La Nature habillée d'un manteau hivernal et accompagnée d'une froide atmosphère nous avait incités à demeurer dans nos maisons et à nous contenter de regarder dehors à travers les carreaux. Nous avions pris l'habitude de reconstituer une ambiance lumineuse à l'intérieur de nos demeures pour lutter contre l'obscurité des longues nuits et des brouillards opaques et tenaces des jours d'hiver.

Ce 20 mars à 17 h 57 officiellement et scientifiquement, c'est le printemps. A cette heure-là, tandis que le soleil incite à sortir et se réjouir, tout revit, tout recommence, c'est le printemps. En prime, nous fêtons sainte Photine. "Un prénom rarement donné de nos jours", écrit Alain Rémond dans le journal La Croix. Il vient du grec "photos" qui veut dire "lumière".

 Le printemps nous ravitaille de la lumière qui nous a souvent manqué ces derniers mois. Du coup, les petites fleurs éparses, après que les perce-neige ont sonné le réveil, surgissent par milliers en des endroits les plus inattendus. Dans les fossés, les taillis et les buissons, au milieu des terrains vagues. Elles saluent à leur façon, gratuitement et sans qu'aucun jardinier ne soit intervenu, l'arrivée joyeuse du printemps. L'hiver nous avait habitués, jusqu'à nous attrister, à une nature dépossédée de ses couleurs, ayant revêtu un costume de deuil, et voilà qu'elle semble maintenant décidée à se parer d'habits neufs chatoyants.

 Les paysans eux-mêmes passent de longues journées en semailles, les jardiniers et les maraîchers s'activent. La nature, la terre, l'air, tous les acteurs sont à leur pupitre pour le concert de printemps. Les oiseaux ont préparé leur nid, et leurs gazouillis matinaux jusque tard le soir se font entendre en cascade, à la façon d'une course de relais. Il n'y a pas que nous, les humains, à être sensibles aux rayons du soleil et à la lumière qu'ils nous diffusent : les végétaux, les arbres, les endroits les moins en vue comme les espaces les plus observés et convoités. Comment ne pas tomber d'admiration devant la force de vie de la nature qui surgit en même temps et à travers tant de signes !

 Le message moral, spirituel et intellectuel que la nature au printemps nous donne à décrypter n'est-il pas que la vie finit par dépasser les forces de mort et qu'à l'obscurité succède un jour la lumière ? On a parfois évoqué les traversées douloureuses et difficiles de l'existence comme des hivers qui risquent de nous faire sombrer dans le désespoir. L'Espérance que la foi chrétienne fait surgir dans le cœur des croyants est comme une flamme qui nous permet, en hiver, de nous accrocher au printemps dont on sait qu'il viendra avec certitude. Et quand bien même l'aubépine tarde à fleurir, les fleurs hâtives d'elles-mêmes sont la preuve que la nature tout entière au printemps est sortie de l'épreuve de l'hiver.