Dans ma maison de Binarville je suis environné d'arbres fruitiers, et l'horizon qui est la lisière de la forêt d'Argonne me donne à contempler des arbres élancés et fiers. A force de les prendre pour voisins et fidèles gardiens, ils me deviennent coutumiers dans ma vie quotidienne. Ils finissent par m'inspirer et devenir des "allégories" fécondes pour ma réflexion.

En effet, ce qui m'étonne et m'enchante dans un arbre solide et vigoureux, c'est que,  si chacune de ses branches certes part du même tronc, elle s'élance singulièrement dans le sens qui lui convient. Aucune branche ne ressemble à aucune autre. Or l'une ou l'autre des branches pourrait se prévaloir d'être la première née dans la lignée, une autre la plus élevée puisqu'elle est voisine de la cime. En réalité, aucune n'est l'arbre à elle toute seule et toutes dépendent pour leur survie de leur attachement à l'unique tronc, qui lui-même puise sa sève par les racines dans la terre où il a été planté ! Cette image me fait penser à une Nation dont l'histoire est le tronc duquel ont surgi différentes branches, dont la diversité illustre ce qu'elle est peu à peu devenue au fil des années et des siècles !

Bien qu'étant différentes de position et d'orientation par rapport au tronc, ces branches ont gardé la même identité, celle de l'arbre et de ses fruits. Cette image me fait encore penser à "la famille" dont chacun des membres, né des mêmes parents, évolue et s'oriente de façon différente, parfois opposée, tout en ayant aussi la même origine et la même identité.

Cette image de l'arbre me fait réfléchir aussi sur la nature et le fonctionnement des communautés paroissiales. Le tronc est le Christ dont les chrétiens sont les branches. Le Christ unit les croyants et les nourrit, comme le tronc nourrit ses branches. Mais chaque membre traduit parfois de façon différente d'un autre ce qu'il reçoit de l'Evangile de vie et de l'Eglise, tout en sachant qu'il est une partie intégrante de l'arbre tout entier. Les jeunes pousses au sommet d'un arbre pourraient s'enorgueillir de voir plus loin et plus haut, allant jusqu'à mépriser les branches du bas, plus anciennes et plus effacées. Cela me fait penser à la succession des générations qui risque de générer chez les uns un sentiment de supériorité ou de négligence à l'égard des autres, eux tentés par les regrets et inaptes à accueillir et apprécier la nouveauté.

Lorsque j'ouvre mes volets le matin, au bruissement de leurs feuilles j'ai l'impression d'entendre les arbres me saluer et me confier ces messages que j'évoque dans ce billet. Je retrouver alors ce que le pape François écrit dans l'encyclique Laudato Si, lorsqu'il dit que toute l'Humanité a un lien particulier avec la Nature, qui est notre "Maison commune". François y reprend à son compte que qu'écrivait le Patriarche Bartholomée : "Nous chrétiens, nous sommes appelés à accepter le monde comme sacrement de communion, comme manière de partager avec Dieu et avec le prochain à une échelle globale. C'est notre humble conviction que le divin et l'humain se rencontrent même dans les plus petits détails du vêtement sans coutures de la création de Dieu, jusque dans l'infini grain de poussière de notre planète". "Laudate Si', mi Signore"…