Dans le Vouzinois il est, semble-t-il, beaucoup de cérémonies du souvenir qui se déroulent chaque année. Une poignée de gens, à peu près toujours les mêmes, y assistent. La sonnerie aux morts, la Marseillaise et le chant des Partisans accompagnent l'hommage rendu aux combattants des guerres. Bien sûr qu'il est juste d'honorer et de remercier ces humains qui ont sacrifié leur vie pour leur patrie et qui nous ont valu de bénéficier aujourd'hui de la liberté et de la paix.

 Pourtant il m'apparaît que ces "rendez-vous" réguliers entre les "vivants" actuels et les "morts" d'hier, devant les monuments et dans les cimetières, sur les places de nos villages, posent plusieurs questions.

 La première porte sur le lien pas assez visible ni sensible entre le passé et le présent. Si se souvenir nous pousse à agir chacun(e) pour la liberté, la justice et la paix, ces cérémonies me conviennent. Si elles ne nous invitent qu'à regarder des années en arrière et ne nous modifient pas au présent, alors elles ne remplissent qu'une partie de leur mission d'entretien de la flamme. Cela ne m'étonne pas que les jeunes ne viennent pas à ces célébrations dont la portée dans leur vie ne leur semble ni évidente, ni instructive ni constructive. N'ont-ils pas envie parfois de s'adresser aux notables organisateurs de ces cérémonies pour leur demander quels combats ils mènent aujourd'hui pour que la liberté, la paix, la justice, se développent ?

 La deuxième interrogation porte sur la "transmission" à la fois des informations détenues sur les faits et événements de l'Histoire qui sont célébrés, leurs causes et leurs conséquences, mais aussi des valeurs humaines défendues à travers ces combats et ces résistances caractérisant ces périodes de l'histoire passée. En un mot, pour que ces cérémonies du souvenir soient aussi fécondes pour le présent, n'est-il pas utile d'y introduire un contenu plus dense et d'y souligner un lien plus clair entre le passé révolu et le présent, et plus encore avec l'avenir à faire advenir ? Si un peuple devient amnésique de sa propre histoire, il se prive entièrement de ses enseignements.

 Je sais combien il est difficile déjà au cœur d'une famille de tirer les leçons du passé et de les utiliser pour choisir et agir. Sans doute est-ce bien plus compliqué pour toute une Nation de faire de ses cérémonies du souvenir des occasions de se rassembler par-delà les clivages idéologiques et politiques pour relever les défis auxquels elle se trouve confrontée. Et pourtant c'est là, j'en ai la conviction, sa belle œuvre commune !