Liée à l'Eucharistie où la table de la Parole et celle du Pain de Vie rassemblent et nourrissent les chrétiens, la pratique de l'adoration eucharistique est aujourd'hui assez répandue dans l'Eglise. Elle consiste à exposer le Saint-Sacrement dans un ostensoir bien éclairé et visible que tous les adorateurs peuvent contempler, au cours d'un long silence parfois jalonné d'un cantique ou d'une invocation. Chacun est invité à prier personnellement, mais d'abord à organiser en l'intimité de son cœur une rencontre avec le Seigneur. Celle-ci ne comporte pas forcément de formulation verbale écrite ou improvisée. Le Père de Foucauld et le Père Peyriguière, les communautés du Renouveau charismatique, les monastères et abbayes mais aussi des paroisses proposent volontiers cette prière d'adoration qu'apprécient les jeunes générations. Qu'on me permette toutefois de donner quelques éléments de réflexion sur cette pratique spirituelle.

Quand Jésus institue l'Eucharistie lors du dernier repas pascal, il fait du pain et du vin son Corps et son Sang en disant : "Prenez et mangez, ceci est mon corps… prenez et buvez, ceci est mon sang…" Qui communie reçoit en lui Jésus reconnu dans la foi comme réellement présent. Lorsque nous le recevons ainsi, Jésus vient en nous et nous sommes "communiés" à tous ceux qui le reçoivent aussi. De cette façon, Jésus qui se donne en nourriture édifie et solidifie son Eglise qui est son Corps aujourd'hui, constitué de tous les membres croyants unis par Lui. Chaque communiant devient le temple vivant de Jésus, tabernacle ambulant de sa présence réelle. Aussi l'adoration de l'Eucharistie doit sauvegarder cette finalité que le Pain de Vie a été voulu par Jésus pour nourrir et faire vivre, unir son Eglise.

L'adoration eucharistique peut apporter de grands bienfaits car elle permet de s'arrêter à la source, mais il faut se méfier d'une dérive possible qui serait de réduire cette forme de prière à un entretien privé, sans lien au monde et aux autres. Contempler le Christ dans l'hostie réclame de le chercher et de le connaître grâce à la lecture des Ecritures et à ce qu'en dit l'Eglise dans sa tradition et son actualité. Car il y a danger de subjectivité en faisant reposer le regard sur Jésus sur sa propre imagination et sa sensibilité individuelle. Dans ce face-à-face individualisé, il est donc nécessaire que les croyants alimentent leur contemplation par la fréquentation régulière des textes bibliques et la pratique des sacrements tels la messe et celui du Pardon. L'hostie exposée, nul ne peut la capter pour soi, elle doit être considérée comme le Christ présent se donnant à tous. Le Christ n'est en effet la propriété privatisée de personne.

L'hostie dans laquelle le Christ est réellement présent renvoie à sa présence vivante dans les membres croyants de son Eglise et dans les blessés de la vie, les pauvres, les petits, les rejetés, les sans-voix et les sans-toit, les éprouvés dans leur corps, leur cœur et leur âme… Le Christ n'a-t-il pas pour projet de guérir, de relever, de faire avancer, de donner la vie en abondance, de nourrir, libérer, dénouer et pardonner ?

Aussi le signe d'une saine adoration eucharistique n'est-il pas que les adorateurs, au cours de leur contemplation, entendent Jésus les inviter à conjuguer encore plus leur vie à l'Amour que lui-même porte à l'Humanité et qu'il demande de concrétiser à ceux qui croient en lui…