Jean 9 1-41

 

L'évangile de Jean commence par un chapitre où le Verbe de Dieu est décrit en terme de Lumière : "Et le Verbe était la lumière véritable qui éclaire tout homme" (Jn 19). "Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde", dit même Jésus tandis qu'il s'apprête à ouvrir les yeux de l'aveugle né. Guéri, cet homme témoignera en faveur de Jésus. Mais les Pharisiens ne veulent pas admettre que cet homme a ouvert les yeux grâce à Jésus, puisqu'on ne sait pas d'où il vient, puisqu'il n'a pas respecté l'interdit d'action le jour du Sabbat. L'aveugle né va voir, comprendre, et même croire en Jésus. Les autorités religieuses qui avaient des yeux vont refuser l'évidence et s'installer dans un aveuglement qui va jusqu'à condamner. "Tu es tout entier plongé dans le péché depuis ta naissance et tu nous fais la leçon ? Et ils le jetèrent dehors".

 

Or nous apprenons dans cette page d'Evangile qu'il n'y a pas de lien entre la cécité et une quelconque culpabilité. La clairvoyance ne s'exerce pas seulement avec des yeux ouverts, mais aussi avec un cœur droit et sincère, et une conscience en quête de vérité. Pour découvrir Jésus, il faut être disponible et libre de préjugés ou de présupposés ! Qui ne cherche pas ou plus ne verra ni ne connaîtra pas. Avant de guérir, cet aveugle développait déjà en lui le désir de découvrir le réel. Aussi, en lui ouvrant les yeux, Jésus en a immédiatement fait un "voyant" et, peu de temps après l'accomplissement de l'obligation de ses récits, un "croyant". Jamais cet homme n'a consenti à composer ou modifier son témoignage selon les menaces proférées ou l'intimidation exercée sur lui. L'objectivité est au service de la vérité qui nous demande de ne pas nier l'évidence et de consentir aux faits réels.

 

Car le thème de la lumière est articulé à celui de la vérité. On peut avoir les yeux ouverts et demeurer dans l'obscurité. On peut être aveugle physiquement et être habité par la lumière de la Liberté, de la Justice et de la Vérité. Tout chrétien est appelé à veiller et à garder ouverts les yeux, les oreilles, l'intelligence et le cœur. Ceux qui voient et croient doivent continuer à chercher. Car chacun ne détient qu'une part de vérité en soi, jamais la totalité qui n'appartient qu'à Dieu. Un aveugle dont les yeux s'ouvrent à la lumière n'entame en rien cette lumière et n'en prive personne. Au contraire, ce que nous voyons ensemble fait de nous des frères bénéficiaires de la même Lumière.

 

Le handicap de naissance de cet homme et sa guérison ont été son chemin de foi. Rien de pire que ce qui nous encombre et nous fait camper sur des convictions arrêtées. Ceux qui déclarent que croire est ringard, que réfléchir, s'interroger, prier, c'est du temps perdu, se privent du recours de leur conscience intérieure. Les parents de l'aveugle, parce qu'ils avaient peur, se dérobent. Les pharisiens, parce qu'ils sont très sûrs d'eux, refusent d'accepter l'évidence. Seul l'aveugle apparaît libre et ose affirmer avec force ce qu'il voit et croit. Tout le monde sait l'importance de "l'image" dans la culture dans laquelle nous vivons et qui se donne mission de "tout montrer"… Que d'appareils nous permettent ainsi de télévisualiser ce qui se déroule au bout du monde !...

 

Le monde actuel est traversé par des courants dominants et vit sous influences multiples. Pour voir clair et discerner, il faut à chacun demeurer libre et parfois aller à contre-sens. "Interrogez-le, il a l'âge de vous répondre". N'est-ce pas aussi une phrase qui nous est destinée ? A chacun revient le soin d'oser témoigner de la lumière qui éclaire et oriente sa vie, son sens et son horizon. Durant sa vie publique, Jésus a rencontré l'hostilité de gens certains d'être dans le droit et la vérité. Il s'est heurté à leur cécité. Il lui a été difficile de les interpeller, d'ouvrir leurs esprits, car ils avaient l'esprit et le cœur verrouillés. "Certains ont des yeux et ne voient pas, des oreilles et n'entendent pas". "D'autres ont une bouche et une langue et ne parlent pas"…