Comme citoyen et comme chrétien, quel profil de président est-il souhaitable que nous choisissions pour la France ? A quels critères se référer pour orienter son suffrage ?

Un Président doit avoir les aptitudes pour impulser et orienter, gouverner et faire vivre ensemble des Français de conditions et de convictions différentes et parfois divergentes. Il doit conjuguer en sa personnalité l'ouverture et l'attention à tous, et en même temps détenir une forte volonté de faire progresser son pays en mettant en œuvre ses promesses électorales. Aussi un Président de la République doit-il savoir mobiliser le Parlement, le Sénat et d'abord son gouvernement composé de ministres judicieusement choisis pour proposer, voter et mettre en application les lois et valider les orientations prises en concertation. Car si un Président doit s'appuyer sur ses électeurs, il doit gouverner avec tous et pour tous. Il est d'abord chargé de garantir une vie digne à chaque citoyen, à travers des droits et des devoirs. Si tout citoyen a le devoir de se soumettre aux lois, il a aussi des droits fondamentaux à travailler, se loger, manger à sa faim, bénéficier de la sécurité physique et morale, de la protection de ses biens et de soins médicaux pour sa santé.

Le Président doit veiller à ce que la laïcité permette légalement à la pluralité de courants philosophiques et religieux de s'exprimer ouvertement dans les limites de débats libres, respectueux et pacifiques. Il va de soi que, si la République a la charge de rédiger et de voter des lois qui tiennent compte de la majorité des citoyens, chacun conserve bien sûr son libre arbitre pour juger du recours à ces lois adoptées. Je pense par exemple à des questions éthiques délicates telles que le droit à l'IVG, à la procréation médicale pour autrui, à l'euthanasie ; car ce qui est légal n'est pas forcément considéré comme moral par tous les citoyens, aux références éthiques et religieuses diverses.

Un Président doit réussir à sauvegarder la cohésion sociale et culturelle, spirituelle, par la diffusion d'une culture reposant sur le dialogue, la négociation, la concertation. La France a une longue et riche histoire qui passe par ses liens anciens à nombre de pays situés en d'autres continents et bien sûr aux nations d'Europe. Le Président ne peut sous aucun prétexte prôner un repli économique et politique, culturel, du pays qu'il est appelé au contraire à affermir dans ses rapports au monde entier désormais ouvert en tout domaine. La France se renierait à se montrer frileuse en se rétrécissant sur elle-même. Au contraire, elle doit se montrer solidaire par intérêt et par conviction républicaine. Il en va de son identité présente et future.

Le prochain Président est attendu sur sa détermination et sa compétence à sortir notre pays d'un contexte économique et financier qui génère actuellement un chômage à 10% de moyenne et une désindustrialisation. Les conséquences en sont une morosité ambiante, une pauvreté en extension, un renoncement à entreprendre et investir de la part de beaucoup d'artisans et d'industriels, de commerçants. Le futur Président devra donc se rapprocher de celles et ceux qui créent les postes de travail ; il devra ajuster les lieux scolaires pour que les jeunes se préparent à ces métiers nouveaux émergents, il devra réunir, pour qu'ils négocient, les partenaires sociaux et économiques en les invitant tous à élargir leurs points de vue parfois cantonnés à des intérêts catégoriels.

Parmi les problèmes face auxquels le Président devra trouver des solutions et prendre des décisions, il y a celui de la dévitalisation des espaces ruraux. Un faisceau d'évolutions et de conditions nouvelles conduit les éleveurs et les agriculteurs à être confrontés à de graves soucis financiers et à ne plus pouvoir se projeter dans l'avenir. La vitalité – artisanale, commerciale, scolaire, culturelle – et le lien social continuent à diminuer dangereusement en milieu rural. Il est urgent que notre pays prenne position sur ces questions de soutien des territoires ruraux très menacés.

Les citoyens scrutent volontiers la personnalité des candidats : leurs aptitudes dans le domaine de la gestion sociale et économique, politique, de la négociation diplomatique intérieure et extérieure. Certains électeurs attendent des candidats qu'ils parlent vrai, au plus près des réalités objectives, au lieu de sombrer dans la tentation de recourir à la séduction par des promesses qui se révèleront impossibles à honorer ou des discours flatteurs et sans contenu programmatique !

Comme le dit le concile Vatican II dans Gaudium et Spes, "les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur"…