Jn 4 5-42

Jésus dira un jour : "Ma vie, nul ne la prend, mais c'est moi qui la donne". Dans le déroulement de sa Passion, il témoigne d'une liberté qui lui a permis de rencontrer toute personne et de vivre toute situation en vérité. Dans cet épisode, Jésus n'aurait pas dû parler à cette femme samaritaine dont la vie dissolue est connue. Dans sa liberté, il donne priorité au salut de toute personne, quelle que soit son origine sociale, culturelle, quel que soit l'état moral et religieux de sa vie.

C'est un premier message pour nous : avons-nous cette capacité d'être libre des "qu'en dira-t-on", des préjugés, des rumeurs, des choses passées, de tout ce qui enferme et barre la route de l'Avenir ? Cette liberté-là demande de la force, du courage, pour affronter le regard et les objections des tenants de l'ordre établi à tout prix.

 D'ailleurs les apôtres eux-mêmes marquent un moment d'étonnement devant Jésus qu'ils surprennent en grande conversation avec cette Samaritaine. Jésus est libre et il perçoit la faim et la soif des âmes. Il aurait pu s'en tenir à ce qu'il voit de cette femme venue en plein midi accomplir une corvée d'eau. Or il perçoit et discerne en cette femme qui a eu sept maris une aspiration à guérir de son passé mouvementé et à pouvoir ainsi progresser en son humanité.

Cela peut être le deuxième message important pour nous tous. Savons-nous regarder les personnes qui nous entourent au-delà d'une première impression de ce que nous savons d'elles par d'autres, au-delà de leurs apparences ? Savons-nous, au-delà ou à travers leurs paroles, discerner leurs aspirations, leurs désirs les plus personnels ?

 Les enfants, les jeunes, n'ont-ils besoin que d'instruction, que de préparer un métier, n'aspirent-ils pas à trouver le sens et le but de la vie ? La réussite matérielle peut-elle combler la vie d'un couple ? N'a-t-il pas des besoins moraux, spirituels, religieux, ressentis au cours de l'existence commune ? N'envisager sa vie que sous l'angle de l'eau que l'on puise dans le puits, c'est passer à côté d'autres soifs et d'autres sources qui irriguent toute la vie et la divinisent.

Le troisième message à accueillir pourrait être de nous inviter à faire de nos va-et-vient, de nos chemins habituels, des occasions non seulement de rencontrer sur les margelles du quotidien, mais aussi des opportunités pour "évangéliser". Dans une culture ambiante qui donne l'impression de "tout connaître" et d'en être satisfait, éveiller la curiosité, susciter le goût de creuser et s'interroger sur le sens et la finalité de la vie terrestre, sur l'au-delà, sur Dieu, n'est-ce pas la mission de tout baptisé et de l'Eglise dans son ensemble, assise elle aussi près du puits où converge le monde ?

 Nous pouvons ainsi retenir que Jésus n'a pas annoncé l'Evangile par des discours de nature strictement religieuse, mais souvent à partir d'événements et de rencontres humaines. Il a semé sa parole de salut dans les terres de la vie des gens que son itinéraire lui donnait de traverser. Nous-mêmes avons sans doute aussi l'occasion d'aborder des sujets qui tiennent aussi à cœur aux autres, pas spontanément évoqués et même parfois remisés, en attente, dans un coin de notre jardin intime. La famille, une conversation avec un parrain, une marraine, un cousin, un copain d'école, de travail, un dîner d'amis, un terrain de sports, une balade, un film, un livre, une conférence, un article de journal, autant d'occasions où il nous faut "oser" d'élever le débat, poser des questions et creuser en profondeur la recherche de réponses.

 Divorcés et remariés, familles recomposées, sans religion et même athées, tous ont droit d'entendre parler de Jésus et de se sentir aimés et appelés à aimer par lui. Jésus ne met pas de condition morale à s'approcher des gens et se révéler à eux.

 Oui ! Des margelles de puits, chacun(e) de nous, selon son âge, sa situation, ses convictions, en trouve dans sa vie, pourvu qu'à la façon du Christ il prenne son temps et du temps pour "rencontrer" vraiment et en pleine lumière (de midi) l'autre et les autres…