J’ai souvent été amené à donner mon point de vue sur le choix de la crémation de préférence à l'inhumation. J'explique alors qu'il n'y a pas d'incompatibilité avec ce que les chrétiens disent de la résurrection de la chair, mais que pendant très longtemps l'Eglise n'a pas encouragé cette pratique car durant une période celley-ci a été, pour des courants philosophiques athées et anticléricaux, une façon de contredire ce que disaient les religieux en croyant en une survie des corps. Mais jamais je n'avais été touché de près comme récemment je l'ai été en assistant une de mes sœurs dont le mari avait choisi la crémation comme mode de disparition physique.

Ce beau-frère était depuis plusieurs années en résidence de retraite où l'humain traduit en priorité absolue aux personnes est au cœur de la vie commune. Les capacités et les talents dont sont toujours pourvus les résidents sont non seulement reconnus, mais valorisés. Un batelier aguerri dont le charisme est de guérir par magnétisme a soulagé de très nombreux malades. André savait imiter le cri de nombreux oiseaux, et ceux de son étage en profitaient. Or tout ce petit monde qui se fréquentait depuis des années est venu dire àDieu dans la petite chambre mortuaire avant qu'on mette André dans son cercueil de bois tendre. L'aumônière, les personnels soignants et d'animation étaient présents, recueillis pour entendre résumer la vie de celui qu'ils avaient si bien entouré et dont ils avaient pris si grand soin.

J'ai été profondément ému par cette belle humanité et ce respect de la dignité d'un être vivant qui vient de quitter ce lieu de vie pour accoster à l'autre rive. Une cérémonie religieuse a eu lieu ensuite dans l'église du quartier où habitaient ma sœur et mon beau-frère. Le curé nous a accueillis fraternellement et nous a accompagnés tout au long de l'office des obsèques célébré avec simplicité et vérité, que je présidais à la demande de ma sœur.

Cette station ecclésiale fut ensuite suivie de la crémation où là encore des préposés à ces rites que l'on craint violents sont présents et les expliquent d'une façon sereine et même douce, comme pour aider les personnes présentes à traverser ce moment difficile qu'est l'incinération du corps qui a porté et exprimé tant de choix, d'engagements et de sentiments de cette vie humaine que l'on estimait tellement. Pendant ces quelques heures où des machines performantes réalisent ce qui leur est demandé pour réduire en poussière à la place de la Nature ce que celle-ci aurait progressivement fait elle-même dans une tombe, ma sœur avait prévu un petit repas convivial qui permettait de se délester, un peu, de l'émotion qui nous avait envahis depuis le matin, et de faire mémoire des liens qui nous reliaient à André, de certains souvenirs plus marquants. La tonalité de la conversation portait sur l'avenir, ce qui supposait de ne pas laisser le passé nous empêcher de le regarder et d'y accéder, dans la confiance et l'Espérance.

En fin d'après-midi, deux agents des Pompes Funèbres nous avaient donné rendez-vous au cimetière où un "jardin du souvenir" accueille les cendres. Après un dernier recueillement et une prière à voix haute, l'épouse a désigné l'endroit où elle souhaitait que les "restes physiques" de son mari soient déposés. Elle pourra venir en ce lieu, s'asseoir sur un banc et faire mémoire de tout l'amour qui les a unis tous deux pendant toutes ces années passées ensemble.

Je ne vois dans cette journée exceptionnelle que des mercis à exprimer à toutes ces personnes qui assurent si magnifiquement leur tâche d'accompagner les vivants dans leur souffrance devant "la mort".