Les paroles, les comportements, les actes posés dans sa vie terrestre par Jésus et que nous apprenons par les évangiles ne sont pas seulement des occasions de contemplation, mais aussi des appels à vivre en notre existence "comme" il a vécu dans la sienne. Je vais énumérer quelques exemples qui traduisent l'esprit avec lequel Jésus abordait les gens et les foules en chemin et qui peuvent "inspirer" nos pensées, nos paroles et nos initiatives.

 Jésus est juif, pratiquant fidèle, mais il sait reconnaître dans la démarche d'un centurion romain venu le trouver pour le prier de guérir son serviteur malade une "belle foi" : "Je n'ai jamais vu une telle ardeur à croire dans tout Israël".

Jésus privilégie le "salut" à tout interdit pour un Juif de fréquenter un Samaritain parce qu'ils n'ont pas la même sensibilité religieuse. Jésus demande de l'eau du puits de Jacob à une femme dont la vie morale est tortueuse. Il entre en conversation avec cette Samaritaine. Il la rejoint en vérité. Mais loin de se sentir "jugée", elle se sent appelée. Ce qui la pousse à aller annoncer aux habitants de son village que Jésus est certainement le Messie.

 Jésus n'a pas les yeux dans sa poche. Il n'est jamais sourd aux cris des malheureux. Tel cet homme au fossé, à la sortie de Jéricho, la riche oasis. Cet homme se nomme Bartimée. Il est aveugle, obligé de mendier sa "survie". Jésus marche sur le chemin, entouré de ses proches. Eux tentent de "faire taire" celui qui risque de freiner leur avancée. Or Jésus, lui, s'arrête, et du coup tout le groupe avec lui se tourne vers "l'aveugle". Pour honorer la dignité de cet homme, Jésus le prie d'exprimer lui-même ce qu'il veut. "Fais que je voie". Ainsi reconnu dans son humanité, aveugle mais capable de parler, Jésus donne à Bartimée la vue qui lui manquait.

 Un autre jour, Jésus, toujours en chemin, aperçoit un homme juché sur un arbre. Il s'arrête et s'invite à demeurer chez lui. Cet homme se nomme Zachée. Il est percepteur des impôts prélevés par l'occupant romain. Les gens sont scandalisés que Jésus aille chez lui : "Il est allé loger chez un pécheur". Jésus ne réserve nullement ses visites et ses égards aux bien pensants de la religion juive. Il aborde et fréquente tout le monde, sans préjugés, tout en étant très lucide sur le comportement moral et religieux des uns et des autres. Les quelques heures passées par Jésus chez Zachée auront le résultat de changer le cœur de cet homme qui fait la promesse de se détacher de son "addiction" à l'argent.

 Un jour, Jésus rencontre dix lépreux. Selon les prescriptions, il lui est interdit de les "toucher". Il les laisse s'approcher. Il les guérit, car il perçoit en eux une grande confiance en lui. Jésus s'appuie toujours sur la volonté de s'en sortir des blessés de la vie qu'il rencontre : sourds, muets, aveugles, porteurs d'un handicap, mais aussi pécheurs. Il leur demande d'aller chez les prêtres pour que ceux-ci authentifient leur guérison. Il ne leur réclame pas de croire en lui, car Jésus ne répare pas la vie en échange de la foi, mais gratuitement. Un seul lépreux sur dix reviendra vers Jésus pour lui dire merci.

 Un autre jour, un groupe de pharisiens amène à Jésus avec la force de la loi une femme prise en flagrant délit d'adultère. Il faut la condamner à être lapidée. Si Jésus dit non, il sera accusé d'être contre la loi religieuse ; s'il dit oui, il sera discrédité dans la réputation à laquelle il prétend de pouvoir "pardonner les péchés". Jésus écrit en silence sur le sol pour donner à chacun le temps de faire son examen de conscience à la lumière de cette interrogation qu'il exprime : "Que celui qui est sans péché  lui lance la première pierre"… L'évangile nous dit que tous sont partis et ont laissé Jésus en présence de la pécheresse. "Personne ne t'a condamnée, moi non plus, va et ne pèche plus".

 Ces attitudes d'accueil, d'ouverture et de miséricorde avec les personnes se déclinent aussi avec les foules que l'on voit retrouver et entourer Jésus. Jésus en a pitié, car elles sont comme des troupeaux sans berger pour les rassembler, les conduire et les nourrir. Jésus rassemble les foules qu'il fait advenir un peuple par sa parole transmise. Ce qu'il dit devient le lien vital entre les gens qui écoutent Jésus. Souvent prononcés sur la montagne entre ciel et terre ou depuis une barque et la foule sur la berge, les discours de Jésus constituent de véritables programmes de vie.