Avant que ne dégénère un dialogue qui tourne mal, en conflit et en hostilité durable, avec les incompréhensions et les blessures qui en résultent, il est bon d'apprendre à "entendre le point de vue" de l'autre !

Il est quelques précautions à adopter lorsqu'une conversation s'avère complexe. Il ne faut pas pratiquer la déformation des propos de l'interlocuteur ni l'amalgame qui consiste à assimiler ce qu'il dit aux paroles prononcées par un autre. Cela va de soi, tout préjugé et tout propos colporté sur cet "autre" sont à proscrire, car ils peuvent parasiter et falsifier la vérité de l'échange au présent. Il est bon d'interrompre et de reformuler ce que l'on a entendu et compris, à charge à l'interlocuteur d'apporter des corrections, des nuances ou d'acquiescer.

Il faut éviter de transformer un dialogue en plaidoirie dans laquelle on ne recherche pas la vérité et l'objectivité, mais surtout d'avoir raison à tout prix. Si l'on s'aperçoit que l'on se trompe, il est bon d'assainir la confiance qui permettra de progresser vers la compréhension sinon un profond respect mutuel. Les conflits qui parfois s'installent durablement et peuvent être la source de rejet et même de haine pourrissent une vie, parfois celle de plusieurs générations successives. Parfois les raisons qui ont suscité cet antagonisme sont oubliées, mais l'hostilité demeure. Mieux vaut donc ne jamais laisser s'installer une incompréhension qui peut pourrir des relations sans que se présentent de bonnes raisons de s'expliquer et de recoudre des affections blessées.

Les différences, les divergences et les dialogues vigoureux en eux-mêmes ne vont pas à l'encontre de la vie évangélique qui recommande de parler "en vérité" et avec charité, sans démagogie, hypocrisie ou dérobade…C'est la blessure, la division, le rejet de l'autre, la condamnation de la personne en même temps que ce qu'elle dit qu'il faut éviter. Même si l'on est en désaccord avec une conviction que l'on dénonce, cela ne doit pas empêcher de montrer du respect pour la personne avec qui l'on souligne son désaccord ! Mieux vaut un débat sur une question vitale qu'un consensus large sur la base d'une tolérance qui égalise toutes les opinions, pourtant très opposées.

Il faut certes beaucoup de vertu pour admettre ses erreurs et accepter de faire évoluer son point de vue au lieu de s'installer dans une posture statique et définitive. Il faut aussi du courage pour pardonner à quelqu'un les rumeurs qu'il a diffusées et faire taire en soi tout projet de revanche, de vengeance. Que de fois, dans l'exercice de mes missions pastorales, ai-je souffert de ces conflits, jalousies, rivalités entre des personnes et de leur refus de se rencontrer et d'effacer leurs reproches réciproques. J'ai dû souvent manier la serpillière pour éponger ou éteindre des foyers d'incendie, afin d'éviter que de petites escarmouches ne dégénèrent en "guerres inutiles et usantes" pour les protagonistes et aussi leur entourage !

Il est vrai que le dialogue est un choix ; certains s'y refusent a priori, parce qu'ils s'entêtent à penser que eux ont raison et que les autres ont tort. Que eux n'ont rien à changer dans leur position et que seuls les autres "doivent" faire évoluer leur point de vue. Contre des situations de blocage, seul l'écoulement du temps peut obtenir que les digues ainsi dressées se rompent d'elles-mêmes.