Tout en ayant des convictions fortes soi-même, faire confiance c'est accepter que les autres aient les leurs et qu'elles soient étayées et éprouvées, différentes et parfois éloignées des nôtres. C'est aussi être convaincu qu'une œuvre accomplie à plusieurs a des chances d'être plus complète et enrichie que celle réalisée en isolé. C'est penser que chacun détient une part de vérité et que celle-ci progresse lorsqu'on en associe les fragments à la manière d'un puzzle constitué d'éléments différents.

Faire confiance, c'est créer les conditions pour qu'un dialogue soit fructueux et profitable à chacun des interlocuteurs. C'est accepter de renouveler le crédit de sincérité accordé à la personne avec qui je fais un bout de chemin, quand bien même celle-ci a pu un jour ou l'autre s'égarer. Ainsi, faire confiance n'exige pas toujours et sur le champ d'apporter les preuves que cette confiance est fondée ! Cela comporte une part de pari choisi volontairement. Agir ainsi ouvre la personne rencontrée à son propre avenir, dont on croit qu'il peut évoluer et s'améliorer, à l'inverse du passé.

La confiance devrait toujours partir de la personne vis-à-vis de qui elle s'exprime : son comportement, ses paroles, ses actes, sa personnalité. Toutefois, faire confiance, renouveler sa confiance, ne doit jamais se faire dans le flou, la naïveté, l'hypocrisie ou la démagogie, mais le plus possible dans un climat de clarté et de vérité, aussi bien dans les relations que déjà dans l'expression. La duperie par le mensonge ou la dérobade risque d'éroder cette ouverture à l'autre et de faire prendre l'habitude de la défiance ou de la méfiance. Il est alors difficile ensuite de restaurer un climat de confiance réciproque. Mieux vaut donc être soi, avec authenticité, et permettre à l'autre d'être lui !

Si l'on a été trompé, ou bien on choisit la rupture des liens, ou bien on est sans cesse sur ses gardes au cours de rencontres devenues plus espacées, ou bien alors on choisit de se "retrouver" pour faire la lumière sur les manques ou les ratés qui ont créé l'éloignement. Il est toujours possible de recommencer à faire confiance même si l'on a subi des petites ou grandes incompréhensions. Ces retrouvailles exigent des explications et des pardons, des améliorations d'attitude et des regrets exprimés. On ne peut vivre heureux en couple, en famille, dans un réseau d'amis, sans cette bonne volonté qui s'exprime en honorant la parole et la promesse, l'apriori favorable dans le regard sur l'autre. Autant la confiance illumine la vie, autant la méfiance la crispe et la ternit.

Si j'ai rédigé ces quelques lignes sur ce thème, c'est que la culture ambiante que nous respirons et qui entre jusque dans nos maisons diffuse la suspicion, le doute, la critique et la recherche systématique du "coupable" à désigner… A force de soupçonner et de voir le mal partout et en tous, l'autre est menaçant. Il faut s'en méfier, quand cela n'exige pas de "s'en débarrasser" en l'éloignant. Alors la décision s'impose de dresser des cloisons et des frontières qui deviennent à la longue infranchissables, quand elles ne dégénèrent pas en "guerres" !...