Dans la façon différente, parfois singulière, de considérer les problèmes de société, l'Eglise catholique n'exprime pas d'abord un point de vue religieux, mais, d'abord et surtout, elle donne sa vision de l'Homme et entend promouvoir l'Humain pour aujourd'hui et pour demain.

Autour de la vie prénatale jusqu'à la mort naturelle, autour du droit à l'avortement et à l'euthanasie, du droit des chercheurs à manipuler le génome dans le but mis en avant de faire progresser les connaissances, autour de la gestation pour autrui et de l'adoption par un couple homosexuel, autour de la procréation médicalement assistée, autour de tous ces sujets brûlants et complexes qui touchent à la vie humaine, il est en effet de nombreux clivages de pensée.

 Certains pensent que tous les moyens sont bons pour explorer le vivant, augmenter les connaissances. Et que si les lois d'un pays l'empêchent, leur élargissement doit être envisagé. D'autres disent que ce qui est déclaré légal n'est pas forcément moral. Ceux-là tirent les principes auxquels ils se réfèrent d'une tradition religieuse ou d'une conception anthropologique. Les uns basent tout leur raisonnement sur la liberté individuelle. Elle s'apparente au libéralisme total et à la subjectivité. D'autres donnent la priorité au discernement moral : ce qui est envisagé est-il respectueux de la dignité de l'Homme ? Chacun doit-il être reconnu maître unique de sa vie ou existe-t-il des normes qui s'imposent à tous ? Le rôle de la loi, c'est de permettre que soient possibles les attitudes et les postures du maximum de citoyens, en toute impunité. On ajoute parfois que c'est au nom de la liberté et de l'égalité républicaine. On voit bien que le débat se joue autour de l'acceptation ou nom d'une morale commune normative.

 Faire naître des enfants sans qu'ils sachent qui est leur géniteur et leur imposer d'être élevés dans une famille sans figure paternelle ou maternelle est-il souhaitable pour eux dans leur attente d'un développement équilibré ? Invoquer l'existence de familles monoparentales résultant de l'échec de nombreux couples ne justifie en rien d'adopter cette posture comme une norme admissible. La remise en cause de la filiation pour satisfaire au désir d'enfant est-elle moralement légitime au regard des droits des enfants à vivre et grandir en bénéficiant des deux images parentales que sont un père et une mère ?

 En s'opposant à l'avortement et à l'euthanasie, l'Eglise témoigne de son refus total de la culture de mort et de son choix absolu d'une culture de vie. La culture humaine par les capacités scientifiques et techniques confiées à l'homme doit se mobiliser toujours plus pour faire jaillir et réussir la vie jusqu'aux limites qu'est la mort. Sans acharnement artificiel, mais avec discernement en conscience et concertation recherchée. Les débats de société, comme on a coutume de les appeler, parce qu'ils sont complexes et touchent à la dignité même de l'Humain, exigent de tous les partenaires d'en parler beaucoup pour confronter les points de vue, déclarer les sources et les raisons, les logiques de telle ou telle conviction. On s'apercevra par exemple que la visée de l'Eglise n'est pas de régenter la société par je ne sais quel rêve de pouvoir moral, mais de lui rendre service en témoignant de sa conception anthropologique. Elle n'a pas d'arrière pensée de propagande ni de recrutement en versant dans le chaudron du Bien commun son expertise humaniste bi-millénaire.