Les billets du Père Lucien Marguet

19 janvier 2012

Primaires.., sectaires…


Il arrive que l'on ait à croiser des gens dont le visage volontairement fermé est un refus évident de toute communication. La personne se déclare auto-suffisante et montre ainsi qu'elle n'a nul besoin des autres, et surtout pas de leur vérité. On peut qualifier ces gens de sectaires puisqu'ils entendent ne pas s'inscrire dans une relation à autrui, car ce serait pour eux l'aveu de manques et même de faiblesses ! A force de se convaincre que l'on détient la vérité, on finit par ne plus oser aborder les autres qui sont différents et donc susceptibles de bousculer nos certitudes.

 La question religieuse est un des domaines où le clivage entre les personnes curieuses de tout et celles fermées à tout se fait le plus sentir. On rencontre en effet des gens réfugiés dans la tour d'ivoire de leur incroyance ou de leur sécularisme, qui semblent se protéger en creusant un fossé de méfiance entre eux et "les autres". Ces gens "sectaires" ne se rendent pas compte de toutes les richesses humaines dont leur posture les prive. Ils pourraient confirmer leur pleine liberté de conscience en se prêtant volontiers aux dialogues que suscitent les rencontres programmées ou inopinées. Etre ouvert et abordable, détendu et bienveillant, c'est prendre avec intelligence l'attitude de celui qui a des convictions tout en étant disposé à entendre celles des autres, quitte à s'y opposer avec vigueur et respect. C'est aussi par un esprit de tolérance contribuer à tisser le lien social si souvent fragilisé par les tensions et les raidissements idéologiques qui, mal digérés, dégénèrent en divisions néfastes pour tout le monde.

 L'être humain ne se caractérise pas seulement par ses performances individuelles, mais aussi par ses relations sociales. Ce que l'un n'est pas, l'autre le lui donne dans une relation d'égalité et d'apport mutuel. Notre vie sociale, ecclésiale, ressemble à un corps dont les membres sont différents et complémentaires. Tous contribuent selon ce qu'ils sont à la vie du corps tout entier dont chacun bénéficie.

 La vérité ressemble encore à une verrière qui se brise. Chacun se saisit d'un morceau tombé à terre et a tendance à croire qu'il détient en ses mains la totalité, alors qu'il ne possède qu'un morceau. La seule façon alors pour lui d'en percevoir l'ensemble, c'est de s'associer aux autres qui eux aussi en brandissent une part.

Une autre image encore est celle des habitants d'une maison dont les yeux scrutent le paysage par des fenêtres situées sur les quatre côtés. Chacun décrit ce qu'il contemple. Et aucun ne prétend embrasser l'ensemble de ce qui peut être perçu depuis ce lieu, sauf à associer les points de vue différents. Il en va de même pour ce qui a trait à la vérité.

 Les sectaires ont tort d'avoir peur des croyants et de s'en méfier a priori à force de pré-jugés. Les croyants, quant à eux, auraient tort de ne pas aborder et entendre les incroyants qui ont des questions et des convictions à leur partager. Tous font partie d'une même humanité et détiennent une part de la vérité dont il faut toujours tendre à se rapprocher.

 Ce qui vient d'être dit peut aussi s'appliquer à ce que l'on appelle le dialogue œcuménique entre les églises chrétiennes. Les rencontres interreligieuses, telles celle d'Assise, illustrent aussi cet esprit d'humilité et d'ouverture à l'autre qui, différent de moi par sa vision et ses convictions, détient en lui une part de vérité que je respecte tout en me reconnaissant le droit de la contredire.

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12 janvier 2012

12 entrées vers le Royaume de Dieu…

Douze portes comme les douze mois d'une année s'offrent à nous pour entrer dans le Royaume de Dieu. Douze expressions clés nous interpellent :

 1)   Avoir pour horizon la planète Terre

       Dieu voit la totalité : espace, temps, personnes, le visible et l'invisible. Il s'agit de dépasser l'horizon du quotidien.

 2)   Recevoir pour mieux donner

       Nous avons reçu, la vie d'abord. Dieu donne pour enrichir l'homme. Partager le savoir et nos qualités ne nous appauvrit pas. Ce qu'on se garde est souvent perdu.

 3)   Franchir des seuils

       Entrer, oser franchir des seuils, des limites, traverser des frontières. Essayer. Entreprendre. Faire des pas.

 4)   Choisir la vie

       La vie est Joie. Elle est choix et foi. Souvent combat.

 5)   La famille : un lieu de développement et de construction

       Lieu de naissance, de connaissance et de croissance de l'humain de chacun. D'apprentissage de la liberté et de la responsabilité.

 6)   Savoir regarder, admirer, contempler

       Merveilleux sont l'univers, la nature, l'être humain, l'amour, la générosité, le pardon, la vie donnée.

 7)   Résister aux pulsions de mort et d'avilissement

       Savoir dire non. Réprouver ce qui est mal. Résister à ce qui tue, écrase, abîme, méprise.

 8)   Accueillir l'autre, le comprendre et le soutenir

       Aller vers l'autre. Observer ses attentes. Reconnaître ses besoins. Entendre ses douleurs. S'impliquer à ses côtés.

 9)   Aimer le savoir, la sagesse et la sainteté

       Articuler et conjuguer ces trois sources de développement et de progrès.

 10) Saisir le moment favorable

       En finir avec les tergiversations, les attentes passives. Savoir discerner, décider et s'engager.

 11) Cultiver tout ce qui se transforme en paix

       Cultiver la vérité, l'amour, la justice, la fraternité, la communion, la tendresse, le pardon, les médiations.

 12) Vouloir pour tous ce qu'il y a de meilleur

       Chaque acte fait au bénéfice du plus petit construit le Royaume et humanise le monde pour le bonheur de Dieu, de chacun et de tous.

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Le mal et le malheur

Quand au cours d'une vie surviennent des difficultés, quand il faut endurer des épreuves de santé, quand on bute sur des échecs cruels, il peut arriver alors que l'on s'interroge sur l'origine de ces maux qui sont autant de fardeaux lourds à porter et même à supporter. L'on peut être alors tenté d'y voir le choix de Dieu de nous faire souffrir pour se rappeler à notre souvenir ou pour nous punir de quelque déviation. Ainsi soupçonner Dieu conduit-il à s'interroger sur notre propre vie, souvent pour n'y découvrir aucune faute majeure qui nous oblige à  nous ressentir coupables. La question du mal et du malheur sans causes devient alors lancinante, à moins qu'on ne l'ait évacuée une fois pour toutes de notre esprit dans une acceptation de ce que l'on qualifiera de "fatalité".

Certains, empêtrés dans les épreuves de l'existence, concluront à l'inexistence de Dieu, d'autres à son impuissance puisqu'il ne maîtrise plus les éléments négatifs de l'univers qu'il a créé ; d'autres encore soupçonneront Dieu d'être jaloux, vengeur, vis-à-vis d'une humanité qui ne tiendrait plus assez compte des lois qu'il a inscrites au cœur même de la création imaginée et voulue par lui.

 En réalité, la réponse à ces graves questions est entièrement contenue et reçue dans la vie terrestre de Jésus. En regardant son commencement, son déroulement et son achèvement, en scrutant les choix, les paroles, les actes et les comportements de Jésus, l'on peut découvrir quels rapports Jésus a entretenus à la vie, aux incompréhensions, aux épreuves, au mal et au malheur, à l'injustice et à la mort elle-même. L'on constate alors qu'il n'a pas pris dans la vie humaine un menu à la carte, mais celui des jours ordinaires. Il aurait pu sélectionner un itinéraire qui lui évite la méchanceté des uns, le mensonge et la turpitude des autres, la violence et la malveillance. Comme le lui a suggéré Pierre, il aurait pu éviter l'épreuve de l'arrestation, du jugement, de la condamnation et de l'exécution en Croix. En de nombreuses circonstances, il aurait pu se donner les pouvoirs d'échapper à des situations embarrassantes et risquées.

 Or Jésus a choisi de devenir "chemin, vérité et vie" au cœur de la condition humaine telle qu'elle est partagée par tous. Ainsi son amour pour son Père et son Amour pour ses frères en humanité s'est-il affirmé et déclaré au travers même des vicissitudes de la condition humaine. Le mal et les malheurs, loin d'entamer sa foi, son Espérance et sa charité, les ont mis en valeur. Jésus a gagné le combat contre le mal et la mort non par la force de la puissance, mais par celle de la lucidité, de la liberté, de la responsabilité et de la conviction.

 Ainsi chacun(e) de nous est-il appelé(e) à cette même attitude vis-à-vis de ce qui nous arrive de pire dans l'existence. Nous pouvons grandir et réussir en humanité non pas malgré les barrages, les obstacles, les freins, les piqures et les blessures rencontrés en chemin, mais à travers, et certains iront jusqu'à dire grâce à ces fardeaux qui nous auront permis de discerner l'essentiel de l'accessoire et du circonstanciel et d'y adhérer pleinement.

 Jésus sur la croix a tout perdu. En fait il détient la dignité et la liberté, l'Amour qui le fera passer de la mort à la vie. A ce passage-là nous sommes tous invités à nous rendre un jour.

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07 janvier 2012

Accueillir l'amour gracieux de Dieu

 

Dieu donne gratuitement, gracieusement. Beaucoup de gens ne donnent qu'en prévoyant l'utilité que leur geste peut leur rapporter en retour : leur attitude, leurs actes, ne sont jamais comme ceux de Dieu, ils ne visent que leur intérêt. Cela n'a sans doute rien à voir avec l'amour auquel Jésus nous a invités par ses paroles et sa vie.

 Même des chrétiens peuvent avoir une pratique religieuse "rétributive" ; leur prière se fait insistante jusqu'à l'exigence. Faisant valoir le mérite de leurs actions, ils se recommandent à Dieu. Ils prennent Dieu pour le Crédit Agricole auquel ils confient les mérites qu'ils ont amassés dans leur vie, et ils espèrent capitaliser auprès de lui. Ils pensent que leur courage, leurs forces, leur persévérance et leur fidélité leur donnent les points qui leur assurent au moins la faveur de Dieu et l'entrée au Ciel. Ils se situent dans une sorte de négoce avec Dieu…

 Mais ont-ils assez connaissance de l'Amour selon Dieu, de la nature de son Amour ? Car Dieu ne nous devait rien… Il n'aime pas par calcul, il n'a pas besoin à strictement parler de notre amour. Dieu aime, lui, sans exiger de retour, sans préalable, sans condition. Il aime aussi ceux qui le méconnaissent, ceux qui le nient, se moquent de lui. L'amour que Dieu a pour les humains ne s'exprime pas en fonction des mérites accumulés. Il est comme le soleil, qui fait briller sa lumière pour les bons comme pour les méchants. Dieu ne fait pas de différence entre les hommes. Son amour n'est pas influençable et variable selon que nous sommes bons et méritants ou pas. Dieu, dans son Amour, est permanent et persistant. Son Amour ne se montre pas seulement quand tout va bien dans la vie, santé, argent, réussite. Il est aussi présent dans les moments difficiles, d'épreuves, de malheurs, de tristesse profonde. Sans doute Dieu est-il encore plus à nos côtés lors des traversées risquées et des déserts rocailleux…

 Vous vous demandez peut-être sur quoi je m'appuie pour décrire ainsi l'amour de Dieu ? Sur Jésus, visage et icône même de Dieu. Toutes les personnes croisées en chemin, Jésus les aime pour elles-mêmes. Quand il guérit dix lépreux, un seul vient en retour lui exprimer sa reconnaissance. Jésus ne conditionne aucune guérison, ni du corps, ni de l'âme, à une certitude, une promesse préalable que le bénéficiaire va croire en lui. La générosité de Jésus est entière. Les pardons que Jésus prononce sont complets, sans arrière pensée.

 Bien sûr l'amour de Dieu ne peut être compris, reçu et fécond que si le cœur de ceux à qui il s'adresse est ouvert, accueillant. La pluie peut être abondante, mais vous pouvez vous mettre à l'abri. Le soleil peut être généreux, mais vous pouvez vous enfermer dans l'obscurité. Dieu a beau nous aimer d'une tendresse et d'une délicatesse débordantes et fidèles, nous pouvons rester accrochés à nos petits calculs d'intérêts qui nous empêchent d'accueillir l'Amour entièrement gracieux de Dieu.

 Un Amour ouvert à tous, dont nul n'est exclu, un Amour universel qui rejoint chacun(e) dans sa situation singulière et les circonstances particulières de sa vie, c'est peut-être cela que signifie la visite des Mages auprès de l'enfant Jésus né par et dans un peuple, mais venu révéler l'Amour infini du Père pour tous les Peuples de la Terre et de tous les temps.

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30 décembre 2011

Bonne année 2012 !

Comment exprimer des vœux qui soient à la fois pleins de confiance dans l'Avenir et en même temps lucides sur la morosité ambiante et les difficultés réelles et lourdes qui entament parfois le moral de certaines personnes et familles ? Je souhaite à chacun(e), à nous tous, de creuser toujours plus notre puits afin d'y trouver en profondeur la source d'eau vive dont nous avons besoin pour donner sens et énergie à notre progression.

 Ne voulant recourir ni à la démagogie ni au boniment, je n'essaierai pas de faire croire que des souhaits de bonne année peuvent d'avance balayer tous les obstacles, les échecs, les maladies, les déceptions, les pièges, qui sont comme autant de freins à notre marche. Par contre je souhaite que chacun trouve en lui et autour de lui des appuis pour faire face à ces blessures et piqûres de la route. A un jeune qui se lance dans la vie active, je ne dirai jamais qu'il ne rencontrera pas d'obstacles et de déceptions, par contre je l'inviterai à se forger des convictions et à s'armer de ténacité.

 J'observe que devant les fardeaux à porter, les souffrances à endurer, nous n'avons pas tous les mêmes capacités pour en ressortir aguerris ! Certains ont des ressources morales et spirituelles, une personnalité, un caractère charpentés, d'autres sont davantage soumis aux intempéries et tornades de la vie. Face aux mêmes aléas qui surviennent, nous ne sommes pas égaux. Aussi mon souhait sincère et fraternel est-il que chacun s'efforce, par des choix et le recours à des moyens adéquats, de recreuser son puits intérieur s'il se révèle tari. Car à notre époque plus encore que jamais, il faut pour avancer non pas seulement des moyens de vivre, mais aussi et surtout des raisons et des ressorts pour vivre.

 Je vous souhaite une passion pour l'Humain, une énergie renouvelable pour dissoudre les difficultés et continuer à former des projets. Dans votre vie de couple, vous passez par un petit flottement des sentiments réciproques ? Prenez le temps pour les réenraciner… Parents, vous sentez vos enfants s'éloigner et la confiance mutuelle s'estomper ? Ils ont grandi, ne devez-vous pas réajuster votre regard et vos échanges avec eux ? Jeunes, enfants volontiers insouciants, vous vous découvrez parfois angoissés devant les exigences scolaires ou le manque d'empressement de la société à vous intégrer dans le travail ? Visez le mieux tout en aimant le possible, vous gagnerez en confiance et serez moins découragés … Après la longue période de la "vie active" familiale et professionnelle, vous êtes maintenant en retraite ? Comment cette période de l'existence, maintenant longue pour beaucoup, peut-elle être féconde, en particulier dans le service bénévole offert aux autres ? Cela ne demande-t-il pas de redéfinir pour soi ce qui peut être considéré comme "l'essentiel" d'une vie, qui n'est peut-être pas exclusivement du côté de l'utile et du productif, mais aussi de celui du gratuit et du don ?

 Je souhaite qu'en cette année 2012 des chrétiens nombreux se mobilisent davantage au service de la vitalité de nos paroisses. Loin de nous éloigner du Monde, nous serons davantage en mesure de l'enrichir de nos capacités à tenir bon dans la Foi, l'Espérance et l'Amour. Ainsi donc je souhaite à toutes les personnes qui liront ces quelques lignes de bons vœux d'ancrage dans des valeurs éprouvées. Dans une société qui offre tant et tant de choix, je vous souhaite de posséder un bon logiciel qui ne donne aucune surprise dans les conséquences des décisions et de l'itinéraire que vous prendrez.

 Vous l'avez compris, je ne vous souhaite pas du beau temps toute l'année et jamais de difficultés, je vous souhaite seulement d'avoir un imperméable en cas de pluie et de l'énergie intérieure en réserve en cas de "pépin" subit…

 Je vous souhaite donc une Bonne Année, à vous et tous les vôtres !

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21 décembre 2011

La fête de Noël

 

La fête de Noël diffuse au moins trois messages dont nous pouvons tirer profit pour notre vie.

 Le premier, c'est que Noël célèbre une date des plus marquantes pour l'histoire de l'humanité. Jésus, fils de Marie et Joseph de Nazareth, a réellement existé. Des témoins chrétiens et des historiens non chrétiens l'attestent avec vigueur. Son existence physique durera 33 ans. Il se comportera exactement comme un homme, mais ne faisant que le Bien. On entend encore ici ou là que Jésus serait une invention humaine. Or Noël nous rappelle chaque année que Dieu s'est dévoilé entièrement et clairement à travers la vie, les choix, les paroles, les actes, les attitudes et les comportements de Jésus, qui ira jusqu'à déclarer un jour à Philippe, un ami qui lui disait : "Montre-nous le Père, et cela nous suffit", "Philippe, qui m'a vu a vu le Père"… Jésus est le Fils de Dieu fait homme. Le créateur devenu créature. Avec les chrétiens du Monde entier, je crois que Jésus est vraiment Dieu et qu'il a pris corps humain.

 Le deuxième message, c'est que Noël ce n'est pas seulement se souvenir de la naissance de Jésus il y a plus de 2000 ans. Noël, c'est accueillir Jésus qui frappe à la porte de nos vies aujourd'hui. La crèche n'est plus une étable, mais tout cœur humain qui l'accueille.. Jésus et Marie n'avaient trouvé aucune place dans les hôtels. Jésus naîtra dans un lieu précaire sur la paille d'une étable. Sur tous les continents, Jésus continue de gagner des gens de tout âge qui se convertissent à son Esprit

Quand on ouvre son cœur à Jésus, on accueille avec lui tout ce qu'il transporte. Sa bonté, ses pardons, son amour des autres, sa passion pour la vérité, la liberté et la justice, sa confiance en notre capacité de faire route avec lui et de faire ce qu'il a fait. Avec les chrétiens du monde entier, de tout âge, langue, culture, je suis heureux d'avancer dans ma vie en compagnie de Jésus.

 Le troisième message, c'est un appel que Noël fait chaque année à chacun de nous à choisir de servir et d'agir, même si ce que nous faisons est petit comme l'enfant Jésus de la crèche. A Noël, les petits, les pauvres, les faibles et d'abord les enfants sont reconnus dans leur grande valeur. Or ce que mettent en avant les circonstances de sa naissance, la discrétion, la simplicité, le dépouillement, Jésus le reprendra souvent à travers des images comme la graine qui devient un arbre, le sel qui, dissout dans les aliments, les rend savoureux, le levain qui, lorsqu'il est bien mélangé, fait lever toute la pâte, la lumière capable d'éclairer les habitants d'une maison. Jésus n'a jamais versé dans le spectacle ou la toute-puissance. Au désert, il refusera de transformer les pierres en pain, de recourir à sa puissance divine pour échapper au chemin qui le conduira à la condamnation et à la croix.

J'en suis certain, Jésus doit approuver ceux d'entre nous qui mettent en pratique cette sagesse : "Mieux vaut allumer une petite lampe que de maudire l'obscurité". L'histoire de l'humanité offre une succession d'essais de solutions par la violence. Jésus est venu nous montrer que la vraie Toute-Puissance est dans la force de l'Amour et de la persévérance, et non dans le passage en force.

 Noël, c'est Dieu venu en personne partager notre condition humaine. Noël, c'est Jésus qui continue d'habiter dans les cœurs qui l'accueillent. Noël, c'est croire qu'il est toujours possible d'espérer. Oui ! Avec tous ceux qui font confiance en Jésus et vivent en sa présence, je crois que tout être humain doit apporter sa part pour améliorer la vie.

 Et, pour conclure, voici une anecdote que quelqu'un me raconta un jour à propos de la crèche que montait chaque année sa famille.

Chaque année, on ressortait du placard les décorations de Noël ainsi que tous les personnages en plâtre de la Nativité. Cette année-là, un des bergers avait été endommagé par son long séjour en boîte. Sa jambe était cassée et, par malheur, il fallait que ce soit le berger préféré du petit garçon. Vous savez, c'est le berger qui porte un agneau sur ses épaules… Il en faut au moins un dans toutes les crèches qui se respectent.

Le petit garçon était bien triste. Il lui était impossible de recoller la jambe cassée du berger qui ne pouvait pas tenir sur une seule jambe. Que faire ? Le petit garçon n'en avait pas vu de pareil au magasin.

Sa mère, qui avait l'esprit pratique et une plus longue expérience que son fils, lui dit : "Essaie d'appuyer ton berger sur le berceau du petit Jésus, peut-être qu'il pourra ainsi tenir". Le jeune garçon essaya et revint en courant vers sa mère en disant : "Maman, ça marche, mon berger tient bien !"

La maman ajouta alors : "Tu vois, pour nous c'est pareil, on ne tient bien que si l'on s'appuie sur Jésus"…

 

Comment, toi Dieu, qui es si grand,

Peux-tu soudain être un si petit enfant ?

Comment, toi Dieu, qui es à l'infini,

Peux-tu être si proche de moi

Qu'un nouveau-né qu'on berce dans ses bras ?

Comment, toi Dieu, qui es mon Père,

Peux-tu soudain être mon frère ?

Comment, toi Dieu, qui es Dieu,

Peux-tu soudain être un homme ?

 

 

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Noël

Parmi les Noëls qui m'ont le plus marqué, il y a celui vécu dans un bidonville de Reims sous une tente marabout de l'armée dressée sur le terrain boueux où vivaient des dizaines de familles du quart-monde. Malgré le froid glacial, cette Messe fut lumineuse et chaleureuse. J'ai peut-être mieux ressenti la grandeur de l'Amour de Dieu tout-puissant dans le dénuement et l'humilité manifestes dans ce décor de baraques bâties de bric et de broc. Et quand à la question posée à l'assemblée : "A qui peut-on dire merci ce soir où nous célébrons la naissance du fils de Dieu ?" une vieille dame a dit : "moi, je remercie la paille qui a recueilli Jésus la première", cela m'a rappelé une scène du célèbre film de Fellini "La Strada", dans laquelle on voit l'héroïne comparée à un galet de la plage et en faire l'éloge, considéré comme négligeable et pourtant indispensable.

 Je pensais aussi à ce dernier flocon de neige tombant après des milliers d'autres sur les branches du sapin qui commencent, à cause de lui, à plier… Je pensais à ces étoiles qui, les unes à côté des autres, illuminent et forment chacune et ensemble la même voûte céleste.

Noël, c'est encore le sel qui se fond dans les aliments pour mettre en valeur leur saveur….

 Et Noël, cela me fait aussi penser à la métaphore du colibri :

La scène se passe en Amazonie. Un immense incendie ravage la forêt. Terrifiés, sidérés, les animaux observent le désastre. Seul un petit colibri se démène pour aller chercher de l'eau dans le fleuve avec son bec. "Tu ne crois tout de même pas que tu vas éteindre l'incendie avec ces quelques gouttes ?" lui lance un tatou. "Non", répond le colibri, "mais je fais ma part".

Cette légende amérindienne, popularisée par l'écrivain écologiste Pierre Rabhi, a beaucoup à nous dire sur le temps de crise que nous traversons. Face à la bourrasque financière qui sévit depuis trois ans, face à cette muraille de dettes publiques dont le montant dépasse l'entendement, le simple citoyen se sent impuissant. Il ne voit pas ce qu'il peut faire d'autre qu'attendre, en espérant une amélioration sans savoir quand ni comment.

 Or chacun peut faire quelque chose pour que cette amélioration arrive plus vite. Chacun peut apporter une pierre, même toute petite, à la reconstruction de notre modèle économique et social. Dans nos paroisses comme dans la société, chacun peut avoir la foi du colibri et prendre les responsabilités pour lesquelles il se sent fait. A Noël, Dieu s'abaisse et se fait petit pour nous grandir. Jésus, fils de Dieu créateur tout-puissant du Ciel et de la Terre, de l'univers, s'abaisse pour se mettre à notre hauteur d'homme et nous apprendre la vraie grandeur, la vraie hauteur et la vraie profondeur de notre condition terrestre, son origine, sa trajectoire, son sens et son horizon.

 Aujourd'hui, célébrer Noël ce n'est pas seulement faire mémoire de Jésus venu dans notre histoire, c'est peut-être surtout accepter d'ouvrir son esprit et son cœur à la vérité qu'Il est devenu. Ce n'est plus à la grotte de Bethléem qu'il naît au monde, mais dans le jardin intime de quiconque lui ouvre grande la porte de sa vie. En toute existence humaine Jésus aime "entrer" par la porte de la liberté de conscience pour y "crécher" et y "demeurer". Accueillons donc Jésus avec joie dans nos cœurs et qu'il nous accompagne dans toutes les saisons de notre itinéraire.

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11 décembre 2011

Bienfaisant silence

Le silence n'est pas une absence ni un manque, mais une réelle présence.

Le silence extérieur est le manteau protecteur des nuisances et des bruits corrosifs. Il offre l'opportunité de se concentrer intérieurement en n'étant ni sollicité ni agressé par l'environnement.

Le silence est bienfaisant quand, dans une conversation, il vient donner à chacun d'écouter, d'entendre et de prendre le temps de comprendre ce que dit l'interlocuteur.

Il est la plage où vient se poser la vague à marée montante.

Il est l'écrin de la parole de l'autre que l'on respecte.

Il permet aussi à la parole de lever dans l'esprit où elle se réfléchit, se formule, à l'image de la pâte qui se transforme en bon pain le temps de sa cuisson.

Le silence de la nuit donne du relief aux bruissements de la nuit. Il invite à contempler sans commenter. Il permet le retrait du Monde tout en y étant toujours présent.

 

Une parole a d'autant plus de force et de pertinence qu'elle est précédée d'un silence qui la retient d'abord, à l'image de la retenue d'eau préparée à s'élancer dans la force de la cascade.

Le silence, bien sûr, doit être interprété quand il désavoue ou au contraire approuve une parole ou une action, une attitude.

Le silence en classe permet à l'enseignant d'accomplir sa noble tâche de transmission et aux élèves de recueillir et d'intégrer les connaissances dispensées. Le silence ressemble alors à une terre assoiffée qui absorbe immédiatement la pluie. Il permet à l'auditoire attentif et intéressé de désirer boire les paroles de l'orateur.

 

Le silence prive peut-être de mots prononcés, mais il favorise une autre communication, celle des yeux, des oreilles, de la tenue du corps, et bien sûr de l'esprit et du cœur.

Demeurer en silence peut aussi manifester un immense désarroi face à une difficulté, un événement inattendu, une question sans réponse. Il est certains malades qui souffrent en silence et gardent en eux leurs blessures.

On dit de la société urbaine et industrielle qu'elle est bruyante et tapageuse. On dit de la société médiatique qu'elle s'alimente de rumeurs, de faux bruits, de mots, et qu'elle a horreur des silences. Il résulte de cet usage excessif une usure des langages qui porte à ne plus écouter ni lire, ni prêter attention à ce que les médias diffusent. On rêve parfois d'une société qui serait moins bavarde et plus silencieuse pour réapprendre la valeur et la teneur des mots, pour communiquer et entrer en relation durable.

 

Les évangiles nous racontent qu'un jour des pharisiens et des docteurs de la loi juive amènent à Jésus une femme surprise en flagrant délit d'adultère. Selon la loi, il fallait la tuer par lapidation. La foule forme un cercle accusateur autour de la pécheresse assise près de Jésus. Jésus choisit de faire silence face au dilemme qu'il lui est intimé de résoudre. S'il lui pardonne, il enfreint la loi juive. S'il recommande de la tuer, il accepte de se soumettre à cette loi que toutes les attitudes de sa vie désapprouvent. Le silence qu'il choisit d'observer laisse chacun(e) juger lui-même en son for intérieur, se forger son propre jugement. Ce silence donne aussi le temps à chacun de se positionner face à cette phrase que Jésus finit par prononcer : "Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre". "Ils partirent tous les uns derrière les autres, en commençant par les plus anciens. Et Jésus resté seul avec la femme lui dit : "Personne ne t'a condamnée. Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et ne pèche plus"…

 

Avant de faire naître au monde Jésus, Verbe de Dieu, Marie à Nazareth a gardé en silence la promesse de l'ange Gabriel.

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07 décembre 2011

Noël après Noël…

Les Noëls se succèdent, les années passent, et nous voudrions retenir certaines fêtes, les prolonger indéfiniment pour en faire une fête éternelle.

Le temps de l'Avent nous rappelle que nous ne sommes pas encore arrivés au Noël définitif ! En attendant ce Noël, nous sommes en route vers Celui qui vient à notre rencontre, vers Celui qui est déjà sur notre route. Ne s'appelle-t-il pas "Emmanuel, Dieu avec nous" ?

 La certitude que Dieu est avec nous doit être la base de notre vie de foi, le roc sur lequel nous nous appuyons pour refaire nos forces. Lorsque tout semble incertain, sur le point de s'écrouler, c'est alors que nous devons nous souvenir qu'il est avec nous.

 La fête de Noël n'est pas un événement folklorique qui se répète chaque année ! Le Noël de Jésus a duré près de trente-trois ans : il a commencé dans une mangeoire d'animaux qui lui servait de berceau, il s'est terminé sur la poutre d'un supplicié à mort. Mais la croix fut pour lui la porte d'entrée dans le Paradis. Trente-trois ans de route qui ont dévoilé le vrai visage de Dieu, un visage inattendu parce que tellement semblable au nôtre. Les étapes de cette route ont été plus ou moins longues, parfois très ordinaires, avec la rencontre de gens bienveillants, de temps en temps. Très souvent, le parcours a été difficile, des gens mesquins, envieux et hypocrites l'ont épié et lui ont tendu des pièges pour pouvoir le faire tomber et finalement l'éliminer. Il y a eu d'abord trente années cachées, pour ne pas dire obscures, trente années d'apprentissage d'un métier et de travail bien fait, de méditation et de prière, puis trois années de vie missionnaire pour laisser transparaître Dieu en son excès d'amour pour les hommes.

 La route de Noël de Jésus était fort rocailleuse ! Il a couru à la recherche de la brebis égarée, il s'est arrêté pour manger avec les rejetés de la société, il a guéri les aveugles, les boiteux, les lépreux, il a surtout guéri le cœur des pécheurs, des prostituées, des désespérés. Partout, le long du chemin, il a semé l'amour et fait fleurir la paix et la joie, malgré l'ingratitude puis l'hostilité de certains hommes. Le Noël de Jésus, c'était cela !

 Noël doit être cela, pour nous ! Un chemin où nous avançons en essayant de guérir, de pardonner, d'aimer. Si nous essayons de rendre Dieu un peu plus présent parmi nous (oh, cela peut paraître bien prétentieux !), alors ce sera Noël chaque jour, quand nous le voulons. Le goût amer des lendemains de fête n'existera plus. Car sur notre route nous aurons cheminé avec Celui qui ne cesse de s'incarner, avec Celui "qui nous mène avec des liens d'amour, qui nous soulève comme un nourrisson contre sa joue" (Osée 11,4).

 Si nous voulons vraiment vivre le Noël du Dieu-avec-nous, nous devons tendre de toutes nos forces à incarner son amour. Saint Augustin avait raison de dire : "Quiconque viole la charité, quoi qu'il dise en paroles, nie par sa vie même que le Christ soit venu dans la chair !"

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Prenez garde, veillez…

Prenez garde, veillez…

"Prenez garde, veillez"… Ce conseil que Jésus donnait à ses disciples demeure d'actualité dans nos vies d'aujourd'hui. Permettez-moi de montrer par quelques exemples concrets que Jésus s'adresse à nous.

Veiller, c'est ouvrir les yeux, les oreilles pour être en mesure de connaître ce qui se passe, les causes, les conséquences, les influences en jeu.
Veiller, c'est discerner. C'est le contraire d'admettre sans réfléchir les pensées univoques, les explications superficielles.
Veiller, c'est rester debout et non se laisser bercer jusqu'à s'endormir, jusqu'à se laisser berner.
Au fond, c'est avoir une capacité de résistance aux idées préfabriquées à l'image des produits surgelés à consommer avec la sauce toute faite qui l'accompagne.
Veiller, c'est prendre les moyens de se faire sa propre idée et ne pas se laisser surprendre par l'imprévu qui survient…
Le contraire de veiller, c'est accepter de se laisser mener par le bout du nez…

Dans ce qu'on appelle "la crise", veiller, n'est-ce pas au moins recueillir les messages humanistes qu'elle comporte ? La crise n'est-elle pas une bonne occasion de recentrer nos vies sur des valeurs essentielles et de nous délester de ce qui est artificiel et superflu ? La crise ne donne-t-elle pas lieu à des réveils de gestes solidaires et de comportements plus ouverts aux autres ? La crise ne comporte-t-elle pas des appels à être plus attentifs et à l'écoute de celles et ceux qu'elle fragilise ?

Devant ce fait divers horrible dans lequel un jeune de 17 ans est devenu meurtrier, avons-nous adopté une attitude de veilleurs en essayant d'approfondir les causes dans lesquelles s'enracine un tel geste ? Ou bien nous sommes-nous contentés d'adopter immédiatement le point de vue et le questionnement de la presse et de l'opinion publique ? Veiller, n'est-ce pas oser discerner et distinguer le degré de liberté, d'imputabilité, de responsabilité et de culpabilité… Sans minimiser ni vouloir disculper quiconque, n'est-il pas possible de porter sa réflexion sur ce qui contamine la culture que la société actuelle nous donne à respirer à chaque instant ? Veiller, c'est s'efforcer de voir clair.

Un troisième fait concerne les débats politiques dont la prétention est toujours d'éclairer les citoyens sur les choix alternatifs possibles et les moyens différents parfois opposés pour y parvenir. Un devoir d'objectivité et d'explications s'impose. Veiller demande la clarté, refuse la démagogie et les camouflages, vise à savoir. Pour attraper des voix et s'entourer de partisans, la vérité n'est-elle pas parfois sacrifiée au profit de la flatterie ? Des idées fumigènes ne sont-elles pas proférées pour éviter d'avoir à révéler des situations difficiles qui remettent en cause et appellent à des exigences, des changements de comportement individuels ou collectifs ?

Dans le déroulement de son existence, et en particulier dans ses trois ans de vie publique, Jésus apparaît toujours comme un veilleur. Il ne semble jamais pris au dépourvu ni surpris. Il fait face à ce qui arrive. La rencontre des malades, des handicapés, les pièges de ses opposants, et même la trahison de l'un de ses proches, le reniement d'un autre… Rien ni personne ne va déstabiliser sa stature de veilleur qui demeurera debout jusque dans le dialogue avec Pilate sur la vérité et le pardon accordé sur la croix à ses bourreaux qu'il juge manipulés : "Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font"…


Posté par lucien marguet à 11:42 - - Commentaires [0]