Tous nous avons été un jour ou l'autre confrontés au malheur, à la souffrance; ou à l'une ou l'autre des innombrables formes de mal : la maladie, la mort. Tous nous connaissons l'incroyable capacité de l'homme à faire du mal à son frère. Depuis Caïn tuant Abel jusqu'à la Shoah et les génocides contemporains, tous les temps ont été "des temps où l'homme a sur l'homme le pouvoir de lui faire du mal" (Quohélet 8 9). Tous nous nous sommes posé la même question : "Si Dieu existe, pourquoi cela ?"

Depuis qu'il y a des hommes dans la souffrance, le mal et le malheur, le dilemme ne cesse de les troubler : ou Dieu est tout-Puissant et il ne nous aime pas, ou il nous aime et il n'est pas tout-Puissant. Si Dieu existe et s'il est Amour, comme disent les chrétiens, pourquoi permet-il le mal et la souffrance ?

En réalité, Dieu fait le monde comme la mer les continents : en se retirant (Hölderlin). Dieu, en Jésus, abandonne toute Puissance et se range à nos côtés. Au début des évangiles, les récits des tentations donnent l'esprit qui animera Jésus toute sa vie. Il décide de n'échapper à rien de la condition humaine. Il s'est mis de notre côté avec nous, y compris dans le malheur, dans la souffrance et dans la mort. Il a lutté, guéri, converti, enlevé les péchés. Il n'a pas expliqué les raisons du mal, il l'a combattu par les seules armes de la vérité, de la liberté et de l'amour désarmé. Si le Christ s'était renié, il aurait eu la vie physique sauve, mais il se serait détruit intérieurement. En laissant sacrifier sa vie, il donne la primauté à l'esprit que la mort n'atteint pas.

Après s'être confronté à toutes les misères de l'existence humaine, il restait à Jésus à vaincre la mort. Il l'a dominée, la sienne et celle de tous, en faisant gagner la vie nouvelle à qui il a donné un statut d'Eternité. Nous ne pouvons accuser Dieu d'inconscience ou d'indifférence devant notre condition, car il est venu la partager, totalement, jusqu'au bout. "Si Dieu s'est fait homme, c'est pour que nous devenions Dieu", répètent les premiers auteurs chrétiens. Devenu l'un de nous, le Christ nous propose de partager sa propre vie de Fils de Dieu, une vie plus forte que la mort, une vie qui traverse la mort. Dans la souffrance, il a accompli ce passage vers le Père. Premier né d'entre les morts, il nous ressuscitera.

Nous avons d'abord à combattre la souffrance. En nous et autour de nous. A être présent et à chercher à soulager celui qui souffre physiquement ou moralement. En luttant ainsi, nous coopérons avec Dieu dont c'est le projet. Mais nous ne pourrons jamais supprimer toute souffrance, ne serait-ce que celles des séparations, du vieillissement et de la mort. C'est alors une autre communion avec lui que le Christ nous propose, une confiance totale, une remise entre ses mains : "Je sais que tu m'aimes malgré tout, que tu portes cette souffrance avec moi et que tu me conduis vers la vie". Regarder le crucifix, signe de son amour et de sa présence à nos côtés, a aidé de nombreux chrétiens à entrer dans cet abandon et cette offrande.