On entend parfois cette phrase : "Je suis contre toutes les religions parce qu'elles sèment les divisions et génèrent les guerres". Je voudrais me prononcer contre cette phrase parce qu'elle ne me parait pas vraie en profondeur.

 Certes les gens se réclamant d'une religion à laquelle ils prétendent appartenir peuvent avoir des comportements excessifs et abusifs, voire meurtriers à l'égard d'autres qui sont d'une autre religion ou tradition. Dans ce cas, non seulement ils utilisent et instrumentalisent la religion, mais ils vont à l'encontre des principes mêmes qui la fondent, en particulier cette loi commune à toutes les religions qui est "le respect de l'autre". Ces adeptes d'une religion intransigeante et exclusive des autres trahissent donc les normes, les codes de leur propre religion pour libérer leurs instincts qui les poussent à se considérer comme seuls détenteurs de la vérité.

 Or, doit-on juger du bien-fondé d'une religion, des religions, seulement à travers ceux qui l'interprètent et surtout en font une utilisation perverse ? Est-on sûr qu'il n'y aurait pas plus d'égoïsme, d'individualisme, de haines et de guerres si s'estompait l'influence des religions ? Car après tout à qui doit-on la création des grands services de santé ? Le développement de la scolarité ? Le développement agricole et l'aménagement du rural ? Le christianisme y est à l'évidence pour beaucoup dans la naissance de ce que l'on nomme la civilisation. Or cette civilisation donne à la personne humaine des droits égaux et universels, où que sa vie se déroule, quelles que soient les conditions favorables ou difficiles où elle nait, grandit, travaille, fonde une famille et meurt !

 Les religions, par les valeurs qu'elles diffusent, appuient et cautionnent ce qui correspond aux aspirations humaines à la dignité, la liberté, la justice, la vérité et la bonté… Cela n'a rien d'étonnant, puisque les religions ont vocation à "relier" (du verbe latin religere) les cultures, les traditions, les peuples disséminés, les humains de la terre entière, pour faire émerger à la conscience de tous et de chacun la conviction d'appartenir à une même et unique humanité.

 La violence qui pousse Caïn à tuer son frère Abel, par jalousie, est maîtrisée par la loi de Dieu qui dit : "Tu ne tueras pas". Que deviendrait une humanité livrée à tous ses instincts et désirs sans freins ni repères ni interdits ni chemins que rappellent les religions ? La philosophie, la sagesse humaine sont bien sûr des points d'appui pour le "vivre ensemble". Mais les religions ont ceci de singulier qui fait leur richesse : elles ont leur source en Dieu. Elles invitent, de la part du créateur, les créatures à s'ouvrir aux autres et à reconnaître en eux des semblables eux aussi regardés et considérés par Dieu.

 La dernière expérience de supprimer toute religion a été tentée pendant un demi siècle dans l'Europe soviétique, athée, marxiste. Toute forme de religion, toute pratique croyante a été interdite. On a vu le résultat : le mensonge, le désespoir, le repli, la délation ont prévalu, et l'âme de peuples a été asphyxiée.

 En fournissant au baptême un même référentiel, un logiciel qui a valeur universelle, la religion chrétienne offre des moyens de communiquer et surtout de se référer aux mêmes fondamentaux. Loin d'être vu facteur de division, le christianisme fournit tous les ingrédients du vivre ensemble harmonieux.