21 octobre 2009
Pourquoi demander de prier pour les défunts ?
La prière pour les défunts non seulement lors de leurs
obsèques mais aussi dans le "memento" prévu par l'Eglise lors des
différentes messes célébrées est-elle souhaitable et justifiée ? Les personnes
décédées ont-elles besoin que l'on prie pour elles ? Leur état définitif dans
l'au-delà n'est-il pas fixé dès leur mort ? La prière peut-elle intercéder
auprès de Dieu en leur faveur ? Sinon, à quoi bon prier pour les morts ?
Les chrétiens croient que les "morts à la
terre" sont vivants en Dieu. La prière habitée des souvenirs que les
vivants conservent en eux établit une communion entre ces deux rives de la vie,
celle actuelle et celle éternelle. Aussi peut-on dire que la prière pour les
morts permet une aide mutuelle. Chez Dieu, les défunts aident ceux qu'ils ont
laissés continuer leur chemin, et ceux-ci, dans la prière, la Messe, parlent
d'eux à Dieu.
Mais pourquoi faut-il offrir de l'argent pour
"faire dire des messes" ? L'amour de Dieu n'est-il pas gratuit ?
N'est-ce pas attribuer un aspect commercial à un DON de Dieu que l'Eglise est
chargée de transmettre ? Bien sûr il arrive souvent aux Paroisses de prier pour
les morts sans recevoir d'offrandes. Pourtant chacun devine qu'une Paroisse
doit faire face à des besoins financiers, par exemple la subsistance des
"permanents" d'Eglise que sont les prêtres. Offrir un peu d'argent à
sa Paroisse quand on demande à ses membres rassemblés pour la Messe de prier
pour un défunt est une forme d'échange réciproque. En aucun cas un troc ou une
opération marchande ! L'offrande pour une "intention" de Messe, c'est
une façon de contribuer à faire vivre l'Eglise pour qu'elle continue à remplir
ses diverses missions.
09 octobre 2009
La mort contient la vie
Si
la mort débouche sur le néant, notre foi est vaine.
Si
après le temps de vivre, la joie de découvrir, de connaître, si après avoir
servi, donné, aimé, pardonné, créé, amélioré, si après avoir peiné, souffert,
souvent essayé, parfois échoué, si après les choix et les combats, les débuts
et les recommencements, tout disparaît entièrement, alors le sens de la vie ne
dure que le temps de son existence.
Alors
le sens de la vie ne dure que la vie temporelle elle-même.
Par
contre, si peu à peu dans cette vie que désagrège la mort, existe une autre vie
que l'usure du temps ne peut détruire, une vie divine accueillie, telle une
source fréquentée à laquelle notre existence s'alimente, alors la mort n'est
pas seulement une fin, elle devient surtout un début.
La
mort devient une naissance à cette autre vie, un accostage à l'autre rive,
après la traversée qu'est la durée d'une existence terrestre, la mort débouche
sur la découverte du versant caché de la montagne que l'on gravit et du sommet
que l'on atteint. C'est le fleuve qui découvre la mer et s'y jette.
La
mort des êtres chers nous en sépare, mais c'est en attente de retrouvailles
futures. La douleur déchire notre coeur, interroge nos esprits, parfois nous
révolte.
Il
y a des morts qui accomplissent une vie comme s'achève une journée bien
remplie, il y a des morts interruption brutale comme on fauche un blé en herbe,
il y a des morts délivrance quasi souhaitée quand la vie n'est plus la vie.
Saint
Paul disait : "Si le Christ n'est pas ressuscité, notre foi est vaine,
mais s'il l'est, comme nous le croyons, la mort est "passage" à
Dieu".
Après la mort, la vie
Notre civilisation avait phagocyté la mort. Les
cimetières qui entouraient nos églises sont parfois passés en lointaines
banlieues, hors les murs de la ville, par exemple à sa sortie. Loin des yeux.
Autrefois, le mort était exposé dans la maison de la vie familiale. Les gens du
village ou du quartier défilaient pour rendre un dernier adieu à son visage.
Aujourd'hui, il attend ses obsèques et la mise en terre ou la réduction en
cendres dans l'asepsie d'un salon mortuaire.
Or, aujourd'hui, la mort revient comme une réalité
qu'il faut bien affronter. Car la mort est la plus grande certitude de notre
vie : chacun disparaîtra. D'autres habiteront notre logis. Assumeront nos
tâches. Accompliront les actes que nous aurons laissés. Les traces de notre
présence s'estomperont. Tout cela semble pouvoir donner raison à Sartre qui
disait que "l'existence est absurde
et que rien n'aurait dû exister".
En fait les hommes de tous les temps ont cru à leur
immortalité. Les philosophes grecs parlaient d'aura spirituelle. La Bible
perçoit plus profondément l'amour comme ce qui demeure par delà la mort. Car
quiconque aime vraiment en ce monde, non du simple désir qui s'assouvit et
oublie tout pour ne penser qu'au désir suivant, mais de l'amour don de soi,
sait que l'amour ne meurt pas. St Jean l'écrit explicitement.
Ceux qui s'étourdissent ou se disciplinent sagement
pour oublier "la catastrophe finale" qui nous attend tous n'ignorent
pas l'angoisse qui habite tout homme. Une voie souhaitable est celle des saints
qui partagent la vie de Dieu : l'amour véritable qui est don au-delà du désir.
La mort devient pour eux une nouvelle naissance "à Dieu" et au
bonheur dont la vie ici-bas est gestation, pour former en nous l'amour qui ne
meurt pas. Bergson voyait dans cette expérience la meilleure preuve de
l'existence de Dieu.
Chaque fois que nous célébrons la messe,
l'Eucharistie, nous faisons mémoire de la mort du Christ, mais aussi de son
passage à la vie par la Résurrection. "Si nous mourrons avec le Christ,
avec lui nous vivrons". Voilà l'Espérance qui nous habite en ce jour de
souvenir de tous nos morts. Ils sont vivants. Avec eux, prions Dieu d'Amour et
de Vie.
Devant la mort
Vous avez marché ensemble sur les routes humaines.
Vous étiez unis par un lien lentement tissé, au fil des événements difficiles
ou heureux partagés de tant de façons. Cet être qui vous était si cher est
parvenu au terme du parcours. Il a moissonné et engrangé les fruits de son
existence terrestre. Il est parvenu au sommet de la montagne. Il en contemple
maintenant le versant caché.
Il est mort à une vie, mais pas à la Vie. Il y est
même entré pleinement, sans limites, sans restriction,. Comme une goutte d'eau
prend toute la place qu'elle veut dans la mer, ainsi les êtres qui nous
quittent sont accueillis dans l'océan d'Amour du Père.
Assister à des obsèques provoque émotion et
compassion. Une petite voix en nous avertit qu'un jour ce sera notre tour de
passer à l'autre rive et d'accoster à l'autre vie. Nous le savons, vivre c'est
marcher vers l'horizon de notre vie.
La mort des êtres que nous aimons est l'occasion en
soi de profondes interrogations : pourquoi vivre ? si tout est anéanti avec le
dernier souffle... ? Si au contraire il y a une vie céleste après la vie
terrestre, comment s'y préparer ? Et qu'en savons-nous ? Qui peut vraiment nous
en parler ? Certes, nous le savons bien, tout autour de nous a un commencement
et une fin. Y compris l'être humain, qui est mortel.
Les chrétiens, eux aussi remplis d'interrogations sur
l'origine, le sens et la finalité de leur humanité, reçoivent la réponse de
Jésus qui a vécu notre condition humaine, qui a subi la mort dont il a fait un
passage pour l'Eternité. Jésus qui a fait cette promesse : "Je suis la
Vérité, le Chemin et la Vie"...
Dieu est-il tout puissant sur la vie et sur la mort ?
Selon la foi des chrétiens, Dieu est à l'origine de
tout l'univers créé, qui d'ailleurs continue à évoluer. On peut donc
logiquement penser qu'à tout moment il peut intervenir pour modifier les lois de
la nature, puisqu'il en est l'ingénieux créateur. Or, s'il peut le faire,
pourquoi n'empêche-t-il pas les malheurs accomplis par les humains, les
catastrophes déclenchées par la nature ? Pourquoi n'arrête-t-il pas plus
souvent le processus destructeur des maladies ? Dieu n'est-il pas le maître de
la vie et de la mort ? Après avoir initié l'univers, en aurait-il perdu la
maîtrise ? Au fur et à mesure de la conquête et de la domination de la nature
par l'homme, Dieu se retire-t-il au point qu'on peut le croire absent ? Parce
que Dieu reste silencieux et discret, certains en concluent qu'il n'existe pas.
Certains autres doutent de sa Toute-Puissance. Mais de quelle Puissance peut-on
parler à propos de Dieu ?
Parce que l'univers a ses lois et parce que l'homme a
la liberté de penser et d'agir, Dieu consent à ne pas tout pouvoir à tout
moment. Par choix, il compte avec la nature et avec les pouvoirs de l'homme
qu'il appelle à se comporter en associé.
Le monde créé par Dieu est imparfait et inachevé,
transformable et perfectible. La vie, la souffrance et la mort en font partie.
Bien sûr, miraculeusement Dieu peut soustraire la condition humaine à ses lois
qu'il a lui-même initiées. Mais il le fait très exceptionnellement.
Et en réalité, c'est grâce à Jésus que nous découvrons
une autre et inimaginable Toute-Puissance de Dieu ! En partageant pleinement
notre vie humaine, la pauvreté, les souffrances, les échecs, le mépris, le
rejet et la mort, Jésus révèle que la toute-puissance libératrice, c'est
d'aimer en tout et tout le temps de la vie. Jésus, le Fils, montre ainsi quel
pouvoir Dieu le Père a choisi. Plusieurs fois pourtant, Jésus a ressenti la
tentation d'échapper à ce long chemin de l'existence humaine semé d'embûches.
Mais Dieu ne l'y soustraira pas ! Ainsi Jésus, serviteur souffrant, pourra-t-il
devenir "chemin, vérité et vie" pour tout homme. Jésus se soumet aux
lois de l'existence terrestre qu'il transforme en occasions de progrès par le
pouvoir exclusif de l'amour.
De la Toute-Puissance de Dieu invoquée pour échapper à
la condition humaine, par Jésus l'on comprend que l'authentique puissance que
Dieu peut exercer en notre faveur, c'est celle de nous aider à demeurer dans la
foi, l'Espérance et l'Amour. Comme Jésus. Si Dieu n'intervient pas directement,
mais par l'homme, dont il a fait un associé, contre le mal, le malheur, la
mort, ce n'est surtout pas parce qu'il se désintéresse de nous. Il souffre en
silence de nos blessures et se réjouit des progrès de la vie.
"Son
seul pouvoir, c'est l'amour désarmé", selon le mot du philosophe Paul Ricoeur. Or cet Amour qu'il nous
partage développe une vie en nous que n'atteint pas la mort. Ce qui fait dire à
St Jean : "Celui qui aime ne meurt
pas". La seule puissance de Dieu, c'est l'Amour. Et par le chemin de
l'Amour, c'est la vie.
LA MORT EST UN PASSAGE VERS LA VIE
La
splendeur de l'Invisible rayonne en tout être et relie tous les êtres dans sa
lumière, de l'atome à l'étoile et des vivants aux morts. Mais seuls les yeux du
coeur voient l'invisible, la beauté pure : la beauté d'une vie en est le
reflet. Tandis qu'ici-bas nous sommes plongés dans la séparation, absents à
nous-mêmes et absents aux autres car inachevés, imparfaits et par suite
insatisfaits, dans le royaume de l'Invisible qu'on appelle à tort l'au-delà
nous sommes présents à nous-mêmes et aux autres. Nous avons trouvé la béatitude
dans celui qui, nous unissant à lui, nous rend parfaits et nous donne sa
plénitude : tous nos manques sont comblés en lui.
