Face aux blessures qu'infligent parfois l'existence et les événements douloureux qui surviennent sans prévenir, tous les êtres humains ne semblent pas être pourvus des mêmes capacités pour réagir "au mieux" ! Certains seront anéantis et mettront beaucoup de temps à surmonter. D'autres, en revanche, puiseront à l'intérieur d'eux-mêmes l'énergie morale et spirituelle qui fera la part des choses et permettra surtout la vision d'un futur possible au-delà du dur moment présent.

Cette distinction faite entre ceux qui semblent subir de plein fouet ce qui leur arrive de difficile et les laisse dépouillés sur leur chemin, et ceux qui semblent mieux se tirer d'affaire lorsqu'il leur arrive de telles souffrances, ne vise pas à juger les personnes mais à faire apparaître une variante entre elles face aux drames, celle des ressources intérieures. Les personnes qui déroulent leur vie en ne s'attachant qu'aux biens matériels, à l'argent par exemple ou à la réussite sociale ou mondaine, sont sans doute très vulnérables lorsque s'effondre l'un ou l'autre de ces appuis. Les personnes qui sont détachées et volontairement soustraites aux circonstances et aux conditions environnantes et qui s'appuient davantage sur des convictions humanistes, philosophiques et religieuses qu'elles gardent en réserve dans leur esprit et leur âme, sont sans doute plus armées lorsque surviennent des "coups durs" sur les chemins escarpés de leur itinéraire.

Ne ressemblent-elles pas à ces femmes invitées à une noce qui attendent les mariés en retard, dont parle Jésus ? Les unes avaient emporté de l'huile pour leurs lampes, et les autres en manquent au moment même où les portes de la salle s'ouvrent. Obligées à ce moment-là d'aller chercher de l'huile, ces dernières risquent de retrouver les portes refermées. Cela veut dire que pour être en mesure d'affronter l'imprévisible, il faut virtuellement l'anticiper ! Un échec, un malheur, un drame, la mort d'un être cher, sont en effet des éventualités qui peuvent survenir. Mieux vaut le savoir d'une façon lucide et ne pas être pris au dépourvu si cela se produit. D'ailleurs cette attitude réaliste face à ce qui arrive dans une vie non seulement ne la ralentit pas ni ne la ternit, mais elle ne peut qu'atténuer l'impact des blessures toujours possibles et inopinées. Un conducteur averti que la route peut faire des méandres sera plus vigilant et mieux préparé à les amorcer, en courant moins le danger d'en être victime.

J'ai bien aimé cette réflexion sur le bonheur que faisait un jour Anne Roumanoff, l'humoriste célèbre et appréciée : "Quand on est jeune, on pense que si on possède, on sera plus heureux, on attend le bonheur de l'extérieur. La maturité, c'est savoir que les choses dépendent de nous. Le bonheur est une manière d'appréhender l'extérieur, de "réagir à ce qui nous arrivé"… Ce qui compte, ce n'est pas ce qui t'arrive, c'est la manière dont tu prends les choses"…, dit l'artiste dans un spectacle.

Le message de ce billet nous invite donc à penser que l'on gagne toujours du temps et que l'on accumule de l'énergie à réfléchir, méditer, en un mot "creuser" notre puits intérieur pour qu'il y reste toujours le plus d'eau possible en réserve en vue des étapes désertiques et arides… voire risquées et dangereuses !