La polémique autour des crèches installées ou interdites dans les lieux publics, en référence à la règle républicaine de la laïcité, peut paraître à certains citoyens une simple anecdote pour journalistes en mal de sujets à traiter. Or il n'en est rien.

Car en réalité ce signe qui apparaît au moment de la fête chrétienne de Noël contribue à rappeler que l'histoire n'est pas neutre et sans saveur. Au contraire, elle est jalonnée d'événements qui l'ont marquée et font date dans la mémoire collective. De même qu'aucun citoyen français ne peut ignorer ou gommer des personnages qui ont influencé son pays, de même quiconque veut ne pas demeurer ignorant doit reconnaître que les fêtes et traditions religieuses ont une origine que nul ne peut occulter à sa guise, fusse au nom de la laïcité.

L'histoire d'une civilisation ne s'invente pas ou ne se travestit pas, elle a droit à l'objectivité et relève donc de la Raison autant que du cœur pour être découverte, connue et expliquée. Si, pour s'affirmer laïc, c'est-à-dire ouvert à toutes les religions mais lié à aucune, un pays devait effacer toute trace de croyance transcendante, il s'avouerait d'un même coup très fragile dans ses institutions et vulnérable dans son fonctionnement. Une démocratie se montre solide au contraire lorsqu'elle s'affiche capable de reconnaître et de digérer les courants philosophiques, culturels et religieux qui l'ont fait devenir ce qu'elle est devenue. Cela s'appelle une civilisation, résultat d'une conjonction de courants porteurs de valeurs humaines au-delà de conflits qui les ont vus se heurter ou s'absorber et se respecter, pour donner au final une cohabitation plus ou moins facile et harmonieuse, polyphonique et plurielle de cultures, de religions diverses.

Or la solution à la pluralité ne se trouve jamais dans la réduction, la restriction ou la suppression, mais plutôt dans l'élargissement et le dialogue, l'acceptation de l'autre. Avant de prétendre s'affirmer comme patchwork, un pays doit se reconnaître façonné et parfois martelé par une civilisation qui l'enracine au plus loin et au plus profond de l'histoire de son développement multiséculaire. Ainsi les fêtes chrétiennes, les calvaires, les églises, les chapelles et bien sûr les cathédrales font partie du paysage ; les célébrations en l'église aux grandes étapes de l'existence font partie des repères dont nos contemporains ont toujours besoin pour se situer dans le temps et l'espace dans lesquels se déroule leur vie.

La chicane entre ceux qui veulent garder ces signes qui rappellent Dieu et ceux qui veulent à tout prix les effacer est pure fatigue inutile. Ce n'est pas parce que des lieux publics exposent une crèche rappelant la naissance de Jésus et le début de l'ère chrétienne que la République est menacée, c'est plutôt dans la prétention de certains à vouloir gommer le tracé de l'histoire que la République réduit sa capacité à se montrer pleinement et authentiquement laïque.

Et, après tout, devant une crèche chacun n'est-il pas libre de voir soit un signe culturel, soit un signe religieux ? Le libre arbitre n'est-il pas un droit inaliénable dont chaque citoyen est pourvu ?