… qui ne se vante jamais et sait écouter avec bienveillance son interlocuteur, dont elle sait reconnaître les capacités et les qualités sans méconnaître ses limites.

… qui ne hausse jamais la voix, pour ne pas supplanter celle des autres, mais qui sait se mettre à leur diapason tout en osant témoigner clairement de ses convictions.

… qui a l'art de s'adapter à ses interlocuteurs, à leurs paroles, au contexte de leur vie, qu'elle s'est efforcée de comprendre en les écoutant d'abord parler d'eux.

… qui sait gracieusement faire cadeau de son temps ou d'un peu de son argent sans chercher quelque louange ou gratitude en échange, qui donne de bon cœur selon ses moyens.

… qui parle d'un ton calme et confiant, dans une attitude de vrai dialogue et sans la condescendance de celle qui croit tout savoir, investie du devoir de tout enseigner à l'autre ; qui sait passer dire merci à l'organiste, à la personne qui a conduit la cérémonie, aux choristes et même à la sacristine qui a accueilli dans l'église.

 Délicate encore est la personne…

… qui, au lieu d'exiger que l'autre se hisse, accepte de s'abaisser pour être à sa hauteur et parler à égalité, qui s'interdit de faire usage d'un langage condescendant…

… qui, avant de faire des reproches, commence par valoriser le bien et les grandeurs de la personnalité d'autrui.

… qui, avant de contredire l'affirmation de l'autre, met en relief la part de conviction commune…

… qui, plutôt que de réclamer un service comme un dû, le sollicite comme un don…

 Délicate aussi est la personne…

… qui sur le trottoir s'écarte pour laisser passer plus facilement la personne âgée qui a du mal à marcher, celle qui tient la porte du  magasin à celui qui entre dans la salle où vous vous trouvez.

… celle qui, venue voir un membre de sa famille à l'hôpital, salue aussi les voisins de lit.

… celle qui prévient les locataires de son immeuble qu'un anniversaire fera peut-être un peu de bruit en soirée.

… celle qui propose de garder les enfants de la maman partie consulter un médecin.

… celle qui lutte contre les nuisances sonores menaçant, la nuit, d'importuner les gens au repos.

… celle qui éponge les rumeurs plutôt que de les répandre, celle qui éteint les incendies plutôt que de les activer.

… celle qui offre un cadeau sans l'accompagner d'une phrase moralisatrice du genre "n'oubliez pas de partager avec vos proches"…

 Il est vrai que la délicatesse, qui voisine avec la politesse, ne va pas de soi. Elle est un choix et une culture dans laquelle la pensée et l'agir des autres ne sont jamais des réalités à nier ou absorber, mais toujours à respecter. C'est d'ailleurs à cette condition que l'on peut franchement et parfois vivement s'interpeller, et donc s'apporter mutuellement.

 La délicatesse dans les rapports humains peut apparaître aujourd'hui comme un aveu de faiblesse, une concession obligée par peur de manquer de moyens pour s'affronter avec rigueur et vigueur… Or il n'en est rien. Au contraire, la délicatesse est une marque de civilisation avancée par laquelle toute personne manifeste sa dignité en honorant celle des autres. Elle n'empêche nullement l'enrichissement humain réciproque de personnes qui, dans leur dialogue serein et possiblement vif, se découvrent des divergences de pensée, de comportements et d'engagements sans que cela dégénère en drame ou mésentente ! La délicatesse n'est pas une dérobade, elle est une façon d'être et d'exister.

Et l'on peut bien sûr allonger cette liste…