Chacun(e) de nous pourrait dire qui lui a appris à prier et lui a transmis le Notre Père. Car dans notre vie nous sommes tous bénéficiaires de transmission. D'ailleurs, l'une des grandes questions actuelles de l'Eglise, avant même celle de la proposition de la Foi, c'est celle de la transmission. Qui se donne ce devoir de transmettre aux jeunes générations ce que nous avons nous-mêmes reçu ? Y a-t-il assez de témoins prêts à répondre aux questions des enfants et des jeunes ? D'où venons-nous ? Où allons-nous ? Les qui, les quoi et les pourquoi ? Comment vivre ? Selon quelles valeurs ?

L'Evangile que nous venons d'entendre est un bon exemple de transmission en direct. Les disciples voient Jésus prier tous les jours, soit en se retirant à l'écart, soit sur place avant de guérir ou de parler aux foules. Alors cela fait naître en eux le désir de lui demander de les initier à sa prière : "Seigneur, apprends-nous à prier". Plutôt que d'expliquer et de justifier sa prière, Jésus les entraîne alors dans sa prière adressée à son Père. Ce qu'il dit, il les invite à le dire eux aussi. De jeunes parents qui ressentent comme une chance à offrir à leurs enfants de développer en eux une capacité au silence, à l'intériorité, au recueillement, demandent que l'Eglise les aide dans cet éveil. Des écoles de prière sont fondées pour proposer une initiation à la prière et à la vie spirituelle. Les monastères et abbayes sont aujourd'hui très fréquentés parce qu'on y trouve le silence et l'oraison. Notre époque est intrépide, bruyante, par bien des aspects superficielle, il est logique qu'un retour à l'intériorité se produise. Et cette tendance ira en s'accentuant. Serons-nous alors prêts et aptes ? En capacité d'accompagner cette demande de spiritualité ?

De tout temps la dimension religieuse a accompagné la présence humaine. Jésus, pour les chrétiens, constitue un maître en vie spirituelle. Il nous a appris que l'on peut prier avec tout ce qui nous tient à cœur. Admirer, contempler, remercier, pour ce qui est beau, bon, bien, lumineux. Prier avec Jésus, c'est aussi parfois demander pardon pour nos mauvais actes, nos omissions, nos lâchetés. C'est aussi égrainer le nom d'êtres aimés : mal dans leur peau, déchirés, malades, désorientés dans leur vie. Mais prier, c'est aussi remercier Dieu pour un couple accueillant un enfant, le courage d'une réconciliation, une vocation assumée, tout ce qui épanouit et réjouit.

"Seigneur, apprends-nous à  prier"… Seul, en couple, en famille, entre amis, en Paroisse… Dans un livre de prières paru il y a longtemps, le Père Michel Quoist écrivait : "Il faut saisir toutes les occasions qu'offre la vie pour se ressaisir et communier à Dieu : l'attente de l'autobus (du bateau, du train…), le moteur de la voiture qui chauffe avant de démarrer, les trois minutes de l'œuf à la coque, le lait qui va bouillir, le biberon qui doit refroidir, au téléphone la ligne qui n'est pas libre, le feu rouge sur la route…" "Ne tue pas le temps, si restreint soit-il, il est providentiel. Le Seigneur y est toujours présent".

Si Dieu est en permanence attentif aux humains, prêt à les rencontrer, il ressemble aux satellites qui, stationnés dans l'espace et tournés vers la Terre, n'entrent en communication que s'ils sont sollicités par ceux et celles qui se connectent sur leur fréquence. Je pense par exemple aux conducteurs branchés sur GPS qui ne peuvent bénéficier du soutien du satellite que s'ils se mettent en position de recevoir ses informations. Ce n'est pas Dieu qui prend ma place dans la conduite de ma vie, mais il peut me fournir des conseils précieux et me soutenir dans les passages épineux ! Encore faut-il accepter de faire appel à lui ! "Seigneur, apprends-nous à prier"…