29 novembre 2008
L'Avent
L'Avent peut être un temps destiné à développer en nous les capacités d'attente et de patience, de confiance et d'Espérance. Dans une époque marquée par une culture de l'instantané, du "tout tout de suite", de la livraison "demain matin" d'un produit non encore fabriqué, quand ce n'est pas "avant-hier" (!), de la satisfaction immédiate, l'Avent nous donne de comprendre que les délais ne sont pas du temps perdu, que les détours ne rallongent pas le chemin mais rendent l'avancée plus certaine car plus assurée et plus réfléchie.
L'Avent est un temps de veille et même de réveil. A chacun il revient de surveiller avec vigilance la conduite de son existence, de s'assurer que les cadrans conservent à l'embarcation la bonne direction. Comme ces navigateurs qui savent affronter les courants contraires et traverser les tempêtes, éviter les récifs, tenir bon la barre en fonction du cap choisi, cap parfois à rectifier.
A notre époque où l'on fait Noël avant Noël, où se vendent les galettes des rois alors que la naissance de Jésus n'a pas encore été célébrée, à l'époque où des adultes veulent jouer à tout prix les jeunes qu'ils ne sont plus, où des parents regardent trop leurs enfants comme des adultes qu'ils ne sont pas encore… A l'époque où l'on tire sur les carottes pour les faire pousser plus vite…, à l'époque des fraises en hiver et des tomates toute l'année, n'est-il pas bon de s'entendre redire qu'il y a "un temps pour tout" ?
L'Avent nous rappelle aussi au devoir de s'asseoir pour parler, de réfléchir pour mieux choisir, de prendre du recul pour mieux agir, avant de s'engager…, de penser plus longuement avant de parler… Anticiper, hâter, ignorer les saisons de la vie et les étapes de l'histoire, n'est-ce pas se priver des richesses de tous les instants de la vie ? Chaque chose doit arriver en son temps. Ainsi l'attente d'un enfant fait partie du bonheur de l'accueillir au "moment venu".
Noël vers lequel nous oriente et nous accompagne l'Avent peut nous permettre de nous poser, nous reposer, de recaler en nos vies chaque chose et chacun(e) à sa bonne et vraie place.
22 novembre 2008
Face au mal et au malheur
Rien n'est pire que le mal qui survient subitement et le malheur qui s'installe durablement. Chez les uns, cela provoque une révolte, chez d'autres un scandale, tandis que certains le voient comme une épreuve à accepter. Ce qui ajoute aux souffrances, c'est l'interrogation sans réponse aux raisons du mal qui s'abat sur soi. Le malheur innocent, celui dans lequel on n'est vraiment pour rien dans ce qui arrive, est sans nul doute le plus injuste. La mort d'un enfant, la maladie incurable, l'accident causé par un autre, la mort résultant de catastrophes naturelles.
Aussi, quand on peut trouver les causes ou désigner les coupables d'un mal, on peut envisager d'y remédier à l'avenir. Mais le plus terrible à supporter n'est-il pas l'incapacité à comprendre la désignation, pour ne pas dire la prédestination au malheur, qui fait de soi une victime sans aucune responsabilité dans le mal qui l'atteint et détruit sa vie ? Comme Job, juste, croyant, généreux, à qui il arrive malheur sur malheur, il est des gens, des familles, qui accumulent des souffrances insurmontables. Et cette question lancinante vient à la bouche des croyants : "Pourquoi, Seigneur, m'as-tu abandonné ?"
20 novembre 2008
Arrêtez la rumeur...
Le jeu dit "du téléphone" rencontre souvent la faveur des enfants. On forme un cercle. Un joueur chuchote à l'oreille de son voisin une phrase que celui-ci devra transmettre. Et le dernier récepteur dit à voix haute la phrase telle qu'il l'a comprise. Ce qui déclenche en général un éclat de rire des participants, à commencer par son concepteur. Car souvent cette phrase, après avoir circulé de bouche à oreille, se trouve déformée. Parfois elle a même perdu tout sens.
Ce jeu d'enfants montre ce que devient un secret lorsqu'il est répété au premier venu par un indiscret. Celui-ci va modifier les mots, en retrancher ou en inventer d'autres. Le contenu et le sens finissent par être très éloignés de l'objectivité première. Personne ne sera en mesure de vérifier, de rectifier. Il est facile de lancer un bruit, de le faire courir, de l'amplifier. Il est facile de médire, de calomnier, de mentir. Dans le jardin d'Eden, Dieu avait permis à Adam et Eve de se servir de toute la nature, sauf d'un arbre interdit. Le serpent diabolique transforme l'interdit d'un arbre en interdit de tout arbre. Il introduit, par le mensonge, la convoitise de l'homme de se faire Dieu plutôt que d'assumer la condition humaine.
Déformez, falsifiez, calomniez, inventez, colportez, il en restera toujours quelque chose : comme un parfum de scandale, une salissure indélébile, une rumeur comme un incendie ravageur. Le seul pare-feu, c'est de faire taire et de taire un bruit, c'est de refuser les "on dit" et les "à peu près"... C'est d'être soi-même clairement porteurs de vérité. Mieux vaut avouer ne rien savoir que se faire colporteur de "rumeurs"...
Pour ou contre le travail le dimanche ?
Il faut distinguer tout d'abord entre les professions qui doivent nécessairement travailler chaque jour et celles dont l'activité dominicale n'apporte qu'un élargissement horaire et ne vise qu'une rentabilité plus importante. La question du "pour ou contre le travail le dimanche ?" concerne donc surtout les professions que la pause du dimanche ne met pas en danger. On cite souvent les magasins dans la liste de ceux qui prétendent ouvrir tous les jours.
Or, remettre en cause le repos dominical, c'est priver le personnel d'un regroupement familial. C'est attirer des familles dans les circuits de la consommation alors qu'elles auraient pu consacrer ce temps à des activités sportives, culturelles, ou tout simplement au dialogue familial ou amical. Le travail le dimanche, c'est rompre le rythme naturel de l'action et de la contemplation, de l'activité et du repos. C'est faire de l'argent le motif et le moteur continuel de la vie. Je voudrais surtout insister sur la privation "d'échanges" que l'incitation à consommer amplifierait avec l'ouverture généralisée des commerces chaque dimanche.
Or la Parole fonde et construit la vie de couple, de famille et sociale. On retrouve ce besoin de Parole dans la Bible. Moïse se retire au mont Sinaï pour recevoir de Yahvé le Décalogue. Et ces lois qu'il rapporte vont devenir la règle de vie commune du Peuple hébreu. L'homme ne vit pas seulement de pain, de frigo, de télé et d'ordinateur, de consommation, mais de paroles reçues qui donnent sens, soutien et horizon à son existence. Le dimanche est le temps pour l'esprit et le cœur. Ce temps a double détente : et pour Dieu et pour l'homme. Si l'homme n'était plus encouragé qu'à consommer et était privé de temps pour se recueillir, accueillir et tisser des liens, alors il serait en danger...
Les évangiles nous montrent Jésus déployant beaucoup d'énergie pour agir, guérir, remettre debout ou en route. Mais ils nous disent aussi que Jésus se retirait souvent pour réfléchir et entrer en communication avec son Père. Déjà Dieu s'est reposé et a contemplé son œuvre le 7ème jour de la création. D'ailleurs, tous les 7 ans le Lévitique prévoyait une année jubilaire (Lv 25 23) qui permettait de redonner de l'ordre aux personnes et aux sociétés. Ainsi était-il prévu une remise générale des dettes, des peines et des fautes et même, tous les 50 ans, une redistribution des terres, avec cette idée que la terre appartient à Dieu et que l'homme n'en est que l'usufruitier.
Savoir et aimer dire merci
Jésus allait à la rencontre des gens. Il s'arrêtait, écoutait et parlait. S'il le fallait, il secourait qui en avait besoin. Malades, handicapés, pécheurs, exclus et blessés de la vie..., Jésus agissait en leur faveur. Son amour des personnes et des foules rencontrées était permanent.
Or il est rare que les évangiles fassent mention de signes de reconnaissance de la part des bénéficiaires de l'action bienfaisante du Christ. Sur 10 lépreux guéris, un seul reviendra sur ses pas pour dire merci à Jésus. C'est plutôt l'ingratitude qui heurte le lecteur des évangiles.
Pierre est appelé à marcher tout près de Jésus pendant trois ans. Lui, si proche, dira du maître, par trois fois, qu'il ne le connaît pas.
Sur les douze disciples dont Jésus dira : "Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis", un seul, Jean, sera au pied de la croix pour assister Jésus à sa mort et Marie sa mère dont le cœur est douloureux de perdre ainsi son fils.
Amnésique et versatile, telle est cette foule qui a tant écouté les paroles de Jésus et qui, après l'avoir tant acclamé à son arrivée à Jérusalem, réclame que Pilate le condamne de préférence à Barrabas.
La culture dans laquelle nous baignons actuellement nous porte-t-elle à la gratitude et à la reconnaissance ? Que de fois voit-on des gens réclamer, exiger, faire valoir leurs droits et leur dû... et si peu de gens dire merci à l'autre qui leur a fait du bien...
Or, savoir et aimer dire merci à l'autre, c'est, au-delà de la simple politesse, lui confirmer que son existence compte beaucoup pour soi. Dans une société où tout s'achète et se vend, la gratuité et la gratitude sont des biens précieux qui tissent la toile des liens humains.
12 novembre 2008
Que faisons-nous de nos églises ?
Que pouvons-nous donc faire de nos églises au moment où les chrétiens aiment se regrouper pour des assemblées paroissiales dans lesquelles chaque croyant, quel que soit son âge, peut se sentir partie prenante et soutenu dans sa foi ? Une église propre, embellie, fleurie, ouverte, invite le passant à s'arrêter. On peut y prier seul, en groupe. La messe de la fête du village, la St Eloi, les mariages, les obsèques, peuvent s'y dérouler. Des concerts, pourvu qu'ils soient en harmonie avec le lieu sacré, peuvent y être donnés. Le chapelet en mai et octobre, mois dédiés à Marie, peut y être récité. Des groupes d'enfants peuvent y être initiés à l'art, à l'histoire et, dans le cadre de la catéchèse, au recueillement et à la prière intérieure. Et tant d'autres initiatives cultuelles et culturelles possibles... Je pense à l'excellente initiative des visites de nos églises organisées en été...
A côté de l'école, de la mairie, du silo à grains, lieux d'utilité pour la vie quotidienne et citoyenne, n'est-il pas heureux que l'église soit le lieu qui rappelle la gratuité, le besoin d'oraison et de contemplation, et le désir en chacun de se rassembler par delà toutes les différences qui nous séparent ? Le clocher pointé vers le haut n'est-il pas un rappel visible de la verticalité de notre vie et une invitation à nous "élever" ?...
Au menu de leur assemblée de Lourdes de novembre 2008, les évêques de France avaient cette question : "Quel avenir pour nos églises ?", que Mgr Minnerath, archevêque de Dijon, a transformée en cette formulation : "Faire vivre nos églises". Dans son discours de clôture, le président, le cardinal André Vingt-trois, a enfoncé le clou :"Il ne s'agit pas pour nous, chrétiens, d'être les héritiers précautionneux des souvenirs d'une religion qui a jadis irrigué nos campagnes, mais d'être les acteurs vivants de la fécondité actuelle de ce patrimoine... C'est à chaque chrétien, à chaque groupe de chrétiens, de manifester son attachement à son église par l'usage qu'il en fait..."
Un autre mode de consommation
Certes la frugalité n'est pas une fin en soi. Dans nos sociétés d'abondance, elle est la condition de la solidarité. Tout en comprenant que ceux qui n'ont rien luttent pour acquérir de quoi vivre dignement, on peut souhaiter que ceux qui ont beaucoup choisissent de modérer leur capacité à consommer devant ceux qui manquent. Au-delà des soubresauts actuels de l'économie financière en mal de régulation, il y a la nécessité d'arrêter la dégradation que nos modes de vie font subir à la planète.
Ne sommes-nous pas aussi encouragés à changer nos modes de pensée, à porter un regard d’espérance sur ces transformations qui devraient nous conduire vers un ailleurs que nous ignorons en grande partie ? Les chrétiens ne peuvent-ils pas reconnaître dans cette invitation la trace de l'appel de Dieu à Abraham à quitter son pays et ses habitudes ?
