Une collégienne de 13 ans a été violée, assassinée et brûlée par un lycéen de 17 ans du même établissement scolaire. Ce dramatique événement plonge deux familles dans une peine immense. Il interroge les jeunes, les parents et tous les éducateurs sur les causes lointaines et immédiates d'un tel drame. Ce lycéen avait déjà commis un acte semblable qui fort heureusement n'était pas allé jusqu'à l'assassinat. Il était suivi par les services de la justice et recevait des soins psychologiques. Mais, comme toujours face à de tels événements, la pression de l'opinion a exigé sur le champ que soient désignés des coupables.

 Mon propos n'est pas de me mettre moi aussi à chercher à qui il faut attribuer la faute de ce drame. J'aurais plutôt envie de dire que la culpabilité d'un tel enchaînement trouve son enracinement dans une société démissionnaire et laxiste. Chaque jour par les médias, sur internet, dans la rue, chacun respire une culture qui gomme les points de repère, brouille les normes, interdit les interdits, incite à franchir les limites, en un mot à relativiser, à prendre les raccourcis, à vivre selon les impulsions et les instincts, pour des plaisirs immédiats et individualistes. La pornographie partout présente incite à faire main basse sur quiconque, sans respect ni préalable. L'avortement et l'euthanasie envisagés comme des droits à maîtriser entièrement la vie, de son début à sa fin, révèlent une tendance actuelle de l'homme à ne dépendre que de son vouloir individuel, sans aucune référence à des valeurs auxquelles il accepterait de se référer pour décider. Le seul droit reconnu est celui du plus fort capable de s'imposer et de dominer. Cette conception archaïque méprise les faibles, les désarmés, leur imposant la soumission, y compris par la violence extrême allant jusqu'à provoquer la mort.

 Oui ! Je le pense vraiment, à force de laisser penser comme allant de soi que l'être humain ne doit pas accepter de contraintes, n'est soumis à aucune loi, que l'autre n'est qu'un instrument pour assouvir ses désirs et ses pulsions les plus animales, faut-il s'étonner que les plus exposés et les plus vulnérables traduisent en actes néfastes cette culture mortifère ?… Face à l'accumulation de traits de la culture ambiante que nous respirons, tous les êtres ne sont pas égaux en lucidité et en force pour y résister et décider de leur propre comportement. Dans l'histoire de certains, des fragilités existent comme autant de traces durables qui les laissent vulnérables, tandis que d'autres auront la capacité de tracer droit leur chemin, de résister et de choisir.

 Mais je voudrais encore évoquer une autre caractéristique de la culture bien pensante de notre époque, qui est celle de l'usage de la dérision comme moyen de se moquer, de tourner en ridicule ceux qui ont des convictions et des comportements non conformes aux normes à la mode ! Ces gens qui ironisent, caricaturent, qui tirent à vue sur les croyances et des engagements personnels, ne se rendent pas compte combien leur œuvre est méprisante. Elle sape les bases sur lesquelles reposent les grands principes d'une civilisation humaniste faite de respect de la vie et de la dignité de tout être, à commencer par le plus pauvre, le plus fragile, le plus petit… Alors, à qui est-ce la faute, cet immense gâchis, à certains plus qu'à d'autres sans doute, mais aussi à nous, en chacune de nos démissions ou renoncements, dont il n'y a pas lieu d'être fier.