A l'image de pluies torrentielles qui, au lieu de pénétrer et de fertiliser la terre où elles tombent violemment en abondance et ravinent en creusant sur leur passage désordonné de ravageuses coulées, il est parfois des discours officiels ou privés durant lesquels les esprits se protègent, les cœurs se referment, les âmes se refusent à accueillir ! Au lieu de favoriser la vie en pénétrant jusqu'à l'intime, cette forme de paroles déversées à flots, à l'inverse des pluies douces et silencieuses, accable et blesse.

En Afrique, les premières pluies de la saison, - pourtant attendues car le commencement des travaux des champs et bien sûr les récoltes en dépendent -, sont de véritables trombes d'eau. On les attend et on les craint, car elles inondent plus qu'elles n'arrosent. Elles ravinent et emportent la terre arable au lieu de la traverser en profondeur. Les paysans africains qualifient ces eaux que le ciel leur envoie dans leurs champs de "pluies pour rien", car elles sont gaspillées.

En effet, il est parfois des dialogues supposés et des discours qui ressemblent étrangement à ces pluies violentes et bruyantes qui génèrent une croûte protectrice qui durcit bien plus qu'elle n'adoucit la terre nourricière qui attend, elle aussi, les laboureurs et les semeurs. Cette façon allégorique d'évoquer les conditions souhaitables à respecter pour qu'un message soit acceptable et des convictions exprimées accueillies invite à mesurer nos paroles, à en garder le contrôle, à les aérer par des silences qui permettent aux interlocuteurs de les recevoir sans se sentir agressés !

Le timbre de la voix et la musique qu'elle diffuse se garderont de piétiner et de durcir les paroles par des débordements ou des emportements. Au contraire, par la modestie avec laquelle l'échange verbal a lieu, chacun comprendra que celui-ci ne vise aucunement à combattre ni à dominer, mais à partager des facettes différentes d'une vérité dont chacun est en quête.

Cette image des averses bruyantes et ruisselantes me vient malheureusement souvent à l'esprit du fait des dérèglements climatiques qui surviennent ici et là sur la planète sous forme de typhons, cyclones, tempêtes et vents violents qui détruisent tout ce qui est debout sur leur passage et répandent la mort de toute vie. Cela ne m'étonne pas d'entendre dire que beaucoup de nos contemporains recourent aux disciplines orientales pour s'exercer à la maîtrise de leur corps, de leur mental, de leur respiration.

Que de gens confient leur désarroi tandis qu'ils décrivent leurs conditions de vie comme un étau dont ils peinent à s'extraire ! Que de gens aspirent à se sentir moins bombardés par toutes sortes d'agressions qui laissent des traces comme autant de cicatrices ! Devenant fragiles, ils se sentent d'autant plus vulnérables face aux tempêtes. Ils aspirent tant alors à gagner cette force intérieure qui les armera contre les "pluies torrentielles" du chemin.