N'avez-vous pas remarqué comme moi cette propension devenue en notre culture quasiment un réflexe ou une manie de toujours chercher un bouc émissaire pour le désigner coupable des difficultés ou des malheurs qui surgissent dans notre vie ? Un enfant a de mauvaises notes en classe ? Ses parents sont fautifs, et, pour ceux-ci, ce sont les enseignants qui sont incompétents. Une usine n'a plus de commandes ? Les dirigeants n'ont été ni vigilants ni prévoyants. Telle ou telle institution de la République est lente et croule sous les dossiers, elle manque de personnel et d'argent. Le nombre de vols et d'agressions augmente, un sentiment d'insécurité s'ensuit, les effectifs de police et leurs moyens pour travailler sont insuffisants.

 Au lieu d'accuser les autres, y aurait-il une attitude plus utile à adopter ? A force de nous dédouaner des difficultés et des ratés qui freinent notre marche quotidienne, une torpeur peut nous envahir dans la mesure où nous reportons sur les autres la responsabilité de résoudre nos problèmes. Avec cette mentalité habituellement accusatrice des autres, on finit par ne plus comprendre qu'il nous faut nous améliorer. On finit aussi par accréditer l'idée que toute solution se trouve ailleurs qu'en nous. On finit par se dépouiller des capacités à relever les défis, à initier des parades et transformer les barrières en tremplins pour rebondir. Ce que chacun peut faire par ses propres moyens, qu'il l'entreprenne lui-même avant d'en charger d'autres.

 J'ai remarqué dans le secteur du Vouzinois cette capacité de beaucoup à inventer de nouvelles activités pour élargir les travaux traditionnels de l'élevage et de l'agriculture. Les surfaces ne sont plus suffisantes pour gagner sa vie, alors on cultive des plantes potagères, on fait du lait bio, on crée des jardins à fraises, à groseilles, à framboises. Mais surtout on s'associe pour acheter et utiliser du matériel en commun, on s'entraide dans les grands travaux. L'on a compris que faire face et progresser ne dépend pas seulement de l'intervention des autres, mais d'abord des dynamismes que chacun détient potentiellement en lui-même.

 Dans le domaine sensible de l'éducation, priver les enfants et les jeunes d'analyse et de lucidité sur eux-mêmes, c'est sans doute compromettre le développement de leur capacité à être responsable et parfois à se rendre compte de leur part de culpabilité dans tel ou tel échec de leur parcours. Pour protéger leurs enfants et exonérer leur conscience, des parents, croyant bien agir et éviter les blessures et piqûres de la vie à leurs enfants, ont pris sur eux les erreurs commises par ces derniers. Ils ne leur rendent pas réellement service. Ils pratiquent alors un "assistanat" qui rend leurs enfants encore plus dépendants. Ils ne favorisent pas en eux leurs capacités à voler de leurs propres ailes, y compris lorsque de forts vents soufflent ou que des brouillards empêchent de voir l'horizon. Le scoutisme, depuis son inventeur Baden Powel, apprend aux jeunes générations à se débrouiller, à se diriger, à affronter les éléments hostiles.