Devenue "mariage pour tous" à la mairie, il se peut que soit ternie cette démarche du mariage qui avait jusque là un caractère sacré et solennel. Devenu simple formalité pour les uns, promesse à durée déterminée pour d'autres, facile à rompre, ce mariage "nouvelle version" risque d'y avoir perdu en épaisseur humaine et en contenu, et bien plus encore en valeur "symbolique".

 Or, si ce mariage pour tous est ressenti comme trop banalisé, n'est-il pas à prévoir que le mariage religieux voie sa cote augmenter ? Prononcé devant les amis, la famille et Dieu lui-même, le consentement mutuel des époux est ressenti comme sacré. Il s'agit d'une parole qui engage toute la vie et le tout d'une vie. Ce sacrement entraîne à ce point vers le haut qu'il invite le couple à s'aimer et aimer de la manière même dont Dieu montre son Amour à travers l'histoire humaine. L'amour humain ne prend pas sa source dans les seules capacités d'un homme et d'une femme, mais il les puise en l'Amour même de Dieu.

 Je pense aux turbulences de tout genre que pourra traverser un couple à certains moments de son existence. S'il ne compte que sur ses propres élans intérieurs, il risque de ne pouvoir surmonter seul par exemple l'épreuve d'un conflit majeur. S'il puise en Dieu la force de s'expliquer, de dialoguer, de pardonner et de poursuivre, alors le couple sortira plus fort de cette étape. Ainsi le mariage religieux n'est-il pas tant une conclusion - et encore moins seulement une cérémonie - que l'inauguration d'une union où chacun des deux offre à l'autre le meilleur de lui-même. A l'Eglise, on se marie une fois, mais on déploie ses richesses toute sa vie durant.

 Mais tous les couples se mariant à l'Eglise peuvent-ils entrer dans ces eaux profondes de l'amour humain selon Dieu ? Je n'en suis pas sûr. Cela ne doit cependant pas inciter l'Eglise à renoncer à témoigner de la beauté, de la grandeur du mariage religieux et de ses exigences. L'on ne peut que souhaiter que les couples désireux de fonder un foyer durable, responsable et fécond, puissent trouver dans le mariage religieux les bases solides de leur consentement mutuel. Il arrive parfois aux célébrants de mariage religieux de souligner la valeur du mariage civil, comme authentique engagement devant la société. Il se peut que l'on ait désormais plus de mal à le faire pour ce mariage légalement élargi à plusieurs postures d'union. Mais on ne devrait jamais contribuer à dévaluer pour autant le "mariage à l'Eglise" qui sera pour les couples un recours encore plus désiré et qui demande à être, avec soin, préparé.