30 septembre 2009
Quand Amour et Vérité se rencontrent
Une culture qui se prive du droit et du devoir de
vérité court progressivement à sa perte. Si vous êtes menacés de représailles
violentes chaque fois que vous ressentez en vous le besoin d'exprimer ce que
vous pensez, alors la vérité n'a plus le droit de cité. Certains, voulant se
protéger, ne disent plus rien de leur pensée et des arguments rationnels qui
l'étayent. Ils se contentent d'emprunter les chemins de la démagogie et de la
flatterie, du consensus mou. D'autres, privés de liberté d'expression en
public, créeront les occasions de dire, mais en cercles privés, ce qu'ils
pensent vraiment. Peut-être un jour leur sera-t-il reproché par l'histoire de
n'avoir pas annoncé et dénoncé ce qu'ils savaient.
Passion de vérité...
La vie de Jésus était
animée par une Passion de vérité à dire ou à rétablir. Si le péché originel et
naturel en tout homme est le mensonge, le salut de l'homme est dans la vérité.
Aussi les disciples de Jésus ont-ils vocation à vivre dans la vérité. Comme de
liberté, de droit et de justice, notre époque a aussi besoin de vérité. Or elle
en manque cruellement. Dans les relations conjugales, familiales, sociales,
dans la façon dont les médias diffusent les informations locales et mondiales,
qui n'a ressenti de la méfiance et du doute ? Que de vérités fragmentées,
tronquées, reconstituées, avec des intentions de jeter le discrédit sur telle
ou telle personne ou groupe. Des gens se font lyncher parce que leurs idées
gênent la pensée unique que veulent imposer à l'opinion certains courants de
pensée dominants.
Devant tous les
matraquages, les approximations, les déguisements des faits réels et objectifs,
devant les détournements occultes, les pratiques de l'amalgame, les rumeurs et
les calomnies, il faut plus que jamais entrer en résistance et exiger la
vérité, plus de vérité. Il faut refuser toute citation sans signature et sortie
de son contexte. A une vérité que vous ne partagez pas, il faut seulement
opposer la vôtre, mais surtout, avec votre interlocuteur, en chercher une plus
grande encore que les deux autres...
Les adeptes du
subjectivisme prétendent qu'il n'existe pas de vérité objective à chercher,
mais que chacun doit s'inventer la sienne au fur et à mesure de ses désirs et
de ses besoins. D'autres, se réclamant du relativisme, disent que toute vérité
est relative, évolue suivant le temps et les lieux, les cultures et les
circonstances. Ces deux courants génèrent le scepticisme, l'incrédulité, le
doute systématique, la méfiance, quand ce n'est pas l'indifférence ou
l'incroyance.
Que faire alors ? Choisir d'être authentique, transparent, sincère tout le temps afin de pouvoir être vrai en toute occasion. Etre, à l'image de Jésus, en toute humilité, passionné de vérité...
21 septembre 2009
La journée d’un prêtre…
Il est
parfois posé aux prêtres des questions qui montrent une certaine méconnaissance
des occupations de leur emploi du temps. Pour répondre concrètement, j’ai
relevé ce qui s’est passé pour moi l’un de ces jours derniers.
Après que
j’aie pris un petit déjeuner et feuilleté le journal qui donne les nouvelles
locales, un premier coup de téléphone retentit. Il s’agit d’obsèques dont les
Pompes Funèbres souhaitent me transmettre le lieu, la date et l’heure et me
donner les premières informations concernant la personne décédée. Je remonte
ensuite dans mon bureau pour prier l’office de laudes avant de rejoindre à 9 h
la chapelle de l’hôpital pour la messe où je retrouve mon confrère Denis et
quelques chrétiens « fidèles ». Vers 9 h 45 je suis de nouveau à mon
bureau, non sans avoir relevé les messages sur le répondeur téléphonique et
l’ordinateur, mais aussi le courrier de la poste déposé par le facteur dans la
boîte, auquel je m’efforce de répondre assez vite.
J’écris
aussi un billet de réflexion quasiment chaque jour, comme un exercice
nécessaire et salutaire.
Venant me
surprendre, un coup de fil me confie une requête inhabituelle : « La
laie (sanglier) qui était la mascotte du stade de Sedan est à bout de souffle. Elle
va être remplacée par une plus jeune. Nous vous demandons de venir la bénir !!! »
« Quand ? » « Demain… » Je réfléchis quelques instants
et décline l’invitation car mon agenda m’empêche de répondre positivement. Et
je préfère orienter cette demande vers le vicaire épiscopal plus en mesure
d’apporter une réponse adéquate.
Un autre
coup de téléphone peu après me demande si la Paroisse serait intéressée par
l’achat d’une photocopieuse plus performante que celle que nous possédons.
J’oriente cette commerciale vers le laïc secrétaire du Conseil Economique. Il
est bien plus compétent que moi dans les questions financières, immobilières et
les matériels que nous utilisons.
Je
m’entretiens ensuite quelques instants avec la personne qui tient la
permanence : les demandes de baptêmes, de mariages, d’inscriptions au catéchisme qu’elle a eues au téléphone ou
à l’accueil du presbytère.
Je déjeune
aujourd’hui à l’école Saint Louis dont je suis l’aumônier. J’apprécie de
prendre mon plateau au milieu des élèves et d’attendre mon tour d’être servi
par des personnes souriantes et aimables de la cuisine. La salle à manger est
calme. Cela me permet quelques contacts que je souhaite simples. Je passe
prendre un café avec quelques enseignants et vais passer quelques instants dans
la cour de récréation avant de regagner le presbytère où des personnes vont
venir me rejoindre pour préparer les obsèques d’un membre de leur famille. Je
commence toujours par laisser les gens parler longuement de la vie du défunt.
Les obsèques religieuses, c’est autant un adieu et l’Espérance de la vie
éternelle qu’un merci pour cette vie accomplie…
Je
retourne l’après-midi à l’école St Louis pour parler avec la directrice et des
adultes volontaires de l’animation pastorale des élèves demandeurs du Message
chrétien ou de propositions de thèmes de réflexion humanistes pour ceux qui
souhaitent s’en tenir là.
Après un
petit dîner vite réchauffé et les infos de la 3ème chaîne, je pars à
une réunion de parents dont les enfants sont en 6ème et feront leur
profession de foi à la veillée pascale le 3 avril 2010 en l’église de Vouziers.
Les catéchistes sont rodés, les parents attentifs et de très bonne volonté. Le
pire, pour moi, serait de ne pas répondre aux vraies questions des enfants tout
occupés à construire leur personnalité intellectuelle, morale et spirituelle.
Ces années de caté constituent une base, un tremplin, pour les aider à
envisager l’avenir avec confiance.
Rentré
chez moi, il est 22 h 30, l’heure de prier avec le Bréviaire et de lire le
journal La Croix. Avant de m’endormir…
Vous savez
tout de cette journée, ou presque !... A chaque jour suffit sa peine et est
offerte sa joie…
Apprendre à vivre dans le manque
Les jeunes générations
d’adultes actuelles ont été éduquées dans le cadre de la civilisation de
consommation. Leurs parents ont mis un point d’honneur à fournir à leurs
enfants tout ce dont eux avaient pu manquer. Ils allaient même au-delà de leurs
besoins surtout matériels. Ils choisissaient parfois de se priver pour que rien
ne leur manque. Sous la double influence de la publicité et du mimétisme, l’ère
de l’abondance et du superflu se chargeait de culpabiliser les parents de ne
jamais faire assez pour leurs enfants et de frustrer ceux-ci s’ils ne
recevaient pas ce dont les autres étaient gratifiés.
Et souvent, à la culture
du tout prêt à consommer s’est ajoutée la morale du tout permis dans la vie,
sauf l’interdit. Pourvu que personne ne soit lésé et que tel comportement fasse
du bien, tout devenait nécessairement bon. Cette forme de bonheur dans un
« ressenti » immédiat était devenue le critère du bien vivre, dans le
plaisir et le loisir. Tout chemin susceptible de rencontrer obstacles et
difficultés devait être évité. La facilité et la réussite à tout prix étaient
préférées. Pour ne pas traumatiser les enfants et les jeunes, les adultes se
sont soumis à leurs désirs. Ils n’étaient plus pour eux des guides, mais des sherpas.
Faut-il alors s’étonner
qu’après avoir été ainsi « assistés », ces jeunes aient un rapport à
l’âge adulte pas toujours réussi ? Leur amour conjugal et familial est
fragile et épidermique. Leur capacité à éduquer et transmettre s’épuise vite
par manque cruel de profondeur et d’expérience humaine personnelle. Les jeunes
générations, désormais seules aux commandes de leur vie, ne connaissent guère
le code de la route. Il ne leur a pas été donné assez les moyens d’accéder à
une maturité et une solidité.
11 septembre 2009
Des paroissiens missionnaires
Jésus
a commencé l’Eglise avec douze hommes dont un l’avait renié et un autre trahi
et vendu. Le petit nombre de convaincus de foi en Jésus ne doit pas faire
baisser les bras et surtout pas inciter à se replier sur le cercle des
croyants. L’Eglise, par nature, est tournée vers l’extérieur. Elle se renierait
et cesserait d’être la communauté des amis de Jésus si chacun de ses membres,
en même temps qu’il s’efforce de nourrir et pratiquer sa foi, n’essayait de la
diffuser en paroles et en actes. Dans notre siècle, rendre compte de sa foi et
la proposer autour de soi demande audace et confiance. Cela exige d’avoir
soi-même pris conscience de ses propres raisons de croire. Cela appelle d’avoir
réfléchi à la meilleure façon d’en parler et de savoir saisir toutes les
occasions de le faire.
La
grande tentation, pour les chrétiens, est de se croire assiégés par un monde
sécularisé et matérialiste. Le piège serait pour eux de se retrancher du Monde.
L’Eglise, ici ou là, peut prendre l’apparence de clubs privés et fermés avec
ses règles dont seuls les initiés ont la clé. J’ose le dire, dans la
propagation de la foi il faut le dynamisme et l’enthousiasme que l’on rencontre
parfois chez certains dans l’exercice de leur profession. Certains vont me
dire : Pourquoi ne parlez-vous pas de l’Esprit Saint, lui qui est si
actif ? Oui, l’Esprit Saint agit, mais aussi avec les chrétiens dont il
fait des témoins.
L’Eglise
n’a pas vocation à prendre possession du monde, mais à être signe du Christ.
Les membres de l’Eglise seront toujours le petit nombre. Ceux qui la font vivre
ressemblent souvent à ces gens qui ont accepté d’entretenir le feu. Ils le
rechargent de bois. Ils veillent pour que la flamme demeure. Tout le monde le
voit et en bénéficie, surtout dans la nuit. Les passants peuvent s’y arrêter,
s’y éclairer et s’y chauffer. L’Eglise, heureusement qu’elle est là avec sa
poignée de pratiquants accueillants et rayonnants…
Se recueillir
Le croyant, s’il veut
tenir dans la foi, doit ressembler à un de ces gros arbres solidement enracinés
en terre. Un arbre se développe et montre sa vitalité par ses branches et son
feuillage. Mais, elle a beau être cachée, c’est la sève qui donne à l’arbre sa
belle apparence et ses fruits. Sa cime n’existerait pas sans les racines
enterrées. Comme un arbre tout entier a un impérieux besoin de ses racines
enterrées en profondeur, le croyant a besoin d’une vie intérieure qui alimente
sans cesse sa vie extérieure. Pour cela, il doit s’exercer au silence qui lui
permet d’accueillir et de stocker ce qui va ravitailler sa source. Quand le
croyant s’apprête à se recueillir et à prier, il doit se couper de toute
distraction qui pourrait parasiter son écoute intérieure.
Se recueillir ressemble au
travail du jardinier qui oriente et concentre l’arrosage d’un endroit en
bouchant des rigoles pour éviter à l’eau de se disperser. Prier demande de se
concentrer…
