se plaindre qu'enfants et petits-enfants ne vivent pas, religieusement parlant, comme ils ont été élevés. "Pourtant, nous avons fait tout ce que nous pouvions"…

Certes la famille n'a pas pour objectif le clonage. La personnalité, faute de liberté et d'expérience singulière, s'oriente parfois autrement que ce que l'on avait prévu, et en désordre. Faut-il s'en étonner puisqu'il faut du temps pour intégrer les valeurs reçues dans la famille d'origine, dans celle que l'on a soi-même créée et qui vit un autre contexte. Chacun(e) doit trouver sa vocation selon ses capacités et qualités propres, et forger son identité unique.

Permettez-moi de terminer par une image sur la famille et ses racines. On a retrouvé dans les pyramides d'Egypte des grains de blé datant de la période des pharaons. On a semé certains de ces grains qui ont donné du blé. Puisqu'elles ont leur source en Dieu, les valeurs humaines ne meurent pas. La famille est le véritable grenier à grain de la société. Elle est aussi le champ où les semences d'humanité sont semées, germent, sont sarclées et se lèvent en moisson.

 

Priez pour vos familles. Prions pour les familles.

Posté par lucien marguet à 16:48 - - Commentaires [0] - Permalien [#]