L'Evangile du 1er dimanche de Carême est chaque année celui des tentations que subit Jésus au désert peu avant le début de ses trois ans de vie publique. Faut-il s'étonner que Jésus de Nazareth ait dû lui aussi passer par des tentations, comme tout un chacun des humains dans sa propre vie ?

 

Non ! Puisque les tentations font partie de la capacité dont chacun est doté de pouvoir et devoir choisir son chemin. La liberté de conscience est une des marques caractéristiques de la dignité humaine. On peut donc affirmer que l'existence de la tentation montre qu'il n'y a pas de destinée fatale fixée dans la vie d'un homme. Si être tenté constitue parfois une épreuve, c'est aussi une preuve que l'homme est invité à exercer sa capacité à discerner et à décider en conscience. Son choix lui appartient. Il en en est donc de même pour ses responsabilités et ses actes… Certes la liberté est plus ou moins éclairée, comme la lucidité sur les conséquences prévisibles des décisions.

 

Les tentations sont diverses et multiples. Elles sont plus ou moins graves. On l'aura compris : si quelqu'un n'était jamais tenté, c'est qu'il serait devenu un automate soumis à un téléguidage externe qui lui aurait fait perdre toute capacité à choisir par lui-même. Dans son rapport à l'homme, jamais Dieu n'a exigé une foi qui aliénerait sa liberté. Dieu n'est pas le pilote de notre vie humaine, il est plutôt notre passager. Il est avec nous pour nous assister, nous conseiller et soutenir nos choix lorsqu'ils vont dans la bonne direction, pour nous interpeller en cas d'erreur, nous soutenir si nous allons au fossé !

 

Les tentations de Jésus illustrent l'humanité de Jésus, qui avait à s'approprier pleinement ce qui allait lui arriver dans sa vie publique. Comment ne serions-nous pas nous-mêmes soumis à la tentation puisque nous sommes appelés à la liberté ? Cela fait partie des pièges et des chances de notre condition humaine…

 

Tentés, ne le sommes-nous pas souvent ? Tentés d'être exemptés des limites, faiblesses et erreurs inhérentes à la condition humaine, ne rêvons-nous pas de toute-Puissance ? Tentés de convaincre jusqu'à dominer les autres qui nous dérangent et nous font obstacle par leurs paroles, leurs actes, leurs convictions, ne découvrons-nous pas en nous des tendances hégémoniques ? Tentés de tout acheter, depuis les biens matériels et immobiliers jusqu'à l'affection et la vie, ne sommes-nous pas imprégnés et prisonniers du matérialisme ? Pressés par le temps qui court si vite, ne sommes-nous pas tentés de sacrifier des pans entiers de notre vie comme de laisser en jachère le temps que nous devrions consacrer à notre vie spirituelle et religieuse, en donnant la préférence et la quasi-exclusivité aux "temps rentables et efficaces ?

 

Que de fois ne sommes-nous pas tentés, qui sont comme autant de fois où il nous faut analyser, discerner, choisir, en tirer des résolutions concrètes pour notre vie, puisque chacun de nous est doté d'une merveilleuse (et dangereuse) capacité nommée liberté…