Je sais que dès la conception d'une nouvelle vie humaine celle-ci aura un terme dans la mort. Devant le jour qui se lève, chacun sait que la nuit l'éteindra. Ce que l'on ignore, c'est la durée et le déroulement d'une existence à ses débuts. La sagesse nous apprend que la vie physique et physiologique, sociale, s'interrompt avec la mort.

Parfois l'âge avancé, un état empirant de faiblesse, de graves carences de santé, avertissent que la fin de vie peut survenir brutalement. Il est vrai que tout en sachant que ce moment fatal peut arriver, on reste souvent dans le déni puisque la médecine et ses techniques actuelles détiennent les moyens de "prolonger la vie"… Aussi, pourtant, averti des dangers de mort brutale l'entourage se montre toujours surpris et décontenancé devant la disparition d'un être aimé. L'incompréhension, l'abattement, la révolte contre Dieu soupçonné d'être l'auteur coupable de la mort, s'emparent des esprits et des cœurs. Pour ceux et celles qui ne bénéficient d'aucune foi et espoir en l'au-delà de la vie terrestre, le décès ressemble à un mur infranchissable sur lequel s'affiche le mot blessant de "fin". Seuls les souvenirs imprégnés dans la mémoire des vivants peuvent dès lors témoigner de ce que fut l'existence de la personne pleurée !

Or pour les croyants et les chrétiens en particulier, la mort est considérée comme une étape et un passage. Dès sa procréation, tout être humain reçoit une âme immortelle de la part de Dieu. Elle lui donne vocation à envisager et animer sa vie terrestre et, quand celle-ci s'arrête, à accéder à son arrivée en Dieu en devenant éternelle, absolue, sans limitation. Les chrétiens sont avertis par leur foi et leur confiance en Jésus-Christ qu'à la suite de sa mort un être aimé est accueilli dans la vie divine, avec tout ce qu'il transporte de bien, de beau, de bon, de libre, de don de soi, accompli au cours de son itinéraire et comme autant de façons d'être visages humains de Dieu. L'Espérance chrétienne est à l'image de la certitude qu'a le naufragé aguerri et sûr que la côte est proche et peut le recueillir et lui offrir l'hospitalité.

En un mot, pour le croyant la mort n'est pas un anéantissement, mais davantage un aboutissement et une ouverture, une arrivée, certains oseront dire une naissance à la vie en Dieu. Il ne faut donc pas s'étonner que les croyants, tout en étant eux-mêmes très affligés par les déchirures que provoque la mort, adoptent toutefois une attitude sereine puisqu'ils croient que celui dont on pleure la disparition est parvenu dans une vie devenue autre, transmutée. Cette vie n'est plus sensible ni visible, ni mesurée, car elle est sans fin puisqu'elle se déroule en Dieu, immortel et éternel, absolu, c'est-à-dire "sans soumission" et sans condition, pleinement libre !

Entre les personnes qui veulent nier et occulter la mort tant elles ne supportent pas qu'elle finisse toujours par s'imposer et interrompre la vie, la détruire, et celles qui voudraient brusquement accélérer les étapes du processus de deuil, ne faut-il pas accepter avec patience d'admettre et d'intégrer progressivement l'absence et ce qui en découle, afin de s'y habituer et de continuer la route sans lui, sans elle, mais avec tous les autres ? Beaucoup ajouteront : avec la conviction que l'être cher disparu est présent, autrement…