Les billets du Père Lucien Marguet

Chroniques et billets de réflexion sur des thèmes religieux, de société et d'actualité

30 septembre 2009

Quand Amour et Vérité se rencontrent

 

Une culture qui se prive du droit et du devoir de vérité court progressivement à sa perte. Si vous êtes menacés de représailles violentes chaque fois que vous ressentez en vous le besoin d'exprimer ce que vous pensez, alors la vérité n'a plus le droit de cité. Certains, voulant se protéger, ne disent plus rien de leur pensée et des arguments rationnels qui l'étayent. Ils se contentent d'emprunter les chemins de la démagogie et de la flatterie, du consensus mou. D'autres, privés de liberté d'expression en public, créeront les occasions de dire, mais en cercles privés, ce qu'ils pensent vraiment. Peut-être un jour leur sera-t-il reproché par l'histoire de n'avoir pas annoncé et dénoncé ce qu'ils savaient.

 

 Or, si chacun a un devoir de solidarité, celui-ci ne commence-t-il pas déjà par un droit de savoir objectif ? Parler vrai, c'est trop souvent risquer d'être incompris et surtout soupçonné de déprécier ou de juger. Pourtant, oser dire ce que l'on croit vrai et juste, c'est dire à l'autre "je t'aime plus que moi-même", puisque je prends le risque que tu me rejettes et m'en veuilles en te disant quand même ce que je pense. Parler vrai avec objectivité et sincérité, pacifiquement, est donc une façon de dire "je t'aime". Une société est réellement malade quand il n'est plus possible de s'exprimer, quand il n'y a plus d'expression libre et de débats envisageables sans qu'ils ne provoquent un déchaînement de violence. Si l'irrationnel et l'affectif concentrent tous les pouvoirs, alors l'humain est en danger ! L'amour a besoin de vérité, et la vérité a besoin d'amour.

 

 La vérité en soi n'est pas violente. A l'image du vent s'engouffrant dans la voile qui fait avancer le bateau, la vérité portée par chacun peut donner des forces convergentes qui font progresser le Monde. Vérité des chercheurs, vérité des responsables, des enseignants, des croyants, vérité de celles et ceux qui se mettent au service des autres... Par crainte de blesser et toute vérité n'étant pas bonne à dire, on est parfois obligé de la distiller en goutte à goutte ou en pilule enrobée de sucre pour qu'elle "passe mieux"...

 

 De leur vérité pourtant toujours partielle, certains font un dogme universel qu'ils veulent parfois imposer en force. D'autres gardent leur vérité au fond de leurs poches, craignant que, s'ils l'affichent, elle ne leur attire des ennuis. S'il est un devoir fait à chacun de contribuer à la vérité, celle-ci ne peut être reçue et admise qu'accompagnée d'une grande humilité. L'Amour pousse à être vrai et la vérité recommande fortement de ne jamais cesser d'aimer.

Posté par lucien marguet à 20:41 - La vérité - Commentaires [0] - Permalien [#]

Passion de vérité...

 

La vie de Jésus était animée par une Passion de vérité à dire ou à rétablir. Si le péché originel et naturel en tout homme est le mensonge, le salut de l'homme est dans la vérité. Aussi les disciples de Jésus ont-ils vocation à vivre dans la vérité. Comme de liberté, de droit et de justice, notre époque a aussi besoin de vérité. Or elle en manque cruellement. Dans les relations conjugales, familiales, sociales, dans la façon dont les médias diffusent les informations locales et mondiales, qui n'a ressenti de la méfiance et du doute ? Que de vérités fragmentées, tronquées, reconstituées, avec des intentions de jeter le discrédit sur telle ou telle personne ou groupe. Des gens se font lyncher parce que leurs idées gênent la pensée unique que veulent imposer à l'opinion certains courants de pensée dominants.

 

Devant tous les matraquages, les approximations, les déguisements des faits réels et objectifs, devant les détournements occultes, les pratiques de l'amalgame, les rumeurs et les calomnies, il faut plus que jamais entrer en résistance et exiger la vérité, plus de vérité. Il faut refuser toute citation sans signature et sortie de son contexte. A une vérité que vous ne partagez pas, il faut seulement opposer la vôtre, mais surtout, avec votre interlocuteur, en chercher une plus grande encore que les deux autres...

 

Les adeptes du subjectivisme prétendent qu'il n'existe pas de vérité objective à chercher, mais que chacun doit s'inventer la sienne au fur et à mesure de ses désirs et de ses besoins. D'autres, se réclamant du relativisme, disent que toute vérité est relative, évolue suivant le temps et les lieux, les cultures et les circonstances. Ces deux courants génèrent le scepticisme, l'incrédulité, le doute systématique, la méfiance, quand ce n'est pas l'indifférence ou l'incroyance.

 

Que faire alors ? Choisir d'être authentique, transparent, sincère tout le temps afin de pouvoir être vrai en toute occasion. Etre, à l'image de Jésus, en toute humilité, passionné de vérité...

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21 septembre 2009

La journée d’un prêtre…

Il est parfois posé aux prêtres des questions qui montrent une certaine méconnaissance des occupations de leur emploi du temps. Pour répondre concrètement, j’ai relevé ce qui s’est passé pour moi l’un de ces jours derniers.

 

Après que j’aie pris un petit déjeuner et feuilleté le journal qui donne les nouvelles locales, un premier coup de téléphone retentit. Il s’agit d’obsèques dont les Pompes Funèbres souhaitent me transmettre le lieu, la date et l’heure et me donner les premières informations concernant la personne décédée. Je remonte ensuite dans mon bureau pour prier l’office de laudes avant de rejoindre à 9 h la chapelle de l’hôpital pour la messe où je retrouve mon confrère Denis et quelques chrétiens « fidèles ». Vers 9 h 45 je suis de nouveau à mon bureau, non sans avoir relevé les messages sur le répondeur téléphonique et l’ordinateur, mais aussi le courrier de la poste déposé par le facteur dans la boîte, auquel je m’efforce de répondre assez vite.

J’écris aussi un billet de réflexion quasiment chaque jour, comme un exercice nécessaire et salutaire.

Venant me surprendre, un coup de fil me confie une requête inhabituelle : « La laie (sanglier) qui était la mascotte du stade de Sedan est à bout de souffle. Elle va être remplacée par une plus jeune. Nous vous demandons de venir la bénir !!! » « Quand ? » « Demain… » Je réfléchis quelques instants et décline l’invitation car mon agenda m’empêche de répondre positivement. Et je préfère orienter cette demande vers le vicaire épiscopal plus en mesure d’apporter une réponse adéquate.

Un autre coup de téléphone peu après me demande si la Paroisse serait intéressée par l’achat d’une photocopieuse plus performante que celle que nous possédons. J’oriente cette commerciale vers le laïc secrétaire du Conseil Economique. Il est bien plus compétent que moi dans les questions financières, immobilières et les matériels que nous utilisons.

 

Je m’entretiens ensuite quelques instants avec la personne qui tient la permanence : les demandes de baptêmes, de mariages, d’inscriptions au catéchisme qu’elle a eues au téléphone ou à l’accueil du presbytère.

 

Je déjeune aujourd’hui à l’école Saint Louis dont je suis l’aumônier. J’apprécie de prendre mon plateau au milieu des élèves et d’attendre mon tour d’être servi par des personnes souriantes et aimables de la cuisine. La salle à manger est calme. Cela me permet quelques contacts que je souhaite simples. Je passe prendre un café avec quelques enseignants et vais passer quelques instants dans la cour de récréation avant de regagner le presbytère où des personnes vont venir me rejoindre pour préparer les obsèques d’un membre de leur famille. Je commence toujours par laisser les gens parler longuement de la vie du défunt. Les obsèques religieuses, c’est autant un adieu et l’Espérance de la vie éternelle qu’un merci pour cette vie accomplie…

 

Je retourne l’après-midi à l’école St Louis pour parler avec la directrice et des adultes volontaires de l’animation pastorale des élèves demandeurs du Message chrétien ou de propositions de thèmes de réflexion humanistes pour ceux qui souhaitent s’en tenir là.

 

Après un petit dîner vite réchauffé et les infos de la 3ème chaîne, je pars à une réunion de parents dont les enfants sont en 6ème et feront leur profession de foi à la veillée pascale le 3 avril 2010 en l’église de Vouziers. Les catéchistes sont rodés, les parents attentifs et de très bonne volonté. Le pire, pour moi, serait de ne pas répondre aux vraies questions des enfants tout occupés à construire leur personnalité intellectuelle, morale et spirituelle. Ces années de caté constituent une base, un tremplin, pour les aider à envisager l’avenir avec confiance.

 

Rentré chez moi, il est 22 h 30, l’heure de prier avec le Bréviaire et de lire le journal La Croix. Avant de m’endormir…

Vous savez tout de cette journée, ou presque !... A chaque jour suffit sa peine et est offerte sa joie…

Posté par lucien marguet à 20:51 - Prêtre, pasteur... - Commentaires [0] - Permalien [#]

Apprendre à vivre dans le manque

 

Les jeunes générations d’adultes actuelles ont été éduquées dans le cadre de la civilisation de consommation. Leurs parents ont mis un point d’honneur à fournir à leurs enfants tout ce dont eux avaient pu manquer. Ils allaient même au-delà de leurs besoins surtout matériels. Ils choisissaient parfois de se priver pour que rien ne leur manque. Sous la double influence de la publicité et du mimétisme, l’ère de l’abondance et du superflu se chargeait de culpabiliser les parents de ne jamais faire assez pour leurs enfants et de frustrer ceux-ci s’ils ne recevaient pas ce dont les autres étaient gratifiés.

 

Et souvent, à la culture du tout prêt à consommer s’est ajoutée la morale du tout permis dans la vie, sauf l’interdit. Pourvu que personne ne soit lésé et que tel comportement fasse du bien, tout devenait nécessairement bon. Cette forme de bonheur dans un « ressenti » immédiat était devenue le critère du bien vivre, dans le plaisir et le loisir. Tout chemin susceptible de rencontrer obstacles et difficultés devait être évité. La facilité et la réussite à tout prix étaient préférées. Pour ne pas traumatiser les enfants et les jeunes, les adultes se sont soumis à leurs désirs. Ils n’étaient plus pour eux des guides, mais des sherpas.

 

Faut-il alors s’étonner qu’après avoir été ainsi « assistés », ces jeunes aient un rapport à l’âge adulte pas toujours réussi ? Leur amour conjugal et familial est fragile et épidermique. Leur capacité à éduquer et transmettre s’épuise vite par manque cruel de profondeur et d’expérience humaine personnelle. Les jeunes générations, désormais seules aux commandes de leur vie, ne connaissent guère le code de la route. Il ne leur a pas été donné assez les moyens d’accéder à une maturité et une solidité.

Posté par lucien marguet à 20:50 - Société - Commentaires [0] - Permalien [#]

11 septembre 2009

Des paroissiens missionnaires

 

 

Jésus a commencé l’Eglise avec douze hommes dont un l’avait renié et un autre trahi et vendu. Le petit nombre de convaincus de foi en Jésus ne doit pas faire baisser les bras et surtout pas inciter à se replier sur le cercle des croyants. L’Eglise, par nature, est tournée vers l’extérieur. Elle se renierait et cesserait d’être la communauté des amis de Jésus si chacun de ses membres, en même temps qu’il s’efforce de nourrir et pratiquer sa foi, n’essayait de la diffuser en paroles et en actes. Dans notre siècle, rendre compte de sa foi et la proposer autour de soi demande audace et confiance. Cela exige d’avoir soi-même pris conscience de ses propres raisons de croire. Cela appelle d’avoir réfléchi à la meilleure façon d’en parler et de savoir saisir toutes les occasions de le faire.

 

La grande tentation, pour les chrétiens, est de se croire assiégés par un monde sécularisé et matérialiste. Le piège serait pour eux de se retrancher du Monde. L’Eglise, ici ou là, peut prendre l’apparence de clubs privés et fermés avec ses règles dont seuls les initiés ont la clé. J’ose le dire, dans la propagation de la foi il faut le dynamisme et l’enthousiasme que l’on rencontre parfois chez certains dans l’exercice de leur profession. Certains vont me dire : Pourquoi ne parlez-vous pas de l’Esprit Saint, lui qui est si actif ? Oui, l’Esprit Saint agit, mais aussi avec les chrétiens dont il fait des témoins.

 

L’Eglise n’a pas vocation à prendre possession du monde, mais à être signe du Christ. Les membres de l’Eglise seront toujours le petit nombre. Ceux qui la font vivre ressemblent souvent à ces gens qui ont accepté d’entretenir le feu. Ils le rechargent de bois. Ils veillent pour que la flamme demeure. Tout le monde le voit et en bénéficie, surtout dans la nuit. Les passants peuvent s’y arrêter, s’y éclairer et s’y chauffer. L’Eglise, heureusement qu’elle est là avec sa poignée de pratiquants accueillants et rayonnants…

Posté par lucien marguet à 13:42 - L'Eglise - Commentaires [0] - Permalien [#]

Se recueillir

 

Le croyant, s’il veut tenir dans la foi, doit ressembler à un de ces gros arbres solidement enracinés en terre. Un arbre se développe et montre sa vitalité par ses branches et son feuillage. Mais, elle a beau être cachée, c’est la sève qui donne à l’arbre sa belle apparence et ses fruits. Sa cime n’existerait pas sans les racines enterrées. Comme un arbre tout entier a un impérieux besoin de ses racines enterrées en profondeur, le croyant a besoin d’une vie intérieure qui alimente sans cesse sa vie extérieure. Pour cela, il doit s’exercer au silence qui lui permet d’accueillir et de stocker ce qui va ravitailler sa source. Quand le croyant s’apprête à se recueillir et à prier, il doit se couper de toute distraction qui pourrait parasiter son écoute intérieure.

 

 C’est une erreur de penser que, parce qu’elle est un temps de prière communautaire, la Messe n’aurait pas besoin de cette présence dense et recueillie faite d’intense intériorité en chaque personne. Au cours d’une Eucharistie, j’aime inviter les enfants à fermer leurs yeux et leurs oreilles, à ouvrir tout grand leur cœur pour être entièrement disponibles à l’Esprit présent en eux. Cet exercice spirituel, loin d’être un appel à s’isoler, donne au contraire de se relier aux autres, comme par des galeries souterraines, grâce à Jésus qui est le lien commun.

 

 Je suis souvent admiratif de la capacité des enfants à se concentrer en sachant s’abstraire des sollicitations extérieures. Et je suis souvent étonné par le comportement d’adultes qui semblent être absents d’eux-mêmes. Ils ont comme déposé leur corps à l’église, mais leur moi qui pense semble ailleurs. Je suis aussi surpris par ces gens qui se montrent impatients parce que les silences leur semblent trop longs et qu’ils apparaissent dépourvus de moyens de les habiter. La capacité au silence, au recueillement, à l’intériorité, demande un apprentissage et de nombreux entraînements. Dans une société qui prône le divertissement et privilégie l’image et le son, l’habitude est vite prise de sombrer dans le paraître, le superficiel et le tapage, l’anecdote et le superficiel, aux dépens de l’invisible et de l’essentiel.

 

Se recueillir ressemble au travail du jardinier qui oriente et concentre l’arrosage d’un endroit en bouchant des rigoles pour éviter à l’eau de se disperser. Prier demande de se concentrer…

Posté par lucien marguet à 13:41 - L'intériorité - Commentaires [0] - Permalien [#]
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