La vie conjugale, sociale, familiale… paroissiale… peut être le lieu de conflits qui, lorsqu'ils ne sont pas résolus rapidement, peuvent générer des divisions durables. Les causes et circonstances de ces querelles sont multiples.

Une personne vient-elle à vouloir coûte que coûte imposer son point de vue, alors les autres se sentent dominées et même bafouées dans leur droit à tenir une position qui soit différente et qu'elles estiment tout aussi valable. Il est beaucoup d'incompréhensions qui proviennent de la mauvaise interprétation de telle ou telle parole ou choix d'un groupe ou d'une personne. On prête des intentions à cette personne parce qu'un autre quidam nous a chuchoté qu'elle aurait des projets malveillants en ce moment. Rien n'est vérifié de ce qui est transmis, et cela peut créer un climat qui pourrit la confiance et détruit le désir de bonnes relations.

Très souvent, certains paroissien(ne)s m'ont confié qu'ils se sentaient humiliés et paralysés lorsque, dans un groupe où théoriquement tout le monde peut donner son avis et partager ses idées, ils se trouvaient en présence de telle ou telle personne ayant habituellement une très haute estime d'elle-même et soupçonnée de tendance à se croire dépositaire exclusive de la vérité ou de la "bonne doctrine". Il existe aussi des conflits sans fin parce que les adversaires n'ont plus aucun souvenir objectif du commencement de leurs hostilités.

Face à ces conflits détestables et inutiles, il faut éviter de les minimiser car ils parasitent la vie relationnelle et de communication. Il faut éviter aussi de prendre l'attitude moralisante en prêchant le pardon et la réconciliation sur le champ, ce qui serait une manière d'ignorer les causes de la détérioration des liens. Il faut à l'inverse éviter d'organiser aussi dans le moindre détail la reconstitution des événements qui ont motivé les incompréhensions. Sans doute faut-il que chacun puisse avoir réfléchi et compris que lui aussi pouvait avoir des torts, ceux-ci n'étant pas réservés à l'autre, et que surtout chacun donne la priorité à se parler plutôt qu'à demeurer opposés, parfois avec beaucoup de dégâts en soi et pour l'entourage.

Si des mensonges, des calomnies ont été colportés, si des paroles blessantes ont été prononcées, si des actes injustes ont été posés à l'encontre d'autres ou d'un autre, chacun finit par en avoir lucidement conscience intérieurement. Chacun peut alors réparer ce qu'il a sali ou compromis, même discrètement, à l'insu de "l'opinion publique", pas toujours bonne conseillère ! Ces démarches pour "reconstruire" non seulement n'ont rien d'humiliant, mais au contraire grandissent les personnes et valorisent leur itinéraire personnel.

Dans mon itinéraire de pasteur, j'ai souvent eu à éteindre des incendies naissants ou à manier la serpillière après des tornades aux vents violents menaçant de détruire ce qui avait été édifié avec patience et persévérance. Le pardon n'est-il pas une capacité que détient tout être humain ?