C'est le titre du "Charlie Hebdo" publié en mémoire de l'assassinat, en janvier 2015, des rédacteurs de ce journal satirique. Or cette "une" représente Dieu au regard "fusillant" et Kalachnikov en bandoulière, nettement identifiable comme le Dieu des chrétiens. J'avoue que cette accusation blesse l'image de compassion et de miséricorde que j'ai de Dieu. Cette caricature m'offense. Elle m'étonne aussi puisque, de la part de gens qui proclament leur athéisme, on a du mal à comprendre ce dessin d'un Dieu qui n'existe pas pour eux ! Enfin, pourquoi ces journalistes recourent-ils à la même méthode que les terroristes eux-mêmes qui, pour se disculper de leurs actions maléfiques, les font endosser par Allah lui-même ! Les rédacteurs actuels de Charlie Hebdo n'oseraient-ils plus accuser nommément les auteurs de ces crimes et leurs commanditaires qui eux, de fait, "courent toujours" et en préparent peut-être d'autres aussi horribles ?

Que l'on comprenne bien ce billet : je suis pour la liberté d'expression, et celle de la presse tout spécialement, mais à condition qu'elle ait un souci d'objectivité et de vérité, et surtout un immense respect pour les convictions de celles et ceux qui en vivent. Car je suis aussi très attaché à la liberté de conscience qui est le sanctuaire secret et sacré de chaque être humain, quelles que soient son origine, sa culture, sa philosophie et sa religion… Toute atteinte par ironie, amalgame, moquerie, dérision, à propos d'une personne est un attentat moral destructeur de sa dignité intrinsèque. Accuser Dieu d'être un assassin, c'est par la même occasion désigner les croyants comme ses complices. Comment ne pas être blessé par cette mise en cause sans appel ?

Laisser supposer que Dieu pourrait être la source des œuvres terroristes, c'est de plus avouer une ignorance du Dieu auquel les croyants vouent leur foi et leur espérance. Le Dieu auquel, avec les chrétiens, je crois, n'a rien de ressemblant à un marionnettiste qui tirerait, derrière l'obscurité d'un rideau, les ficelles de nos choix et de nos vies. Il n'est pas non plus le garant d'une fatalité ni de l'existence personnelle ni de celle de la société tout entière, car pour les chrétiens chaque être humain a vocation à la liberté et à la responsabilité, potentiellement capable de choix et d'engagements qui donnent sens et horizon à son itinéraire.

S'il faut s'interdire d'imputer à Dieu tout ce qui se produit sur terre de maux et de malheurs, il faut tout autant ne pas l'imaginer impassible devant tout ce qui dégrade et blesse l'humain, au physique comme au moral et au spirituel. Dieu n'est ni distant ni pervers, il souffre avec nous des actes barbares fomentés par l'Homme. Il désapprouve la violence et la haine, il soutient toute liberté qui choisit d'édifier la Paix en construisant des ponts qui enjambent les obstacles et des brèches qui traversent les frontières.

Des philosophes cherchent Dieu et, ne le trouvant pas, en concluent qu'il n'existe pas. Les croyants chrétiens, humblement, le découvrent à travers les 33 ans de vie de Jésus de Nazareth qui, s'adressant un jour à Philippe, l'un de ses proches, qui lui demandait :  "Montre-nous le Père, et cela nous suffit", lui répondit : "Philippe, qui me voit voit le Père…" "Car le Père et moi nous sommes Un"… dira-t-il aussi dans l'évangile de saint Jean.

Aussi ce Dieu représenté en kamikaze sur la première page de Charlie Hebdo n'a-t-il rien à voir avec le Dieu que nous fait "connaître et aimer" Jésus. J'ai envie de recommander aux journalistes de "s'informer" un peu plus auprès de témoins plus avisés ! Il est toujours temps ! Si, il y a un an, toute la France s'est unie derrière Charlie dans un élan d'unanimité pour condamner ces assassinats atroces, le fait de mettre Dieu en accusation n'est-il pas une façon d'écarter ceux qui ont bien le droit de croire en lui ? Notre époque n'a-t-elle pas besoin de plus de discernement ? Comme l'abbé Pierre-Henri Grosjean l'a très bien dit sur son compte Twitter, "de la crèche à la croix notre Dieu se montre désarmé. Et se laisse caricaturer, sans cesser d'aimer"…