Témoin de l'actualité proche ou lointaine, comme homme et prêtre influencé par mon éducation chrétienne, attaché à mes choix de vie, il m'arrive d'être parfois heurté ou bouleversé, et parfois au contraire ému de joie, en apprenant tel ou tel fait réel.

 Fier d'être citoyen d'une "démocratie", je suis bien sûr attaché à l'idéal républicain de liberté, d'égalité et de fraternité. Pourtant la loi dite du "mariage pour tous" me heurte, car elle change le message symbolique que représente l'engagement qu'un homme et une femme peuvent assumer en toutes les dimensions. Ce point de repère fort qu'était le mariage civil n'aura plus en soi les mêmes raisons d'être. Est-il possible que sous le même vocable de mariage soient célébrés des modes d'engagement différents ? Certes la République, qui ne doit exclure aucun de ses enfants, aurait dû inventer une cérémonie civile qui donne une reconnaissance et des droits en fonction des devoirs que les couples de même sexe promettent de respecter en s'engageant. Cette opération d'assimilation sous prétexte d'égalité me semble entretenir l'illusion et la confusion. Or j'ai la conviction que l'univers, l'humanité et le progrès reposent sur l'altérité, la distinction et l'acceptation des différences, bases de toute communication et du développement des relations.

 A ce fait majeur est venue s'ajouter l'annonce du divorce d'un couple que j'avais eu beaucoup de joie à marier il y a quelques années seulement. Un bébé était venu combler de bonheur et d'amour ce couple rayonnant. Une sensation de gâchis m'envahit. Je ne suis que le célébrant de leur mariage, il n'empêche que ce fait m'atteint et m'interroge !

 Par l'émission "Vouziers, vous y êtes", je découvre avec admiration le courage, la ténacité et l'esprit d'initiative des habitants du rural "attelés" à l'élevage, l'agriculture, le maraîchage et tant de niches nouvelles qui valorisent le travail en rapport à la terre. La menace de la tuberculose et dans quelques cas les signes de la présence de cette maladie contagieuse m'ont amené à partager de près l'angoisse et la démoralisation de ces éleveurs désemparés devant les ravages potentiels ou réels de cette épidémie. L'on comprend cet attachement viscéral à un troupeau de bêtes qui ont été sélectionnées, élevées, et qui ont chacune reçu un nom qui la distingue et l'identifie.

Mais en même temps que cette souffrance chez les éleveurs victimes, je n'ai pas été étonné de constater une grande solidarité et une entraide mutuelle permettant de tenir le coup dans une période si rude. L'individualisme et le repli sur soi sont sans doute une tentation qu'il faut écarter comme une voie sans issue.

 La vie d'un "pasteur", prêtre en paroisse, n'est pas qu'exposée à ressentir des souffrances dont il est le témoin direct ou reçoit la confidence. Ces derniers temps, je me suis réjoui du cheminement d'un couple vers le sacrement de confirmation, de la sérieuse et joyeuse Profession de foi d'une vingtaine d'enfants de 6ème lors de la veillée pascale, du cheminement d'une équipe de catéchumènes accompagnée par Antoine, le diacre, et la célébration du baptême de Florent Dever de Grandpré. Plus de quarante couples se préparent à se marier cette année sur le Vouzinois. Ils y investissent le meilleur d'eux-mêmes. Diacres et prêtres appelés à présider cette cérémonie décisive dans leur vie, nous sommes heureux de les accompagner dans cette démarche. Je me réjouis également de la fondation probable d'une équipe de jeunes foyers qui, dans des réunions programmées et animées par eux, leur donnera l'occasion de partager leur vie, leur foi, leurs convictions et leurs interrogations…

 L'eucharistie dominicale qui accueille la diversité humaine pour écouter et se laisser interpeller par la Parole de Dieu, pour partager le Pain de Vie, donne un bonheur profond au Pasteur que je m'efforce d'être, en communion avec mes confrères dans le ministère presbytéral et diaconal.