31 janvier 2009
Accompagner les adolescents
La vie d'un adolescent est comme en transit entre l'enfant qu'il n'est plus et l'adulte qu'il aimerait déjà être, tout en craignant de ne pas y arriver en ayant perdu les avantages de son âge précédent. Car il ressent que "grandir", se développer, c'est susciter un autre regard et d'autres attentes de la part des adultes qui l'entourent...
Or l'adolescence est une séquence de l'existence indispensable, bouleversante et merveilleuse. La bonne façon, me semble-t-il, d'aider les ados, demande de porter sur eux un regard bienveillant mais dénué de toute démagogie, d'avoir avec eux une relation de vérité, de disponibilité, d'écoute, sans intervertir les rôles. Il faut fuir les jugements de valeur qui les retrancheraient encore plus dans une posture défensive d'assiégé. Il ne faut rien minimiser ni majorer, ni dramatiser, ni baisser les bras. Il faut être discrètement et réellement présent, disposé à écouter dans une confiance sereine. Il faut avec eux analyser des situations dans lesquelles ils se trouvent, dévoiler ce qui est caché et discerner quel chemin de "bien" est préférable pour eux.
26 janvier 2009
Et l'Idéal ?
Présenter ou rappeler sans cesse l'idéal comme un devoir absolu de l'atteindre peut avoir sur certaines personnes dont le caractère est "entier" un effet plus destructeur que bénéfique. Car ces gens accrochés à l'idéal qui représente plus que l'excellence, la perfection, le sans-faute absolu, s'aperçoivent vite et trop souvent que nul n'atteint jamais "l'idéal". Parce que perfectionnistes et parfois fragiles, ils se sentent alors coupables de ne pas parvenir à ce but pour lequel ils s'étaient entièrement impliqués.
C'est alors qu'avec le même excès soit ils abandonnent cet horizon lointain et jamais atteint, soit ils désespèrent et s'installent dans une calamiteuse image d'eux-mêmes ! Ils n'en finissent pas, et ce n'est pas sans dommage pour eux, de se reprocher leurs limites et leurs faiblesses, celles-là mêmes dont ils désiraient tant sauver le Monde. Entre l'idéal éloigné et si souvent inaccessible, n'y a-t-il pas à consentir et se conformer au "possible" évolutif et sans cesse ajustable ?
Ainsi donc, à trop rêver d'un monde idéal on risque de sombrer dans le désenchantement. Au lieu de se donner à vivre selon un idéal si lointain que nul ne s'en rapproche réellement, au lieu de se contenter de la médiocrité dont chacun devrait s'affranchir, il nous faut adopter la sagesse des petits pas, des petits choix au quotidien. Car ils finissent par nous faire progresser et tracer une route. Ne faut-il pas progresser dans la vie comme le marcheur en montagne ? S'il vise le sommet, il est attentif au chemin qui y conduit…
L'essentiel qui mobilise et devient fil conducteur d'une vie en lui donnant cohérence et harmonie, chacun le porte en soi au gré des événements rencontrés en cours de route. Ce parcours peut apparaître plus en pointillés qu'en continu pourvu que sa direction et son sens l'orientent vers un progrès. Alors les chutes deviennent des relèvements et les mauvais choix des redressements, et d'étapes en étapes l'Humanité grandit en découvrant d'où elle vient et où elle va.
21 janvier 2009
"L'important, ce n'est pas le bonheur, c'est de faire le bien
Au détour de lectures, une réflexion d'un dirigeant de grande entreprise à qui on demandait de dire ce qui motivait sa vie a retenu mon attention. "L'important pour moi", disait-il, "ce n'est pas le bonheur, c'est de faire le bien… Le bonheur est une notion relative. La perfection n'est pas de ce monde. Je crois qu'il y a quelque chose de vain à courir après un bonheur qui, forcément, est toujours partiel, fugace et transitoire. Franchement, je ne crois pas que ce soit le but de l'existence. Je préfère orienter ma vie vers la quête du bien. Chercher toujours, dans toutes les situations de mon existence, comment faire au mieux ce que j'ai à faire".
Celui qui n'accroche sa vie, ses pensées et ses actes qu'à la recherche du bonheur prend le risque de l'insatisfaction de ne jamais l'atteindre. Celui qui choisit de faire le bien s'expose certes à rencontrer des oppositions, mais n'aura pas à se reprocher, en conscience, de n'avoir rien fait.
Miser sur une société scotchée à la recherche du bonheur individuel ne mène pas loin... Cela ne risque-t-il pas de la mettre en danger d'usure du lien social et même d'atomisation de la communauté humaine ?
16 janvier 2009
"Il faudra leur dire"
De nombreux parents s'avouent aujourd'hui en difficulté dans l'éducation globale de leurs enfants. Des enseignants et des éducateurs pourtant compétents et passionnés par la profession qu'ils ont choisie sont parfois tentés d'abandonner ce qu'ils ont toujours considéré comme des exigences incontournables de l'éducation des enfants et des jeunes.
Les enfants actuels sont sans doute les mêmes que ceux d'hier, mais c'est l'eau du bain dans lequel ils nagent qui a considérablement évolué. Le bain comporte plus de loisirs, de télévision, d'ordinateur, de téléphone portable, d'accès aux informations et aux distractions les plus diverses... Il offre aussi plus de possibilités diverses et demande beaucoup moins d'efforts... La priorité est donnée au confort matériel et à l'argent, au tout tout de suite, au perceptible et au sensible, à l'expérimentable. La spéculation et la Mystique, les questions de religion, ne sont pas cotées. L'instantané, le mesurable, le vérifiable étouffent facilement toute velléité d'intériorité.
Les enfants et les jeunes ne risquent-ils pas alors d'ignorer que la vie vient d'une source et comporte un au-delà qui est un point d'arrivée et d'achèvement ? Ils risquent d'ignorer longtemps des capacités et des potentialités avec lesquelles pourtant la nature humaine les a fait naître.
"Il faudra leur dire", comme le dit la chanson, que l'homme n'est pas un hasard de l'évolution de l'univers. Que toute vie humaine est sous garantie sacrée par son créateur. Que toute l'histoire est confiée aux hommes, capables de l'orienter par leur liberté et leur responsabilité.
"Il faudra leur dire", mais qui le leur dira ? En quel lieux et en quelles occasions ? L'Eglise continue, par le catéchisme, les aumôneries, les groupes et les mouvements chrétiens, à annoncer que l'homme a une âme, une origine et une destination divines. Prenons les moyens de leur faire savoir...
Dans le contexte de la "crise" actuelle qui, bien plus que financière et économique et par voie de conséquence sociale, est aussi morale et spirituelle, les croyants sont invités à se demander quel rôle "spécifique" ils doivent jouer.
Personne n'existe par soi seul…
Personne ne peut dérouler seul sa vie. On ne naît pas seul, mais de parents. On apprend à parler, marcher. On connaît, on comprend, grâce à ceux qui, ayant eux-mêmes reçu, transmettent. Les savants actuels profitent des acquis de leurs prédécesseurs. Ils s'appuient dessus et peuvent ainsi poursuivre de nouvelles recherches. Toutes les expériences humaines faites peuvent aider à se situer aujourd'hui dans la vie.
On peut dire que Jésus s'est situé dans cette logique de la transmission entre celui qui reçoit et donne à celui qui à son tour donnera. La tradition religieuse et la transmission de la foi en paroles et en actes relient et unissent les croyants d'hier, ceux d'aujourd'hui et ceux de l'avenir en une grande chaîne, en particulier par la parole et le pain de vie du Christ. Il revient à chaque baptisé non seulement de conjuguer son existence à l'Evangile, mais de passer le témoin des convictions qui l'animent à ses proches. Ceux-ci demeurent libres d'accueillir ou de refuser ces principes de vie, mais encore faut-il qu'ils leur aient été proposés.
Le Pain de Vie du Christ qui nourrit les chrétiens actuels a ainsi accompagné comme un viatique les vingt siècles d'histoire de l'Eglise. Une communion au travers l'espace et le temps.
01 janvier 2009
A la charnière d'une année qui finit...
A la charnière d'une année qui finit et d'une autre qui commence, il est à contempler un bébé dans une mangeoire. On apprendra qu'il est le fils de Dieu venu sur terre. Il unit en lui le divin et l'humain. Le ciel et la terre. Et il passera son temps à rassembler les gens dispersés.
Or un bébé, c'est l'image même de l'Avenir. Il n'a pas de passé et son présent tout récent ne nous laisse que des interrogations sur son itinéraire ! Qui sera-t-il ? Que dira-t-il ? Que fera-t-il ? Qu'apportera-t-il ? Que deviendra-t-il ? Que laissera-t-il derrière lui ?
Ce qui s'est passé cette année dans notre vie pour nous, pour nos proches et dans le monde, de bien et de mal, de réussite et d'échec, de progression ou de régression, nous fait parler et réagir. Peut-être regrettons-nous ce que nous avons dit, fait ou pensé, ou omis de faire ! Peut-être au contraire sommes nous fiers et approuvons nous, après coup, notre attitude.
Or ce qui a été ne peut être effacé. Seules les conséquences peuvent être corrigées s'il est besoin. Si l'on a été mal compris, au lieu de se parler et s'expliquer on a laissé se creuser la distance et s'installer l'incompréhension... Trop souvent dans la communication et les relations on ne retient que l'action et les paroles, et trop rarement on s'intéresse à l'intention qui les motive. Pourtant c'est vrai, le passé échappe. Seul le futur se propose à nous.
Aussi, au moment où commence une nouvelle année, nous sommes un peu comme des enfants à leur naissance. Comme une page blanche à écrire, un jour qui se lève, un début de vie... un recommencement. Et pour nous faire traverser d'une année à l'autre, un bébé, première image donnée par Dieu sur terre de lui-même. L'image de la vie, de l'Amour, de l'Espérance, de tous les possibles, de l'humilité et de la faiblesse. Comme la graine devient arbre... Comme un peu de levain dans la pâte, comme une pincée de sel donne saveur aux aliments et comme une petite lumière dans la nuit montre la route... Comme la foi de Jésus, sa confiance à son Père, vont soulever les montagnes.
Certes nous ne pouvons oublier quelle a été pour nous cette année passée puisqu'elle a créé, en partie, nos conditions de vie actuelle. Mais nous ne devons pas nous laisser enfermer et décourager, ni baisser les bras, devant les choix, les décisions et les engagements que cette nouvelle année nous appellera à prendre. Avec la grâce de Dieu, la présence de l'Esprit Saint et du Christ, vrai GPS de notre chemin d'humanité.
