Parmi les Noëls qui m'ont le plus marqué, il y a celui vécu dans un bidonville de Reims sous une tente marabout de l'armée dressée sur le terrain boueux où vivaient des dizaines de familles du quart-monde. Malgré le froid glacial, cette Messe fut lumineuse et chaleureuse. J'ai peut-être mieux ressenti la grandeur de l'Amour de Dieu tout-puissant dans le dénuement et l'humilité manifestes dans ce décor de baraques bâties de bric et de broc. Et quand à la question posée à l'assemblée : "A qui peut-on dire merci ce soir où nous célébrons la naissance du fils de Dieu ?" une vieille dame a dit : "moi, je remercie la paille qui a recueilli Jésus la première", cela m'a rappelé une scène du célèbre film de Fellini "La Strada", dans laquelle on voit l'héroïne comparée à un galet de la plage et en faire l'éloge, considéré comme négligeable et pourtant indispensable.

 Je pensais aussi à ce dernier flocon de neige tombant après des milliers d'autres sur les branches du sapin qui commencent, à cause de lui, à plier… Je pensais à ces étoiles qui, les unes à côté des autres, illuminent et forment chacune et ensemble la même voûte céleste.

Noël, c'est encore le sel qui se fond dans les aliments pour mettre en valeur leur saveur….

 Et Noël, cela me fait aussi penser à la métaphore du colibri :

La scène se passe en Amazonie. Un immense incendie ravage la forêt. Terrifiés, sidérés, les animaux observent le désastre. Seul un petit colibri se démène pour aller chercher de l'eau dans le fleuve avec son bec. "Tu ne crois tout de même pas que tu vas éteindre l'incendie avec ces quelques gouttes ?" lui lance un tatou. "Non", répond le colibri, "mais je fais ma part".

Cette légende amérindienne, popularisée par l'écrivain écologiste Pierre Rabhi, a beaucoup à nous dire sur le temps de crise que nous traversons. Face à la bourrasque financière qui sévit depuis trois ans, face à cette muraille de dettes publiques dont le montant dépasse l'entendement, le simple citoyen se sent impuissant. Il ne voit pas ce qu'il peut faire d'autre qu'attendre, en espérant une amélioration sans savoir quand ni comment.

 Or chacun peut faire quelque chose pour que cette amélioration arrive plus vite. Chacun peut apporter une pierre, même toute petite, à la reconstruction de notre modèle économique et social. Dans nos paroisses comme dans la société, chacun peut avoir la foi du colibri et prendre les responsabilités pour lesquelles il se sent fait. A Noël, Dieu s'abaisse et se fait petit pour nous grandir. Jésus, fils de Dieu créateur tout-puissant du Ciel et de la Terre, de l'univers, s'abaisse pour se mettre à notre hauteur d'homme et nous apprendre la vraie grandeur, la vraie hauteur et la vraie profondeur de notre condition terrestre, son origine, sa trajectoire, son sens et son horizon.

 Aujourd'hui, célébrer Noël ce n'est pas seulement faire mémoire de Jésus venu dans notre histoire, c'est peut-être surtout accepter d'ouvrir son esprit et son cœur à la vérité qu'Il est devenu. Ce n'est plus à la grotte de Bethléem qu'il naît au monde, mais dans le jardin intime de quiconque lui ouvre grande la porte de sa vie. En toute existence humaine Jésus aime "entrer" par la porte de la liberté de conscience pour y "crécher" et y "demeurer". Accueillons donc Jésus avec joie dans nos cœurs et qu'il nous accompagne dans toutes les saisons de notre itinéraire.