Un enfant trop considéré comme ayant les capacités et les pensées d'un adulte ne va pas grandir normalement ! Il a besoin de prendre conscience à la fois de ce qu'il n'est pas et de ce qu'il a les possibilités de devenir. Quand il s'entraîne sur le stade, l'athlète prend autant la mesure des performances auxquelles il parvient que celle de ses limites et des objectifs qu'il se donne à atteindre. Heureusement qu'il n'est pas satisfait et qu'il a de l'ambition dans ses compétitions, car c'est à cette condition qu'il progresse et qu'il accepte de souffrir pour cela !

Il est des gens qui pensent bien faire en abaissant la corde du saut en hauteur pour faire plaisir à leurs enfants. En réalité ils ne font qu'accentuer leur prétendue incapacité à sauter plus haut. Il faut aider les enfants à prendre conscience à la fois de ce qu'ils savent et de leur capacité à apprendre toujours plus.

 

Or dans ce temps liturgique qu'est l'Avent, - ces quatre semaines avant Noël -, l'Eglise propose cette pédagogie de l'attente active et de la progression. L'Avent, qui vient du latin adventus, souligne ce qui peut advenir. Il s'agit donc pour les croyants de saisir l'occasion de l'Avent comme un temps privilégié pour faire le point à la fois de ce qu'ils sont et de ce à quoi ils sont appelés. L'Avent permet de prendre davantage conscience des manques et des distances pour les combler, et des questions qui se posent pour y chercher des réponses.

 

Dans une société mouvante, mobile et changeante, voici l'occasion de résister à l'impatience et d'exercer ses capacités à l'endurance et à l'attente. Dans une culture de l'immédiateté, du tout tout de suite, de consentir à la durée et aux délais en sachant bien, avec l'Ecclésiaste, "qu'il y a un temps pour tout". L'Avent rappelle à la maman qu'elle doit se préparer le temps qu'il faut pour donner naissance à son enfant. Le paysan sait qu'il faut être patient à travers les diverses saisons avant que le moment de moissonner n'arrive. L'athlète sait d'expérience qu'il doit d'abord longuement et souvent s'entraîner avant de mériter ses lauriers ! L'Avent nous rappelle que nul ne peut enjamber le temps, prendre des chemins de traverse sans compromettre tout le bénéfice qu'apporte l'itinéraire.

 

Jésus aimait répéter que "son temps n'était pas encore venu" à ses proches qui, eux, voulaient le voir se précipiter vers le "pouvoir" pour "prendre les choses en mains" et maîtriser la situation. L'Avent est une période d'enracinement, d'approfondissement, de mûrissement, de renouveau intérieur, d'évaluation entre le lieu où chacun est arrivé et le lieu où il se sent invité à se rendre.

 

Tenons-nous prêts. Jésus va venir. Ne soyons pas distraits. Ni surpris. Ayons les yeux, les oreilles, l'esprit, les mains, le cœur ouverts… Comme les sportifs s'entraînent avant une compétition, comme des élèves révisent avant un examen, ou comme les musiciens et chanteurs répètent avant un concert, comme une famille prépare la maison et s'apprête à accueillir un invité de marque… qui peut être un bébé…, les chrétiens se préparent à fêter la venue sur terre de Jésus.

Développons en nous la patience, la tempérance, la maîtrise de soi et la confiance…