Avant, nous dit-on, les habitants du village allaient tous à la messe. Il y avait un curé dans chaque commune. Cette fidélité à la prière du dimanche permettait de se retrouver chaque semaine et de se donner des nouvelles. Les hommes passaient ensuite par le bistrot pour boire un verre ensemble, pendant que les femmes préparaient le repas. Aujourd'hui, les pratiquants sont peu nombreux. Ils arrivent de plusieurs communes en voiture. Beaucoup ont un "certain âge" et quelques familles au complet assurent la présence de l'intergénération.

Avant, le célébrant assurait "tout" de la liturgie ; les gens présents "assistaient" à la messe et le prêtre la "disait". Maintenant, des animateurs liturgiques ont préparé la liturgie paroissiale : l'accueil, les lectures, les chants, les morceaux de musique, la prière universelle… Un feuillet permet à chaque fidèle de participer et l'assemblée devient alors un Peuple uni dans sa diversité, invité à communier dans la Parole et le Pain de Vie du Christ. Du coup, les chrétiens se sentent envoyés pour témoigner de cette unité afin que l'humanité s'en inspire et en vive.

La comparaison qu'utilise saint Paul pour parler de l'Eglise comme d'un Corps aux membres différents nous fait comprendre que dans la diversité et les pluralités qui nous distinguent, nous sommes associés par le Christ Tête qui nous unit et nous donne de vivre de sa vie. Avant, parce qu'ils étaient plus nombreux et qu'ils avaient une conception centrée sur le sacerdoce chargé de "tout faire" pour les paroissiens, les prêtres avaient un ministère d'omniprésence. Ils faisaient le caté aux enfants, visitaient systématiquement les habitants, en faisant du porte-à-porte pour ramasser le denier du culte, et parfois avaient une activité annexe comme l'apiculture ou le jardinage. D'autres organisaient du cinéma, du théâtre, des patronages, des colonies de vacances…

Il n'y a dans la description de cet "avant" aucun jugement de ma part, seulement une constatation que les tâches pastorales actuelles ont changé ! En effet, les missions des prêtres d'aujourd'hui consistent surtout à appeler des laïcs pour des tâches qu'eux-mêmes accomplissaient seuls autrefois : catéchèse d'enfants, aumôneries de jeunes, de visiteurs de malades et personnes âgées, célébration d'obsèques, de fêtes patronales, groupes de partage biblique, gestion de l'immobilier, des finances et de l'économie des paroisses…

Ainsi appelés à ces diverses responsabilités, ces "bénévoles" acteurs d'Eglise réclament des prêtres d'être instruits par eux dans les domaines biblique et pastoral. Les prêtres se voient ainsi amenés à être davantage accompagnateurs, formateurs, initiateurs, dans une Eglise à "édifier" comme une communauté de vie et de foi, Corps du Christ vivant en ce monde présent.

Le fait qu'il y ait si peu de prêtres sur le terrain de la mission peut-il être considéré comme un manque qui appelle l'Eglise à se bâtir et vivre plus encore avec la collaboration active de tous ses membres, le prêtre devenant plus orientateur et coordonnateur, fédérateur, qu'il ne l'a jamais été "avant" ? La sécularisation et le rouleau compresseur du matérialisme sont passés par là. Face aux pièges et aux dangers, la société "sans Dieu" est-elle en réalité plus forte ? Je pense le contraire. Elle se retrouve plus vulnérable à tous points de vue : psychologique, moral et spirituel. Croire en Dieu n'est pas une faiblesse, mais une force !