Au sortir de l'hiver, comme les agriculteurs et les jardiniers voient les semences sortir de la terre en jeunes pousses, les communautés chrétiennes accueillent les jeunes couples désirant se marier, les parents sollicitant le baptême d'un nouveau-né et des enfants se préparant à la première des communions. Tous ces "demandeurs" de sacrement ont en commun d'avoir réfléchi et nourri les raisons de leur démarche. Certains invoqueront la tradition, d'autres des convictions personnelles, d'autres parleront de rites dont notre humanité et le vivre social et familial ont besoin.

 Certains parents auront beaucoup hésité avant de se marier, de baptiser un nouveau-né, d'inscrire leurs enfants au catéchisme, au nom de la liberté qui pourrait être entamée par un tel engagement. Mais lorsqu'ils s'aperçoivent que la vie ne se déroule bien qu'à la condition de s'impliquer, alors ces signes consentis et réfléchis en chemin que sont les sacrements révèlent leur sens profond.

 Les sacrements sont des rendez-vous que l'Eglise propose aux humains avec Dieu. C'est le Père qui montre son Amour par des paroles, des gestes, des symboles, qui à la fois le transmettent et le traduisent. N'avons-nous pas besoin dans notre vie d'avoir des preuves tangibles, sensibles, visibles, audibles, de notre amitié et notre affection, et réciproquement ? La foi a elle aussi besoin de s'incarner de façon à être perceptible par nos sens, notre intelligence, notre conscience, notre cœur. Ainsi tout sacrement peut être regardé comme une façon pour Dieu de montrer son Amour paternel, permanent et persévérant. Certes l'accueil de cet amour divin non seulement laisse libre, mais encourage et renforce l'aspiration à être responsable. Tout comme la source est loin de vérifier ce que la rivière fait de l'eau qu'elle lui fournit en abondance, et que, sur la base de la confiance, la rivière peut tracer son parcours et dessiner des méandres.

 Dans tout sacrement, on retrouve l'esprit d'alliance qui transpire à travers toute l'histoire biblique. Chacun est respecté dans son intégrité et accepte de s'associer en donnant ce qu'il peut et ce qu'il a. A aucun moment il ne s'agit de conditionnement, de chantage ou de marchandage, car la caractéristique de l'Amour de Dieu est d'être gratuit, gracieux, sans même une condition de réciprocité… Un peu à l'image de la pluie qui, à certains endroits, va pénétrer la terre jusqu'à pouvoir ravitailler les nappes phréatiques et à d'autres endroits ravinera et sera refusée parce que la terre est imperméable…

 Faut-il souligner aussi que les sacrements qui puisent leurs racines dans les paroles et les actes de la vie de Jésus garderont toujours une part de Mystère, au sens où l'on ne pourra jamais comprendre entièrement pourquoi et comment Dieu nous aime tant…

 Faut-il le rappeler enfin, un sacrement n'est pas un aboutissement mais un commencement. Malgré cette évidence, la différence entre le nombre de baptêmes et le nombre d'enfants inscrits au catéchisme augmente. Comme si, après avoir semé, le jardinier ne se préoccupait plus d'accompagner d'eau et de soins les semences quand elles germent et sortent de terre. Aucun sacrement ne se suffit à lui-même. Chacun a besoin d'être explicité à travers une vie qui en témoigne.