Depuis la création de l'univers, Adam et Eve, Caïn et Abel, la violence instinctive pour rivaliser, dominer et soumettre a servi de ressort dans les rapports interpersonnels et sociaux… La violence comme moyen de faire taire l'autre opposé en pensées, en paroles, en actes, se manifeste par les guerres, par les armes ou par l'asphyxie économique, l'isolement politique.

Ces guerres peuvent être intrafamiliales à la suite d'héritages jugés injustes, elles existent aussi entre tribus pour des vols de bœufs ou de chèvres, et plus gravement en raison de tentatives de prédominances d'un clan sur un autre. Que de guerres ont eu lieu pour repousser l'ennemi envahisseur rêvant de prendre le pouvoir dans un pays qui n'est pas le sien.

La violence, dont la haine et la cupidité sont des leviers, a plus d'un tour dans son sac : elle peut être orale, physique, morale, par les calomnies, les diffusions de rumeurs, les mensonges colportés… Elle peut être physique, pour blessser et pis encore supprimer. La violence est souvent représentée sous la forme d'une spirale dans laquelle elle s'engouffre et ne peut que rebondir et s'accentuer si personne ne décide, volontairement, de ne pas répondre aux premières salves, mais au contraire de les encaisser pour en stopper l'onde de choc et la logique.

Or la plupart du temps cette stratégie de la domination par les chemins de la violence provient de l'orgueil et de l'illusion que des personnes ou des peuples ont de leur savoir ou de leur pouvoir. Ils s'imaginent si puissants qu'ils s'arrogent les droits d'assujetir les autres qu'ils jugent petits, faibles, ignorants, tout juste bons à être réduits à n'être que des sujets dominés et dirigés.

Jésus, par toute sa vie, combat cette dangereuse conception d'un monde peuplé de gens ayant tous les droits et d'autres dont la vocation ne serait que de demeurer dépendants. Déjà Marie, sa mère, avait repris les paroles d'un psaume avait dit dans son Magnificat : "Le Seigneur renverse les puissants de leur trône, Il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides"… Saint Paul, ayant mission de diffuser le message évangélique du Christ, écrit aux Corinthiens (1, 27) : "Ce qu'il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion les sages ; ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d'origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n'est pas, voilà ce que Dieu a choisi pour réduire à rien ce qui est ; ainsi aucun être de chair ne pourra s'enorgueillir devant Dieu"…

Aussi, devant les puissants du monde qui se montrent à notre regard en gonflant leurs bras pour susciter la crainte ou l'admiration, ces autres puissants qui se désignent comme sachant tout et seuls détenteurs de vérité, ces dirigeants économiques, politiques, religieux, ces enseignants, ces directeurs ou présidents de ceci ou de cela qui, se présentant sous ces titres, se donnent des droits qu'ils n'ont pas en réalité… Devant Hérode, les scribes, les Docteurs, devant Pilate, lui Jésus, le seul vrai puissant, ne met jamais en avant aucun des pouvoirs que pourtant il détient. Jamais il ne recourt à la force pour se tirer d'affaire. Il prendra sur lui la violence des méchancetés, des mensonges, des intentions malveillantes, des offenses, jusqu'à tout pardonner et à tous. Jésus éteint en lui les incendies de la violence, de la haine et des injustices. En réalité Jésus n'a que faire de ces "artifices" dont s'équipent les puissants pour s'imposer. Sa puissance véritable, c'est celle des respects de chacun, de son acceptation, de son adhésion libre et responsable.

Jésus ne passe jamais en force, ni par la menace, ni par la violence ! Jésus lui-même est humble et dépouillé. "Remets ton épée dans son fourreau", dit Jésus à Pierre qui s'apprêtait à le  défendre par les armes lorsqu'on vient l'arrêter…