Les réseaux sociaux sont ces fils tissés sur la toile internet qui permettent en un clic d'échanger des paroles avec un ou plusieurs internautes inscrits sur tel ou tel site répertorié. Ils offrent la faculté de créer des liens et de trouver ainsi des interlocuteurs qui ont eux-mêmes choisi de faire la même démarche et ainsi exprimé les mêmes attentes.

Pourtant, lorsque les précautions de confidentialité ne sont pas prises, certains des partenaires, a priori inconnus dans leur histoire et leurs besoins, pouvant avoir parfois une sincérité douteuse et des objectifs dissimulés, peuvent parasiter l'échange d'idées et de conversations. Les données recueillies sur une personne peuvent être détournées de leur contexte et utilisées à des fins non souhaitées. Ce qui est dit n'appartient plus à celui qui l'a livré, c'est devenu la copropriété de tous ceux qui en prennent connaissance. Ce qui est, on le comprend, différent du mail qui est envoyé à une seule personne bien identifiée !

Adresser une confidence dont on sait que d'autres internautes peuvent se saisir ne représente-t-il pas un risque d'incompréhension et d'utilisation qui peut aller jusqu'à la malveillance ? On pourrait croire que prendre un réseau d'"amis" à témoin de notre vie renforce le tissu social et même contribue au mieux vivre ensemble. Or les sentiments de ceux qui accompagnent chacun des inscrits au réseau ne sont pas forcément similaires. Nous avons tous l'expérience de l'enrichissement qu'apportent la discussion, un débat partage d'idées autour d'une table. Et l'on sait combien le fait de se voir tous permet d'entendre la parole de chacun des interlocuteurs, mais aussi de lire la sincérité et la vérité du propos sur le visage. Nous savons aussi que l'on est alors en mesure de faire préciser, de contredire, de rectifier une parole malencontreuse.

Or toutes ces conditions requises pour assurer l'authenticité d'un partage sont-elles assurées sur un réseau social où la circulation des idées émises requiert un "genre littéraire" qui soit d'expression brève, directe et simple ? Tant que ne circulent sur les réseaux sociaux que des banalités et des nouvelles déjà diffusées sur les ondes, cette communication est inoffensive, mais alors pas très utile. Quand en revanche ces réseaux propagent des réactions personnelles à des événements, ils peuvent en amplifier l'importance et, s'il s'agit de faits de vie intimes, ils incitent au voyeurisme et à devenir témoins de choses qui ne concernent que leurs auteurs. De plus en plus d'acteurs de la société civile, politique, économique, culturelle, associative, religieuse, recourent aux canaux des réseaux sociaux pour faire connaître leurs actions et leurs convictions, leurs souhaits et leurs projets. Ils entendent ainsi peser sur les décideurs et les donneurs d'ordres, exercer une influence dans le sens qu'ils souhaitent.

Les réseaux sociaux ont ce gros intérêt de permettre une réactivité immédiate de plus en plus élargie. A force d'encourager le tout dire et le tout savoir parfois sans discernement, la société actuelle ne va-t-elle pas sombrer dans la confusion et un certain chaos irresponsable ?