La démocratie qui prône l'égalité en droits et en devoirs de tous les citoyens, quels que soient leur origine raciale et leur rang social, leur niveau de culture et leurs convictions religieuses, politiques, leurs références morales, est, comme on l'affirme souvent, le cadre du vivre ensemble le meilleur ou le moins mauvais, ajoute-t-on parfois. En effet,  au nom de la démocratie les sondages poussent nos législateurs à voter des lois. Il y aura bien ici ou là le recours à un comité d'éthique appelé à se prononcer sur le bienfondé humain d'une loi envisagée. Mais la tendance sera toujours de "permettre" et "d'ouvrir" au nom de la liberté individuelle, sans préjuger des conséquences que cela peut avoir sur les moins armés au plan psychologique ou intellectuel.

 Prenons les lois autour de la liberté de parole, celle de la presse et de la radio, qui permettent de tout dire, de tourner en dérision, de manier l'ironie et l'humour. Chacun peut constater que l'effet de cette liberté n'est pas le même sur toutes les personnes. Les uns souriront des moqueries faites à leur égard, d'autres en seront ulcérés. Aussi se pose-t-on parfois la question : existe-t-il des limites à cette liberté de parole publique ? voire des interdits, et lesquels ?

 Un autre domaine tout aussi sensible est celui de la pornographie. Les uns seront bouleversés, d'autres poussés à céder à leurs instincts, par l'érotisme des images dans la publicité comme sur les écrans de télé ou internet. Cette tendance à ne plus rien interdire dans le domaine de la sexualité rend les citoyens encore plus inégaux dans leur capacité à analyser, discerner, avoir de la distance et demeurer eux-mêmes devant ce qui leur est dit et montré. L'amour humain virtuel peut faire des ravages dans les esprits jeunes et chez les adultes les plus perméables.

 On pourrait en dire autant des "orgies" de la société de consommation qui permet d'acheter "tout ce qu'on veut", sur le champ, à crédit. Tout le monde sait les drames que cette "liberté" assistée de consommer à tout crin génère dans les couples et les familles !

La loi Veil qui permet aux femmes enceintes d'avorter permet-elle à ces femmes de mesurer toute la portée de leur décision dans l'immédiat et le futur de leur vie ? En gommant encore plus les conditions et les préalables, la démocratie ne manifeste-t-elle pas plus d'indifférence à ces femmes que de soutien réel ?

En envisageant le suicide assisté pour nommer l'acte d'euthanasier, la loi démocratique ne renvoie-t-elle pas chacun à son propre sort, renonçant ainsi à accompagner les malades jusqu'à leur mort et les livrant ainsi à leur solitude mortifère ?

En donnant à toute jeune fille qui en fait la demande, comme un droit acquis, la pilule contraceptive, le monde adulte n'a-t-il pas tendance à se dispenser du devoir d'accompagner les jeunes dans leur éducation affective et sexuelle ?

 Les lois libérales ne sont pas toujours, tant s'en faut, les plus fondatrices d'authentique liberté. On s'aperçoit que dans les sociétés les plus permissives, les gens les plus forts, les plus capables, les plus performants, les plus débrouillards, supplantent et distancient encore plus les plus faibles et les moins pourvus. Le système démocratique qui repose sur l'expression de la majorité des suffrages exprimés tend à céder à la démagogie puisqu'il prétend à se pérenniser. Les lois votées ne se ressentent-elles pas de cette pression mise sur ceux qui sont chargés de les écrire, de les approuver et de les faire appliquer ?