La
splendeur de l'Invisible rayonne en tout être et relie tous les êtres dans sa
lumière, de l'atome à l'étoile et des vivants aux morts. Mais seuls les yeux du
coeur voient l'invisible, la beauté pure : la beauté d'une vie en est le
reflet. Tandis qu'ici-bas nous sommes plongés dans la séparation, absents à
nous-mêmes et absents aux autres car inachevés, imparfaits et par suite
insatisfaits, dans le royaume de l'Invisible qu'on appelle à tort l'au-delà
nous sommes présents à nous-mêmes et aux autres. Nous avons trouvé la béatitude
dans celui qui, nous unissant à lui, nous rend parfaits et nous donne sa
plénitude : tous nos manques sont comblés en lui.
La
mort est le passage de l'apparence visible à la réalité invisible. Les morts ne
sont séparés de nous que par la frontière des sens : nous souffrons de ne plus
pouvoir les toucher, les voir, les entendre. Eux nous voient, nous entendent.
Pleurer sur leur absence, c'est pleurer sur nous-mêmes. Puisque nous les
aimons, comment ne pas nous réjouir de leur bonheur en Dieu ? Le ciel est la
présence de l'éternel et la communion de tous en Celui qui nous aime, chacun
d'un amour unique et préférentiel. Au ciel, nous retrouverons ceux que nous
avons aimés, mais alors qu'ici-bas, nous ne les connaissions que partiellement,
puisque eux et nous étions inachevés. Notre amour était acceptation, souvent
douloureuse de part et d'autre, de nos imperfections mutuelles. L'union en Dieu
nous permettra de nous connaître les uns les autres dans la totalité et sans
opacité.
Les
morts ont un grand avantage sur les vivants : c'est qu'étant vivants de la vie
de Dieu, ils en ont le regard. Et parce qu'ils nous voient dans notre vérité
qui souvent nous échappe, ils peuvent, si nous le leur permettons, nous aider à
vivre ce que nous sommes, ce pour quoi Dieu nous a créés.
Si
nous traversons les apparences du voile où l'Invisible tout à la fois se cache
et se fait connaître, nous découvrirons ce que savent les Saints, que tout est
'Un". C'est vers l'unité, déjà là mais aussi toujours à venir, car elle
nous dépasse, que tout converge, unité divine qui relie tous les êtres en elle
et les uns aux autres. Non dans une fusion impersonnelle, mais au contraire
dans un renforcement de la conscience personnelle. Car plus une âme est proche
de Dieu et des autres, plus elle se sait unique. Plus elle se donne, plus elle
connait son néant et sa parenté avec tous les êtres, vivants et morts réunis
dans l'Invisible infini.
Ceux
qui sont morts ne sont pas absents, mais bien plus présents à nous qu'ils ne le
furent jamais, puisqu'ils sont désormais dans le présent éternel. Ils ont aboli
toute pensée étrangère à leur amour pour Dieu et pour nous.