Comme la vie sociale, sociétale et internationale, la vie paroissiale est souvent le lieu d'oppositions et de conflits. Faut-il s'en étonner, en regrettant que dans les circuits de l'Eglise qui puise ses références dans l'Evangile, on ne parvienne pas à gérer "autrement" et plus humainement les relations interpersonnelles, et en particulier la façon d'exercer des responsabilités.

Servir bénévolement et gratuitement avec le but que les autres se sentent considérés et se découvrent enfants de la famille divine s'accompagne parfois de difficultés. Je pense à la jalousie et la rivalité que peut faire naître une personne investie dans une responsabilité d'Eglise. Alors que la communauté tout entière devrait se réjouir de ses services, certains membres peuvent n'y voir qu'une façon de vouloir commander et supplanter les autres ! Cela signifie-t-il que le bien accompli par quelqu'un minimise un autre bien fait par un autre ? Est-on capable d'accepter que tout le monde ne fasse pas la même chose et de la même façon, au même moment ? Est-on capable non seulement de consentir aux différences - de tempérament, de caractère, de convictions -, mais encore de vouloir les associer, en refusant d'en faire des raisons de clivage et de division ?

Il s'agit pour chacun(e) de se réjouir du fait que ce qu'il n'est pas ou ne fait pas, d'autres le soient ou le fassent au bénéfice de tous dans la communauté dont ils ont choisi d'être membres. L'on peut chercher à comprendre pourquoi certaines personnes se sentent agressées par le bien qu'elles voient faire par d'autres ! Sont-elles fragilisées par des faits douloureux qui les ont blessées dans le cours de leur existence ? La réussite des autres et la reconnaissance qu'ils en tirent soulignent-elles d'autant leurs limites ou pire leur incapacité à ressembler à ces gens jalousés, ou à l'inverse le regret d'un "moi" hypertrophié blessé de se croire amoindri par quelqu'un qui fait "mieux" ? Ce que les autres construisent peut chez certains susciter non seulement l'envie, mais aussi l'idée de dénigrer, jusqu'à vouloir détruire, dans l'ombre, par la diffusion de médisances ou de calomnies. La jalousie, la méchanceté, la rivalité érodent alors la confiance et inoculent au cœur des relations une méfiance chronique.

Enfin, l'on peut s'interroger sur les remèdes à notre portée pour guérir de ces maladies qui parasitent et paralysent la vie sociale, paroissiale et familiale parfois. Il faut prendre sur soi, dominer ses réactions instinctives et effectuer un vide-grenier de ses préjugés et des "rumeurs" colportées, que personne n'a jamais pris le temps de "vérifier". Il faut dresser une échelle de valeurs dans le regard porté sur les autres et se dire qu'être en bons termes avec quelqu'un est plus important que d'essayer de le convaincre que nos convictions ont raison sur les siennes.

En amont, il faut à chacun travailler en soi la capacité à l'accueil, au silence, au délai de réflexion. Il faut refuser en soi toute addiction à la répartie instinctive, et recourir à la culture du dialogue, convaincu que la vérité et le bien ne sont jamais l'exclusivité d'une seule personne ni d'un seul groupe. Il faut à chacun s'exercer à contempler avec bienveillance ce que les autres font de bien, sans jamais le ressentir comme un signe de supériorité de leur part.

Oui, il dépend en effet de tous les membres d'une communauté de contribuer à tisser des liens humains qui donnent place et valeur à chacun. Il nous faut soulager les plus fragiles, soutenir les blessés, calmer les orgueilleux, redonner confiance à tous.