Karine et Luc étaient jeunes lorsque, suite à un coup de foudre, ils se sont rapidement mariés. Cela arrangeait bien Karine qui ainsi pouvait se libérer de la maison parentale qu'elle ressentait comme étouffante. Ce couple a vécu des années heureuses et a accueilli un enfant. Mais Luc a montré de plus en plus clairement qu'il avait caché son véritable caractère, égoïste, jaloux et méfiant. Il a commencé à revenir en retard de son travail. Parfois il avait bu avec ses copains. Alors il provoquait Karine et devenait agressif. Malgré des "explications" répétées dans le couple, la relation fusionnelle qui avait motivé le mariage civil et religieux s'est transformée en conflits permanents et en reproches blessants. L'entourage ne comprenait pas ce qui se passait dans ce couple si uni et joyeux.

Karine a menacé de "partir" plusieurs fois. Ce qu'elle a fini par faire, la mort dans l'âme, car elle aimait sincèrement Luc et qu'ils avaient donné naissance à un enfant dont elle avait conscience qu'il souffrirait de leur séparation. Mais ce choix, pensait-elle, s'imposait, car l'air était devenu irrespirable.

Quelques années après le prononcement de leur divorce, Karine rencontre un homme dont elle apprécie immédiatement la personnalité. Il est courageux, calme et doux. Ils se "mettent" alors à vivre ensemble. Julien ne précipite pas les choses, il veut expérimenter si leur vie commune est possible. De son côté, Karine veut vérifier que son nouveau compagnon adopte l'enfant qu'il n'a pas conçu. Or tout se passe bien ; aussi, après plusieurs années de vie de couple, ils envisagent avec confiance de se marier à la mairie et si possible aussi à l'Eglise. Karine est chargée de faire les démarches au presbytère.

Tout en ayant été mariée lors d'une cérémonie religieuse avec son premier mari, peut-elle compter sur un autre mariage avec son second mari ? Elle ne se sent nullement fautive du "ratage" de son premier mariage. Julien n'est pour rien dans ce divorce, il ne doit pas être pénalisé. Julien et Karine croient en Dieu sans être de fervents pratiquants. Depuis qu'ils vivent en couple, deux enfants sont nés, qu'ils voudraient faire baptiser le jour même de leur mariage civil et religieux…

A l'accueil du presbytère, il leur sera dit que l'on ne peut "se marier" à l'Eglise qu'une seule fois, puisque ce mariage est un engagement à vie. Les enfants peuvent être baptisés, bien sûr, mais peut-être pas à la sortie du mariage civil, pour éviter toute confusion qui ferait prendre la cérémonie pour les enfants pour le mariage de leurs parents. Car si l'on est tenu de montrer l'amour de Dieu pour ce couple qui reconstruit une famille et qu'il faut soutenir, il faut être dans le même temps dans la clarté et une vraie charité. L'Eglise ne doit-elle pas dans son attitude à la fois tenir aux exigences du sacrement du mariage et témoigner sensiblement de la miséricorde de Dieu d'Amour ?

Bien sûr il est toujours possible d'accueillir ces couples en reconstruction et de prier avec eux. Bien sûr il est envisageable, lors du baptême de leurs enfants, d'offrir avec insistance et confiance leur vie de couple et de parents à Dieu. C'est en tous cas à l'issue d'une longue conversation avec eux qu'il faut discerner et déterminer un itinéraire qui convienne.