Prenez garde, veillez…

"Prenez garde, veillez"… Ce conseil que Jésus donnait à ses disciples demeure d'actualité dans nos vies d'aujourd'hui. Permettez-moi de montrer par quelques exemples concrets que Jésus s'adresse à nous.

Veiller, c'est ouvrir les yeux, les oreilles pour être en mesure de connaître ce qui se passe, les causes, les conséquences, les influences en jeu.
Veiller, c'est discerner. C'est le contraire d'admettre sans réfléchir les pensées univoques, les explications superficielles.
Veiller, c'est rester debout et non se laisser bercer jusqu'à s'endormir, jusqu'à se laisser berner.
Au fond, c'est avoir une capacité de résistance aux idées préfabriquées à l'image des produits surgelés à consommer avec la sauce toute faite qui l'accompagne.
Veiller, c'est prendre les moyens de se faire sa propre idée et ne pas se laisser surprendre par l'imprévu qui survient…
Le contraire de veiller, c'est accepter de se laisser mener par le bout du nez…

Dans ce qu'on appelle "la crise", veiller, n'est-ce pas au moins recueillir les messages humanistes qu'elle comporte ? La crise n'est-elle pas une bonne occasion de recentrer nos vies sur des valeurs essentielles et de nous délester de ce qui est artificiel et superflu ? La crise ne donne-t-elle pas lieu à des réveils de gestes solidaires et de comportements plus ouverts aux autres ? La crise ne comporte-t-elle pas des appels à être plus attentifs et à l'écoute de celles et ceux qu'elle fragilise ?

Devant ce fait divers horrible dans lequel un jeune de 17 ans est devenu meurtrier, avons-nous adopté une attitude de veilleurs en essayant d'approfondir les causes dans lesquelles s'enracine un tel geste ? Ou bien nous sommes-nous contentés d'adopter immédiatement le point de vue et le questionnement de la presse et de l'opinion publique ? Veiller, n'est-ce pas oser discerner et distinguer le degré de liberté, d'imputabilité, de responsabilité et de culpabilité… Sans minimiser ni vouloir disculper quiconque, n'est-il pas possible de porter sa réflexion sur ce qui contamine la culture que la société actuelle nous donne à respirer à chaque instant ? Veiller, c'est s'efforcer de voir clair.

Un troisième fait concerne les débats politiques dont la prétention est toujours d'éclairer les citoyens sur les choix alternatifs possibles et les moyens différents parfois opposés pour y parvenir. Un devoir d'objectivité et d'explications s'impose. Veiller demande la clarté, refuse la démagogie et les camouflages, vise à savoir. Pour attraper des voix et s'entourer de partisans, la vérité n'est-elle pas parfois sacrifiée au profit de la flatterie ? Des idées fumigènes ne sont-elles pas proférées pour éviter d'avoir à révéler des situations difficiles qui remettent en cause et appellent à des exigences, des changements de comportement individuels ou collectifs ?

Dans le déroulement de son existence, et en particulier dans ses trois ans de vie publique, Jésus apparaît toujours comme un veilleur. Il ne semble jamais pris au dépourvu ni surpris. Il fait face à ce qui arrive. La rencontre des malades, des handicapés, les pièges de ses opposants, et même la trahison de l'un de ses proches, le reniement d'un autre… Rien ni personne ne va déstabiliser sa stature de veilleur qui demeurera debout jusque dans le dialogue avec Pilate sur la vérité et le pardon accordé sur la croix à ses bourreaux qu'il juge manipulés : "Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font"…