Dans une société soumise à des événements et des changements de toute nature qui la chamboulent, la vie familiale apparaît comme le refuge sur lequel comptent beaucoup de gens de tout milieu et de tout âge. Des liens que génère la famille, on attend la compréhension et l'affection, l'entente et la confiance. Lieu de confidence, la famille est aussi celui de la gratuité dans un monde marqué par les rapports comptables. Dans une société violente et brutale qui a tendance à juger et condamner, sélectionner et éliminer, on attend de la famille indulgence, sincérité, douceur et pardon.

Bien sûr nous savons tous que la famille elle-même est battue aux vents des ouragans soulevés par les bouleversements des évolutions tous azimuts. La solidité du couple peut être brisée et la famille imploser, car une famille a elle-même besoin d'être construite et entretenue dans ses fondations, et aménagée en cours de route… La famille a parfois besoin d'être réparée de réconciliations. Et si elle finit par faire naufrage, il faut alors de la force pour recommencer, reconstruire et poursuivre, autrement.

A observer toutes les façons diverses de vivre la famille, ce qui est attendu me parait assez unanime et semblable. Dans tous les cas et formes en effet que prenne une famille, il est un invariable indispensable pour qu'elle tienne la route et résiste aux intempéries, c'est que l'affection et l'amour, la gratuité et la confiance, soient l'alimentation quotidienne des relations et de la cohésion qui la font exister. Certes, en d'autres lieux du globe la vie familiale prend d'autres visages que ceux que l'on connaît en Occident. Il n'empêche que sous toutes les latitudes la famille a les mêmes missions, celle de transmettre la vie et les valeurs pour la nourrir d'humanité, celle de faire passer de l'état d'individu à celui de personne.

Car la famille est le lieu premier des apprentissages, à commencer par celui de la socialité, de la créativité et des initiatives, de la liberté et de la responsabilité, de la critique et du discernement, du choix en conscience et de l'engagement risqué… Chacun(e) doit beaucoup à sa famille, qu'elle soit naturelle ou adoptive. Nos responsables politiques, scolaires, philosophes de tout bord, religieux, se doivent de protéger, conforter et appuyer la cellule familiale comme étant l'un des piliers principaux, pour ne pas dire "le" pilier porteur de la société et du vivre ensemble. Si la famille devient provisoire et dérisoire, si on contribue à l'affaiblir, alors beaucoup perdent leur terre d'accueil et d'assurance, comme des naufragés sur l'océan qui perdraient la certitude qu'une "terre" les attend…

Devant tant de figures que peut présenter le vivre familial, quel appel nous adresse l'Evangile, sinon d'avoir à discerner le et les chemins qui font progresser vers la vie et l'Amour, qui passent par les relations, les explications et les nécessaires pardons. Car en toute vie conjugale et familiale l'ami de Jésus est toujours appelé à aimer comme nous découvrons qu'Il a lui-même aimé.