Présenter ou rappeler sans cesse l'idéal comme un devoir absolu de l'atteindre peut avoir sur certaines personnes dont le caractère est "entier" un effet plus destructeur que bénéfique. Car ces gens accrochés à l'idéal qui représente plus que l'excellence, la perfection, le sans-faute absolu, s'aperçoivent vite et trop souvent que nul n'atteint jamais "l'idéal". Parce que perfectionnistes et parfois fragiles, ils se sentent alors coupables de ne pas parvenir à ce but pour lequel ils s'étaient entièrement impliqués.

C'est alors qu'avec le même excès soit ils abandonnent cet horizon lointain et jamais atteint, soit ils désespèrent et s'installent dans une calamiteuse image d'eux-mêmes ! Ils n'en finissent pas, et ce n'est pas sans dommage pour eux, de se reprocher leurs limites et leurs faiblesses, celles-là mêmes dont ils désiraient tant sauver le Monde. Entre l'idéal éloigné et si souvent inaccessible, n'y a-t-il pas à consentir et se conformer au "possible" évolutif et sans cesse ajustable ?

Ainsi donc, à trop rêver d'un monde idéal on risque de sombrer dans le désenchantement. Au lieu de se donner à vivre selon un idéal si lointain que nul ne s'en rapproche réellement, au lieu de se contenter de la médiocrité dont chacun devrait s'affranchir, il nous faut adopter la sagesse des petits pas, des petits choix au quotidien. Car ils finissent par nous faire progresser et tracer une route. Ne faut-il pas progresser dans la vie comme le marcheur en montagne ? S'il vise le sommet, il est attentif au chemin qui y conduit…

L'essentiel qui mobilise et devient fil conducteur d'une vie en lui donnant cohérence et harmonie, chacun le porte en soi au gré des événements rencontrés en cours de route. Ce parcours peut apparaître plus en pointillés qu'en continu pourvu que sa direction et son sens l'orientent vers un progrès. Alors les chutes deviennent des relèvements et les mauvais choix des redressements, et d'étapes en étapes l'Humanité grandit en découvrant d'où elle vient et où elle va.