Le pape François savait sans aucun doute que le Synode verrait les tenants attachés à la loi s'opposer à d'autres plus confrontés aux réalités familiales et conjugales sur le terrain et plus sensibles à la miséricorde. Déjà, durant le concile Vatican II, les protagonistes avaient adopté les mêmes postures.

Selon en effet que l'on regarde ce qui "devrait être" dans l'idéal ou à l'inverse ce qui est déjà, on n'a pas la même attitude et les mêmes discernements. Les fantassins de la Pastorale dite ordinaire et quotidienne apprennent vite qu'il n'est pas de couples ni de familles adoptant toujours des comportements coïncidant parfaitement avec les lois que l'Eglise est chargée de rappeler et de justifier, non d'ailleurs dans un but de prendre en défaut, mais plutôt d'aider à progresser sur le chemin à la manière dont les balises permettent aux voyageurs de se déplacer en sécurité sur la route.

L'on peut se demander si Jésus, s'il ne s'était référé qu'à la loi juive, aurait pardonné à la femme pécheresse que les gens voulaient lapider : "Moi non plus je ne te condamne pas, va et ne pèche plus"… Se serait-il invité à table chez Zachée accusé de malhonnêteté et dont le cœur a été transformé par cette visite inespérée ?... Jésus aurait-il rencontré aussi longuement cette Samaritaine à qui il ose demander de l'eau à boire, transgressant tous les interdits empêchant normalement une telle conversation, qui aboutit au salut de cette femme et de gens de son village ? Pourtant, en Juif cultivé, Jésus connaissait très bien les lois héritées de Moïse, mais il savait en conscience en privilégier l'intention et l'esprit, plutôt que de se laisser enfermer par leur application légaliste sans discernement.

Jamais en effet Jésus n'obéit aux lois d'une façon servile et aveugle. Il choisit toujours de poser des actes qui servent la croissance morale et spirituelle, la vie. "Le sabbat est fait pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat". Lui, le très-Saint, aurait pu formuler des reproches à des gens rencontrés parfois très éloignés de l'idéal du judaïsme. Les scribes et les pharisiens invoquent ses fréquentations suspectes pour déclarer qu'il n'est sans doute pas le Messie attendu !

Or Jésus va faire de ses attitudes, en paroles et en actes, vis-à-vis des pécheurs, des occasions de révéler le cœur de Dieu son Père. Et il ne braque pas son regard sur ce qu'ils ont fait de mal, mais sonde leur capacité à accueillir son pardon et son Amour, sa miséricorde sans limite. "Va, ta foi t'a sauvé"… Jésus ne confond jamais les pécheurs et leur péché. S'il rejette le mal causé par les péchés, il s'appuie sur les désirs des cœurs de se repentir et surtout de se convertir, sur leur volonté de changer et de progresser à l'avenir. Marie-Madeleine, Pierre, le bon larron repenti sont bénéficiaires de cette pratique pastorale du Bon Berger qu'est Jésus à la recherche passionnée de la brebis égarée. La parabole de l'enfant prodigue illustre et résume cet esprit de miséricorde qui redonne un avenir à un fils ingrat expérimentant l'inoxydable Amour de son Père.

Les maîtres des états règnent au moyen des lois ; Dieu, lui, règne par son Amour inconditionnel, universel, permanent et gratuit. Le chemin est fait pour le marcheur et non le marcheur pour le chemin, qui n'existe que pour lui permettre d'avancer.