En présence d'un désaccord qui peut rapidement dégénérer en conflit, n'est-il pas sagesse que de se retenir de parler et d'agir, afin de se donner le temps pour analyser les points de vue antagonistes et se doter des moyens de discerner les différences et les similitudes qui existent en chacun d'eux ?

Réagir instinctivement, n'est-ce pas laisser notre émotion nous submerger et adopter une position sans avoir consulté notre Raison et notre Intelligence ? Je sais que la culture ambiante que nous respirons chaque jour incite à l'immédiateté, à réagir tout de suite, à l'image du sms reçu auquel on se croit obligé de répondre sur le champ. Les risques d'une prise de parole à l'emporte-pièce qui recourt à la force voire à la violence des mots peuvent éteindre un début d'incendie, mais pas les raisons qui l'ont provoqué.

Il faudra passer à l'explication pour aller jusqu'à la compréhension des idées et convictions de chacun des protagonistes. La raison du plus convaincant ou du plus puissant ne doit pas forcément prévaloir sur les petites voix des plus faibles et des petits. Chacun(e) doit être entendu lorsqu'un désaccord survient et menace de se transformer en invectives agressives, en jugement expéditif, en condamnation blessante. Ainsi les témoins d'une querelle, d'un désaccord profond, doivent demeurer calmes, maîtres d'eux-mêmes, prendre du temps pour accueillir et entendre, faire sortir de l'ombre ce qui apparaît occulté. Alors seulement il leur sera possible de s'exprimer avec pondération, sans parti pris a priori.

Il n'est rien de pire, dans une conversation à plusieurs dans laquelle les expressions sont divergentes et éloignées, que le recours à ces artifices que sont la ruse, la malice, la menace, l'hypocrisie, la démagogie, la combine, le camouflage, pour vaincre et clouer la bouche des opposants. Après une discussion ou un débat vif, franc et sincère, il est souhaitable que chacun(e) en sorte enrichi des idées ou engagements exprimés par les autres, quand bien même des fossés les tenaient à distance les uns des autres.

Un jour, on amène à Jésus une femme prise en flagrant délit d'adultère. Selon la loi de Moïse, elle doit être condamnée et lapidée. Les autorités religieuses veulent ainsi tester le comportement de Jésus et le prendre en flagrant délit de désobéissance à la loi. La foule l'encercle et la pécheresse est au centre. Or Jésus va prendre son temps pour se prononcer. Il se baisse et écrit sur la poussière du sol. Jésus finit par interpeller la conscience des accusateurs présents en disant : "Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre". Or, raconte l'Evangile, tous sont partis en commençant par les plus âgés ! Demeuré seul avec cette femme légalement condamnable, Jésus lui dit : "Personne ne t'a condamnée, eh bien moi non plus je ne te condamne pas, mais va et ne pèche plus !"

C'est aussi dans un long silence que Jésus se tiendra devant Pilate lors de son jugement, alors que la conversation tournait sur la Vérité et la nature de sa Royauté. Loin de toute faiblesse ou ignorance, dans la clarté et la maitrise de soi, Jésus se tenait debout face à ses opposants qui avaient décidé de le supprimer… Jésus demeure libre et responsable au cœur des conflits.