Manifester ses convictions, parfois sa colère contre des décisions envisagées ou déjà prises - fermeture d'un collège, d'une entreprise…- est non seulement un droit à l'expression, mais plus encore une façon de se montrer solidaire et de faire valoir son attachement à ce qui est juste. Les éleveurs, par des actions spectaculaires, savent frapper l'opinion et montrer les inégalités de traitement dont ils sont victimes. Craignant de perdre leur emploi, des salariés d'usines autrefois florissantes et aujourd'hui menacées de fermeture organisent jour et nuit des piquets de grève autour de braseros protestataires. Certains montent au siège social de l'entreprise, parfois jusqu'au ministère, d'autres au rectorat ou à Bruxelles, Strasbourg, devant les instances de décision de la Communauté Européenne.

 Mais si protester et le faire savoir par l'intermédiaire des médias est un droit démocratique, les "mécontents" ont également le devoir de mener leurs actions dans le cadre des Droits Universels de l'Homme. Protester, contester, manifester, doit clairement distinguer le combat contre une injustice et celui contre les personnes soupçonnées d'en être les instigateurs et responsables. Autant on peut comprendre que l'on puisse s'opposer fermement à tel projet, autant on ne peut admettre que soit désignée telle ou telle personne comme bouc émissaire. Il est légitime de s'opposer, de lutter, mais jamais avec violence faite aux personnes, jamais par l'arme de la calomnie, de l'amalgame ou du mensonge.

 N'est-il pas également souhaitable que l'objectivité des faits, des chiffres, soit recherchée comme une base commune de dialogue à ouvrir entre les adversaires ? Cela suppose que l'honnêteté intellectuelle et morale, le désir de sortir d'une impasse, le bien des personnes, soient la base d'une discussion et de la recherche sincère de solutions viables et valables. N'est-il pas aussi souhaitable que, si chaque partie doit pouvoir mettre en avant ses intérêts, elle n'oublie pas non plus de les situer dans un contexte plus large des besoins légitimes d'autres groupes et d'autres personnes ? On a parfois observé que l'incompréhension se faisait irréductible du fait que la réalité de l'évolution du Monde et les changements qui en découlent étaient insuffisamment pris en compte et imposés à tous. Dans une société en perpétuel mouvement, comment s'étonner qu'aucune situation sociale ou économique ne puisse être figée d'une façon intangible ?

 En résumé, mon propos est de soutenir le droit absolu à l'expression, mais de désapprouver toute agression qui pourrait ternir la dignité des personnes et celle de leurs proches.