Le jeu dit "du téléphone" rencontre souvent la faveur des enfants. On forme un cercle. Un joueur chuchote à l'oreille de son voisin une phrase que celui-ci devra transmettre. Et le dernier récepteur dit à voix haute la phrase telle qu'il l'a comprise. Ce qui déclenche en général un éclat de rire des participants, à commencer par son concepteur. Car souvent cette phrase, après avoir circulé de bouche à oreille, se trouve déformée. Parfois elle a même perdu tout sens.

Ce jeu d'enfants montre ce que devient un secret lorsqu'il est répété au premier venu par un indiscret. Celui-ci va modifier les mots, en retrancher ou en inventer d'autres. Le contenu et le sens finissent par être très éloignés de l'objectivité première. Personne ne sera en mesure de vérifier, de rectifier. Il est facile de lancer un bruit, de le faire courir, de l'amplifier. Il est facile de médire, de calomnier, de mentir. Dans le jardin d'Eden, Dieu avait permis à Adam et Eve de se servir de toute la nature, sauf d'un arbre interdit. Le serpent diabolique transforme l'interdit d'un arbre en interdit de tout arbre. Il introduit, par le mensonge, la convoitise de l'homme de se faire Dieu plutôt que d'assumer la condition humaine.

Déformez, falsifiez, calomniez, inventez, colportez, il en restera toujours quelque chose : comme un parfum de scandale, une salissure indélébile, une rumeur comme un incendie ravageur. Le seul pare-feu, c'est de faire taire et de taire un bruit, c'est de refuser les "on dit" et les "à peu près"... C'est d'être soi-même clairement porteurs de vérité. Mieux vaut avouer ne rien savoir que se faire colporteur de "rumeurs"...