Cette année la Nature s'est montrée vraiment exceptionnellement généreuse. Les récoltes de céréales ont été abondantes. Dans les vergers les arbres ploient sous le poids des kilos de fruits, offerts sans compter. Jour et nuit, les moissonneuses-batteuses et les bennes transporteuses ont récolté de belles et bonnes moissons. Aussi les agriculteurs s'en montrent-ils très fiers. Il est vrai que leur savoir-faire et leur courage sont bien récompensés.

Toutefois, comme me le fait remarquer un "homme de la terre" en retraite, les récoltes que l'on connaît cette année ne sont pas seulement dues à ceux qui cultivent la terre, mais aussi aux saisons qui les ont favorisées. L'air, la pluie, le soleil, le climat, ont contribué à augmenter les rendements et ont transformé la participation humaine en réussite. Or, me disait ce sage qui est aussi croyant chrétien, va-t-on assez penser à remercier Dieu pour ces résultats ? Cette part d'inconnu dans les travaux de la terre relève des aléas climatiques avec lesquels les jardiniers et les agriculteurs doivent compter sans cesse. Et lorsque la moisson est engrangée, n'est-il pas temps de se tourner vers Dieu pour le remercier de ces "produits" de la terre débordant des paniers et des greniers ?

Je sais bien que, pour dire merci à Dieu, cela suppose de croire qu'Il existe et aussi, dans ce cas, de considérer qu'Il est l'auteur premier de la nature et de tout ce qu'elle comporte. Or l'homme apparaît parfois tellement imbu de lui-même qu'il ne peut envisager qu'un autre le secoure ou le soutienne dans le cours de sa vie. Un enfant saura dire merci à ses parents s'il a un peu conscience de ce qu'il leur doit. Alors il aura des gestes et des paroles de gratitude envers eux. Dans le cas contraire, il s'appropriera  ce qu'il aura reçu d'eux, non comme un don gratuit mais comme un dû.

Dans leur rapport à la nature, le jardinier ou l'agriculteur n'exploitent pas la terre, ne lui arrachent pas ses richesses. Ils les sollicitent, ils les espèrent et les attendent. Ils les reçoivent. Aucune attitude méprisante et aucune action agressive ne conviennent à la nature habituée à tout donner de ses fruits, à se dépouiller et à ne rien garder pour elle. Après les cueillettes et après les récoltes, les arbres et les champs peuvent se reposer, avec la satisfaction d'avoir accompli leur mission.

Dans les traditions religieuses, il est un temps pour défricher, labourer, semer, sarcler et pour attendre. Il est aussi un temps pour récolter. Et il est aussi un autre temps pour remercier et célébrer les dons de vie reçus en abondance. C'est, me semble-t-il, la grandeur de l'être humain de savoir dire merci en se tournant vers Dieu, seul ou en communauté.